‹ RichelieuChapitre 174 sur 196 · I. Marquemont, 2b oct · texte numérisé non relu

I. Marquemont, 2b oct

mais l'homme d'Etat qui veille et qui attend son heure : « M. le cardinal de Richelieu, dit l'ambassadeur, est ici le contrepoids de tout ce que font les ministres; il met toute son étude à s'élever dans l'esprit du roi, à s'assurer de son affection, en lui suggérant des idées de gloire et de grandeur pour la couronne; je l'ai pleinement instruit de toutes les nécessités; je l'ai pénétré de toutes les raisons que comporte cette affaire de la Valteline. Il m'a promis de trouver avec la reine mère l'occasion de parler au roi et de lui faire comprendre toute l'importance de ces passages. Il m'a dit que les errements présents sont du plus grand préjudice, mais qu'il faut avoir patience ; car viendra certainement le jour où la France montrera sa vigueur. Il émit cette considération que, dans une situation mauvaise, il était utile de tirer parti de ce qui était le moins mauvais, et que si l'on ne pouvait écarter entièrement l'avantage fait aux Espagnols par la concession du passage, le leur concéder pour un temps serait à coup sûr moins préjudiciable; qu'en tout cas la sérénissime République devrait jouir du même avantage '. »

Les conclusions de Richelieu sont un peu évasives, comme celles d'un homme qui , n'ayant aucune part ni aucune responsabilité effective dans la conduite des affaires, et s'at- ■ tendant à l'avoir prochainement, ne veut pas encore se compromettre. Mais quel trait de lumière jeté à l'avance sur les ressorts au mo3'en desquels Richelieu se rendra un jour le

I. Ambass. vénit., n" 198^ 28 nov. iij.i3 : « .1/ S'" cardinale di Riceliii, ch'e il contrapunto délie attioni de ministri, et che studia di portarsi appresso il Re, et assicurarsi délia sua affettione con concetti di gloria et di desiderar la grande^^a délia corona, ho pie~ namente instnitto il bisogno et impresso le ragioni. Mi ha promesso di ritrovar occasione con la Regina madré di parlar al Re per renderlo capace deW importan^a di qiiesti passi. Mi disse che gV andari presenti sono pregiudicialissimi , che bisogni liaver patienta, perche certo arrivera il giorno che la Françia mostrera il siio vigore. Mi considéra clie nel maie era utile valersi del miiior maie, che se }ion si potesse divertir intieramente tutto il commodo del passagio a Spag^', che concederlo a tempo sarebbe di miuor pregiudicio ; che in ogni caso doverebbe anco la Ser'"^ Rep''^ godere il medesimo beneficio. 0

maître absolu de l'esprit de ce roi, qui, nous le répétons, n'a encore pour lui que de l'aversion, lorsque Pesaro nous parle de ces concetti di gloria et di desiderar la grande^^a délia corona, dans lesquels s'uniront intimement un jour le fils de Henri IV et son grand ministre ! Lorsque ces lignes sont écrites, une année presque tout entière sépare encore le cardinal de la possession du pouvoir, auquel, quoi qu'il en dise, sa volonté tenace le portait non moins que son génie.

Brûlart et Puisieux tombés, la face des affaires ne changea guère au dehors. Lorsque le nonce aborda avec les nouveaux ministres la question de la Valteline, ceux-ci, après avoir protesté des intentions les plus accommodantes, se bornèrent à déclarer qu'ils étaient prêts à accepter les articles que Sa Sainteté était sur le point de dresser pour l'arrangement de l'affaire, mais qu'en aucune façon ils ne pouvaient acquiescer à la prétention, dans laquelle avaient fini par se retrancher les Espagnols, d'avoir la liberté des passages au moins pour sortir de l'Italie '.

Le gouvernement de Madrid comptait sur l'inexpérience des nouveaux ministres et sur l'absence d'un homme véritablement énergique au milieu d'eux, pour continuer à user vis-à-vis de la France des mêmes fourberies que parle passé. Un agent spécial du comte duc Olivarès, un chapelain du roi d'Espagne, Matteo Renzi, vint proposer aux ministres français, sur le conseil du nonce en Espagne, Massimi, une combinaison dont le projet avait d'ailleurs été déjà mis en avant : il s'agissait de rétablir l'ancien état de choses en Suisse, à la condition que la France et l'Espagne formassent une ligue contre les hérétiques. « Les Français jugent bien, dit le nonce, que cette proposition n'a d'autre but d'abord que de traîner les négociations en longueur,

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