‹ RichelieuChapitre 6 sur 196 · INTRODUCTION VU · texte numérisé non relu

INTRODUCTION VU

■ Pour toutes ces raisons, l'histoire des années qui s'écoulent entre la mort du connétable de Luynes et l'avènement définitif de Richelieu au pouvoir nous paraît devoir être étudiée à nouveau. Q.uoi de plus intéressant en effet que de suivre, au moyen des indications les plus sûres, les diverses phases de la fortune du cardinal pendant cette période, au début de laquelle il n'est rien moins qu'en laveur et dont la fin le voit déjà au faîte de la puissance ? Oiielle curieuse suite d'intrigues et de péripéties se déroule dans l'histoire de sa promotion même au cardinalat ! Quoi de plus attachant que le spectacle des luttes qui se passent dans l'âme de Louis XIII entre ses aversions , ses goûts et sa raison ? Quelle étude plus humaine que celle du cœur de ce prince revenant insensiblement aux sentiments d'affection les plus sincères vis-à-vis de cette mère que la raison d'État Tavait forcé naguère à traiter sidurenient ? Tel est, en même temps que l'importance qui s'attache aux événements dont nous avons parlé plus haut, l'intérêt que nous trouverons aussi dans l'histoire des personnes.

Les documents nouveaux qui forment le fond de ce travail proviennent de sources inédites auxquelles nous avons eu recours pour une publication précédente dont celle-ci est la continuation '. Les correspondances du nonce, de l'ambassadeur vénitien et du résident florentin nous ont encore fourni les éléments principaux de cette nouvelle étude. Nous devons faire connaître au lecteur ces diplomates, qu'il retrouvera presque à chaque page du présent volume, et dont les biographies, abstraction faite de leurs correspondances mêmes, présentent un certain intérêt.

1. Le connétable de Liivncy, Montauban et la \'al1eUne. Taris, Didier. 1879.

viii introduction

1° Le nonce du pape, Ottavio Corsini, archevêque de Tarse *. — Ottavio Corsini, issu de cette noble famille de Florence qui donna un saint (André Corsini), un pape (Clément XIII) et de nombreux cardinaux à l'Eglise romaine, était fils du marquis Lorenzo Corsini et de Marietta, fille de Francesco Rinuccini; il naquit à Florence le 12 août 1588. Il étudia à l'Université de Bourges, puis à celle d'Ingolstadt, où il prit le grade de docteur en 1606. De retour en Italie, il se fixa à Rome et entra dans la prélature. Paul V le nomma clerc de la Chambre apostolique et Grégoire XV l'envoya comme nonce pontifical à la cour de France, avec le titre d'archevêque de Tarse. Ottavio Corsini espérait que cette mission le mènerait promptement aux honneurs du cardinalat, qu'il ambitionnait ardemment; le succès ne répondit point à ses espérances. Il eut le tort de se mettre mal avec le duc de Luynes, et après lui de mécontenter Richelieu, candidat aussi à la pourpre romaine; il ne réussit pas non plus à gagner les bonnes grâces de la cour de Rome, dont il ne servit pas la politique envahissante avec assez d'énergie. Rappelé par Urbain VIII, il fut nommé préfet de la Romagne et de l'exarchat de Ravenne. En 1642, le pape l'accrédita auprès de la République de Venise pour négocier le traité qui mit fin à la guerre entreprise par les Barberini, contre le duc de Parme 2. Revenu à Rome après cette mission, il mourut le 13 juillet 1642 et fut enseveli dans l'église de Saint-Jean des Florentins. Sur son mau-

1. Registro dellc lettere scritte da monsig. Ottavio Corsini, chicfico di caméra, arcivescovo di Tarso nella nun^iatiira del clif»" Re di Francia Ludovico XIII negli anni 162 1, 22, 23. Copie manuscrite de la bibliothèque Corsini à Rome. Cod. 999.

2. Le pape Urbain VIII s'était saisi de la ville "de Castro, appartenant à Edouard, duc de Parme, en garantie de certaines créances. Les Médicis, les d'Esté et Venise s'unirent contre le pape et portèrent la guerre jusque sous les murs de Rome. La médiation du gouvernement français mit fin à cette guerre.

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