‹ RichelieuChapitre 87 sur 196 · Rohan, Méin., p · texte numérisé non relu

Rohan, Méin., p

troupes * avec une activité qui coupa court aux intrigues de Bouillon, aux incertitudes de Mansteld et aux espérances du duc de Rohan. « On s'est gaussé à pur et à plein de Mansfeld, et on l'a amusé cependant qu'il faisoit bon plumer la poule, » disait un pamphlet du temps '^, Les agents du roi lui débauchaient en effet des troupes qui allaient en descendant le Rhône grossir l'armée prête à faire le siège de MontpeUier. L'x\llemand, qui n'avait cherché sans doute qu'à encaisser les à-compte des subsides que lui offraient les deux partis, s'empressa de tourner le dos à la frontière française, pour aller rejoindre, en traversant les Pays-Bas espagnols^ malgré une défaite que lui infligea Gonzalès de Cordova à Fleurus, l'armée du prince Maurice devant Bréda (2 septembre). L'éloignement de ce redoutable aventurier, qui à la fin de la guerre palatine aurait peut-être tout aussi bien servi le roi que les protestants, simplifia les opérations de Louis XIII dans le Midi et rendit la paix de plus en plus probable.

1. Description générale de toutes les trouppes de l'armée du roy commandée par messieurs les ducs de Nevers et d'Angoulesme es pais de Champagne. A Paris, de Fimprimerie de Nicolas Alexandre, MDCXXII, avec permission. — Récit véritable de ce qui s'est passé en la frontière de Champagne depuis que l'armée du comte de Mansfeld est partie du Palatinat pour venir en France. La défaite de plusieurs des siens par le sieur marquis de Dampierre, la reddition de son canon entre les mains du gouverneur de Mouron. A Paris, chez François Pomeray, rue Saint-Jacques, à la Vigne-d'Or tin, MDCXXII, avec permission.

2. « On dit que les rebelles de Languedoc et principalement ceux de la ville de Montpellier ont chanté un Te Deum pour la retraite de Mansfeld, à cause qu'il n'est point venu à leur secours, et qu'il ne s'est point venu embrouiller avec ce brouillon de Bouillon, qui en ses vieux ans a terni, par une renommée peu proportionnée à son devoir, le lustre qu'il avoit acquis à la suite du feu roy, de glorieuse mémoire, et de ses devanciers. — On dit que l'on s'est gaussé à pur et à plain de Mansfeld, et qu'on l'a amusé cependant qu'il faisoit bon plumer la poule : mais le bonhomme il n'eust sceu advancer plus avant; car il a les gouttes, et puis il scait le proverbe : In magnis voluisse sat est. — On dit qu'il fait mauvais estre aujourd'hui huguenot; car, depuis que Mansfeld a fait mine d'entrer en France, il a fallu taire une nouvelle recreûe de taille pour soudoyer son armée, et ainsi après avoir boursillé de tous costez et fourny audit Mansfeld la somme qu'il demandoit, il s'est moqué d'eux et de leurs rébellions, aymant bien mieux céder aux triomphes du roy que de se dire son ennemy. « [Le que dit-on de la cour, 1622, p. 12.)

Avant de quitter la halte de Béziers, Louis XIII détacha Condé, Schomberg et Bassompierre, pour faire tomber les places qui servaient de défenses avancées à Montpellier ; la prise de Mauguio, de Massillargues, de Lunel, et plus loin de Saint-Gilles , isola la ville du côté de l'ouest ; la chute du Ginac gêna ses communications avec les Cévennes. L'entrée du roi, à la suite de ces premières opérations, dans Sommières ', au nord-est; la prise de possession, au sud-est, d'Aigues-Mortes, qui fut remis au roi par Chcàtillon en échange du bâton de maréchal, dont il avait la promesse depuis longtemps d'ailleurs, complétèrent l'investissement de Montpellier. Avant d'engager les opérations contre la place même, Louis XIII, ayant établi son quartier général à La Verune^ conféra Tépée de connétable à Lesdiguières, qui venait d'arriver au camp, et donna une nouvelle preuve du peu d'incUnation qu'il avait à satisfaire le prince de Condé en faisant passer le bâton que laissait le connétable à Bassompierre ; ce fut une déception pour Schomberg, plus ancien de grade que le colonel-général des Suisses, mais partisan apparent du prince et ennemi de Puisieux (29 août 1622).

Le connétable de Lesdiguières était venu plutôt dans l'intention de traiter que de combattre ; aussi les partisans de la guerre se démenèrent-ils pour rompre toute négociation. Le nonce, qui, à ce moment même, se conduisait avec si peu d'habileté dans T affaire de la promotion, était non moins mal inspiré dans les représentations qu'il jugeait à propos d'adresser au roi relativement aux négociations pacifiques. « Monseigneur le nonce, écrit l'ambassadeur vénitien, est allé expressément à la cour pour persuader le roi et les ministres de continuer la guerre ; il est universellement blâmé pour son incroyable ardeur à vouloir la

1. Voir La prise de la ville et chasteau de Sommières à l'obéyssancc du roy. Paris, chez Pierre Rocolet, au Palais, MDGXXIf, bibl. de rinstit., X, 465, A**.

division et la désolation de ce royaume, étant donné surtout que le roi a montré, par des signes évidents, que ses offices à ce sujet lui déplaisaient *. »

Les négociations que le connétable avait engagées dès le commencement de l'année^ dans une entrevue à Pont- Saint-Esprit avec le duc de Rohan, paraissaient avoir abouti dans une nouvelle rencontre de ces deux hommes de guerre à Saint-Privat. La paix devait être générale ; mais le roi devait aussi entrer dans Montpellier. Cette clause rendit nécessaire une attaque de vive force contre la ville; car le prince de Condé ayant répandu le bruit que les troupes royales mettraient, quels que fussent les ordres contraires, la cité au pillage, les habitants, encore émus d'une violation toute récente de la capitulation accordée aux défenseurs de Lunel, prirent la résolution de soutenir le siège ; le duc de Rohan, qui était entré dans la ville pour l'engager cependant à la soumission, lui promit son concours et sortit pour aller recruter des troupes destinées à secourir les assiégés; c'est en vain que le conseiller d'Etat de Bullion engagea le roi à ne point exiger l'entrée dans la place; Bassompierre, cette fois d'accord avec le prince de Condé, fit à Louis XIII un point d'honneur de ne pas céder devant cette exigence de ses sujets rebelles. Le siège de Montpellier commença; nous n'en rappellerons que les principaux traits.

La clef de la défense et de l'attaque était une éminence située au nord-est de la ville et qu'on nommait la butte Saint-Denis ; c'était sur ce point que l'armée royale devait concentrer tous ses efforts; un général expérimenté l'eût compris; mais le connétable, après avoir opéré une reconnaissance autour de la ville (30 août), avait laissé le commandement en chef au prince de Condé, que la présence de son supérieur hiérarchique exaspérait, et il était retourné dans le Dauphiné pour y chercher des régiments ;

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