‹ RichelieuChapitre 167 sur 196 · Agucchia, 23 juin · texte numérisé non relu

Agucchia, 23 juin

Soutenir les droits du gouverneur de Milan sur une contrée qui, assurément distincte de la Valteline, y avait toujours été depuis de longs siècles rattachée politiquement; et c'est précisément parce que le fait était hors de discussion qu'il n'avait pas été besoin de l'établir ni dans le traité de Madrid, ni dans la convention du dépôt, et que l'ambassadeur français n'avait pas insisté plus qu'il ne le fit. La casuistique du secrétaire d'État n'en trouvait pas moins le moyen de se tirer d'affaire en face du droit le plus incontestable, et d'approuver une spoHation qui s'appuyait uniquement sur la force.

Les difficultés pendantes entre le Saint-Siège et le gouvernement français n'avaient pas trait seulement au caractère incomplet de la restitution entre les mains d'un tiers, à savoir le pape, du territoire occupé militairement par les Espagnols dans les pays dépendant des Grisons. On différait également à Paris et à Rome sur les conditions premières de l'arrangement définitif remis à l'arbitrage du souverain pontife. On paraissait môme si loin de s'entendre que le gouvernement de Madrid n'avait pas donné à son ambassadeur le pouvoir de négocier; le commandeur de Sillery avait au contraire reçu l'ordre d'entamer des pourparlers à ce sujet. Le Saint-Siège proposa, pour l'accommodement, la constitution de la Valteline en une quatrième ligue, égale en droit aux trois autres qui composaient la confédération des Grisons; c'était faire passer les ValteUns de l'état de sujets à celui d'alHés. L'ambassadeur français demandait la restitution pure et simple de la Valteline aux Grisons, suivant les stipulations du traité de Madrid. Le cardinal secrétaire d'État et l'ambassadeur s'échauffèrent sur ce point. Sillery fit valoir ce que le roi devait à sa réputation, à sa qualité de protecteur de Grisons, à son ancienne ligue avec eux, toutes raisons qui lui défendaient d'admettre que les Valtelins fussent soustraits à la seigneurie des Ligues grises. « Il est encore plus du devoir du pape, répondit le

cardinal Ludovisi, d'assumer la protection de peuples catholiques, qu'il n'est du devoir du roi de protéger des hérétiques, et par conséquent la réputation et la conscience du Saint-Père sont encore plus engagées dans cette affaire que ne le seraient celles de Sa Majesté quand bien même elle abandonnerait des hérétiques '. «

Le pape Grégoire XV se tint donc ferme sur sa prétention de ne jamais replacer les Valtelins sous la domination d'un peuple hérétique. Il n'y avait, suivant lui, que deux moyens : ou que les Grisons devinssent catholiques, ou que les Valtelins se confédérassent avec eux sous la forme d'une ■quatrième ligue ^ Tant que dura le gouvernement de Grégoire XV, on ne sortit point de ce dilemme.

La constitution de la Valteline en une quatrième ligue n'était cependant pas de nature à lever toutes les difficultés. En effet, le fond même du débat portait sur l'ouverture ou la fermeture des passages des Alpes aux Espagnols. Ces derniers entendaient bien maintenir à leur profit la liberté des communications qu'ils avaient réussi à s'ouvrir à travers la Suisse. Les Français revendiquaient au contraire la continuation du privilège exclusif qu'ils tenaient en cette matière du traité de Henri IV avec les Suisses. Le pape voulait stipuler dans son arbitrage la concession obligatoire du passage par la Valteline en faveur des Espagnols. A ce sujet, le nonce en France donna à la Chancellerie pontificale une savante et curieuse leçon de géographie :

« Pour dire le vrai, écrit le nonce, si l'on considère toutes choses attentivement, il semble qu'il n y ait pas de meilleure solution à cette question du passage que de laisser aux quatre ligues le droit de l'accorder ou de le refuser à qui que ce soit, à condition qu'on ne l'accorderait jamais qu'à un prince catholique. Cette solution serait beaucoup plus favorable à leur hberté, plus conforme à la justice, et moins

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