CHAPITRE XVI
Isolement et mort île Richelieu. — Mort de Louis XIII. — 1(542-1643.
Richelieu avait fait lui-même sa dernière maladie. Par propreté galante, il avait supprimé un flux d’hémorrhoïdes, dérivatif utile de maux plus graves, qui le tenait en vie. Immédiatement un abcès parut à la main, au bras, d’autres ailleurs. Dès lors rien n’y servit; il eut beau faire; il était mort.
De toute façon, Cinq-Mars l’avait tué. Son maître le haïssait désormais sans retour. L’auteur primitif du complot avait été le roi. Tout avait commencé par ses paroles imprudentes qui semblaient demander qu’on le délivrât de son ministre. Il avait été découvert par les aveux des accusés; et, lorsque, revenant au Nord, il lui fallut
à Tarascon comparaître devant Richelieu, il y vint comme un accuse.
Malade, on le mit sur un lit en face du malade, et, quelque soin que prît le cardinal de le rassurer, de lui donner le change, ni l’un ni l’autre dès lors ne s’y trompa. C’étaient deux ennemis.
Le roi revint seul à Paris avec les mêmes hommes qui, même avant l’affaire Cinq-Mars, offraient, au premier ordre, de le défaire de Richelieu.
Dans ce triste château de Tarascon, plus tard fameux parles massacres, au bruit monotone du flot qui sanglote en passant, la petite cour du cardinal avait été un moment réduite à quatre hommes trop compromis pour le quitter vivant. Ses instruments d’abord et sous-ministres, Chavigny, Dunoyer, Mazarin. Le premier seul était bien sûr; seul il représentait, exécutait sa violente volonté. Dunoyer, le bœuf, le jésuite, ne pouvait manquer tôt ou tard, par sa dévotion, de tourner à l’Espagne, c’est-à-dire à la reine; c’est ce qui arriva. Pour Mazarin, le plus douteux de tous, il avait bien servi pour espionner Cinq- Mars, pour faire parler Rouillon; il marchait droit sous l’œil du maître; mais son zèle apparent, son patelinage italien, son caressant baragouinage, n’inspiraient pas, comme on va voir, grande confiance à Richelieu.
Le quatrième personnage, sur lequel il faut s’arrêter, était un homme de vingt ans qui n’avait rien de' jeune. Très-sinistre figure d’oiseau de proie, la plus bizarre du siècle. Point de front et nez de vautour; des yeux sauvages et fort brillants; rien d’homme, quelque chose de moins ou de plus, et d’une espèce différente. Animal féroce et docile, servile en ses débuts, plus servile à la fin. Ce personnage étrange, nourri par Richelieu dans sa ménagerie, va éclater dans l’histoire. C’est Condé.
Ces Condé étaient sombres et bas, et semblaient toujours inquiets. Frappant contraste avec les Condé d’autrefois, avec celui des guerres civiles, celui de la chanson (le Petit Homme tant joli, qui toujours chante et toujours rit...). Mais ceux-ci étaient contestés. On a vu la terrible affaire du père du grand Condé, né en prison d’une mère accusée d’empoisonnement. On le disait l’œuvre lurlive d’un page gascon qui se sauva. Henri IV, sans enfant alors, lit réformer le jugement de la mère, prit le petit pour vrai Condé et lui fit sa fortune en lui donnant mademoiselle de Montmorency.
Les deux époux se détestaient. Il n’aimait pas les femmes; tous ses amours étaient dans l’Université de Bourges (Lenet). Cependant, quand il fut mis à la Bastille par le maréchal d’Ancre,
il joua à sa femme le tour de dire qu’il ne pouvait se passer d’elle. Elle, glorieuse, mit son honneur à accepter, et elle s’enferma avec lui. Homme d’esprit, mais bas, sale, avare, portant sur le visage son âme d’usurier, il avait tout ce qu’il fallait pour éloigner une femme. Mais la prison, l’ennui, firent un miracle. Elle devint enceinte, et fit toute à sa ressemblance la très-jolie madame de Longueville, la future reine de la Fronde. Puis un garçon, celte figure crochue du grand Condé; enfin Conti, prêtre et bossu, que sa sœur fit général de Paris.
Les deux garçons naquirent amoureux de leur sœur. Condé, éperdument, jusqu’à lui passer tout, adopter ses amants, puis jusqu’à la haïr. Conti, sottement, servilement, se faisant son jouet, ne voyant rien que ce qu’elle lui faisait voir, dupé, moqué par ses rivaux.
Condé le père maria son aîné, qu’on appelait alors Enghien, à une nièce du cardinal, croyant que le ministre allait à sa Bourgogne ajouter je ne sais combien de gouvernements, refaire en lui Charles le Téméraire. Il lui devait déjà la dépouille de son beau-frère, Montmorency, décapité. Puissance merveilleuse des maris sur les femmes. Condé dressa la sienne à faire sa cour au cardinal, à lui faire visiter, pour affaire et pour intérêt, les juges qui avaient envoyé son frère à la mort.
Le serviteur du grand Coudé, Lenet, nous apprend que celle famille, si mendiante auprès de Richelieu, tâchait pourtant à tout hasard de se créer contre lui des moyens de résistance. De temps à autre, sous différents prétextes, ils ajoutaient aux fortifications d’une bonne place qu’ils avaient en Bourbonnais au carrefour des routes de quatre provinces. Madame la princesse, par tout moyen, attirait la noblesse à sa cour. Quand le petit prince monta à cheval, on ouvrit à portée de la résidence un marché de chevaux pour que, sous ombre d’achats, les gentilshommes vinssent, montassent au château pour faire leurs hommages, devinssent clients de la maison.
L’enfant fut élevé d’une manière populaire et ambitieuse. On le mil au collège à Bourges, sous un jésuite, parmi nombre d’enfants de gentilshommes qui s’attachèrent à lui. Il eut l’éducation variée, littéraire, que donnaient les Jésuites, sans fond moral, mais bien combinée pour l'effet; les langues, les exercices publics, des ItièsGoù l’écolier brillait. Mais, après le collège, son père voulut encore, qu’il sût un peu d’histoire, de mathématiques. On entendait par là surtout la fortification, l’art de l’ingénieur. Son couronnement d’éducation fut d’être envoyé par son père pou retenir sa place en Bourgogne, pour s’infor-
mer de tout, et du militaire, et de la justice, pour caresser le parlement.
Il fut du premier coup très-brave (campagne d’Arras, 1640). Son père voulait le pousser au commandement et lui faire avoir une armée.
C’est pour cela surtout qu’il lui lit épouser malgré lui mademoiselle de Brézé. Il avait vingt ans, elle douze. Il fut très-dur pour elle, vivant à côté d’elle sans en tenir compte et tout à fait à part. En réalité, maladif (il fut un moment à la mort), ambitieux comme sa mère, avare comme son père, il visait de loin la grande héritière, mademoiselle de Montpensier, l’énorme fortune d’argent que feraient les biens- d’Orléans pardessus les biens des Condé et des Montmorency. Seulement le roi y consentirait-il? Ce jeune homme d’aspect si sauvage, mais excellent calculateur, trouva moyen d’aller au cœur du roi en s’associant à sa mère, à sa sœur, dans leur zèle pour les carmélites. Il quêta pour leur faire avoir un reliquaire fort riche. Chose rare qu’un jeune militaire eût une dévotion si précoce.
Richelieu le voyait venir, et il en était indigné. Celle chasteté persévérante, ce divorce dans le mariage pour en préparer un plus riche, montraient en celui-ci un homme qui passerait son père. Il y avait là avarice, insolence, l’orgueil et la haine secrète qu’il avait sucés de sa mère,
sœur de Montmorency. Quoi! le sang de Richelieu était-il donc si vil, qu’un prince d’une princerie fort douteuse dédaignât d’y mêler le sien? Qu’avait-elle fait, cette enfant innocente ? Était-ce sa faute si elle était nièce du plus grand homme de l’Europe, et si le prévoyant ministre refusait d’armer les Condé de ces moyens de guerre civile dont tant de princes en notre histoire on si cruellement abusé?
Les cardinaux sont protecteurs des trônes. Richelieu, comme cardinal, avait la prétention de ceux d’Espagne et d’Italie, qui passent devant les princes. Visité parla reine, il restait assis devant elle. La pourpre qu’il portait, lui et son frère, l’archevêque de Lyon, lui semblait l’égaler aux rois.
Haï de Richelieu et le lui rendant bien, Enghien eut pourtant la prudence de se garder de l’affaire de Cinq-Mars. Il ne varia pas, ne douta pas un moment de la victoire du cardinal, à ce point qu’il quitta le siège, laissa le roi et vint à Tarascon.
C’était s’offrir à Richelieu. Mais celui-ci n’en était pas moins envenimé. L’injure faite à son sang lui cuisait d’autant plus, qu’il se sentait mourir. Que serait-ce après lui si, lui vivant, on méprisait les siens? Il voulut à tout prix que le rang supérieur des cardinaux, admis
par les Coudé, les menât à avouer qu’il n’y avait point mésalliance du sang d’un cardinal au sang d’un prince. Pour la même raison, Enghien se réservait celle cause de divorce. Quand il passa à Lyon, il évita de voir l’archevêque, frère de Richelieu cl cardinal, n’accepta pas la fêle qu’il avait préparée, ne coucha pas chez lui. Richelieu, porté aux eaux de Bourbon, semblait près de sa fin. Il n’en fut que plus furieux, ne put se contenir; devant ses domestiques, « il jura si terriblement, qu’ils en eurent horreur. »
Le père d’Enghien cependant avait pris peuiv Il envoie son fils demander pardon. Mais nul moyen d’apaiser le cardinal. Il en était à regretter Gaston. Il ne le laissa pas aller à Venise, lui fit dire qu'il pouvait rester à notre frontière de Savoie. Visiblement il aimait mieux son mortel ennemi que les Condé ingrats.
Enghien, désespéré, faisait sa cour à madame d’Aiguillon, la très-puissante nièce, la priait de dicter ce qu’il avait à faire. Elle lui dit : « Aimez votre femme. » Il obéit sur l’heure, vole à Paris, et aime. La petite femme fut enceinte.
Mais ce n’était pas tout. 11 fallut boire le fond du vase, le plus amer. Richelieu ne le tint pas quille qu’il n’allât faire excuse à Lyon au cardinal, et, pour mieux mater le jeune homme, le
rancuneux ministre envoya son frère en Provence, afin que d’Engliien, qui courait après, eût tout le royaume à traverser.
Tel est le chemin de la gloire. A ce prix, d’Enghien espérait obtenir une armée. Mais on pouvait sans peine augurer qu’un jeune homme, chaste par avarice et servile par ambition, ne ménagerait rien, et que, s’il avait des succès, il en abuserait cruellement pour brouiller, troubler le royaume.
C’est dans ces pensées sombres que Richelieu revenait vers Paris, rapporté par ses gardes, revenait vers la mort. 11 rapportait ce sentiment amer que le roi dont il avait tant honoré le règne était son plus grand ennemi, entouré de ses ennemis, et peut-être de ses assassins.
Le roi n’allait guère à Ruel, et Richelieu n’osait aller à Saint-Germain. Il voyait le roi entouré précisément des officiers qui avaient offert de le tuer à Lyon. 11 priait, insistait, pour qu’on les éloignât, déclarant qu’aùlremeut il ne pouvait entrer qu’avec ses propres gardes. Précaution fort raisonnable, mais que le roi trouvait injurieuse. Longue fut cette négociation. Elle fut poussée à bout par l’insistance de Chavigny, que le roi n'aimait pas, mais que dès lors il prit en grippe, et qui décidément, comme on verra, fut perdu pour tout l’avenir.
■If, 42)
Chavigny, fils de Bouthilier et d’une mère aimée de Richelieu, passait pour fils du cardinal, et il était la seule personne à qui il se fiât. 11 le méritait en réalité, l’ayant servi en ce dernier moment, comme il avait besoin de l’être, avec un âpre dévouement, sans réserve, sans considération de l’avenir ni de sa fortune. Richelieu le croyait un grand esprit, « et le plus grand du monde, » dit Tallemant. En réalité, c’est lui qui lui donna le conseil de ménager Gaston, de le garder contre la reine et les Condé, de le retenir à portée pour pouvoir, au jour nécessaire, les neutraliser les uns par les autres.
Quant à Mazarin, le rusé s’est posé, donné à l’histoire comme l’élève chéri de Richelieu, une espèce de fils adoptif. Le croire serait faire peu d’honneur à la pénétration du grand ministre, à son expérience des hommes. 11 voyait, comprenait très-bien où visait cette glissante couleuvre dans ses douces ondulations et son frétillement. Mais il était tellement seul! Il ne voyait guère mieux autour de lui. Il flottait entre deux pensées, l’éloigner, l’employer. Parfois il voulait l’envoyer au pape, le tenir hors de France; il demanda aux commis de la marine s’il y avait un vaisseau prêt. « Pas encore, mais bientôt, » dirent ils.
D’autre part, le sachant si lâche, il crut le
gouverner encore après sa mort, et le tenir par Chavigny. Il voyait celui-ci antipathique au roi, et pensait que peut-être, Mazarin (créé par Chavigny) lui demeurant uni, l’un ferait passer l’autre, que l’Italien compenserait la roideur du Français par ses grâces et par sa bassesse.
Dans les instructions qu’il laissait par écrit au roi, et où il lui formait son conseil, il y donna place à Mazarin, mais en réalité Chavigny aurait dominé, ayant deux voix, celle de son père Bouthilier et la sienne. On pouvait croire que l’homme de travail, l’universel commis, Dunoyer, qui faisait la grosse besogne dans une docilité servile, continuerait de labourer sous Chavigny et Mazarin , qui, ayant besoin l’un de l’autre, continueraient d’ensemble la pensée de Richelieu.
Voilà tout ce que le mourant put prévoir, arranger dans l’intérêt public. 11 ne lui restait plus qu’à s’acquitter de la grande et commune fonction humaine. Il s’en tira fort honorablement, mourut d’une manière conséquente à sa vie, en théologien catholique et en controversisle, faisant honneur à ses livres (qu’il aimait plus que chose au monde) par la fermeté de sa foi. Assisté du curé de Saint-Eustache, qui l’engageait à pardonner à ses ennemis, il dit celte parole noble et, je crois, vraie : « Je n’en eus pas d’autres que les ennemis de l’Etat. »
Que ses actes le jugent. Ne nous amusons pas à ces portraits où, pour concentrer les grands traits, on fait abstraction des détails nombreux et complexes où est justement la vie propre, l’intime individu. Encore moins nous jetterons-nous dans les vagues comparaisons qui obscurcissent en voulant éclaircir. Richelieu, quoiqu’on l’ait tant dit, ne ressemble guère à Louis XI. Et combien moins au dernier roi de France qu’on appelle la Convention!
Qu’il ait eu un génie systématique et centralisateur, cela est vrai. Moins pourtant qu’on n’a dit, car ce qu’il lit de plus grand dans ce sens (la création des intendants), cela, dis-je, se lit le lendemain de l’invasion, sous l’empire d’un besoin pressant, non d’après une idée préméditée. Celleci même était contraire à celle que Richelieu essayait de faire prévaloir depuis plusieurs années (la levée de l’impôt par les élus).
Eu cela, comme en bien d’autres choses, il lit toute autre chose que ce qu’il avait projeté. Mais la grandeur visible de sou âme et de sa forte volonté, l’immensité de son labeur, la dignité sinistre de sa fière attitude, couvraient, sauvaient les sinuosités, les misères infinies de ses contradictions filiales.
Le premier homme d’un mauvais temps ne peut guère être que mauvais. En celui-ci, il y eut
des laideurs, des caricatures, le prêtre cavalier, les ridicules d’un pédant de Sorbonne, d’un limeur pitoyable; plus, des échappées libertines, communes chez les prélats d’alors, mais plus choquantes dans un homme d’un si terrible sérieux.
11 eut des âcretés de prêtre. Il eut, comme politique, des furies de joueur acharné à gagner quand même, qui met sa vie sur une carte, la vie des autres aussi. Et cependant fut-il vraiment cruel? Rien ne l’indique. Les quarante condamnés qui périrent sous lui, en vingt ans, furent mal jugés sans doute (comme on l’était alors, par des commissions), mais n’en étaient pas moins coupables, cl la plupart étaient des traîtres qui nous livraient à l’étranger.
Il ne pardonna guère. Mais il n’eût pardonné qu’aux dépens de la France.
Il aimait fort ceux qu’il aimait. Il n’oublia jamais un bienfait, et il n’y jamais un meilleur ami. Même à l’égard de ceux qu’il n'aimait pas, il essayait parfois de se dominer à force de justice. Fontenelle cite de lui un fait très-beau et curieux.
Richelieu, comme auteur, avait une misérable jalousie de Corneille, et, comme politique (on l’a vu), il avait reçu de lui, au jour de ses revers, le plus sensible coup, l’Espagne glorifiée par le Cid.
Toutes les pièces de Corneille semblaient des dénonciations indirectes de guerre au tout-puissant ministre. Il le pensionnait cependant et le recevait même. Un jour, il le voit arriver d’un air fort abattu, triste, rêveur. « Vous travaillez, Corneille? — Hélas 1 je ne puis plus, monseigneur. Je suis amoureux. » El il explique qu’il aime, mais une personne si haut, si haut placée, qu’il n’a aucun espoir. « Et qui encore? — La fille d’un lieutenant général (des finances) de la ville d’Andely.
« N’est-ce que cela? » dit Richelieu. C’était justement le moment où l’on venait de jouer Cinna. Richelieu prit l’âme d’Auguste. Il fit écrire au père de venir sur l’heure à Paris. Le bonhomme, étonné, effrayé, se présente. Et le ministre lui fait honte de refuser sa fille au grand Corneille. Celui-ci fut marié de la main de son ennemi.
Il mourut tellement redouté, qu’on n’osait nulle part dire qu’il fut mort, même dans les pays étrangers (Monglat). On aurait craint que, par dépit, par un terrible effort de volonté, il ne s’avisât de revenir.
Le roi le haïssait. Et il eut même, à sa dernière visite où Richelieu mourant lui renouvela le don du Palais-Cardinal, l’indignité de s’en emparer
sur-le-champ et d’y mettre ses gardes. Et, avec tout cela, il lui obéit de point en point après sa mort, refusant tout aux prisonniers, aux exilés, si durement, que, madame de Vendôme priant pour son mari, il lui dit : « Si vous n’étiez femme, je vous mettrais à la Bastille. »
De toutes les personnes persécutées, la plus suspecte au roi, c’était la reine. Des trois ministres, Dunoyer, Mazarin, Chavigny, le premier se crut fort par les prédilections dévotes du roi pour sa dévotion; il commença à travailler sourdement pour la reine. Il comptait arriver par elle à l’archevêché de Paris. Cela le perdit près du roi, qui le traita si mal, qu’il lui fallut demander sa retraite.
Mazarin, Chavigny, ne se maintinrent qu’en paraissant très-contraires à la reine. Monsieur, flétri naguère, déclaré incapable de toute charge et mal voulu du roi, n’eût pu songer à la régence.
Ils dirent au roi habilement que, si on la faisait régente, il fallait la lier et la subordonner, lui mettre sur la tête un conseil souverain, et non destituable : Monsieur, Condé, Mazarin, et le père et le fils, Boulhilier, Chavigny. Tout se déciderait à la pluralité des voix. Le tout, ordonné par le roi, formulé en déclaration, enregistré au parlement.
Mais, en même temps, Mazarin faisait dire à la reine, par le nonce Grimaldi, que cette ordonnance, si sévère pour elle, en réalité la sauvait, lui assurait le point essentiel : que son mari mourant ne l'écartàt pas de la régence , parût l’en juger digne. Avec cela, elle allait être maîtresse et ferait ce qu’elle voudrait.
Le flot montait si fort pour elle, que le roi, vers la lin, n’eut plus la force de soutenir la digue. Les prisonniers sortirent, les exilés revinrent, toute la vieille cabale à la file. On fil scrupule au mourant de persister jusqu’à la fin.
Tout d’ailleurs le fuyait, lui échappait. Enghien, à qui il venait de donner la grande armée du Nord, s'offre secrètement à la reine. A Saint- Germain et à Paris, on travaille pour elle les gardes suisses et les gardes françaises. On lui offre d’occuper le Palais avant même que le roi n’expire, de crainte que Monsieur n’y soit le premier. Quand le roi enfin meurt (14 mai 1043), le château où il meurt est déjà à la reine, et le parlement, et la ville. Le roi femelle occupe tout.