‹ RichelieuChapitre 85 sur 196 · Puis, à Sill., 22 sept. 1Ô · texte numérisé non relu

Puis, à Sill., 22 sept. 1Ô

2. La copie de ces deux brefs se trouve à Rome, à la bibliothèque Corsini, cod. yiB. Miscellan., p. 53. Voir l'appendice, n" 5.

Lé pape écrit au roi dans les termes suivants :

« Grégoire XV, pape.

« Notre très cher lils en Jésus-Christ, sahit!

« Ils veillent avec sagesse au salut de leurs Etats et à la gloire de leur règne, les princes dont le patronage est une récompense ou un encouragement à la vertu. Une pareille réputation est bien capable de faire le bonheur des peuples; car, comme il n'est personne qui ne soit désireux de gagner la bienveillance d'un roi, nous pouvons facilement nous figurer quels seront les efforts de ceux qui la recherchent, si, pour l'obtenir, l'accès n'est ouvert que par la pratique du bien. Combien Votre Majesté est avide de cette gloire, c'est ce qu'a récemment montré le cardinalat de l'évêque de Luçon. Les prières et le suffrage du roi ont, en effet, désigné ce prélat, dont la haute sagesse est considérée dans la Gaule comme le rempart de la religion catholique, le fléau de l'audace des hérétiques, et qui a toujours jugé préférable de mériter les plus hautes dignités que de les obtenir. Aussi, lorsque nous l'avons récemment choisi pour être du Sénat apostolique, nous avons voulu, tout en accordant cette satisfaction à Votre Majesté, parer l'Éghse romaine d'une nouvelle gloire et enflammer les pontifes des Gaules d'une sainte ardeur pour l'imitation d'une si haute vertu; et, voyant Votre Majesté bien mériter de la religion catholique et s'efforcer d'égaler, par une courageuse émulation, les travaux et les triomphes de ses ancêtres, nous aurons soin de montrer en elle des témoignages de plus en plus éclatants de notre affection pontificale. Nous faisons part avec amour à Votre Majesté de notre bénédiction, priant Dieu qu'il réjouisse votre jeunesse d'une abondante moisson de vertus chrétiennes et du spectacle de la félicité de ses Etats.

« Donné à Rome, à Sainte-Marie Majeure, le 4 novembre 1622, la seconde année de notre pontificat. «

Le bref suivant, adressé à Richelieu, insiste d'une manière encore plus pressante sur les mêmes idées :

« Grégoire XV, pape.

(( Notre cher fils, salut!

« Nous n'avons pas voulu seulement accorder une récompense à la vertu, mais fortifier d'un nouvel appui la religion catholique et parer le Sénat apostolique d'une nouvelle gloire, lorsque, approuvant la désignation de Leurs Majestés Très Chrétiennes, nous t'avons récemment décoré de la pourpre cardinalice. En effet, de même que les lois de la discipline miHtaire décernaient sagement le triomphe aux soldats dont le courage avait servi de rempart à la République et causé la ruine des ennemis, ainsi est-ce avec raison que tu viens d'arriver à la plus grande dignité dans l'Eglise romaine. Car, dans la lutte que nous avons à soutenir contre le prince des ténèbres, ta science et ta piété ont été dans vos contrées comme un glaive de salut pour abattre l'orgueil des hérétiques et exercer une sainte vindicte parmi des peuples non croyants. Aussi jouis, notre très cher fils, non seulement du témoignage de la faveur royale et de la munificence pontificale, mais aussi de la juste renommée due à tes qualités éminentes; car la splendeur de tes mérites brillait d'un tel éclat dans la répubhque chrétienne, qu'il paraissait importer à la Gaule tout entière que tes vertus fussent distinguées par la gloire d'insignes sacrés. Ces distinctions ont en effet plus de puissance pour frapper les imaginations des hommes que la seule beauté de la vertu toute nue dépouillée d'ornements. Nous nous réjouissons vivement que cette récompense de tes mérites et ce témoignage de notre bienveillance aient été pourtoi un événement si agréable. Or sache que tu nous auras comblé des preuves de ta reconnaissance si, te montrant semblable à toi-même, tu continues à augmenter

en Gaule la dignité de l'Église, si tu écrases les forces de l'hérésie sans te laisser épouvanter par aucune difficulté, mais marchant avec confiance sur les aspics et les basilics. Ce sont là les grands services que l'Eglise romaine exige et attend de toi; quant à nous, certain que notre espoir ne sera pas déçu, nous t'embrassons avec amour dans notre charité paternelle.

« Donné à Rome, à Sainte-Marie Majeure, le 3 novembre 1622, la seconde année de notre pontificat. «

Le sens de ces deux lettres se rapporte aux événements intérieurs dont nous avons à reprendre le récit. Les expressions violentes que le Saint-Père applique aux protestants, l'espérance qu'il exprime de les voir un jour complètement écrasés semblent être une condamnation de la politique de paix qui prévalut dans l'esprit de Louis XIII dans le temps même où Richelieu devenait cardinal.

Pendant le séjour du roi à Béziers, l'attention clairvoyante de l'ambassadeur vénitien surprit déjà quelques symptômes pacifiques. Dans la dépêche du 29 juillet 1622, il fait savoir à Venise que le duc de Rohan s'est enfermé dans la place de MontpelHer et qu'il a dissous l'assemblée de Sommières, où l'on discutait les termes d'un accommodement avec le roi '; mais il ajoute le renseignement suivant, qui est l'indice de dispositions moins belliqueuses que ne pourrait le faire croire l'information précédente : « D'un autre côté, dit-il, Desplans- est parti de cette ville (Béziers); il n'est

1. Rohan, Mém., p. 535. — Les députés des provinces du Bas-Languedoc et des Cévennes s'étaient réunis à Lunel, pendant que le duc de Rohan se portait au secours du Haut-Languedoc. Il fut question dans cette assemblée des moyens de ramener le duc de Châtillon, qui tenait Aigues-Mortes, au parti protestant dont il s'était éloigné. Peut-être l'accommodement avec le roi y fut-il aussi agité, comme le dit l'ambassadeur vénitien; ce qui est certain, c'est que cette assemblée, s'étant portée au-devant du duc de Rohan à son retour, fut immédiatement licenciée par lui.

2. Ce personnage avait été déjà employé l'année précédente par le connétable de Luynesdans les négociations entamées sous Montauban.

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