‹ RichelieuChapitre 23 sur 196 · Ambass. florent., ibid · texte numérisé non relu

Ambass. florent., ibid

l6 LE ROI, LES DEUX REINES

de Condé a reçu, pour avoir arrangé cette affaire, cent mille francs; car ce prince est très porté au lucre et à l'acquisition des richesses par tous les moyens, » Quoi qu'il en ait été de ces médisances, il est incontestable qu'il n'y eut contre ce qu'on appelait le parti de la faveur aucune réaction violente et que des mesures de rigueur, bien mitigées d'ailleurs, n'atteignirent que la duchesse de Luynes et par contre-coup son père, le duc de Montbazon,

Quels étaient donc les motifs de ces dispositions médiocrement bienveillantes? Une curieuse dépêche du nonce va nous en instruire. Corsini écrit à la date du 23 février :

« Les princes sont tenus de répondre des mœurs et des actions de ceux qui les entourent; car il est telle occasion où leur bonté et leur ingénuité attirent sur eux le blâme de choses dont ils sont absolument innocents. C'est ce qui est arrivé à la reine régnante, laquelle, n'ayant certes rien dans l'intention qui soit indigne de sa grandeur et de la pureté de sa conscience, a cependant donné quelque lieu de murmurer, pour avoir supporté avec trop de bénignité la Hberté plus que française de certaines dames qu'elle est obligée d'aimer, à cause de leur qualité. On m'a fait entendre à ce sujet qu'il convient à mon office de trouver quelque moyen pour porter remède à ces inconvénients, afin que le bruit n'en parvienne point aux oreilles du roi par les rapports de personnes mal intentionnées; ce qui lui ferait peut-être croire le mal beaucoup plus grand qu'il n'est, et il pourrait en résulter les scandales les plus dommageables à toute la chrétienté. Beaucoup de dames et des principales vivent licencieusement en présence de la reine, et, n'imposant aucune retenue à leur langue dans leurs conversations avec d'autres dames, ne contiennent point leurs aspirations dans les Hmites de la modestie et de la convenance, ce qui fait craindre d'épouvantables catastrophes. J'ai été prié de divers côtés d'agir en sorte que la reine comprenne combien elle s'expose aux mauvais propos du peuple et d'autres encore.

et de faire en outre éloigner d'elle non seulement la veuve, mais la sœur du défunt connétable, M""" de Verneuil. Je me trouve ainsi dans un véritable labyrinthe. Comme les personnes qui m'ont parlé sont des gens du conseil ou des familiers de la reine, esprits très déliés d'ailleurs et en mesure de m'aider, je me résous à entretenir de cette affaire le confesseur de la reine, en usant bien entendu de la plus grande précaution; car je sais avec quelle délicatesse il fimt toucher à certaines matières. Mais la grandeur du danger et la considération des graves inconvénients qui pourraient survenir ne souffrent pas que je m'excuse entièrement, comme je le devrais peut-être '. »

Cet exposé du nonce nous fait mettre le doigt sur les seules raisons qui dictèrent les ordres du roi relatifs à M""' de Luynes et à M""' de Verneuil. Il y avait un certain relâchement dans la tenue du cabinet de la reine. Louis XIII n'avait pas eu besoin des bons offices du nonce pour en être informé et pour prendre la décision que lui commandait son devoir de chef de la flmiille royale. L'ambassadeur de Venise achève de donner son véritable caractère à cet épisode par les détails suivants : « On a fait éloigner le secrétaire de la reine, dit-il, comme suspect de trop grande familiarité avec Sa Majesté -; mais, suivant l'usage du pays, il aura en compensation de sa charge 50 ou 60 000 écus. En outre , M""' de Verneuil , sœur du feu connétable et première dame d'honneur, a été chassée du Louvre et de sa charge ^ » La politique n'était donc pour rien dans cette affaire, d'où s'éleva entre le roi et sa femme un nuage qui vint se mettre en travers de leur bonne intelHgence.

Quant à Marie de Médicis, elle avait particulièrement à cœur deux affaires dans lesquelles les résolutions du roi

Page 1