‹ RichelieuChapitre 41 sur 196 · Ambass. vénit.j 14 févr · texte numérisé non relu

Ambass. vénit.j 14 févr

5é LES AFFAIRES DE LA VALTELINE

par le pape au duc d'Albuquerque nous apprend aussi que la situation du cardinal-secrétaire d'État venait d'être assez gravement menacée. Le pape ayant eu des attaques de goutte qui avaient donné de vives inquiétudes, il y avait eu entre les cardinaux des allées et venues peu rassurantes pour le chef de la chancellerie ; des congrégations illicites s'étaient formées, et des conciliabules s'étaient tenus dans la villa Borghèse. Le cardinal neveu avait pu être éclairé sur les dispositions hostiles d'un grand nombre de ceux mêmes auxquels il avait fait le plus de bien ; il savait que ses ennemis de Rome s'étaient efforcés de lui nuire dans sa réputation auprès des cours étrangères, et il redoutait que tant d'efforts réunis contre lui ne parvinssent à le faire tomber en disgrâce du vivant même de son oncle. Le cardinal de Sourdis, alors en séjour a Rome, et chargé des affaires de France par suite de l'absence d'un ambassadeur en titre, joua, paraît-il, un rôle des plus actifs dans la cabale montée contre le cardinal Ludovisi :

« J'ai trouvé^ dit le secrétaire d'Etat romain dans sa dépêche, la légèreté d'esprit du cardinal de Sourdis très favorable à tous ces mauvais desseins, et, s'ils avaient pu s'accomplir, on se serait prévalu du nom du roi et de l'autorité de la couronne de France qu'il représente, comme d'une épée laissée aux mains d'un fou furieux. Sans doute, le frein de la bulle ' est capable aujourd'hui de modérer tous ces emportements. Néanmoins, comme le caractère du cardinal de Sourdis le rend très dangereux pour le public et le particulier, je prie Votre Seigneurie de donner tous ses soins à ce qu'il soit rappelé d'ici. Car quand bien même reviendrait ici le marquis de Cœuvres, ou un autre ambassadeur ou un cardinal français, la continuation de son séjour n'en serait pas moins

I. La bulle relative à rélection du pontife, qui instituait le scrutin secret, au lieu du scrutin par accession ou par adoration, fut conçue par le pape Grégoire X\^ pour laisser plus de liberté au choix des cardinaux et empêcher la formation de factions souvent tumultueuses au sein du conclave.

un danger. Il ne demeure point ici, d'ailleurs, de son plein gré, et s'en retournerait de bon cœur, si telle était la volonté du roi; d'autre part, il n'est point un sujet capable de rendre service à Sa Majesté, parce qu'il est dangereux, même pour ses amis et ses. maîtres, et qu'on ne pourrait le modérer ni le gagner par adresse. Avec un tel caractère, on ne peut compter sur rien. Que Votre Seigneurie veuille donc bien employer son zèle et son habileté à obtenir son éloignement; et, pour le reste, qu'elle cherche à découvrirce qu'auront bien pu écrire par delà, dans la conjoncture présente, le cardinal Bentivoglio ou d'autres. Dissipez les ombrages et les soupçons partout où on en aura répandu; et informez-moi diligemment de tout *. »

L'intervention menaçante du cardinal de Sourdis dans les intrigues de cour, le désir du cardinal Ludovisi d'en être débarrassé, voilà sans doute, avec les entreprises trop audacieuses de l'Espagne dans les Alpes, ce qui commença à rendre le Saint-Siège plus traitable. Désireux de donner des gages à Louis XIII au dehors pour le décider contre les huguenots, il fit avertir la cour d'Espagne de ne point ratifier le traité fait par la volonté du gouverneur de Milan et la pria de donner quelques satisfactions à la France -.

Le conseil ne manquait pas d'opportunité. Lorsque la convention de Milan, tenue longtemps secrète pour le gouvernement français, fut enfin parvenue à sa connaissance, l'indignation fut très vive au sein du conseil. Sans entrer même dans l'examen des clauses qui le constituaient, le gouvernement fut d'avis d'en réclamer l'annulation pure

1. Agucchia à Corsini, 22 février 1622. — Cf. Lettre de Ludovisi au marquis de Cœuvres, par la plume d'Agucchia, 16 mai 1622. Il exprime le regret qu'il n'ait pas été maintenu dans sa charge.^ lui recommande ses propres intérêts et ceux de sa famille auprès de Louis XIII. Dans une récente maladie du pape, il a pu voir de combien de machinations et d'intrigues il est entouré. (Mss. BibL Minerve, X, v, 23, p. 5.)

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