‹ RichelieuChapitre 27 sur 196 · I. Richcl., Mém., p · texte numérisé non relu

I. Richcl., Mém., p

ET LE PRIXXE DE COXDE 27

est revenu de la campagne et s'emploie de tout son pouvoir afin que la reine s'apaise et se contente de ce qu'elle pourra obtenir. Et monseigneur le nonce l'exhorte à remettre le tout spontanément entre les mains du roi, pensant que c'est là un moyen de l'obliger davantage à donner à la reine la satisfoction qu'elle désire, sinon pour le moment , au moins au bout de quelque temps , quand elle demandera de sang -froid que Ruccellaï soit renvoyé en Italie. » N'est-ce pas une révélation curieuse que celle qui nous montre Richelieu soignant ainsi ses propres affaires, de connivence a\ec le nonce, aux dépens peut-être de la dignité de celle qu'il appelle sa maîtresse ' ?

Les conseils de modération l'emportèrent du reste dans l'esprit de Marie de Médicis ; et il convient de reconnaître que, si son amour-propre en souffrit, ses intérêts s'en trouvèrent mieux. Le résident florentin déplore en ces termes le tort qu'elle s'était fait : « Les affaires de la reine allaient trop bien, dit-il, sans cette malencontreuse histoire ; et il faut avouer que sa mauvaise fortune n'est point encore épuisée. Elle a en vérité un puissant ennemi, le prince de Condé, qui, par sa naissance et sa grande assiduité auprès du roi, est en possession d'une autorité considérable dans le gouvernement et à la cour. »

Telle était en effet la situation trois mois après la mort du duc de Luynes. A travers les vicissitudes dont nous avons exposé le détail, le prince de Condé était arrivé à occuper la première place dans les conseils de Louis XIII; dominant les ministres subalternes, qui le servaient avec le dévouement intéressé de courtisans de la faveur, il les employait à jeter le discrédit sur les actes du feu connétable et sur sa valeur, pour mieux fliire ressortir la sienne ; il

I. Voy., p(;ur tout le récit de cette affaire avec Ruccellaï, l'ambass. florent., 12 mars 1G22. Il dit tenir les détails aussi intéressants que précis et abondants de son récit, du nonce, de M. de Marillac, principal confident de la reine, et de son secrétaire. Il recommande instamment le secret à la cour du grand-duc. Voy. l'appendice, n" 3.

28 LE ROI, LES DEUX REINES ET LE PRINCE DE CONDÉ

n'avait rien fait pour dissiper les ombrages du roi à l'égard de sa femme ; il sortait victorieux de l'engagement dans lequel la reine mère et lui avaient mesuré leurs forces , puisqu'on ne donna aucune suite à l'affaire. L'abaissement ou l'effacement de toutes les autres influences rendait la sienne sans rivale; il était aussi puissant qu'un premier ministre. Aussi l'ambassadeur florentin constate-t-il la haute faveur du prince dans les ternies suivants :

« Dimanche prochain, le prince de Condé oftVe un banquet au roi et à tous les grands de la cour; son autorité croît de jour en jour : lieutenant général de Sa Majesté dans le commandement des armées, premier dans le conseil, avec sa hauteur d'esprit et sa pénétration^ il dispose de tout et fait ce qu'il veut; cela fait beaucoup parler et mécontente bien des gens ; mais le roi est dans l'obligation de lui laisser ainsi le maniement des aftaires afin de le contenter et de l'avoir de son côté dans cette guerre si importante contre les huguenots. Les choses pourraient aussi changer de face s'il se montre en vérité tel qu'il paraît être dans les questions extérieures; car, plein de zèle pour le bien et le service du royaume et du roi, il est un des premiers à ne point admettre le manque de foi de l'Espagne au sujet de la Valteline '. «

Le prince de Condé justifiera-t-il cette opinion et ces espérances? Quel usage va-t-il faire de son pouvoir? Quel parti saura-t-il en tirer?

I. Cette dépêche de l'ambassadeur florentin porte évidemment une date erronée dans le manuscrit que nous avons eu sous les yeux : elle est intercalée parmi les dépèches du mois de mars, vient après celle du 23 de ce mois et est datée du 3 juin. L'indication du mois de juin est inadmissible, car il était difficile d'offrir un banquet au roi et aux princes en pleine guerre ; d'autre part, la faveur du prince baissait à ce moment. Il y a donc lievi, suivant nous, de lire mars au lieu de juin; le Journal d'Héroard, qui laisse une lacune du 25 février au i3 mars, ne s'oppose point à cette rectirication, d'autant moins contestable que le commencement de cette dépêche se rapporte probablement aux fêtes dont il est parlé plus haut.

Page 1