‹ RichelieuChapitre 179 sur 196 · I. Nonce, 22 mars · texte numérisé non relu

I. Nonce, 22 mars

étant déjà révoqué, l'ambassadeur n'avait plus le droit de traiter quoi que ce fût. Ils se sont déclarés prêts à témoigner tout le respect possible à Sa Sainteté, à employer tout leur zèle pour lui être agréable ; mais dans cette affaire, ajoutaient-ils, le Saint-Père avait été poussé par l'ambassadeur^ lequel avait déjà reçu la nouvelle de la disgrâce des siens; car on pouvait calculer qu'un courrier qui lui avait été envoyé par son neveu était arrivé à Rome avant le 26 février, et jusqu'à ce moment les lettres venues de Rome ne faisaient aucune mention d'un arrangement semblable à celui-là. Sans doute La Picardière * n'était arrivé à Rome que le 4 ou 5 mars; mais, en honnête homme, l'ambassadeur, qui savait ce qui s'était passé ici, ne devait ni ne pouvait plus s'entremettre des affaires. Aussi ne pouvaient-ils croire que l'ambassadeur eût donné son consentement à cette convention, d'autant plus qu'il écrivait lui-même que non, au rapport de M. d'Herbauh, secrétaire d'État. »

Corsini supplia les ministres de ne point adopter de décision avant d'avoir pris plus ample connaissance des dépêches du commandeur; il leur fit observer que l'ordre donné à M. de Puisieux, pour qu'il tît savoir au commandeur de n'accorder aucune concession relativement au passage, n'était point parvenu entre les mains de M. de Sillery, et que nonseulement La Picardière n'était point porteur de la révocation du commandeur de Sillery, mais encore qu'il était arrivé à Rome quelques jours après la conclusion du tout.

Ces excuses pouvaient décharger dans une certaine mesure l'ambassadeur de France. Il est assurément difficile de savoir à quel moment au juste il put se croire sur le point d'être relevé de ses fonctions. Mais il n'était pas sans être tenu au courant depuis longtemps des menaces de disgrâce qui étaient suspendues sur les siens, et, quelle que soit la valeur des circonstances atténuantes qui furent produites en

I. Agent diplomatique envoyé à Rome aussitôt après la révolution ministérielle de février.

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sa faveur par M. de Marquemont lui-même, quoiqu'il n'eût pas à se louer de ses procédés, il fit assurément preuve soit d'une légèreté, soit d'une indifférence blâmable.

Quant à la cour de Rome, elle mit à profit le désarroi qui se produit toujours , au moment d'une transmission de pouvoirs , pour essayer de faire prévaloir les intérêts espagnols, dont les siens étaient en somme inséparables. C'est bien ce qu'indique le nonce lui-même, lorsque, voulant dégager sa responsabilité, il insiste sur les circonstances suivantes : Au mois de février, le roi avait ordonné à M. de Puisieux de faire savoir au commandeur de Sillery que celui-ci ne devait, en aucune façon, entrer en négociation pour la liberté du passage jusqu'à nouvel ordre; l'expédition de cet ordre ayant été différée, et la disgrâce de Puisieux étant survenue, le courrier n'avait pas été envoyé; mais le nonce rappelle que le i6 du même mois, sur l'ordre de Sa Majesté, il avait avisé le Saint-Siège de ne point terminer l'affaire de la Valteline jusqu'à l'arrivée de M. de Béthune, le nouvel ambassadeur désigné, et que de plus il avait fait savoir par sa dépêche du 24 que le moyen terme consistant à laisser aux Espagnols le passage pour sortir de l'Italie ne plaisait en aucune façon aux ministres. « Conséquemment, dit le nonce, dans toutes mes dépêches, j'ai toujours fait connaître à Votre Illustrissime Seigneurie, qu'on ne voulait point souffrir ici que les Espagnols persistassent dans cette prétention et qu'on espérait que le Saint-Père les y ferait renoncer ^ »

Les faits que précise le nonce font remonter à leurs véritables auteurs la responsabilité du traité relatif au passage. L'indignation, dans toute la cour, fut violente à cette nouvelle; le duc de Guise lui-même, considéré toujours comme un partisan des Puisieux, déclara que, s'il avait commis une erreur semblable à celle du commandeur, il ne répondrait

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