Bassompierre. Ibid
Condé avait le tort d'avoir trop raison; le roi sentait aussi bien que lui ce qu'avaient d'injuste ces faveurs prodiguées aux révoltés; mais il savait aussi combien elles étaient politiques et nécessaires : « C'est le bien de mes affaires; je ne veux laisser aucune chose derrière moi en Guyenne; qui m'empêche de passer promptement en Languedoc, » disait Louis XIII à Bassompierre; l'âme chevaleresque de celui auquel le roi s'adressait était à la hauteur de cette abnégation. Le fait de rébellion faisait rarement perdre les droits à l'avancement sous l'ancienne monarchie. « La Force était un vieux seigneur expérimenté, auquel le feu roi avait destiné un bâton de maréchal ; il avait été rebelle, mais il cessait de l'être, et c'était un acte signalé de la bonté de Sa Majesté d'oublier les fautes de ses serviteurs, pour se ressouvenir et récompenser leurs mérites et leurs services '. » Ainsi raisonnait Bassompierre, à la fois en courtisan habile et en homme politique.
Le prince de Condé ne montra pas plus de tact lorsqu'il voulut se servir encore de cet honnête soldat pour renverser un personnage qui, parmi les compétitions diverses qui s'agitaient autour de la faveur du roi , avait fait son chemin lentement, mais sûrement dans l'esprit du prince. Le marquis de Puisieux^ fils du chancelier Brûlart, et ministre des affaires étrangères^ homme de plume et de cabinet, prudent et adroit, laborieux et expérimenté, appelé chaque jour à conférer avec le roi sur des matières dans lesquelles entraient en jeu toutes les ressources de son esprit et de son intelligence pratique des aff"aires, s'était imposé à Louis XIII plus par la force de l'habitude que par celle de la sympathie qu'il inspirait. Il en résultait que, en l'absence d'une autorité dirigeante assez fortement étabhe pour se montrer supérieure à la sienne, Puisieux avait fini par accaparer toute la puissance effective, suivant