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Gouverneur des Pays-Bas

3. Regisiro di leitere di Mons^« Agucchia, scritte per il cardinale Ludovisio in risposta a Mons"' Corsino, niintio in Francia nel pontijicato di Gregorio XV. 1 vol. mss., à Rome, Bibl. de la Minerve, X, VI, i6, 17, dépêche du n mars 1622.

Feria prit tout sur lui, eut l'air d'agir à l'insu du gouvernement de Philippe IV, et négocia, en tout cas, à l'exclusion des ministres de Louis XIII. Par ce moyen, le cabinet espagnol, tout en se tenant prêt à recueillir le bénéfice des opérations de son agent, si elles étaient heureuses, se réservait, dans le cas contraire, la possibilité de les désavouer. Ce sont les dépêches de la chancellerie pontificale au nonce Corsini qui nous mettent au courant des manœuvres du gouverneur espagnol et des tergiversations de la cour de Rome en présence d'actes qu'elle n'était pas loin d'approuver, mais dont elle redoutait d'avoir à endosser la responsabilité ou de subir en Italie les conséquences.

« Les affaires de la Valteline, avait écrit le secrétaire pontifical Agucchia, dès le 31 décembre 162 1, ont pris un cours dont il sera bien difficile aux Français de changer la direction. Car les Grisons se trouvent en la puissance du gouverneur de Milan et de l'archiduc Léopold, qui, avec leurs armes, les tiennent opprimés. Pour s'en débarrasser et pour recouvrer ce qui est à eux, ils seront amenés à traiter avec les Autrichiens et les Espagnols du côté desquels ils ont à redouter de continuelles atteintes; ils ne peuvent plus faire grand cas, en effet, de leur confédération avec la France, voyant que les secours qu'ils en peuvent tirer, soit par l'autorité d'heureuses négociations, soit par la force des armes, les assistent d'une manière insuffisante; les Français sont trop loin et ont d'autres sujets d'occupation. Semblablement, les Suisses, et particuhèrement les catholiques, ont plus d'inclination pour les Espagnols que pour les Français. D'où il suit que les ambassadeurs du Roi Très-Chrétien ne possèdent plus la même influence qu'autrefois Grâce à ces

circonstances, le gouverneur de Milan s'efforce de faire une confédération avec les Grisons et de les enchaîner de telle sorte qu'ils ne se puissent tourner d'un autre côté. Quant au fait de la Valteline, la prétention du gouverneur est' qu'elle reste Hbre et qu'elle se gouverne sous la forme d'une

république, moyennant le payement d'une redevance annuelle aux Grisons, suivant le compromis déjà mis en avant par don Giovanni Vivez. C'est un beau mot que celui de liberté, c'est une apparence bien agréable; mais, en fait, ce sera la servitude avec les Espagnols, parce que les Valtelins n'ont ni le moyen de se gouverner par eux-mêmes, ni celui de conserver les forts. »

Cependant le gouvernement français était informé par ses agents des progrès de cette négociation secrète conduite par un habile homme, don Giovanni Vivez, représentant de l'Espagne à Gènes. On apprenait que le gouverneur de Milan^ précisant les premières conditions faites aux Grisons, était sur le point de traiter avec eux en leur restituant la position de Chiavenne, moyennant une compensation pécuniaire \ mais en exigeant d'eux la renonciation à la Valteline et au comté de Bormio. La Valteline resterait libre de se liguer avec qui elle voudrait, à la condition que ce ne fût point contre la maison d'Autriche. Louis XIII, au reçu de ces nouvelles, fit déclarer à Venise par son représentant qu'il allait envoyer de nouveaux ambassadeurs h. Madrid, avec l'ordre de parler haut et résolument et de dire au roi d'Espagne, pour le contraindre à l'observation de sa parole, que le roi de France avait assez de forces pour réduire à l'obéissance les rebelles de son royaume et pour faire la •guerre au dehors. La curie, plus intimidée que l'Espagne, redoutait déjà la formation d'une ligue entre la France, Venise, la Savoie et tous les ennemis de la maison d'Autriche. Elle chercha à agir sur le roi de France au nom des scrupules religieux qui avaient souvent prise sur son esprit, et elle prescrivit au nonce Corsini de lui représenter que, puisque les Grisons consentaient d'eux-mêmes à renoncer à leurs droits. Sa Majesté voulût bien s'abstenir de faire en

I. Cette compensation devait être fixée à 25 ooo écus de la monnaie des Grisons, ce qui faisait 12 000 ducats de Milan, Agucchia, 24 janvier 1622.

sorte qu'un peuple catholique retombât au pouvoir des hérétiques. A l'appui de ces raisons, le Saint-Siège invita le roi à consuker ses théologiens '.

Le point de vue particulier de la cour de Rome est nettement indiqué dans le passage suivant d'une dépêche du 24 janvier : « La mise en liberté de la Valteline est assurément illusoire. Car les Espagnols voudront en occuper les forts, sous le prétexte de protéger pendant quelque temps la Valteline contre les armes de leurs ennemis. Le pape admettra cet arrangement; car il doit avoir plus égard à la raison de religion qu'à la raison d'Etat ". »

Le Saint-Siège ne pouvait pas, à vrai dire, se placer sur un autre terrain. Le gouvernement français pouvait l'y suivre et faire de son côté des propositions de nature à garantir la liberté du culte cathoUque en ValteHne et à maintenir en même temps l'intégrité de son alliance avec les Suisses. Mais la duplicité de la politique espagnole ne lui permettait même pas d'aborder par ce côté les questions qui se trouvaient pendantes. En effet, au moment où les négociations entreprises par le duc de Feria allaient aboutir, le cabinet de Madrid faisait savoir au gouvernement de Louis XIII que, nonobstant les progrès faits par le duc de Feria et par l'archiduc Léopold contre les Grisons, après la conclusion du traité de Madrid, et nonobstant ce qui pouvait être arrêté à Milan entre le gouverneur et les ambassadeurs des Grisons, Sa Majesté Cathohque ^ voulait que sa parole fût exécutée.

Cette déclaration ne pouvait avoir pour but que d'endormir la vigilance des ministres de Louis XIII, afin de les mettre en présence d'un fait accompli, plus difficile à défaire qu'à empêcher. C'est ce qui arriva. Le gouvernement français fut avisé en même temps de la signature d'un

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