RETOUR EN GRACE DE LA REINE MÈRE
Le nonce remet en avant le compromis de Béziers pour le règlement des affaires de la Valteline. — Retour offensif et succès de l'archiduc Léopold dans le pays des Grisons. — Capitulation de Lindau imposée aux Grisons. — La cour d'Espagne repousse le compromis de Béziers. — Voyage du roi en Provence. — Conversation de Puisieux et de l'ambassadeur vénitien relativement à une alliance éventuelle. — Entrevue de Louis XIII et de Charles-Emmanuel de Savoie à Avignon. — Voyage de Louis XIII jusqu'à Lyon. — Ses attentions pour la reine mère, sa froideur pour la reine régnante. — Entrée à Lyon du prince et de la princesse de Savoie. — Formation d'une alliance éventuelle entre la France, la Savoie et Venise. — Lacunes dans les Mémoires de Richelieu. — La reine mère cherche à se fortiher contre le prince de Condé et se rapproche de Puisieux. — Voyage de Condé en Italie, plus utile aux intérêts du prince qu'à ceux de la France.
(Août 1622. — Janvier 1G2IÎ).
Nous nous retrouvons de nouveau, après la paix de Montpellier, en face des affaires de la Valteline. La guerre de religion finie, le nonce, qui avait peu réussi à diriger la politique intérieure du gouvernement fi'ançais, se promit un meilleur résultat de ses négociations à l'égard de la Valteline, et il remit en avant le compromis de Béziers ; son amour-propre
et ses espérances étaient en jeu, et il ne cache point celles-ci en écrivant à l'auditeur du secrétaire d'Etat du pape : « Le cardinal Filonardi est mort, et moi je me porte bien, et je me recommande à vous '. »
Les Grisons continuaient b. tenir tête aux troupes de l'archiduc et de l'Espagne ; mais la disproportion des forces était par trop grande pour que cette résistance pût durer longtemps. Une série de dépêches de la chancellerie du pape nous met au courant des événements qui se sont accomplis depuis deux mois dans ces régions et des vicissitudes qui s'ensuivent au point de vue de la poHtique générale de l'Europe et en particuUer du Saint-Siège, de l'Espagne et de l'Autriche vis-à-vis de la France. Le 9 août 1622^ la cour de Rome, rassurée et exaltée par les progrès des armées de Tilly dans le Palatinat, se déclare de la façon la moins équivoque en £tveur des oppresseurs de la liberté des Grisons^ dans la dépêche suivante du secrétaire d'Etat :
tt En ce qui concerne la protection de la religion catholique dans la ValteUne, dit-il, le pape est tenu de rester uni avec Madrid et de se montrer Espagnol aux yeux des gens
passionnés On dit que la guerre éclatera; mais c'est alors
que le gouverneur de Milan commencera à se réjouir et à espérer d'être l'arbitre, non seulement de l'Italie, mais de la monarchie entière de son roi. Faut-il, pour la défense de quatre pieds de terre, attirer ici toutes les forces de tant d'États^ et engager toute la chrétienté dans cette lutte! Voilà que déjà on commence à prêter l'oreille aux idées du gouverneur ; on lui remet de l'argent, et, quoiqu'ils aient du mal à en trouver, on lui a cependant fait tenir à cette heure 650 000 écus empruntés à bon compte, et ils (les ministres espagnols) cherchent à faire d'auties emprunts. Le roi lui a ordonné de se préparer à la défense, et ce n'est certes pas le temps qui lui manque ; il a commandé aussi à ses autres mi-