Corsini au nonce d'Espagne, 7 juin
3. « Dicono essi che in Madrid non si traita sinceramente an^i s'usa tanto d'artijitio et d'inganno ch'il pin soffrirlo e imyossibile. » Nonce, 8 juin 1622.
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2° Comment s'}^ prendraient-ils pour faire promettre aux Suisses la stabilité de l'état dans lequel on mettrait la religion ?
3° Comment avaient-ils l'intention de se conduire dans le cas où les Espagnols, en considération de ce qui s'était passé depuis, refuseraient absolument l'exécution du traité de Madrid.
Les ministres répondirent au nonce qu'ils voulaient conclure, en faveur de la religion catholique, un accord avec les Grisons, qui serait plus avantageux encore que la capitulation de Milan, et qu'ils avaient la confiance de pouvoir l'obtenir de ces peuples. Le traité de Madrid, ajoutaientils, statuait que tous les Suisses ou la majeure partie des Suisses promettraient d'être garants des Grisons pour la sécurité des catholiques; or ils étaient assurés de cette majorité^ parce qu'ils pouvaient compter, outre les cantons hérétiques, sur trois cantons catholiques (Soleure, Unterwald, Appenzell); néanmoins, pour plus de sûreté, ils envoyaient 100 000 écus aux ministres de la couronne auprès de cette nation, pour la mieux disposer, par le versement des payes qui lui étaient dues, à faire cette promesse '. Quant au reste, ils ne pouvaient se persuader que l'Espagne pût s'obstiner dans une conduite si blâmable, vu l'heureux succès des armes du roi en France. Sa Majesté allait se mettre en route pour Lyon, et, si les Espagnols continuaient de se refuser à écouter la voix de la justice, il y conclurait une ligue avec les Vénitiens, le duc de Savoie, les Suisses et les Grisons, et lui donnerait l'appui de ses officiers , de ses soldats et de son argent, de telle sorte qu'indubitablement
I. Le nonce ajoute, comme lui ayant été glissée dans la conversation avec les ministres, cette insinuation, relative à M. de Puisieux, qui semble être comme un présage de la disgrâce de ce dernier : « La quai cosa esser stata differita fin hora per la debole:j^a del signori di Pisius, che maneggia i nego^i dei principi, a qiiali non e pare il suo ingegno ne la sua accorte^^a. » (Nonce, 8 juin 1622.)
la force exécuterait ce que n'avait pu faire accomplir à l'Espagne ni l'amour de la justice ni le souci de son honneur '.
Les ministres de Louis XIII, en parlant au nonce avec cette fermeté, ne désespéraient pas de faire impression sur la cour pontificale, et, pour essayer de la détacher des Espagnols, ils firent entendre au nonce quelques promesses évasives^ mais assez favorables relativement à cette occupation de Genève par le duc de Savoie, qui tenait tant au cœur de Grégoire XV. L'ambassadeur vénitien signale, de son côté, quelques propos semblables qui tendraient à faire croire que le cabinet français, poussé à bout^ cherchait dès ce moment les moyens de gagner non seulement le pape, mais aussi le duc de Savoie, en vue d'une prochaine alliance.
Le ton modéré de Corsini, non seulement dans son langage vis-à-vis de la cour de France, mais dans sa correspondance soit avec Rome soit avec Madrid, doit être attribué aux craintes qu'inspirait une nouvelle indisposition du pape, dont le nonce fait mention, et par suite de nouvelles intrigues des Borghèse et des Bentivoglio contre le cardinalneveu -.
Mais les idées de conciliation ne prévalurent pas longtemps à Rome, et, le pape une fois hors de danger, le nonce reçut l'ordre d'être plus pressant, en ce qui concernait la ratification de l'accord d'Occagna; les dépêches de la chancellerie romaine ne tardèrent même pas à être empreintes d'une certaine violence à ce sujet. Ce qui paraît surtout avoir excité le dépit du Saint-Siège, c'est une subite
1. « Di sorte che indiibitamente opererebbe la for:^a qiiello che non ha potuto l'ainor délia ginstitia e del proprio honor. » Nonce, 8 juin 1622.
2. Dans Aubéry, Mémoires pour servir à l'histoire du cardinal duc de Richelieu, voy. les dépêches de Sillery du mois d'avril 1622; de Puisieux et du roi des i'^^'' et 2 mai, qui ont trait à une grave indisposition du pape.
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prise d'armes des Grisons au mois de mai 1622; les secrètes promesses des agents français y avaient eu sans aucun doute quelque part. Aussi le secrétaire d'Etat du pape fait-il entendre, à cette nouvelle, de sourdes menaces, qui montrent bien la parfaite communauté de vue qui existait, au fond, dans cette affaire de la Valteline, entre le pape et l'Espagne : « Si le soulèvement des Grisons qui vient de se produire, écrit le secrétaire Agucchia, gagne du terrain, le duc de Feria s'y rendra en personne, et il se prévaudra de cette occasion pour les réduire à telles enseignes qu'ils ne puissent plus lever la tête. Il en résultera que l'exécution de l'accord deviendra encore plus difficile et que l'on s'écartera inévitablement de plus en plus du traité de Madrid. Et si les insurgés trouvaient l'assistance de quelque prince voisin qui fomentât leur révolte, et que les Français se missent en mouvement pour les secourir, il n'est point malaisé de deviner que ce serait là le commencement de la rupture et de la guerre ouverte avec TEspagne '. »
On voit bientôt la cour pontificale essayer de donner le change au gouvernement français sur les chances de succès ou de durée de l'insurrection des Grisons et même sur leurs véritables sentiments à l'égard de la France : « Chez les Suisses catholiques, écrit Agucchia, les deniers de l'Espagne ont beaucoup plus de pouvoir que ceux des Français, sans compter qu'il y a eu tant de froissements et qu'il règne si peu de bonne intelligence entre cette nation et les ambassadeurs français, que, dans l'état présent des choses, les huit cantons catholiques ne suivront pas d'autre parti, ni d'autre fortune que celle des Espagnols; mais le pire pour Tautorité française est que ces mêmes Grisons, à l'aide desquels ils veulent se porter, pour les remettre en liberté, sont devenus tellement Espagnols qu'ils n'auront cure de leurs secours. Et en eftet, si les Français ont à traiter