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Il était pape depuis le mois de février 1G

en France, le remuant Bentivoglio, en étaient les chefs. La faction du nouveau pape pouvait compter sur le caractère audacieux et entreprenant du jeune secrétaire d'État, le cardinal Ludovisi, et sur les immenses moyens de séduction que la disposition des bénéfices ecclésiastiques assurait à chaque pontife. Mais il fallait du temps, de l'habileté et de brillantes alliances de famille pour asseoir définitivement le parti des Ludovisi ' .

Sous le pontificat de Paul V, le marquis de Cœuvres, ambassadeur de France, avait eu maille à partir avec le cardinal Borghèse; sa maison se plaisait à faire du scandale dans les rues de Rome et jusque dans les couvents de femmes; et, quand la poHce pontificale voulait intervenir, les gens du marquis la traitaient avec un sans-gène que n'autorisaient pas suffisamment les immunités dont jouissaient les ambassades. Le marquis négociait en outre avec une brusquerie et une hauteur militaire qui déplaisaient à la cour du Saint-Père. Borghèse fit plusieurs fois valoir ses griefs auprès du gouvernement français, qui dut inviter le marquis de Cœuvres à voyager en Italie hors de Rome ; on songea même dès lors à pourvoir à son remplacement. Mais lavènement du nouveau pape faisait que cet ennemi des Borghèse devenait précisément l'homme qui convenait

I. Voir l'appendice n" i, biographie en latin du pape Grégoire XV. Elle est extraite d'un très curieux manuscrit de la bibliothèque de la Minerve à Rome, intitulé : Siimmoriim pontificuvi vivente auctore e vivis sublatoritm elogia , et vitœ cardinalium, par Amayden (Theodorus), autograph., cod. chart., in-fol., E, III. 12. Amayden, né à Bois-le-Duc, jeté par les troubles des Pays-Bas hors de son pays, vint se réfugier à Rome, où il vécut dans la familiarité des papes et des cardinaux de son temps. Il a publié de nombreux ouvrages ; mais les plus importants sont encore manuscrits, notamment son traité Délie famiglie romane nobili, qui fait autorité. L'ouvrage que nous citons et dont existent des copies à la bibliothèque Corsini et à la bibliothèque Barberini fut composé par l'auteur pour l'instruction de son fils Philippe; il n'était pas destiné au public. Ce sont des mémoires très intéressants, souvent peu édifiants, sur les mœurs de la cour de Rome. Mais la véracité de l'auteur, fervent catholique, ne saurait être révoquée en doute.

le mieux au Vatican pour l'exercice de ces fonctions d'ambassadeur, auxquelles étaient attachées la surveillance et la direction politique des cardinaux pensionnés ou gratifiés par le gouvernement français.

La cour de Rome sollicita donc vivement le maintien du marquis de Cœuvres ^, qui venait de se faire de nouveaux titres à la bienveillance du Saint-Siège^ en sollicitant, sans succès d'ailleurs, auprès du gouvernement vénitien, la réintégration des Jésuites. Mais le secrétaire d'Etat des affaires étrangères avait obtenu, en décembre 162 1, le poste d'ambassadeur à Rome pour son oncle, le commandeur de Sillery ". Le marquis de Cœuvres, à cette nouvelle, avait envoyé au roi de France son secrétaire, pour le 'supplier de ne point porter un tel préjudice à son honneur, sans l'entendre, et il ajoutait, d'une façon cavalière qui donne une singulière idée de ses aptitudes aux fonctions diplomatiques , qu'un tel affront le mettait dans un désespoir si grand qu'il se verrait dans la nécessité d'avoir recours à la violence, et qu'à défaut d'autres moyens il donnerait au commandeur des coups de bâton. La menace n'était point du goût de M. de Sillery, qui fit offrir au marquis de Cœuvres 25 000 écus pour le calmer "', Mais le marquis s'entêta. La compétition se poursuivit à Paris pendant l'hiver, avec une égale ardeur des deux parts. Le commandeur de Sillery, fort de la faveur du chancelier et du marquis de Puisieux , se fondait en outre sur la parole du roi; Cœuvres arguait de son droit de possession, et répétait partout qu'il en faisait une affaire d'honneur et que, dût-il laisser sa tête en place de Grève, il chercherait à bâtonner le commandeur de Sillery ^ L'affaire fut portée devant le conseil; le marquis de Cœuvres y fut entendu.

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