‹ RichelieuChapitre 54 sur 196 · Ambass. vénit., dép. n° 4g · texte numérisé non relu

Ambass. vénit., dép. n° 4g

76 LA CAMPAGNE DE l622

sonne avec rudesse, au conseil de guerre, ou sur le terrain même des opérations militaires ; les aspérités de son caractère étaient devenues plus saillantes au fur et à mesure que la campagne avançait ; il se croyait en elïet de plus en plus nécessaire et même indispensable. Il s'usa par là rapidement auprès de Louis XIII.

Ce qui avait fait la force du connétable de Luynes, c'est sa modération même. Il n'avait point recherché la guerre pour la guerre ; son intérêt personnel n'avait jamais pu même paraître le mobile des hostilités contre les protestants ; car elles s'étaient imposées à lui comme une nécessité politique inévitable. Aussi l'avait-on vu négocier et combattre en même temps, sacrifiant au besoin la gloire militaire au but qu'il poursuivait : l'apaisement des passions religieuses et l'affermissement de l'autorité royale . Le duc de Luynes, en mourant, avait légué cette tradition à une partie du conseil de Louis XIII, le chanceHer Brûlart et son fils Puisieux, qui, après avoir été les hommes de cette politique de sagesse en 1621, cherchaient encore à la faire prévaloir contre le prince de Condé en 1622.

Condé, à la différence du connétable de Luynes, ne recherchait pas seulement dans la guerre contre les protestants les avantages matériels et le prestige du commandement d'une armée en campagne; on peut dire qu'il poursuivait encore le triomphe d'une politique toute personnelle et égoïste; c'est ce qu'explique un passage caractéristique de Fontenay-Mareuil : « Comme je luy disois qu'on s'estonnoit de luy voir poursuivre les huguenots avec tant de chaleur, M. le Prince me répondit que c'estoit parce que la couronne estant enfin venue au roy Henry le Grand, qui s'en estoit déjà veu bien plus eslongné que luy, il ne vouloit pas, sy ce bonheur arrivoit jamais à luy ou à quelqu'un des siens, qu'il luy peust •estre reproché de ne les avoir pas ruinés quand il auroit peu ; comme au roy Henri III, qui ne le voulust pas faire après la bataille de Montcontour, dont il se repentist bien après.

Mais il ne disoit pas tout ; car il est certain que plusieurs de ces faiseurs d'horoscopes luy avoient prédit qu'elle viendroit à luy-mesme, et qu'il n'en cstoit pas sans espérance^ voyant que le roy n'avait point d'enfants , et Monsieur n'estre point marié '. » Ainsi le prince de Condé faisait passer un intérêt non seulement personnel, mais encore très aléatoire , avant l'intérêt présent de la couronne , dont il devait être le premier serviteur, Louis XIII avait le sens juste et délicat; le côté intéressé des préoccupations du prince de Condé ne devait pas lui échapper.

Le prince sentit donc le terrain se dérober sous lui lorsque, après s'être détaché du gros de l'armée pour aller à Bordeaux et assurer la soumission de quelques petites places des environs, il vint retrouver le roi à Castillon. Pendant son absence, Louis Xni avait fait engager des pourparlers avec le duc de La Force, pour obtenir la soumission amiable de ce dernier. C'était la poHtique du duc de Luynes qui reprenait le dessus; et il n'avait pas tenu au connétable qu'elle ne réussît un an plus tôt. Le duc de La Force traita en effet sur les bases suivantes : indemnité de 200 000 écus pour ses charges; réintégration dans tous ses biens, et promotion à la dignité de maréchal de France -. Le prince de Condé essaya en vain de se jeter à la traverse en éveillant les susceptibihtés de deux hommes de guerre qui avaient, dans cette campagne même, servi le roi avec autant de dévouement que d'intelligence, le comte de Schomberg, surintendant des finances, chargé des fonctions de grand-maître de l'artillerie, et le colonel-général Bassompierre. « Quel sujet de mécontentement n'avaient-ils pas, disait le prince, de voir que l'on faisait les rebelles maréchaux de France et que leur fidélité, leurs services ne leur procurassent autre chose que la ruine en leurs affaires ou des coups et maladies mortels ^ »

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