‹ RichelieuChapitre 188 sur 196 · Ambass. vënit., 22 août 1624. Voy. l'appendice, n" i · texte numérisé non relu

Ambass. vënit., 22 août 1624. Voy. l'appendice, n" i

2. Nous extrayons quelques mots des passages les plus significatifs de ce libelle. Après avoir loué le roi d'avoir rendu à la reine mère sa place dans le conseil, l'auteur continue par cette attaque contre le cardinal de La Rochefoucault, destinée évidemment à faire valoir Richelieu : « Quant au cardinal de La Rochefoucault, c'est un prélat digne véritablement de grande considération ; car^ s'il fait ou tôlière le mal, on dit que ce n'est à mauvaise intention, son esprit et son corps n'allant qu'en tant que les Pères le poussent, employant toutes les forces de son âme non aux affaires de vostre royaume, mais bien au soin d'introduire par toutes vos villes une fourmilière de couvents au lieu des églises que feu son grand-père a ruinées ; comme aussi à convertir avec l'argent du clergé force ministres en compensation de tant de pauvres catholiques que son père a assommez durant les guerres civiles de la religion. » L'apologie suivante de l'autre cardinal membre du conseil, de Richelieu, ne peut être attribuée qu'à une plume bien dévoué ou bien intéressée : « Pour le cardinal de Richelieu, les courtisans le tiennent rafhné jusques à 22 carats, et les clair-voyans ont opinion que son naturel courageux l'engagera à bien faire pour avoir de la gloire; car, étant habile et prudent comme il est il n'y a point d'apparence qu'il aille chercher autre appuy qu'en l'autorité légitime de Votre Majesté ny autre subject pour employer la grandeur de son esprit que dans la bonne conduite de vos affaires : autrement tout le monde lui coureroit sus et seroit descrédité à jamais, qui est tout ce qu'il doit appréhender. Quelques autres ont encore cette espérance, qu'étant issu d'un père

voir pension des Espagnols. On trouve dans ses Mémoires et dans ceux de Richelieu des détails circonstanciés sur la révolution qui, six mois après les Brûlarts, lit tomber aussi La Vieuville. Redoutant le sort qui l'attendait, le marquis voulut enfin se démettre; Louis XIII le maintint à son poste, afin de pouvoir lui infliger une disgrâce plus dure que celle des ministres que La Vieuville avait fait tomber. Nous laissons la parole au résident florentin, qui ajoute sur ce point quelques traits nouveaux à ceux que nous ont fiiit connaître les historiens du temps :

« Le pronostic fait à la cour, il y a quelques mois, au marquis de La Vieuville, de sa chute prochaine, est, en somme, devenu vrai; il a été, il y a trois jours, déposé par le roi de sa charge de surintendant général des finances; et on l'a fait conduire en toute hâte de Saint-Germain au château d'Amboise, sous la conduite de M. de Tresmes, capitaine de la garde du roi, dans un carrosse à six chevaux, escorté de trente arquebusiers à cheval.

« On discourt beaucoup sur cette chute; les uns l'attri-

hon Français et qui comme tidèle subject a si dignement servy Henri III durant les furieuses bourrasques de la Ligue, il imitera un si brave cavalier; et que sans s'arrêter aux intérêts d'Espagne ni des cagots il embrassera ceux de Votre Majesté, comme un autre cardinal Georges d'Amboise, afin de relever cest état menasse de toutes parts de ruines évidentes, s'il n'y est généreusement, je répète encore généreusement et promptement remédie. «

Voici maintenant une attaque des plus vives contre La Vieuville :

« Pour ce qui est de la personne du marquis de La Vieuville, on dit que plusieurs des siens s'efforcent de persuader au monde qu'il est très habile homme; mais il a ce malheur que personne n'y veut ajouter foy, non plus qu'aux nouvelles de l'arrivée de la tiotte d'Espagne. Il est copieux en telles conceptions; mais sa tête ressemble à ces cavaliers des pays méridionaux qui ne conçoivent que du vent. »

Après avoir dénoncé son « agitation perpétuelle d'esprit et un changement perpétuel de desseins «, le pamphlétaire ajoute :

(( Le bruit est partout, Sire, que La Vieuville fait le maréchal d'Ancre, le Luynes, le Puisieux et la Puisieuse tout ensemble, présumant tant de lui que dans votre conseil il entreprend de proposer, délibérer et résoudre tout. » — La Vieuville est encore accusé de « conserver monsieur le prince pour un dernier usage à la fortune. » L'auteur termine par cet avis : « Que le cardinal sçache que le surintendant le craint comme le diable et le hait comme la mort, d

buent à l'hostilité générale de la cour; les autres disent que le coup est venu du cardinal de Richelieu, parce que celui-ci aurait acquis la certitude que le marquis commençait à lui donner des crocs-en-jambe. Mais la véritable raison doit être celle que le roi a fait connaître au Parlement de Paris ^, à savoir : que cet homme s'était arrogé trop d'autorité; que, dans plusieurs affaires graves, il en avait fait à sa tète et qu'il avait donné des ordres aux ministres du roi à l'étranger, et des réponses aux ambassadeurs des princes à cette cour, à l'insu de Sa Majesté, et sans en avoir même fait part aux autres ministres du roi ; on rapporte en particulier qu'il aurait dit à l'ambassadeur extraordinaire du roi d'Angleterre, milord Rich;, de continuer à travailler sur le sujet du mariage projeté, et qu'il fallait là-bas accorder les conditions demandées pour le fait de la reHgion, afin de sauver ici les apparences; car c'était tout ce que Ton demandait, et la France s'en tiendrait satisfaite -; mais, pour le fond de l'affaire, l'Angleterre ferait en somme ce qu'elle voudrait. La chose a été portée à la connaissance de Sa Majesté par l'intermédiaire de son ambassadeur à la cour d'Angleterre; cette manière de voir étant tout à fait contraire aux intentions de Sa Majesté et souverainement préjudiciable à sa conscience et à sa réputation, lui a si extraordinairement déplu que, à partir de ce moment^ non seulement le roi a commencé a devenir plus ferme que jamais sur la prétention d'obtenir les mêmes conditions que l'Espagne, mais qu'il s'est mis à faire des sorties contre le ministre assez osé pour avoir pris sur lui de manifester une intention pareille à l'ambassadeur d'Angleterre. En effet, on dit qu'àCompiègne Sa Majesté a interrogé

1. Voir cette lettre dans Avenel, t. II. p. 25. Elle est citée dans plusieurs autres collections (Cf. Lettre du roi à M. le Marquis d'Effiat. Ibid., p. 20.)

2. « La Vieuville disait que le roi avait pour indiffèrent le traitement que le roi de la Grande-Bretagne ferait aux catholiques et que ce qu'il en parlait n'était que pour la forme et pour contenter le pape et les catholiques en France. » (Richel., Mém., p. 293.)

elle-même et séparément tous ses ministres sur ce fait, et qu'au bout de quelque temps elle a acquis la conviction formelle que le coupable était le marquis, bien que celui-ci ait présenté la chose sous un autre jour.

« On dit encore que c'est lui qui a fait venir Mansfeld, à l'insu de Sa Majesté, et qu'il a aussi donné au conseiller Marescot, qni doit aller en Allemagne, des ordres et des instructions différentes de celles que lui avaient expédiées les secrétaires d'État, sur l'ordre du conseil. On ajoute tant d'autres griefs aux susdits que, en définitive, tout ce qui n'est pas suivant le bon ordre est mis sur son compte.

« Dans l'administration des finances^ toutefois, quoi que disent les libelles contre lui, la cour ne pense pas qu'il ait mal agi, si ce n'est en tolérant que son beau-père, M. de Beaumarchais, trésorier de l'épargne, ait guidé ses mains '. »

Richeheu est loin de se montrer aussi indulgent que le Florentin; il énumère les malversations que la chambre des finances instituée bientôt après la chute du marquis aurait relevées à sa charge. Ces assertions sont difficiles à contrôler; il est certain toutefois que le marquis de La Vieuville avait une disposition toute particulière pour les tripotages financiers; car lorsque, après une vie très agitée, il eut, au commencement du règne de Louis XIV, retrouvé sa place de surintendant, on le voit retenir l'argent des rentiers pour subvenir aux dépenses de la cour. Il y a de l'unité dans cette assez triste carrière.

La chute de La Vieuville mit incontestablement le cardinal de Richelieu au premier rang; son grand ministère commence à partir de cette date ^ Il est curieux de savoir ce qu'après

1. Ambass. florent., dép. du 16 août 1624. Voy. l'appendice, n"^ 11, 12, i3, 14, i5, les dépêclies de l'ambass. vénit., qui contirment l'ambass. florent,

2, C'est au mois d'août 1624 seulement que les pièces recueillies par M. Avenel ont un caractère officiel, si nous en exceptons- celles du court ministère de 1617. La responsabilité de Richelieu ne commence

qu'à partir de ce moment.

tant de disgrâces successives on augurait à la cour de la durée du nouveau ministère. « Le cardinal de Richelieu, écrit le résident florentin, étant resté le maître, l'autorité de la reine mère se trouve complètement établie aujourd'hui par ces éliminations successives de ministres. Il n'y a plus d'ennemis pour lui faire obstacle, plus de jaloux pour la dénigrer. Il est vrai que le cardinal, se trouvant maintenant plus exposé aux coups de Tenvie et de la malignité, s'il ne tient pas bon, s'il ne sait pas résister avec prudence, court le risque d'être victime des premiers troubles qui, suivant les vicissitudes ordinaires, peuvent naître dans cette cour, et le dommage pourrait atteindre jusqu'à la reine. Il semble cependant que Sa Majesté soit en train d'établir les fondements de son autorité sur l'amour de son fils, qui extérieurement se montre plein d'attention pour elle et qui montre, par les effets, que ses sentiments intimes correspondent aux apparences. Autant qu'il est humainement possible de prévoir Tavenir, ce nouvel édifice ne s'écroulera point aussi facilement que les autres ' . »

En eff"et, cet édifice ne devait pas s'écrouler ;mais qui aurait pu prévoir que celle qui en paraissait encore le fondement le plus soUde serait un jour renversée, après avoir déployé tant de persévérants et courageux efforts pour porter le cardinal au point où nous le voyons maintenant ? Quant à Richelieu,, il était sûr de lui et de l'avenir : « Ces fréquents changements sont du désordre, dit-il à l'ambassadeur vénitien ; mais la règle sera telle à l'avenir que l'on connaîtra le bon ordre et les avantages qui en résultent ". »

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