‹ RichelieuChapitre 88 sur 196 · I. Ambass. vénit., n" 6G, 26 août · texte numérisé non relu

I. Ambass. vénit., n" 6G, 26 août

il espérait que leur approche seule faciliterait les négociations, dont le succès lui tenait plus à cœur que l'exercice même de ses prérogatives militaires. Condé acheva de se perdre par la mauvaise direction qu'il donna aux opérations du siège. La butte Saint-Denis n'ayant pas été assez fortement occupée, une sortie des assiégés pour la reprendre amena un engagement meurtrier dans lequel succombèrent, entre autres personnages de distinction, le duc' de Fronsac, jeune officier de grande espérance, le marquis de Beuvron, M. d'Ouctot, lieutenant de la compagnie du prince de Condé, et le mari de la nièce du cardinal de Richelieu, M. de Combalet (2 septembre). Les assiégés, repoussés ce jour-là, ne tardèrent pas à reprendre définitivement cette importante position, dont la défense coûta encore la vie du maréchal de camp Zamet. « Les ennemis, à notre barbe, y bâtirent un fort, )> dit Bassompierre ' .

Comme on ne pouvait battre la ville d'une position dominante, il fallut faire l'approche en règle de ses fortifications avancées. On s'attaqua d'abord à une redoute vers laquelle on s'avança par des tranchées et des gabionnades, travaux au milieu desquels le célèbre ingénieur Gamorini fut tué. Les troupes royales, après avoir souffert d'une violente sortie des ennemis le 11 septembre, s'emparèrent enfin le 13 de l'ouvrage. Les officiers les plus éclairés de l'armée conseillaient de poursuivre les opérations en attaquant le corps même de la place et en battant les deux bastions de la Blanquerie et des Tuileries; le prince de Condé s'entêta cependant à vouloir s'emparer d'une demilune située entre ces deux bastions. Les travaux nécessaires à cette opération furent longs et gênés par des pluies torrentielles qui envahirent les tranchées des assiégeants. Le

I. Bassomp., t. III, pages io3, m, sqq. — Rohan, Mém., p. 5?>-. L'officier protestant qui commanda cette belle défense est M. de Calonaes.

prince de Coiidé commit encore la faute de croire que les dégâts commis par l'orage et la confusion qui en était résultée n'étaient pas des conditions essentiellement défavorables à une attaque de vive force contre la demi-lune ; il l'ordonna. Bassompierre raconte tout au long les incidents de cette journée, qui devait être désastreuse; l'ambassadeur vénitien les résume en quelques traits expressifs : « Contre l'avis de Sa Majesté, le prince, désireux de tenter quelque heureux succès, afin de s'en prévaloir pour faire rompre tout pourparler de paix, a voulu que l'on attaque la demilune (ouvrage bas et battu par les deux bastions); le combat a duré sur ce point pendant une heure entière ; on fit jouer deux mines contre les avancées de l'ouvrage; mais, ayant mal opéré, elles ont préjudicié aux troupes royales et non pas aux huguenots. La lutte a été furieuse; toute la cité courut à la défense sur tous les points ; les assiégés ont refoulé les troupes du roi et se sont avancés jusque sur leurs tranchées. » Après avoir signalé la mort, dans cet engagement, de M. de Roquelaure, de plusieurs capitaines et officiers du régiment de Navarre, et de trois cents soldats, l'ambassadeur ajoute : « Cette sanglante et malheureuse affaire a grandement découragé l'armée et le prince en a été universellement blâmé, ayant été seul à vouloir que l'on fasse cette tentative, excité, dit-on^ principalement par l'arrivée du maréchal de Créquy, de retour avec la certitude du succès de ses négociations avec Rohan; mais cet accident ne peut qu'avoir discrédité le prince et facilité la paix ' . »

Cette dernière faute du prince de Condé donna en efi"et le coup de grâce à sa tyrannie militaire ; quant à son influence dans les affaires intérieures , elle ne comptait plus pour rien depuis le jour où, après la mort du garde des sceaux de Vie (2 septembre), Bassompierre et Puisieux

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