‹ RichelieuChapitre 70 sur 196 · Ambass. vénit., n" 43, 2 juillet · texte numérisé non relu

Ambass. vénit., n" 43, 2 juillet

2. Ambass. vénit., n" 44, 4 juillet 1622 : « Essendo il re ben intentionato et havendo molti signori clie continuamcnte gli tempestano nelle orcccliic : Sirc% alla ValtelUna! »

Les circonstances qui commandaient une détermination prompte sont exposées avec une remarquable précision dans une dépèche pleine d'anxiété du cardinal Ludovisi lui-même au nonce en France. Le cardinal-neveu écrit sous le coup des succès remportés par les Grisons : « En vérité, nous n'avons jamais cru que, du côté des Français, on ait pu songer à se prévaloir d'aucun des avantages qu'ils ont pour le présent : voilà les Espagnols, engagés outre mesure dans les affaires de Flandre et de Germanie, qui ont maintenant sur les bras le soulèvement des Grisons, lequel menace la Valteline et tient forcément occupées les forces de l'Etat de Milan; les corsaires d'Afrique, unis avec les Hollandais, sont prêts à assaillir les côtes de l'Espagne ; les Espagnols eux-mêmes sont plus que jamais dépourvus d'argent et de moyens d'en trouver, et, par suite, ont aussi peu de crédit que possible avec les traticants; ajoutez que leur roi a plus de propension aux plaisirs qu'aux affaires ei que son conseil se gouverne comme une république, c'està-dire plus pour sauvegarder des intérêts privés qu'en considération du service public '. »

I. Cardinal Ludovisi, 24 juillet ihi'i. — Nous devons, pour mieux faire ressortir le sens de cette dépêche, préciser la situation politique et militaire à laquelle fait allusion le cardinal-neveu. Pendant l'année 1621, rélecteur palatin, Frédéric V, roi de Bohême, avait été dépouille du Haut-Palatinat par les Bavarois du comte de Tilly et par les Espagnols de Gonzalès de Cordova; Frédéric V avait cherché un refuge en Hollande, bien que le Bas-Palatinat ne fût pas encore conquis par ses ennemis; Manheim et Heidelberg notamment étaient encore en son pouvoir. Ernest de Mansfeld avait entrepris de rendre ses Etats à rélecteur palatin et il avait concentré en Alsace une armée de 20 000 hommes. L'infante Isabelle, archiduchesse des Pays-Bas, qui avait à faire face aux Hollandais, en raison de l'expiration de la trêve de douze ans qui n'avait pas été renouvelée, essaya en vain de gagner l'aventurier. L'empereur, qui avait signé avec Bethlen Gabor, pour être plus libre du côté de l'Occident, la paix de Niclasbourg (26 janvier 1622), se montrait inquiet du retour offensif de Mansfeld, que devaient soutenir les forces recrutées par le margrave de Bade-Dourlach et par Christian de Brunswick, administrateur de l'evêché d'Halberstadt. Frédéric V, qui, parti de Hollande, avait débarqué à Calais et avait traversé la Lorraine et l'Alsace, rejoignit Mansfeld dans le Palatinat; les débuts de la campagne

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Les succès récents des armées impériales et espagnoles en Allemagne, à Wimpfen et à Hœchst ne suffisaient donc point à rassurer le Saint-Siège; la monarchie espagnole lui paraissait dans un moment de crise très grave; ce fut une faute de la part du gouvernement de Louis XIII que de n'en pas profiter. Le cardinal Ludovisi sentait si bien que la France avait, à ce moment, une entrée de jeu exceptionnellement flivorable contre l'Espagne, qu'il affectait une confiance évidemment excessive dans les dispositions pacifiques de Louis XIII. Il écrivait, dans la dépèche qui vient d'être citée, que les Français, tout en faisant cas des avantages de la situation, n'avaient pas le moindre désir de rom-

furent heureux : ils dégagèrent Heidelherg par la victoire de Mingelsheim et grâce à l'inaction de Gonzalès de Cordova , qui ne vint pas rejoindre Tilly. Mais le margrave de Bade-Dourlach, qui, de son côté, commit aussi l'imprudence d'agir isolément en voulant envahir les États des Bavarois, fut assailli par les deux généraux impériaux réunis cette fois et battu à Wimpfen (6 mai). Mansfeld n'en restait }ias moins menaçant en Alsace, et l'archiduc Léopold fut appelé en toute hâte pour opérer contre lui, pendant que les Grisons s'affranchissaient après son départ. L'archiduc ne fut point heureux; il essuya une défaite, en voulant faire lever le siège d'Haguenau ; il se retira alors à Fribourg-en-Brisgàu, attendant du secours (juin). On remarquera que les anxiétés du Saint-Siège concordent exactement, dans les dépêches que nous citons, avec ces faits militaires ; Frédéric V et Mansfeld, profitant de leur avantage, se portent sur les terres de Louis, landgrave de Hesse, allié de l'empereur, et s'emparent de Darmstadt. Tilly et Gonzalès de Cordova accourent, battent l'arrière-garde de Mansfeld, et, se retournant contre l'administrateur d'Halberstadt, qui arrivait sur le Mein, lui infligent une défaite complète au passage de cette rivière à Hœchst (17 juin). Cette victoire était évidemment connue de la cour de Rome le 24 juillet ; mais elle ne parait point y avoir été considérée comme consommant la ruine du Palatin. En eftèt Christian, qui, malgré son désastre, était parvenu à rejoindre Mansfeld, jetait avec ce dernier la terreur en Alsace; les deux généraux pouvaient au besoin se porter sur la Suisse. Les alarmes du Saint-Siège n'étaient donc pas sans fondement ; la partie était loin d'être gagnée par les Espagnols et par les Autrichiens. — Depuis Schiller, la Guerre de Trente ans a été l'objet d'études nombreuses et étendues. Voy. notamment : Hûrter, Histoire de Ferdinand II (en allemand), ii vol. Keym, Histoire de la Guerre de Trente ans (en allemand). Du Jarrys, Seigneur de la Roche, Histoire de la Guerre de'Trente ans (en allemand et au point de vue militaire). Charveriat, Hist. de la Guerre de Trente ans. [Paris. Plnu ' Kheve n-Hi'ler, .1 nnalcs Fcrdinandi. Tlicatrumcuropœiim.

ET LE COMPROMIS DE BEZIERS lOI

pre la paix; que, si le prince de Condé poussait le loi à une rupture, le chancelier et M. de Puisieux détournaient au contraire le roi de se mettre en guerre. Le commandeur de Sillery, ajoutait-il, avait invoqué, au nom de son gouvernement, l'intervention du pape dans les affaires du pays des Grisons '.

Quoique le Saint-Siège payât d'assurance, le cardinal secrétaire d'Etat n'en montrait pas moins, pour ainsi dire^ la griffe sous la patte de velours : « Il n'est rien à quoi les Espagnols tiennent plus qu'à soutenir les apparences et le point d'honneur, et par-dessus tout ils ne veulent point avoir l'air qu'on leur ait forcé la main. Cette considération pourrait très facilement les entraîner à des résolutions dangereuses, et, bien qu'ils soient aujourd'hui en guerre avec les Grisons, ils pourraient bien chercher à s'accommoder avec eux à des conditions plus acceptables, en excluant les Français de toute participation à cet accommodement et même au passage dans la Valteline, parce que. comme je l'ai plusieurs fois indiqué a Votre Seigneurie, si les Grisons veulent s'alHer avec les Espagnols, les Français ne pourront absolument rien dans cette affaire... Qu'ils considè-

I. Ces mots du secrétaire d'Etat pontitical semblent contirmer le passage suivant de Levassor : « Tout occupé de son projet de réduire les reformez, et de se venger de l'affront reçu devant Montauban, le roy laisse les affaires étrangères et ne pense tout au plus qu'à celles des Grisons et de la Valteline, parce que son honneur est engagé à faire exécuter le traité de Madrid. Puisieux, secrétaire d'Etat, qui avait plus de part au gouvernement qu'aucun autre depuis la mort du connétable de Luines, agissoit si foiblement en ce qui concernoit la Valteline, et ses ménagements pour la cour de Madrid étoient si extraordinaires, qu'il auroit volontiers permis que les Espagnols missent l'Italie aux fers, sans les ministres de la république de Venise, et ceux de Charles-Emmanuel, duc de Savoie, à Paris, qui crioient in.essamment contre les entreprises du gouverneur de Milan. Un historien étranger a peint Puisieux d'après nature : C'étoit un homme irrésolu dans les affaires, dit-il, inconstant dans les paroles qu'il donnoit, et plus artificieux que véritablement habile. Certains projets ambitieux, et je ne sais quelles espérances du côté de la cour de Rome, le rendoient dépendant du pape et par conséquent de l'Espagne, dont Grégoire appuioit les desseins de ruiner les protestants. » (Tome IV, p. 346 sqq.)

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rent bien en outre que, s'ils se mettent dans la situation de rompre avec l'Espagne, ils ne trouveront point dans une alliance avec des puissances étrangères tout l'appui qu'ils en espèrent. Assurément on ne leur fournira nulle part trop de secours en argent, et il conviendra plutôt qu'ils en donnent aux autres, sans compter qu'ils en reviendront à courir de nouveaux risques en tout ce qui concerne les affaires de chez eux : ils ouvriront notamment l'accès aux pistoles de l'Espagne, par lesquelles ils se laissent plus facilement toucher et vaincre que par les pistolets... Vaine raison d'Etat, » s'écriait enfin le cardinal en protestant contre la maxime qui, dès ce moment, guidait les destinées de la France, avant que Richelieu l'appliquât avec une énergie sans réserve, « vaine raison que celle-ci : notre politique est de triompher des hérétiques dans notre royaume et en même temps de les protéger et de les agrandir dans les États des autres. »

Ludovisi n'en constatait pas moins avec amertume dans cette dépèche, si pleine et si intéressante, les fautes qui avaient déterminé le soulèvement des Grisons et qui pouvaient le rendre plus dangereux pour les ambitions soutenues par le Saint-Siège de tout son pouvoir, que n'affectait de le croire le secrétaire d'Etat romain. « Les archiducaux, dit-il, et avec eux le duc de Feria, n'ont pas su manoeuvrer dans cette affaire; sans doute il convenait de maintenir les Grisons par la force en leur mettant le frein pour ainsi dire ; mais il ne fallait pas les opprimer ; on devait d'une main leur montrer l'épée, de l'autre les gratifications, les bons traitements, tout ce qui sert d'appât à la foule afin de s'emparer de leurs esprits; car, dans ce cas, si le Roi Catholique avait ratifié la capitulation de Milan, il eût coupé aux Français les moyens de faire quoi que ce fût ^. »

Le gouvernement français ne sut évidemment point tirer

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