‹ Richelieu et la frondeChapitre 20 sur 40 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Misère. — Révoltes. — La question des biens du clergé. — 1008-1010.

L'enfant fut un garçon, donc un roi. Gaston perdit le trône. La France en fut folle de joie. Heureuse d’échapper à un autre Henri III, elle acceptait aveuglément les chances d’une royauté de femme, la sinistre loterie d’une régence étrangère où elle avait déjà gagné deux Médicis.

Richelieu demeura sans voix. Sa fatalité était désormais d'avoir pour maîtres l’infant de la maison d’Autriche, la régente espagnole. Dans le compliment sec, en deux lignes, qu’il fait à la reine, les paroles lui restent à la gorge : « Madame, les grandes joies ne parlent pas... » L’avenir était très-obscur. Richelieu, il est vrai, n’avait plus à craindre Gaston. Mais quels

seraient les amants de la reine? C’était la question. Haï d’elle à ce point, pourrait-il lui faire accepter un homme à lui? Un homme sans famille et sans racine aucune, un étranger, un prêtre, un aventurier sans naissance, lui valait mieux qu’un autre. C’est, si je ne me trompe, la raison principale qui lui fit adopter bientôt un Italien que lui-même lui présenta comme ressemblant à Buckingham, le fin, le délié, le beau Mazarini.

11 avait apparu en 1630, comme on a vu, pour sauver l’armée espagnole. Cependant le père Joseph l’avait fait accepter de Richelieu comme pouvant être utile à Rome, Mazarin étant domestique de celui des neveux du pape qui tenait le parti français. La mort du père Joseph, en décembre 1658, rendit sa place vide; bientôt Mazarin succéda.

Joseph, celte année même, appuyé par sa jeune . parente Lafayelle, avait hardiment travaillé contre Richelieu. Il avait tiré du roi promesse de rappeler sa mère, et la demande au pape de le faire cardinal. Le pape n’osait. Il savait que Richelieu, sous main, contre Joseph, poussait le client de Joseph, ce Mazarin, qu’il croyait à lui maintenant, et qu’il voulait faire cardinal. Joseph vit bien qu’on l’amusait. Le désespéré capucin sentit que le chapeau, l’ambition de toute sa vie, ne lui

viendrait jamais, et comprit que son Mazarin le lui soufflait.

11 étouffa, il étrangla; une attaque d'apoplexie le frappe en mai. Et chacun dit : « Il est empoisonné. » 1! confirma ce bruit tant qu’il put en quittant l’iiôtel du cardinal et se réfugiant à son couvent.

Richelieu l’y calma un peu en lui faisant venir la promesse tant désirée pour la premib'e vacance. Mais le pape était averti. Joseph fut joué jusqu’au bout. Le roi seul était sérieux dans l’affaire, il insistait contre le ministre. Ordre aujourd’hui et contre-ordre demain. Le pauvre martyr n’y tint pas. Une mauvaise nouvelle qui vint de Rome l’acheva, et il mourut deux heures après (48 décembre 4G38).

Entre la naissance du Dauphin et la mort de Joseph, Richelieu régala la cour d’une grande fêle. Il fit danser le ballet de la félicité publique. Chose hardie au moment où de toutes parts il avait des revers. Impuissance complète en Italie. En Espagne, un honteux échec, Condé, Sourdis en fuite. Au Nord, nouveau projet de conquérir les Pavs-Ras avec le prince d’Orange, et, pour tout résultat, la reprise d’une petite place. Richelieu n’avait réussi que là où il n’était pas. Le général aventurier, Weimar, qui guerroyait aidé de quelque argent de la France, battu, battant,

avait pourtant à la fin quatre fois défait l’ennemi, pris Brisa ch. 11 songeait à se faire, entre nous et l’Empire, lin petit royaume d’Alsace.

Richelieu assurait qu’il avait pris Brisach pour nous. Mais Weimar montra le contraire. Il garda sa conquête, et il allait devenir un danger pour la France quand une fièvre nous en délivra (18 juillet 1659). On admira encore que les ennemis de Richelieu mourussent ainsi toujours à temps.

L’invincible ennemi dont on ne pouvait se défaire, c’était l’épuisement du royaume, l’abîme de la misère publique qui se creusait de plus en plus. Le gouvernement était sérieux, nullement dilapidaleur, le ministre économe, le roi avare. 11 avait réduit à rien les libéralités royales. Les grands revenus de Richelieu ne paraîtront pas excessifs si l’on songe que sa maison était réellement un ministère des arts qui pensionnait les gens de lettres (nullement nourris par leurs ouvrages alors). Ajoutez-y les fêtes et diverses dépenses de représentation que Richelieu prenait sur lui. Au milieu de celle guerre dévorante, de cet effort immense pour refaire l’armée chaque année, il avait réussi pourtant à créer une marine. Dans tout cela, il y avait certes beaucoup à admirer, et les éloges de Balzac et tant d’autres ne sont pas entièrement déraisonnables. Ma-

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