‹ RichelieuChapitre 89 sur 196 · I. Ambass. vcnit., n.° 77, 4 octobre · texte numérisé non relu

I. Ambass. vcnit., n.° 77, 4 octobre

avaient opposé victorieusement à son candidat M. d'Aligre unaffidé des Sillerys, le conseiller d'État Caumartin (22 septembre).

Le connétable ne s'était pas attardé dans le Dauphiné ; il revenait à la tête de six régiments, pendant que les longueurs du siège donnaient lieu aux événements précédemment racontés et que le duc de Rohan rassemblait à grand'peine une armée de secours près d'Anduze. Le connétable, avant d'arriver au camp du roi, mit à profit la situation fâcheuse où se trouvait le chef des réformés, par suite de l'arrivée prochaine des renforts envoyés de tous côtés à l'armée royale : le duc d'Angoulême amenait en effet à Louis XIII une partie des troupes réunies en Champagne contre Mansfeld ; le prince de Condé faisait venir des levées de sa province de Berry ; le duc de Montmorency arrivait du Haut-Languedoc avec l'arrière-garde de Tarmée royale attardée au siège de quelques places sans importance. Les hésitations de Rohan cessèrent : « Le connétable et M. de Rohan, écrit l'ambassadeur vénitien , se sont abouchés à Saint-Privat; ces messieurs ont repris les négociations antérieures, et Rohan donne la certitude que, si les gens de Nîmes ouvrent leurs portes, ceux de Montpellier pourront en faire autant. Il y a encore quelque obstination chez le peuple, mais Rohan promet de faire lever tous les doutes; dans cette entrevue, il a été convenu que le connétable s'arrêtera où il se trouve et qu'il attendra toute la journée de jeudi les députés de M. de Rohan, porteurs d'une résolution définitive... Il y a de grandes apparences en faveur de la paix par suite de cet abouchement, si toutefois la fatalité ne vient pas en rompre le bon effet, comme par le passé. Le prince, seul instrument de la guerre, se démène de tout son pouvoir ; il emploie tous les moyens ; il représente la faiblesse de Montpellier ; il se vante de gagner la connétable par l'intermédiaire du comte de Brèves, son favori, auquel il a promis des charges et des biens, et il

LA PAIX DE MONTPELLIER 1 3 l

parait que la connétable est on ne peut plus mal disposée à l'égard de la paix. Les gens bien intentionnés s'efforcent de tout leur pouvoir de séparer pendant quelques jours cette dame de son mari, en l'exhortant à se tirer de toutes les incommodités du séjour dans la ville où elle se trouve (Saint-Privat?), afin de laisser l'oreille du connétable tout entière au maréchal de Créquy, lequel manigance la paix avec chaleur ^ »

La connétable n'eut pas raison de son mari; car lorsqu'il arriva au camp, devancé par son gendre, les conditions de la paix étaient arrêtées (8 octobre). Le connétable prit cependant le commandement de l'armée, et le roi, pour mettre d'accord, par un compromis, les prérogatives de ce dernier avec les prétentions du premier prince du sang, décida que le connétable, qui, après le roi, avait le commandement suprême en tous lieux et sur tous^ donnerait le mot d'ordre et les ordres à tous, et que M. le Prince les recevrait de la bouche même du roi. La chute du prince de Condé est consommée.

Dans les premières conditions convenues avec le duc de Rohan, la situation de MontpeUier devait faire l'objet d'un traité séparé. Parmi les considérations diverses qui pesèrent sur l'esprit du duc de Rohan, et qu'il expose lui-même dans ses Mémoires et dans son discours justificatif, il faut compter l'intervention inopinée du roi d'Angleterre, qui avait conseillé la paix aux deux partis. Cette attitude nouvelle de Jacques F'' peut être attribuée à la situation des affaires européennes, de plus en plus défavorable à l'électeur palatin, et peut-être aussi à Finitiative prise par le chanceher de remettre sur le tapis l'affaire toujours indécise et sujette à de nombreuses traverses du mariage de Madame Henriette avec le prince de Galles ". La conclusion définitive du traité

1. Ambass. vénit., n" 7?, 25 septembre 1Ô22. Cette dépêche est chiffrée.

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