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CHAPITRE IV

Lutte de Richelieu contre les deux reines. — juillet-octobre 1650.

Richelieu, trop évidemment, dans l’Europe catholique et le monde des honnêtes gens, seul était l’ennemi. Sans lui, tout était paix profonde, ou du moins on ne demandait qu’à se réconcilier. C’est ce que le duc de Savoie fil dire au roi. C’est ce qu’insinuait le pape, devenu le compère des Espagnols et de l’Empereur, depuis leur horrible succès de Mantoue. C’est enfin ce que vint dire à Louis XIII l’envoyé des deux reines, Valençay, un homme très-brave, fort bien choisi pour un conseil de lâcheté.

Tous étaient pour la paix. Thoiras, qui défendait Casai, disait qu’il ne pouvait plus tenir. Nos généraux, d’Effiat, Montmorency, sauf un

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brillant combat, ne purent et ne lirent rien. D’Effiat était malade. Montmorency était, disaitil, ruiné. Il eût voulu devenir connétable. Mais, s’il le devenait, Créqui, le roi du Dauphiné, eût brisé son épée. D’autre part, Guise était en pleine guerre avec Richelieu pour son amirauté de Provence, Bellegarde pour un droit qu’il prétendait comme gouverneur de Bourgogne, etc.

Toutes ces plaintes, ces disputes, ce procès général entre la cour et Richelieu, retentissaient au roi dans cette triste solitude des montagnes, et il en était accablé. Une forte tète, un homme bien portant, eût succombé; combien plus Louis XIII!

Il faut ici avoir pitié de lui, cl dire ce qu’il était.

Plusieurs de ses très-bons portraits (surtout celui de Philippe de Champagne à Fontainebleau) le montrent au vrai, une longue ligure de teint très-brun, à moustaches noires. Rien d’Henri IV, rien de Marie de Médicis. Les Espagnols, à son avènement, disaient que ce faux Louis était fils d’un des Orsini. Quoi qu’il en soit, il avait tous les goûts d’un prince italien de la décadence, bon musicien et même compositeur passable, peintre, réussissant dans je ne sais combien de petits arts et de métiers. La prodigieuse idolâtrie de la royauté et de lui-même

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où on l’éleva pouvait en faire un vrai tyran. 11 n'avait pas beaucoup de cœur, était sec, dur, parfois cruel. Petitement dévot, sans tomber cependant à l’idiotisme des rois espagnols ni de Ferdinand II, le terrible mannequin des Jésuites. Louis Xlll avait une conscience, n’était pas insensible à l’idée du devoir. Sa gloire de roi, l 'honneur de la couronne et l’honneur de la France se confondaient dans son esprit. Richelieu lira parti de cela admirablement, et de son vice lui lit plusieurs vertus.

Le malheur était qu’on ne pouvait compter sur rien avec une créature si maladive, qui déjà trois ou quatre fois avait touché à la mort, que l’ennui consumait, que les soucis minaient, que les médecins ruinaient, exterminaient, par la médecine du temps, implacablement purgative, acharnée à chasser celte humeur noire, qui était sa vie même; chassée, elle eût emporté tout.

Le premier médecin, Bouvart, de dévotion tout espagnole et vivant aux églises, l’homme des reines, leur organe, ordonna le retour à Lyon (7 août), l’oubli des pensées de la guerre. A quoi les reines ajoutèrent de vives prières pour que le malade se réconciliât avec ses bons parents, l’Espagnol et le Savoyard, avec l’Empereur.

Quoi de plus chrétien? Les rois de l’Europe,

en réalité, sont une famille. On le lit consentir à une trêve qui, le 1" septembre, devait livrer Casai aux Espagnols. Les Français n’y gardaient qu’un fort, qu’encore ils devaient livrer du 15 au 51 octobre s’ils ne recevaient secours.

Le roi promit de plus à sa mère, à sa femme, qu’il chasserait Richelieu, mais seulement « après la paix. » Brulart et le père Joseph la négociaient à Ratisbonne.

Richelieu, arrivant à Lyon, trouva la situation toute gâtée et malade autant que le roi. Le roi était encore debout; mais il avait si mauvaise mine, qu’on voyait qu’il allait tomber. Le bon courtisan Bassompierre, homme de la reine mère, Guise, Longueville, le vieux d’Épernon, ne perdirent pas de temps pour s’assurer du roi. Lequel? Celui qui était à Paris, le frère de Louis XIII. Le roi de Lyon déjà ne comptait plus.

Ils saluèrent la royauté nouvelle, prirent les ordres de Monsieur pour l’arrestation de Richelieu. Les dames eussent voulu davantage. La sœur de Guise (princesse de Conti) eût préféré sa mort, et elle lit acheter des poignards. Les Espagnols y avaient toujours songé. Et Campanella en avait fait avertir Richelieu. La reine Anne d’Autriche n’y répugnait pas trop. Elle disait seulement : « Il est prêtre. »

Dans ses Mémoires, tout politiques, Richelieu couvre tout cela de respect, de silence. 11 ménage les deux reines, ménage les princes étrangers. Mais, dans le petit journal, écrit par lui, pour lui, chaque soir, et qui donne une mention des avis, des rapports d’espions, de toutes les informations qui lui venaient, on y voit bien plus clair. Ces témoignages, du reste, sont pour la plupart confirmés par tous les mémoires, actes et lettres publiés depuis.

Or voici le dessous des cartes. I/inlrigue et la guerre politique couvraientune guerre de femmes.

Richelieu avait été l’amant de Marie de Médicis, plus âgée de vingt ans. Et il ne l’était plus. Ses ennemis ont fait mille contes ridicules sur le libertinage de cet homme si occupé, si maladif, si espionné, observé spécialement par un roi très-sévère.

Dans la vérité, Richelieu avait alors une vie sombre et prudente, très-réservée. Comme tant d’autres ecclésiastiques, il ne se fiait qu’à une parente, une espèce de fille adoptive, sa nièce, madame de Combalet, qui tenait sa maison et avait soin de lui. C’était une jeune femme, jolie, modeste, austère. Quand elle avait eu le bonheur d’être quille d’un fort pauvre mari, pour ne plus y être reprise, elle fit vœu de se faire carmélite, s’habilla comme à cinquante ans, prit

une robe d’étamine et ne montra plus ses cheveux. Seulement, comme son oncle aimait fort les bouquets, elle ne manquait guère, en l’allant voir, d’avoir des fleurs au sein.

Tout était singulier dans cette jeune femme.

On la disait malade secrètement. Nul galant.

Mais elle avait un grand attrait. Des dames en étaient éprises et folles, jusqu’à quitter mari, famille et tout, pour s’établir chez elle, la soigner et faire ses affaires. Pour elle, elle semblait uniquement occupée de son oncle, qui eut longtemps la prudence de ne point lui faire de dons excessifs. Ce ne fut que peu avant sa mort qu'il fit tout d’un coup sa fortune, la fit duchesse d’Aiguillon.

Il l’aimait fort. En 1626, quand la mort de Chalais exaspéra la cour, on pinça Richelieu à cet endroit sensible. On fil scrupule à sa nièce de vivre avec ce damné prêtre, cet homme de sang. Elle eut honte, elle eut peur, renouvela son vœu. Le cardinal, troublé, consulta et s’enquil si le vœu était valable. Ses docteurs lui répondirent Non. Mais elle n’était pas plus tranquille, elle voulait se mettre au couvent. L’oncle n’y sut remède que dans une étrange démarche. Quoique fort mal avec le pape alors, il chargea notre ambassadeur d’obtenir de Sa Sainteté un bref qui interdît le couvent usa nièce. Elle n’en garda

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pas moins à la cour, où elle était dame de la reine mère, une tenue de carmélite, toujours fort sérieuse et ne levant jamais les yeux.

Les reines la haïssaient, et pour son oncle, et comme espion, enfin comme contraste à leur vie et reproche muet. Elles l’abreuvaient de fiel et la mortifiaient tout le jour.

Une autre carmélite régnait, fleurissait à la cour, madame Du Fargis, née Rochepot, qui avait été trois ans au couvent de la rue Saint- Jacques, mais, il est vrai, sans faire de vœu. Elle s’était liée (là sans doute) avec la nièce du ministre, quoique connue déjà par maints scandales. On lui fit épouser ce Du Fargis, notre ambassadeur en Espagne, qui y signa la paix contre ses instructions, en 1626. Quand on chassa les dames complaisantes qui, au Louvre et ailleurs, avaient si mal gardé la jeune reine contre Buckingham, on leur substitua la Fargis, plus complaisante encore et bien plus dangereuse. Elle était jolie, ardente, effrontée, tout à fait propre à aguerrir la reine par ses exemples. Agent de l’Espagne, elle lui faisait des amis de tous ses amants. C’était Créqui, c’était Cramai!, c’était le vieux garde des sceaux, etc. Tel était, dans l’absence de la Chevreuse, le Mentor de la jeune reine.

La vieille reine, non moins honteusement, était menée par un Provençal d’Arles, un musicien

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aventurier, qui, pour mieux gouverner la dame, s’était fait médecin, et, pour l’assotir tout à fait, étudiait en astrologie. Dans le petit journal de Richelieu, on voit toute l’importance du docteur. Le rival du grand homme, son antagoniste en Europe, ce n’est pas Spinola, ni Waldstein, ni Olivarès. C'est Vaullier. La reine mère cric et pleure pour Vaultier. La question suprême est de savoir si Vaultier remplacera Richelieu, d’abord dans la maison de la reine mère, puis dans l’Etat, dans le gouvernement.

Le roi s’alita le 22 septembre, et le 30 fut à la mort. Au dedans, au dehors, on agit vivement. On écrivit en Bretagne, en Bourgogne, pour que des deux bouts de la France il y eût explosion contre Richelieu. On écrivit au prince de Condé qu’il se hâtât de quitter celui que tous quittaient et qui allait périr.

Voyons un peu chez le roi comment les choses • se passent. Du 20 au 30, ce fut le plus grand trouble. La médecine la plus violente, les remèdes les plus héroïques, ne pouvaient guérir Louis XIII.

Il allait à la selle quarante fois par jour et rendait le sang pur. L’intrépide Bouvart était à bout et consterné. Saignée sur saignée, médecine sur médecine, rien n’y faisait. La maladie semblait, malignement moqueuse, augmenter d’heure en heure pour humilier la Faculté.

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C’était un spectacle lamentable de voir ce moribond, tant de selles, Umt de sang. La cour était fort mal logée, et l’étiquette au diable. Chacun entrait, venait, voyait. Tel priait, tel pleurait. Le 1" octobre, il y eut une grande scène. Le roi mourant communia et demanda pardon à tout le monde.

C’est de ce mot chrétien que Brienne voudrait abuser pour nous faire croire que le roi fit satisfaction à sa femme. Et il ajoute, comme un sol, que le mourant même promit de se guider jkir ses conseils!... Conseils d’une telle étourdie, si compromise et le jouet visible de son entourage éhonté!

Tous les autres témoins nous disent le contraire. Ils attestent que le malade était plus défiant que jamais, qu’il démêlait très-bien l’intérêt qu’on avait à sa mort. A ce point, qu’il refusait tout, sauf ce qu’il recevait directement de la main de son premier valet de chambre, un bon homme allemand, Béringhcn.

Ce Béringhcn devenait extrêmement important.

Et, si quelqu’un pouvait in extremis tirer quelque chose de la main mourante, vraisemblablement C’était lui. Ni le confesseur Suffrcn, ni le médecin Bouvart, n’exerçait d’ascendant.

Monsieur croyait succéder à coup sur. Cependant un homme plusieurs fois gracié, noté en des actes publics comme lié aux ennemis de l’État,

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aurait été aisément contesté, spécialement de Richelieu, sur de périr si Monsieur était roi.

Une autre personne craignait cet avènement :

c’était la jeune reine, jadis bien avec Monsieur, alors mal , parce que le prince rieur et ses bouffons s’égayaient sur les petites aventures de la reine et ses fausses couches. Que n’était-elle enceinte! Elle eût été régente, et Monsieur était écarté! Mais, si elle ne l’était pas, il ne lui restait qu'à épouser cet homme méprisé, et qui riait d’elle tout le jour. C’était le plan de la reine mère, laquelle comptait bien gouverner. La reine Anne serait restée dépendante et petite fille.

O 11 dit qu’une chose violemment voulue et désirée se réalise, qu’un véhément désir parfois crée son objet. J’ignore ce qui en est. Ce qui me semble sûr, c’est que la reine, qui avait tant d’intérêt à être grosse, le devint en effet.

Elle ne le déclara point. Mais, quatre mois après, la chose étant visible pour tous, le confident médecin Bouvart n’osa la nier. Elle avorta en mars 1631, par un moyen artificiel, comme on verra, et probablement à six mois.

Le roi l’avait quittée en mai 1630; il la revit à la fin d’août, étant déjà malade et en pleine fièvre. Ils se réconcilièrent le jour où il crut mourir, se brouillèrent encore, restèrent brouillés. Je ne vois pas quand il pût être père.

N’importe. Qu’elle fût grosse au jour de la mort, elle était sauvée. Elle restait reine régente, ou du moins présidant le conseil de régence. Elle subordonnait la reine mère et Monsieur, qui n’était plus que son premier sujet.

Il suflisait pour cela que le roi, s’il lestait en forme ordinaire, tout en reconnaissant son frère, laissât ajouter la petite réserve naturelle, qui était de style, quand le mourant était un homme marié : « Sauf le cas où notre très-chère épouse seroit enceinte. »

Mais, si le roi n’aimait pas son frère, il n’aimait guère non plus sa femme. Déliant, comme il était, il aurait bien pu être assez malicieux pour effacer ce mot.

Il était bien essentiel qu’on s’assurât de l’homme qui seul en ce moment paraissait lui inspirer un peu de conliance, de Béringhen, non pas pour qu’il agît directement, mais seulement pour veiller les moments où la haine du roi pour son frère serait plus forte que sa malveillance pour sa femme. Ce moment de lui-même allait se présenter. A grand bruit, de Paris, arrivait une armée, les amis de Monsieur avec tous leurs amis, les Guise, les Créqui et les Bassompierre. Déjà ils étaient sûrs du gouverneur de Lyon, de sorte qu’ils tenaient le roi dans leurs mains. Si le 2 ou le 5, le 4 octol re, dans leur impatience

d’héritiers, ils venaient le troubler et le faire tester pour Monsieur, les deux gardes du lit, Béringhen et la veuve, n’avaient qu’à surveiller le testament, et le mourant, plus que jamais irrité contre Monsieur, n’eût point fait à la reine l’injure de lui biffer la réserve naturelle en tout héritage.

Comment acquit-on Béringhep ? Comme on acquiert un jeune homme, faible et doux, fort galant, sans défense contre les femmes. Celle qui menait l’intrigue, la confidente d’Anne, la Fargis, s’en saisit par un coup d’audace. La cour était campée à Lyon dans un hôtel étroit. Chacun couchait où il pouvait. Béringhen, dans les rares moments où la fatigue l’obligeait de prendre un peu de repos, se jetait sur un matelas, à deux pas de son maître, dans une pièce de passage où on allait et venait. La Fargis n’hésita pas. Sans crainte des passants, sans pudeur du mourant, qui aurait pu entendre, elle alla s’établir dans le lit du valet de chambre, et on les vit entre deux draps.

11 ne manquait plus qu’une chose, c’était que le roi se hâtât de mourir. Les deux partis étaient en présence. La reine Anne tenait la chambre. Et les amis de Monsieur tenaient la ville. Quel que fût le vainqueur, Richelieu périssait, lise trouva tout à coup seul. Il avait parlé à Bassompierre.

En vain. Il parla à M. de Montmorency, à qui il avait donné espoir de le faire connétable. Mais tout ce qu’il tira de son caractère généreux, ce fut l’offre de le faire sauver de Lyon; offre très-dangereuse; car c’était le pousser à s’accuser lui-même. En le sauvant ainsi, il le perdait.

Les médecins avaient saigné six fois en six jours cet homme pâle qui n’avait point de sang. Ils essayèrent encore de lui en tirer le 2 octobre. A ce moment, la nature le sauva. La vraie cause du mal, ignorée des docteurs, un abcès à l’anus, creva. Tout fut fini. Quoique très-faible, il se mit sur son séant, parla de se lever.

Le jour même arrivaient Guise, Créqui, Bassompierre, représentants du nouveau roi. Ils furent consternés, terrifiés, de trouver cet homme mort qui se levait de son tombeau. Richelieu était près de lui. Il lui montrait que les impériaux se jouaient de lui à Ratisbonne. Il en tira, le 2, un ordre ferme qui semblait annoncer la résurrection de la France, ordre à l’ambassadeur Brulart de revenir; le père Joseph, son auxiliaire, pouvait rester, n’ayant pas caractère pour signer un arrangement. Du reste, Richelieu se croyait bien sûr de Joseph, son très-intime confident.

L’Empereur, qui jusque-là empêchait la paix en n’offrant qu’un traité impossible, avait hâte

alors de la faire, d’abord parce que Gustave avançait, deuxièmement parce qu’il savait que Louis XIII avait promis, dès la paix faite, de chasser Richelieu. Joseph et Brûlai t, fort pressés des impériaux et sans doute de nos deux reines, étaient dans un grand embarras. Il y a loin de Lyon à Ralisbonne. Joseph reçut-il les nouvelles du 1" octobre, la communion du roi mourant?

ou celles du 2, sa résurrection? On l’ignore. Mais, quand il eût eu les dernières, même le roi vivant, Richelieu pouvait périr si Joseph consommait le traité de paix qui devait faire son expulsion.

Donc, au total, Joseph semblait tenir le fil des destinées de Richelieu. C’était son homme, mais il ne l’aimait pas. Joseph croyait l’avoir créé, et avoir créé un ingrat. Le ministre ne faisait pas ce qu’il voulait pour sa fortune. Avec ses sandales de capucin, sa ceinture de corde, cette comédie d’humilité, il visait au chapeau, qui sans doute lui eût donné moyen de supplanter son ami. Richelieu, qui le voyait venir, essaya, dès 1628, de s’en débarrasser, de le claquemurer dans une ville morte, à la Rochelle, dont il l’eût fait évêque. Mais Joseph, non moins fin, déclina l’honneur de cet enterrement, et s’obstina à rester capucin.

En acceptant le traité de l’Empereur contre les instructions de Richelieu, il avait deux chances

pour une. Si le roi mourait, le nouveau roi l’approuvait, le louait. Et, si le roi ne mourait pas, les deux reines montraient au convalescent le traité de Joseph, et, la paix étant faite, lui faisaient chasser Richelieu. Qui succéderait à celuici? Il n’y avait qu’un homme capable, Joseph encore. 11 devenait ministre, et, de plus, cardinal. Le pape se joignait à l’Empereur pour le presser de faire la paix.

Le fameux capucin était un homme aimable, obligeant, qui, tout agent qu’il fût de Richelieu, avait trouvé moyen de rester bien avec tout le monde. C’est lui qui, en 1626, fonda l’énorme fortune d’Orléans, en décidant Richelieu, malgré sa répugnance, à donner à Monsieur mademoiselle de Montpensier. Monsieur l’aimait, et dit avec regret à là mort de Joseph : « C’était l’ami des princes. »

Il mérita ce titre à Ralisbonne. Pressé, prié, il consentit que Brûlait, son collègue, signât la paix. Lui, capucin indigne, il déclinait un tel honneur. Mais on lui mit la plume en main, et sans doute on lui dit que le pape le voulait, qu’en s’abstenant il perdrait pour jamais le chapeau. Il signa (15 octobre 1630).

Cet acte, œuvre de Vienne, était un monstre d’équivoques et de pièges qui compromettait tout : 1° L honneur. En Italie, le commissaire de

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l’Empereur entrait à Casai; les Français et les Espagnols sortaient, mais avec grande différence, les Espagnols pour rester à deux pas; notre due de Mantoue, sans protection et tout seul, restait comme un mouton à la garde des loups. 2° Ce beau traite compromettait la France, lui interdisant l’alliance avec les ennemis de l’Empereur (dès lors avec Gustave); il ouvrait le royaume, il y avait une phrase qui eut pu faire rendre à l’Empire les Trois évêchés. 5° La paix n’était pas pour la seule affaire d’Italie, mais générale, donc comprenant l'Espagne, qui n’avait rien demandé, el qui restait tout à fait libre de signer ou ne pas signer. Le traité nous liait les mains et n’obligeait pas l’ennemi.

Joseph a dit qu’il avait signé pour gagner du temps; que le roi pouvait, après tout, ne pas ratifier. Très-mauvaise raison. Dans le désir général de la paix, dans les rapides entraînements de la France, ce chiffon de traité une fois répandu et connu, tout devait aller à la dérive, son premier et son grand effet étant justement d'écarter la main forte qui tenait la corde tendue.

Le tant désiré parchemin s’envole à Lyon, comme la colombe de l’Arche. Saisi et baisé des deux reines, il est ébruité dans toute la ville, célébré à cor el à cris. La paix! la paix!... Les feux de joie s’allument. Les reines au balcon.

croyant, dans la fumée, voir s’évanouir Richelieu.

Cela le 20. Et, le 26, le même elîet en Italie, sous Casai, effet décisif et terrible sur notre armée. Richelieu, du 2 au 26, avait obtenu du roi réveillé un effort désespéré; il avait de Ses mains arraché aux intendants, envoyé l’argent nécessaire. Plus, des renforts. Plus, l’ordre précis du roi de donner la bataille, et, si on la gagnait, de ne pas s’amuser à ménager l’Espagne, mais de finir ces comédies et d'entrer dans le Milanais. Celte armée était sous trois maréchaux. Schomberg et d’Effiat, deux hommes de talent et très-sûrs, le troisième suspect (l’agent des reines), Marillac, frère du garde des sceaux. Mais ce Marillac dut marcher. Schomberg, ayant l’ordre précis et répété, ne voulut plus attendre une heure, et mena l’armée à l’ennemi. Les Espagnols étaient perdus. Leur grand général Spinola venait de mourir, et leur courage aussi. Les Français, pleins d’élan, allaient leur passer sur le corps, et d’autant plus sûrement, qu’ils avaient carte blanche, non plus pour secourir une méchante ville de Piémont, mais pour s’en aller voir Milan, la Lombardie.

A ce moment, comme du ciel, un secours vient aux Espagnols, l’envoyé du pape, l’abbé Mazarino. C’était le 26, et, depuis plusieurs jours,

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le traité fait le 13 avait été apporté en Piémont; une semaine entière, probablement, Mazarin le garda en poche, devinant bien, le rusé comédien, le parti qu’il en tirerait. Aux premières salves, faites de loin, sans danger encore, notre abbé se présente aux' rangs français, court, se démène, fait signe d’un mouchoir le long des premiers rangs; il va, vient, voltige à cheval, criant : La paix! la paix!

Ce n’était pas assez pour arrêter Schomberg, qui, le matin encore, dans une dernière lettre du roi, avait lu qu’il ne reconnaissait pas cette paix. Mais c’était assez pour détremper ceux (il y en a en toute armée) qui ne marchent pas volontiers. C’était assez pour faire crier à Marillac que tout était fini. Schomberg lui-même se rangea à cet avis, tant il vit les esprits changés et l’armée refroidie.

Le résultat de cette farce était de finir la résistance de Casai. Assiégeants, assiégés, Espagnols et Français s’en vont. Mais les impériaux (pires qu’Espagnols) y entrent, un commissaire de l’Empereur, avec une armée de domestiques allemands.

Ce joli trait de Mazarin commença la carrière de ce grand Mascarille. Tout le parti espagnol en Europe, et nos reines surtout, en firent, en ornèrent la légende. El quoi de plus touchant?

Enlre deux armées engagées, dans la première furie, sous une grêle de balles, ce jeune homme intrépide (mousquetaire avant d’être prêtre) se précipite, brave mille morts, pour arrêter l’effusion du sang. Tant de courage, d’humanité, de charité chrétienne... Tout à la fois la légende d’un saint et celle d’un héros de roman!... Telle fut la noble et charmante auréole sous laquelle fut bientôt présenté à notre Espagnole Anne le sauveur de l’armée d’Espagne. Admirable rencontre! mystérieuse prédestination! On fit remarquer à la reine que cet ange de paix avait des traits du beau, du noble Buckingham, du héros qu’elle avait aimé.

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