I. Agucchia, 20 mai ir
une affaire ou l'autre avec les Grisons, ils ne tarderont pas à s'apercevoir de leur peu de pouvoir. Qu'on n'aille point tenir compte du dernier soulèvement de la Ligue des Dix Juridictions, sur huit desquelles l'archiduc Léopold émet cette prétention, qu'elles sont ses sujettes; car les deux autres Ligues, malgré la persuasion tentée par les sequins de Venise et par les Suisses hérétiques, au lieu de se mettre en mouvement pour secourir la troisième, ont au contraire engagé leur foi à l'archiduc Léopold, et se déclarent satisfaites des articles du traité de Milan ; elles aiment mieux, en effet, être bien avec ceux qui pourraient plus aisément leur faire du mal qu'avec ceux dont on attendrait les secours en vain. Mais il y a plus : comme ces mêmes rebelles ont maintenant sur le dos les gens que le duc de Feria d'une part, et l'archiduc de l'autre, ont poussés contre eux, ils seront^ en quahté de révoltés, châtiés de telle sorte qu'ils n'auront plus l'audace de lever la tête, et cet exemple n'en retiendra que mieux les autres dans le devoir. Si donc les Grisons, soit par amour de la tranquillité ou par souci de Tintérêt présent, soit par l'effet de la force, ne tiennent pas à changer de condition, désespérant du secours d'autrui; s'ils attendent en ce moment la ratification du traité de Milan par le Roi Catholique, que voudraient donc tenter les Français en faveur de ceux à qui ils prétendraient rendre service? Ainsi, puisque les nations suisse et grisonne sont aujourd'hui aliénées et défiantes en ce qui concerne la puissance, la volonté ou la constance des Français, et qu'elles sont réduites sous l'autorité des Espagnols, notre avis est que les entreprises du roi de France ne pourront consister seulement à délivrer ses anciens confédérés, qui ne s'en soucient pas, mais à chasser les Espagnols et les Autrichiens pour entrer luimême dans le pays; et l'on peut bien s'imaginer combien la chose sera malaisée. A coup sûr, l'apparence de la justice sera en faveur des Espagnols, parce que les Grisons, peu-
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pie libre, voulant s'en tenir à la confédération faite à Milan, ce serait une violence et une injustice que de les en détacher par la force des armes '. «
La prévoyance inquiète du Saint-Siège fut singulièrement mise en défaut; pendant qu'il prenait fait et cause pour les intérêts et la politique de l'Espagne, de manière à ne plus laisser aucune illusion au gouvernement français, les Grisons se chargeaient eux-mêmes de donner un démenti aux appréciations si peu bienveillantes du secrétaire pontifical. La dépêche suivante, émanée de la même source que la précédente, nous met au courant d'événements qui firent baisser le ton au Saint-Siège :
« Les choses ont changé de face dans le pays des Grisons, contre Topinion générale ; il n'était personne qui ne pensât avec raison que des gens en petit nombre, sans armes et sans chef, ne tarderaient pas à succomber, étant molestés par les Autrichiens et par les Espagnols; mais le désespoir, l'amour de la liberté et les secours, d'abord occultes, et puis ouverts des autres Ligues, et surtout la lenteur, le défaut d'entente et la nonchalance de leurs adversaires ont trompé jusqu'à cette heure le commun jugement. C'est pourquoi ceux d'entre eux même qui, au commencement du soulèvement, montraient de la constance en faveur du parti espagnol, se sont laissé entraîner à la suite de la fortune de leurs compatriotes soulevés, excités qu'ils étaient par le regret de leur ancienne hberté. Les trois Ligues se sont donc réunies et ont renoncé à la capitulation de Milan. Pour cette raison, les Grisons, devant forcément haïr le parti espagnol, recommenceront à ouvrir la voie à l'influence française et à recevoir au milieu d'eux l'ambassadeur Gueffier, qui depuis si longtemps demeurait loin de leur pays et que l'on retrouve mamtenant avec les mêmes intelligences et la même autorité auprès d'eux qu'au-