I. Nonce, -^5 octobre
nistres en Italie, en Sicile, de demeurer en bonne entente avec lui, et de s'employer tout entiers à servir ses desseins, et l'on commence déjà à découvrir tout le mal qui arrive à la religion catholique par la flmte du roi de France. Funeste résolution, que de vouloir, par le moyen de bravades, faire exécuter le traité de Madrid! Car voilà les Espagnols qui, n'ayant plus d'autre désir que de se délivrer n'importe comment des guerres d'Allemagne, veulent que les affaires de ce pays s'arrangent d'une façon ou de l'autre, et, bien que les armées catholiques aient toutes aujourd'hui la supériorité sur les hérétiques et en force et en réputation, bien que nous ayons la saison et toute chose propices, néanmoins, en entendant les Français braver, ils ont donné des instructions pour qu'on fasse avancer de toute manière les négociations entamées à Bruxelles avec l'ambassadeur d'Angleterre ; ce dont s'exclament jusqu'au ciel les catholiques et notre sainte religion elle-même, qui espérait sous peu, au moyen de quelques nouvelles victoires, être débarrassée en partie du joug des hérétiques qui l'oppriment. Et ainsi Sa Majesté, si pieuse et si chrétienne, causera plus de dommage à l'Église de Dieu par des ombrages et une jalousie hors de propos, qu'il ne pourrait lui donner d'assistance avec une grande armée ; parce que, si on laisse perdre les occasions présentes de mettre hors de combat les ennemis, si les grandes et valeureuses armées des catholiques se débandent^ plus jamais elles ne se mettront ensemble. Notre Seigneur sent ce dommage à un point incroyable ; il ne laisse point cependant de faire tous ses eff"orts pour empêcher la trêve s'il en est encore temps.
« Sa Sainteté veut que, nonobstant toutes les rebuffades. Votre Seigneurie continue à faire les mêmes instances, sans crainte d'être tenue pour Espagnole dans une affaire où, en définitive, il s'agit de la religion catholique, dont le pape, comme vous l'écrivez, est le chef; parce que si parler pour la défense de la religion signifie être Espagnol, faites
comprendre qu'il ne nous est pas possible de nous montrer autrement, et que nous ne pouvons faire moins. Mais que les Français prennent garde de se faire le plus grand tort, en appelant Espagnols tous ceux qui font profession d'être de vrais catholiques ; car cela môme pourrait devenir une honte pour le nom française »
Ainsi, plus d'équivoque : il faut être Espagnol pour demeurer catholique; et encore les Espagnols sont-ils vraiment catholiques, du moment qu'ils se prêtent à ces fameuses négociations de Bruxelles par lesquelles la perfidie de leur politique cherchait cependant à abuser une fois de plus et la pusillanimité du roi d'Angleterre et la simplicité de son gendre, l'électeur palatin? La seule pensée qu'une combinaison quelconque puisse l'empêcher d'atteindre le but poursuivi avec tant d'âpreté, c'est-à-dire la ruine complète du protestantisme en Allemagne et même en Europe, arrache au Saint-Siège des cris de détresse. De quel poids pouvaient être auprès de lui les considérations d'équilibre qui militaient en faveur d'un règlement équitable des affaires du pays des Grisons? Qu'importaient les droits de la France dans ces régions, du moment que les intérêts d'ordre supérieur, dont le Saint-Siège assumait la garde, étaient en jeu ? Le roi de France n'était-il pas d'ailleurs empêché sous les murs de Montpellier, au milieu des embarras d'une guerre poursuivie en partie cependant au profit du catholicisme ? Mais la politique romaine n'a plus de scrupules ; les choses tournent mal pour les Grisons; la joie éclate dans les dépêches de la chancellerie pontificale : « Voilà que les Grisons commencent à perdre leur ardeur et leur vigueur premières et à recevoir des coups sensibles, écrit Agucchia; et si la suspension d'armes que l'on négocie n'a pas Heu, comme l'archiduc d'un côté et de l'autre le gouverneur de Milan se disposent à les assaillir et par la ruse et par la force ouverte,