‹ RichelieuChapitre 43 sur 196 · I. Nonce, 7 mars 1Ô · texte numérisé non relu

I. Nonce, 7 mars 1Ô

1, Ambass. vénit., n" 20, i5 mars 162

LA CAMPAGNE CONTRE LES PROTESTANTS. LE CO.\L\L\NDEMENT DU PRINCE DE CONDÉ.

Situation du parti protestant au commencement de l'année 1622. — Les progrés du duc de Souhise empêchent le succès des négociations entamées avec eux. — Le prince de Condé partisan passionné de la guerre contre les huguenots. — Nécessité de cette guerre. — Nouveaux embarras suscités au gouvernement par Marie de Médicis. — Elle veut suivre le roi et faire rester le duc d'Anjou à Paris. — Elle arrive à ses fins. — Accident survenu à la jeune reine. — Départ du roi. — Inexactitude des Mémoires de Richelieu. — Louis XIII veut éloigner d'Anne d'Autriche la veuve du connétable de Luynes. — Résistances de la reine. — Mariage de la duchesse de Luynes avec le prince de Joinville. — Continuation de la défaveur de Marie de Médicis. • — Campagne du Poitou et de la Guienne. — Le prince de Condé perdues bonnes grâces de Louis XIII. — La faveur du secrétaire d'Etat Puisieux s'établit. — Commencement des hostilités dans le Languedoc.

(Mars — Juillet i(")22.)

Ce n'était pas sans raison que la couronne s'inqqiétait de la situation du parti protestant vis-à-vis d'elle. La disgrâce de Sully, sous la régence de Marie de Médicis, avait été regardée comme un désaveu du règne de Henri IV. Les huguenots ne furent même pas rassurés par la confirmation de Fédit de Nantes , premier acte du gouvernement de Louis XIIL « Le roi est mineur, soyons majeurs, » avait dit

éo LA CAMPAGNE DE l622

Duplessis-Mornay. Ils demandèrent qu'on leur permît de s'assembler, comme sous le règne précédent, pour l'élection des deux commissaires qui devaient résider durant trois ans auprès du roi. Le peuple huguenot, réparti en sept cents églises et quinze provinces, sans compter le Béarn, avait ainsi ses États généraux, ses trois ordres, et, pour mieux ressembler à l'autre peuple, ses chefs militaires et féodaux, ses pairs, qui figuraient de plein droit dans l'assemblée, sans tenir leur pouvoir de l'élection, les ducs de Bouillon, de La Trémoille, de Rohan, de Soubise, de La Force, etc. Six de ces assemblées se réunirent de 1610 à 1622 '.

Lorsque, en l'année 1620, Louis XIII, conduit par le duc de Luynes, voulut rétablir le culte cathoHque dans le Béarn, réunir le pays à. la couronne et rendre au clergé orthodoxe tous ses biens, en indemnisant par des pensions les ministres protestants, le Béarn résista, comme dans le même temps la Bohême, pour son autonomie religieuse. Malgré Sully et Duplessis-Mornay , la grande assemblée de La Rochelle proclama la république des Eglises réformées de France et de Béarn. Dans cette déclaration d'indépendance, semblable à celle des Provinces-Unies et à celle que voulurent un instant faire les Bohémiens avant d'élire Frédéric V, on partageait les 722 églises réformées de France en huit cercles, dont chacun aurait ses chefs civils et militaires sous la direction d'un conseil représentatif. Bouillon fut nommé chef général des armées réformées ; on demanda des secours aux chefs calvinistes de Hollande, d'Angleterre et d'Allemagne. Les huguenots de France crurent trouver dans Bouillon ou dans Rohan un Guillaume d'Orange ^.

Les deux campagnes de 1620 et de 1621 avaient porté des coups sensibles à la formation de cette république protes-

1. Léonce Anquez, Histoire des assemblées politiques des réformés de France. Paris, A. Durand. iSSg.

2. Toussenel, Histoire de l'Europe de 16 10 à lyS^). Paris, Delàgrave. 1879,

LE COMMANDEMENT DU PRIXCE DE CONDÉ 6l

tante. Mais la résistance victorieuse de Montauban releva les forces et les espérances du parti. Louis XIII, on l'a vu, prit la résolution de les abattre définitivement. Son parti était arrêté, à cet égard, dès le commencement de mars 1622.

Le gouvernement crut cependant devoir cacher encore la direction définitive de la marche militaire qui avait été résolue. La diplomatie vénitienne tenta de nouveaux efforts pour acheminer le roi sur Lyon au lieu de lui laisser prendre la route du Midi. Mais Louis XIII était, au dire de Giovanni Pesaro, circonvenu et persuadé d'ailleurs que, après une campagne victorieuse contre les huguenots, il pourrait beaucoup plus contre les Espagnols et en fliveur de ses amis.

« Les considérations contraires, ajoute l'ambassadeur, bien qu'elles lui aient été représentées, ne servent de rien i; je suis le seul à les faire arriver quelquefois jusqu'aux oreilles de Sa Majesté, laquelle n'écoute pas les offices des ministres étrangers et n'a d'autre plaisir que d'être entretenue brièvement et de pouvoir répondre ce qui lui a été appris à l'avance. Le prince de Condé est porté à cette guerre contre les huguenots par le souci de sa propre conservation et de sa grandeur. Il est convaincu que, les huguenots une fois abattus, tout prétexte de division dans le royaume tombera, et que^ le parti protestant et ses chefs se trouvant ainsi abaissés, la reine-mère et Monsieur, quand il sera arrivé à l'âge de sa maturité, ne trouveront plus aucun appui de conséquence. Et ainsi le prince de Condé aura toujours une influence prépondérante, parce qu'il sera du côté du roi . »

Un calcul de ce genre est trop conforme à l'humeur de Condé pour qu'on puisse douter que l'intérêt personnel du prince n'ait pas été pour lui la première considération dont s'inspirèrent ses conseils. Mais l'intérêt de l'État ne justifiaitil point d'autre part sa poUtique? Pouvait-on, sans danger,

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