I. Nonce, '3 juillet 1623. Voir l'appendice, n
2é0 LES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
On voit, d'après cette dissertation, que, dans le cas même où le Saint-Siège se serait départi de sa prétention d'imposer par une stipulation expresse la liberté du passage en faveur des Espagnols, ce n'eût été là qu'une concession de pure forme. Toute combinaison qui ne maintenait pas le droit exclusif des Français à l'alliance des Grisons tournait directement contre les intérêts de la France ; il était du devoir de l'ambassadeur français de ne pas reculer d'un pas sur ce point.
L'attention de la politique française était tenue en éveil dans le même temps sur une autre affaire que celle de la Valteline. Nous avons vu, en retraçant l'histoire des affaires intérieures, quel mécontentement avait causé à la cour de France le passage du prince de Galles à Paris et son arrivée en Espagne '. Les ministres se persuadaient que le pape ne pouvait accorder son consentement au mariage que rêvait le roi d'Angleterre et dont le projet ne semblait jamais avoir été pris au sérieux; mais la prolongation du séjour du prince à Madrid, les avances du duc d'Olivarès ^, les pourparlers engagés entre Londres, Rome et Madrid en vue d'une amélioration du sort des catholiques ^ anglais commencèrent à donner des inquiétudes à la cour de France. « Les ministres m'ont dit dernièrement , écrit le nonce, qu'on entretenait le prince à Madrid dans la con-
1. Agucchia, 28 mars i623 : dépêche relative à la dispense pour le mariage de l'infante et du prince de Galles. Il informe le nonce que l'arrivée subite du jeune prince dans la nuit du 18 mars a jeté dans l'étonnement la cour d'Espagne.
2. Relation de l'arrivée en la coiti du roy d'Espagne dit sércn'ssime Charles prince de Galles, apportée d'Espagne par un courrier extraordinaire, traduit d'espagnol en français. A Paris^ de l'imprimerie de Jean Laquchay^ rue Saint-Estienne des Grecs. MDCXXIII^ avec permission de nos supérieurs.
3. Nonce, 3 nov. 1621. Des députés des catholiques anglais s'en vont supplier le pape de se montrer facile pour la dispense du mariage du prince de Galles et de l'infante d'Espagne.
versation des belles dames, et qu'il se laissait complètement gagner par leurs cajoleries et leurs charmes. »
Le Saint-Siège profitait habilement de ces dispositions du prince pour tenter en Angleterre comme ailleurs une restauration au moins partielle du catholicisme. Le cardinal Ludovisi informa le nonce Corsini de la résolution prise par le Saint-Siège d'accorder la dispense pour le mariage. « L'avantage que doit retirer la religion catholique de cette union, répond Corsini, est si grand que Sa Béatitude a raison de se montrer accommodante. On peut seulement craindre que ce mariage, s'il est utile aux catholiques d'Angleterre, ne nuise à ceux d'Allemagne ; car on peut penser que les Espagnols voudront, pour le conclure, faire restituer son électorat au Palatin. C'est pourquoi j'avais proposé au marquis de Mirabel que les Espagnols engageassent le Palatin à se déclarer catholique ; car il pourrait arriver à ce dernier comme à Henri IV, roi de France, de recouvrer ses États par ce moyen, et il valait bien mieux, et il était bien plus honorable, disais-je, de sauver en même temps son âme et son Etat, que de rester dans cette vie, dépouillé de son Etat, et, dans l'autre, entouré d'une éternelle et inextinguible flamme. «L'imagination du nonce s'échaufFant sur ce point, aucune considération ne l'arrête plus, et il émet la proposition étrange que le prince de Galles se déclare secrètement catholique, épouse l'infante et reste en Espagne jusqu'à ce que sa femme ait mis au monde un enfant mâle, qui serait élevé dans la foi romaine. C'était en prendre bien à son aise avec le Parlement britannique '.
Ainsi le Saint-Siège ne mettait plus de bornes à ses revendications ; il voulait laisser la Valteline sous la dépendance plus ou moins directe de l'Espagne, les Grisons sous les menaces de l'archiduc Léopold, qui élevait des forts sur leur territoire; il rêvait le retour dans le giron de