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chelieu, au contraire, après le coup de la Rochelle, était exactement l’idéal, le messie de leur désir, le prêtre militant, le prêtre cavalier, n’ayant d’aides de camp que des prêtres, et pour arrière-garde et réserve mettant partout des régiments jésuites. Par lui, ils firent leur entrée triomphale à la Rochelle, plus lard dans toutes les villes huguenotes de Languedoc et de Poitou. 11 les fourra aux armées même, « pour donner des remèdes et des bouillons aux soldats. »
11 s’imaginait avoir conquis l’ordre. A tort. Les jésuites confesseurs du roi furent presque toujours contre lui. Dans les jésuites écrivains, il eut quelques fanatiques, qui l’auraient voulu à tout prix chef de l’Église de France, légat du pape à lutei'e, à vie. Un ou deux poussèrent si loin cette passion, qu’ils écrivirent que Paris pouvait avoir un patriarche, aussi bien que Constantinople (1638).
Vers 1629, tous les ordres religieux, moins un (l’Oratoire, créé par Rérulle), semblaient ralliés au cardinal ministre. Les carmélites ellesmêmes, amenées ici et dirigées par Bérulle, à sa mort, prièrent Richelieu d’être leur protecteur. 11 devint en réalité celui des bénédictins de Cluny,.de Cîteaux, de Saint-Maur; celui des Prémontrés. 11 s’occupait très -spécialement des
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Mendiants, des Dominicains et des Cannes, les favorisait fort dans leurs affaires. Plusieurs de ses meilleurs espions, aux crises décisives, lui furent fournis par ces deux derniers ordres.
Grande tentation pour un ministre si attaqué, si menacé, à qui les fonds manquaient pour organiser la police, que de trouver dans tous ces moines une police officieuse! Partout, leur confessionnal devint pour Richelieu un vrai trésor d’informations.
Les ordres voyageurs, ceux qui, sous vingt prétextes (mendicité, prédication, missions, etc.), couraient, rôdaient, vaguaient, étaient les diverses familles encapuchonnées de saint François, Mineurs, Minimes, Capucins. En eux, il trouva des agents pour les affaires extérieures, pour son espionnage d’Espagne, de Méditerranée. Le chef de cette administration équivoque était le fameux Du Tremblay, le capucin Joseph, vieilli dans la diplomatie, homme très -dangereux, qui servit longtemps Richelieu, mais qui faillit le perdre. 11 avait le goût, le talent delà police; tous les espions lui rendaient compte, et par son frère, gouverneur de la Bastille, le capucin avait sous la main les prisonniers d’Élat. Sans admettre la part exagérée que ses biographes lui donnent dans la destinée de Richelieu, il est certain que Joseph avait contribué à son élévation, et qu’il
eut longtemps sous lui un grand pouvoir. Les apparences pauvres et austères du capucin imposaient fort à la simplicité de Louis XIII, qui même lui confia quelquefois ses petites affaires personnelles. Richelieu, dont les mœurs furent souvent attaquées, tirait quelque avantage de celte couleur monastique d’un gouvernement de capucins, et par-devant l’Europe catholique et surtout près du roi.
Dès 1625, Joseph fut l’auxiliaire de Richelieu, vivant dans son palais, et dans son appariement même. En 1651, il fut tout à fait sous-ministre, ayant quatre capucins pour chefs des quatre divisions de son département.
Le curieux, c’est que ce politique avait eu pour vocation primitive l’idée d’une poétique croisade d’Orient, qu’il fit du moins en vers, sous le titre baroque île la Turcicule. La croisade eut été exécutée par un nouvel ordre de chevalerie, qui, chemin faisant, eût conquis l’Allemagne. Toute celte chevalerie aboutit à une simple mission de capucins espions, que dirigeait le père Joseph vers l’Orient et dans tous les pays ennemis de la maison d’Autriche.
Par une alliance bizarre de tendances contradictoires, sous l’homme de police, il restait du poëte, du rêveur chimérique. Le père Joseph avait grande confiance dans un fou de génie, le domi-
nicain de Calabre, Campanella, qui, tenu vingtsept ans dans les prisons espagnoles de Naples, écrivit là sa Cité du soleil, plan de communisme ecclésiastique. Campanella, élargi en mai 1626, mais toujours en danger et poursuivi des Espagnols, fut révéré des nôtres comme ennemi capital de l’Espagne, et comme oracle d’une politique nouvelle, plus hardiment machiavélique que Machiavel. 11 se mêlait aussi d’astrologie. Quand Richelieu fut près de marier Monsieur à mademoiselle de Montpensier (origine première de la grande fortune des maisons d’Orléans), il hésitait, sentant qu’un tel colosse de propriété ferait ombre au trône même et diviserait la France.
Le père Joseph, dit-on, obtint de lui de consulter Campanella, alors à Rome. Et l’oracle aurait répondu : Non gustabit imperium in wtemum, Il ne sera pas roi de toute l’éternité.
Richelieu dit que Campanella lui lit donner eu 1631 un avis essentiel à sa sûreté. 11 vint en France en 1635. 11 y vécut trois ans dans son cloître des Jacobins de la rue Saint-Honoré, et y fut visité, consulté de Richelieu, probablement vers 1658, au moment où le ministre aux abois sembla près de se jeter dans une politique révolutionnaire.
Mais tout cela est loin encore, et c'est à tort qu’on montre le cardinal comme déjà entré dans
ces idées audacieuses dix ans plus tôt, en 1628 . Vainqueur de la Rochelle à cette époque, trèsvivement adopté des moines, comptant être légal (pour prix de la campagne qui allait sauver l’Italie), il fut réellement et sincèrement dans une politique catholique. Le chef qu’il eût voulu à l’Allemagne , c’était le catholique duc de Bavière, s’il avait pu l’opposer à l’Autriche. Il fallut deux années pour qu’il se décidât à l’alliance du protestant Gustave, qui servit de prétexte à Rome pour lui refuser tout. La politique qu’il suivit ces deux ans, malgré l’éclat de deux pointes brillantes en Italie, n’aboutit pas. Le Bavarois craignait trop de se compromettre. Et la prophétie de Gustave-Adolphe finit par se vérifier: « Vous ne pourrez sauver Mantoue. »
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