I. Agucchia, 27 mai 1Ô
trefois. Il faut reconnaître cependant que les Grisons ont beaucoup plus d'inclination pour les Vénitiens, dont ils avouent avoir reçu beaucoup plus d'aide que de la France. Aussi la république se repose-t-elle sur l'espérance de renouveler avec cette nation la même ligue qui fut l'origine de tous ces événements malheureux. Comme elle ne déplaît pas moins aux Français qu'aux Espagnols, les uns et les autres s'attachent à l'anéantir, et c'est ce qui arrive en effet. Il n'est pas douteux que les Français n'ont jamais voulu la supporter, parce qu'elle détruit presque entièrement leur propre alliance, déjà si ancienne. Il en résulte que, si les Français eux-mêmes en viennent à remettre cette nation en état de puissance, ils n'auront pas moins à faire pour dissoudre la ligue avec Venise, qu'ils n'ont eu de peine à rompre celles avec les Espagnols; et il est manifeste que, au point de vue des intérêts de la religion cathoHque en Italie, rien n'est moins à désirer qu'une entente si étroite entre des peuples hérétiques et d'une telle bestialité et les États italiens qui sont à leurs confins. Mais le duc de Feria, bien qu'il soit peu fourni de troupes et absolument sans argent, fait tous ses efforts pour soutenir Chiavenne et la Valteline, et pour empêcher les desseins des Vénitiens, qui se trouvent avec toutes leurs forces sur les frontières de la même vallée '. »
Ainsi, par l'énergique initiative des Grisons, la situation compliquée, à laquelle avait donné Heu le traité de Milan, se dégageait d'une manière favorable aux intérêts français. Les Espagnols et les Autrichiens étaient chassés des positions qu'ils occupaient sur le territoire même des Ligues. Mais il fallait achever l'œuvre : chasser Feria de] la Valteline et rejeter Léopold dans son comté de Tyrol. Les Vénitiens étaient prêts ; non seulement ils avaient massé des troupes sur la frontière; mais, à la première nouvelle de l'heureux
I, Agucchia, 22 juillet 1622.
98 LA CONVENTION d'oCCAGNA
soulèvement des Grisons, leur ambassadeur était allé trouver le roi de France pour le presser d'agir immédiatement, et lui avait promis la coopération de Venise; ce n'était pas, on vient de le voir, une vaine démonstration. Le gouvernement français ne témoigna pas le même empressement que Venise à tirer parti d'une bonne occasion ; Giovanni Pesaro nous montre le roi hochant la tête à ses propositions, se caressant les cheveux^ en un mot fort embarrassé; Louis XIII finit par renvoyer l'ambassadeur aux ministres. Ceux-ci lui firent savoir qu'une décison ne serait prise qu'au moment où le roi, qui, dès le commencement de son expédition, avait décidé d'aller à Lyon, serait arrivé dans cette ville ^ . Le ministre, en cette occasion, manqua de coup d'œil; il ne fillait point retarder, mais précipiter les événements. Sans doute il ne s'agissait pas de laisser de côté la guerre contre les protestants et de se jeter tête baissée dans de graves complications extérieures : Le chancelier et M. de Puisieux, qui firent prévaloir dans le conseil la politique d'atermoiement, avaient raison de ne vouloir laisser entreprendre une action sérieuse au dehors qu'appuyés sur des alliances qu'ils méditaient et préparaient; mais un ordre donné à Lesdiguières de prêter main forte aux Grisons , alliés de la France, pour les maintenir au moins dans la possession de ce qu'ils avaient reconquis, eût fait prendre position à la France, sans l'engager à fond, et l'eût mise à même d'empêcher un retour offensif, qui n'était que trop probable, de la part des ennemis, sur le territoire des Ligues. Les militaires voyaient plus juste, en cette circonstance, que les politiques. « Le roi, dit l'ambassadeur vénitien, a de bonnes intentions, et il y a autour de lui une foule de seigneurs qui ne cessent de lui tempêter aux oreilles : Sire, en Valteline ' ! »