‹ Richelieu et la monarchie absolue: Administration générale, justice (suiteChapitre 38 sur 68 · SS · texte numérisé non relu

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ment décoratif. Il se borne à ries approbations de statuts, à une domination toute de formules, à des honneurs qu^on lui ménage d'autant moins qu*ils sont plus vides. L'Église avait tenu longtemps en laisse, laisse bien autrement courte, toute l'instruction supérieurCi et, quoique la chaire du professeur tende à se laïciser à cette époque, les droits des évéques demeurent plus positifs, ils les font surtout mieux valoir que le Roi. Celui de Montpellier peut réformer, de son chef, l'université de son diocèse; il prétendait même en nommer et en destituer les maîtres sans ^assistance des consuls, lesquels ont recours aux tribunaux pour se faire maintenir en possession de leur autorité sur ce chapitre.

C'est en effet devant le juge qu'est porté tout le contentieux universitaire, qu'il a'agisse de la forme ou même du fond de l'enseignement. Ces corps, qui exploitent la concession d'une fraction de l'instruction publique, défendent tous ardemment l'intégrité de leurs privilèges. Aussi avons-nous des arrêts de parlement défendant aux écoliers de Toulouse de prendre ailleurs qu'en cette ville les grades de docteur, licencié et bachelier, « à peine d'exclusion de tous offices de judicature et de cinq cents livres d'amende» ; ou retirant à un étranger non naturalisé une chaire de philosophie, ou prohibant toutes soutenances de thèses ic même dans des maisons privées, en dehors et sans l'agrément de l'université ». Et ce que font ces universités pour It^urs monopoles supérieurs, les collèges communaux qui sont aussi des monopoles, d'ordre plus humble, le font dans un milieu plus restreint : nul maître, à Troyes, n'a permission de conserver plus de six élèves, ni d'apprendre autre chose que la grammaire ou les éléments, « tout sujet capable d'entrer en quatrième devant suivre les cours du collège municipal » . Défense, à Toulon, «aux pédagogues

ou précepteurs d'enfants d'avoir des chambrées, attendu que la commune pourvoie de régents les écoles de la ville » . Partout, même chasse aux établissements particuliers; là où il y a un collège, il ne doit y en avoir qu'un. Telle est la règle; les conseils communaux la font observer avec rigueur, et les tribunaux les soutiennent. On citerait cent procès à cet égard, tous jugés dans le même sens. Dans un litige entre le recteur de Bourg et un maître d'écriture de la localité, coupable « de faire la classe dans sa maison et de nuire à la prospérité du collège », l'enquête du lieutenant civil révèle à n'en pouvoir douter que ledit recteur était un paresseux et un ignorant. Il obtient quand même gain de cause. L'origine de ces monopoles est fort obscure : le chapitre de Ghàteaudun paraît être obligé d'entretenir une école. De par une charte de donation, datant du moyen âge, une prébende est spécialement affectée à cet objet. Ce devoir d'enseigner qui lui incombe, il le transforme en un droit exclusif de distribuer l'enseignement; puis, au seizième siècle, ce devoir il ne le remplit pas, ce droit, il n'en use pas, mais il le vend à d'autres. Après avoir fait d'une obligation un privilège, il négocie le privilège, en transférant à qui bon lui semble le pouvoir d'ouvrir des écoles *.

Ainsi l'on peut dire, et que l'instruction n'est pas libre, et que l'instruction n'appartient pas à l'État. 11 y demeure étranger; s'il s'en occupe, c'est sous sa forme de pouvoir judiciaire, non sous celle de pouvoir exécutif. C'est le parlement de Paris qui, après l'assassinat de Henri IV, ordonne à la faculté de théologie de renouveler ses anciens décrets contre la doctrine régicide. Cependant le droit du gouver-

* Arch coni. de Chàteaudun, GG. 120 et passim; INevfrs, BB. 18; Bourg, BB. 71, 75; GG, 239; |Touioii, BB, 53. — Soc. Académ. de TAabe, 1841, p. 149. — Arch. dép. Haate-Garonne, B. 326, 434, 561, 581. — Arrêt du Parlement de Toulouse, 16 juillet 1()15, cité par Troplonc, Pouvoir de VÈtat sur l'enseignement, 151.

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neinent subsiste, dans la sphère nébuleuse des droits qui ne servent pas. Sonfçe-t-il à en faire quelque exercice, sous Louis XIII, ce serait plutôt pour restreindre que pour encourager la diffusion des études secondaires : « Considérant, dit un projet de règlement dû à l'initiative de Richelieu, que, grâce à la grande quantité de collèges qui sont en notre royaume, les plus pauvres taisant étudier leurs enfants, il s'en trouve peu à se mettre au trafic et à la guerre qui entretiennent les États, comme aussi que, parmi tant de gens qui enseignent, il est impossible qu'il n'y en ait beaucoup de médiocres, qui par conséquent ne peuvent donner la vraie teinture des lettres... Pour remédier à cet inconvénient nous voulons qu'il n'y ait plus de collèges, si ce n'est aux villes ci-après nommées (douze en tout), situées de telle sorte que tous ceux que l'on connaîtra particulièrement être nés aux lettres y pourront être commodément envoyés. Nous voulons qu'en chacune d'elles il y ait deux collèges, l'un de séculiers, l'autre de Pères Jésuites *... »

Le cardinal revient sur la même idée, dans son Testament politique; il se plaît à décrire les maux qui résultent suivant lui d'un excès de culture intellectuelle : « Dans un État dont tous les sujets seraient savants, on verrait peu d'obéissance, l'orgueil et la présomption y seraient ordinaires. Le commerce des lettres bannirait absolument celui de la marchandise, il ruinerait l'agriculture et il déserterait en peu de temps la pépinière de soldats qui s'élèvent plutôt dans la rudesse de l'ignorance que dans la politesse des sciences. » Il faut reconnaître, à la décharge du premier minisire, qu'il était aussi bien d'accord avec l'èHte de son

1 heures et papiers dtÉlat^ II, 181. — Paris aurait eu quatre collèges; les autres villes étaient Rouen, Amiens, Troyes, Dijon, Lyon, Toulouse, Bordeaux, Poitiers, Rennes, la Flècte et Pau.

siècle, en réagissant contre Texcès d'instruction, que des hommes d'État modernes Font été ayec les bons esprits de leur temps, en réagissant contre les derniers vestiges d'ignorance; et le plus curieux, c'est qu'à Tëpoque où Ton s*effraye du trop d'instruction, la masse du peuple est encore tout entière inculte, tandis qu'à l'époque où Ton décrète l'instruction obligatoire, la même masse populaire est déjà toute cultivée. Nous aurons occasion de voir plus loin comme ces courants nationaux sont plus puissants que les efforts des groupes dirigeants, même en pays aristocratique tel que la France du dix-septième siècle, puisque ces eFforts se briseront et devant la nette volonté de la bourgeoisie d'apprendre le latin, et devant le refus obstiné du bas peuple d'apprendre à lire. C'est vainement que la noblesse demande, en 1627, la suppression d'une partie des collèges « dont la quantité est excessive », que l'auteur du Parfait Négociant recommande à ses confrères, marchands eu gros, de ne pas mettre leurs fils en pension, « où ils seraient appelés par leurs camarades courtauts de boutique^ et où ils se dégoûteraient, par l'étude des sciences, du métier paternel » ; qu'un mémoire affligé assure que « le grand nombre des étudiants introduit la fainéantise^ que le trop de collèges ne sert qu'à faire de pauvres prêtres, avocats, procureurs, chicaneurs et sergents » , le mouvement qui emporte la classe moyenne vers l'enseignement moyen est « irrésistible * » .

Quant à l'enseignement supérieur, il demeure plutôt stationnaire : seize universités étaient en possession du droit exclusif de graduer les jeunes gens en théologie,

» Aff. Étrang., t. 783, f. 107 ; t. 787, f. 22. — Kicueueu, Testament politique, I, 168. — Savary, fe Parfait Négociant, I, 30. — En Espagne, une loi de 1623 avait beaucoup réduit le nombre des collèges; au contraire, en Alsace, dès la fin du xvi*^ siècle, des essais d'instruction obligatoire avaient été tentés dans certains districts.

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jurisprudence, belles -lettres ou médecine'; mais leur importance était très diverse, quant au nombre des écoliers et des professeurs. Les édits successifs de création qui avaient fixé, du treizième siècle au dix-septième siècle, pour chacune d*entre elles le nombre des chaires n'étaient guère observés ; il y en avait tantôt plus , tantôt moins : Orléans, qui, dans le principe, devait en avoir 8, n'en comptait que 4 de remplies ; Aix, au contraire, au lieu de 6 en avait 10. Ces universités n'ont ni lien entre elles ni ressorts déterminés, comme les académies de nos jours; leurs recteurs ne possédaient aucune espèce de juridiction sur l'ensemble de l'enseignement secondaire ou primaire donné dans une portion plus ou moins étendue du royaume. Seulement, écoliers et mattres, formant une sorte de corporation, jouissaient d'avantages et subissaient des charges, également inconnus de notre temps. Les étudiants de la capitale, par exemple, faisaient évoquer leurs procès «par devant le conservateur des privilèges scolastiques de la ville de Paris » ; ils avaient part, jusqu'à un certain point, aux immunités de la cléricature, mais ils étaient soumis à quelques-unes de ses lois. Le célibat fut longtemps imposé aux gradués, les docteurs en droit n'eurent la feculté de se marier qu'à dater de 1600, les régents es arts ne l'eurent jamais. Cette continence légale de jadis n'empêchait pas le peuple scolaire, flûteurs de Poitiers, crottés de Paris, brayards d'Angers, suivant les sobriquets antiques par lesquels il se distinguait, d'user dans ses mœurs privées d'une liberté, et dans sa vie extérieure d'une turbulence qui suscite les protestations indignées des bourgeois, et

' Leurs sièges, par ordre clironologique de fondation, étaient : Pnris, Toulouse, Montpellier, Avignon, Orléans, Gahors, Angers, Orange, Aix Poiticr.'», Gaen, Valence, Nantes, Bourges, Bordeaux et Reims. Le collège de Tournon, sans avoir titre d'université, eut quelque temps le privilège de conférer la maîtrise et le doctorat.

contre laquelle les tribunaux ont fréquemment à sévira Chaque université a pour chef un recteur, élu tous les trois mois par les docteurs, ses confrères, mais souvent maintenu en fonction plus longtemps : de 1610 à 1643 Paris ne compta que trente-sept recteurs, parmi lesquels treize licenciés et bacheliers en théologie, et une douzaine de régents des différents collèges. Les facultés ont en outre leurs syndics particuliers, renouvelés annuellement à Télection, laquelle servait de base à toutes les dignités*. C'est en effet par l'élection , combinée avec le concours , que se recrutaient les régents. Les électeurs n'étaient autres que les professeurs en exercice ; cooptation considérée parfois comme favorable au népotisme, mais qui ne parait pas y donner prise ici. On citera bien quelques' décisions de facultés, admettant un (ils à postuler pour une régence vacante par le décès de son père, « sans avoir égard aux requêtes d'autres docteurs qui demandaient qu'elle fût mise au concours » , mais ce sont de rares infractions à la règle; pour contre-balancer les influences de famille, le fils d'un régent en fonction ne pouvait jamais être admis à concourir. Par contre, des députations du conseil de ville au maitre en renom d*une cité voisine vont souvent lui offrir une chaire vacante dans leur faculté. Les rivalités de l'amour-propre local avaient pour effet de peupler les hautes écoles de sujets distingués. Ce concours des candidats jugés par leurs futurs collègues ressemblait par quelques côtés à l'agrégation moderne, il en différait en ce que pour certains professorats, fondés et entretenus par des legs privés, il fallait

1 Arch. com. d'Angers, BB. 54, f. 80. — Db Bbaurbpairb, États de Normandie, II, 28. — Arch. dép. Bouclies-du Rhône, G. 569. — Vallbt DE ViRiviLLE, Histoire de l*Inslruclion, 175.

* Le recteur, assisté des quatre censeurs, prononçait en matière contentieuse, sauf recours au parlement. Jourdain, Hist. de f Université^ 286. — Aff. Ëtrang., t. 800, f. 377. — Arch. dép. Haute-Garonne, B. 533.

se conformer aux prescriptions du légataire. Telle était, à 5*^' ^ Paris, la chaire de mathématiques due à P. de La Ramée,

pour laquelle il y avait tous les trois ans une « dispute » , en présence du premier président du parlement, du premier avocat du Roi et du prévôt des marchands. Ce n'était pas le seul cas où des 'individus, étrangers à la pédagogie, t ;^ prenaient part à « Tadjudication » d'un titre de professeur.

•^ Les conseillers du présidial d'Orléans prétendaient avoir

séance et voix excitative pour l'élection des docteurs; à Angers, des députés municipaux assistent aux épreuves comme examinateurs; des bacheliers, des religieux de villes éloignées du chef-lieu de l'université, possèdent aussi un droit de suffrage, enfin Tévéque ou son vicaire général préside quelquefois aux nominations et à la rédaction du programme*.

Rien d'étonnant puisque nous sortons à peine du temps où la théologie régnait en souveraine, où elle semblait aussi supérieure aux autres sciences que le ciel l'est à la terre; elle ne compte pas moins de six chaires à la Sorbonne, sans parler de celles de droit canoniquci seul enseigné à Paris où l'on ne rétablit l'étude du droit civil qu'en 1679. Ces cours de théologie sont le dernier mot des études; ceux qui les suivent sont tous maîtres es arts, ayant pour la plupart régenté de hautes classes. En effet, pour y devenir licencié il fallait, aux siècles anciens, trente-cinq ans d'âge et huit ans d'études; depuis on avait réduit la

1 Témoio à Valence (Arrêt du conseil d'État, 20 juillet 1635), à Montpellier (Arch, dép. Haute-Garonne, B. 359). — Arrêt du Parlement, 25 juin et 8 août 1626. — ArcK. com. d'Angers, BB, 58, 72. — Arcli. dép. Haute-Garonne, Bj 358, 413, 423, 526, 567. — L'autorité des parlements, en matière universitaire, a fréquemment à se manifeàtcr, soit pour maintenir un régent dans sa cliaire « avec défense à tous de Ty troubler n , soit pour juger les pourvois de candidats malheureux contre la décision des juges d'un concours, pour homologuer les délibérations d'une faculté. Les tribunaux avaient également un droit de censure sur les thèses.

durée du cours à cinq ans; la faculté décida, en 1618, que Ton se contenterait de trois ans; mais une vesperie — dernier acte que fiaisait le licencié avant de prendre le bonnet de docteur — n'en restait pas moins, aux yeux de rhistorien du grand Arnaud, « un des plus beaux spectacles qui se trouvent dans le genre des exercices de littérature » . Tout le monde, il est vrai, ne partageait pas cet entbousiasme : le plan de réformes du célèbre Ramus, au seizième siècle, comportait l'abolition en théologie des subtiles et frivoles discussions de la scolastique, que Ton remplacerait par des conférences et des sermons. La routine ancienne tint bon, c'est ce que nous apprend, un siècle plus tard (1652), le voyageur anglais Evelyn , estimant qu'il y avait à Paris «quelques théologiens habiles, mais que les métbodes scolaires n'atteignaient à aucune profondeur comparées à celles des universités de son pays* » . La théologie conservait néanmoins , vis-à-vis de renseignement tout entier, son attitude de surveillante méticuleuse, la philosophie n'était bien encore que a $a très humble servante », puisque Tannée même où Richelieu entrait au ministère, un arrêt du parlement, rendu à la requête du syndic des théologiens, ordonnait que les thèses de trois philosophes seraient saisies, déchirées en leur présence, et chassait de Paris ceux qui les avaient rédigées, en leur interdisant d'enseigner ailleurs. Le même arrêt défendait «à quiconque de tenir, sous peine de la vie, aucune maxime contre les auteurs anciens et approuvés * » .

» Voyage rf^EvELYN a Paris (Soc. Libl.), p. 306. — A la même époque, le jeune Hollandais dont nous ayons maintes fois cité le Journal d'un voyage a Paris (FaugÈrb, p. 40), s'exprimait ainsi : » Il n'y a point d'école si fameuse en Europe, pour la théologie, que la Sorbonne. » Mais il semble parler par ouï-dire et à la légère, puisqu'il avance que »» l'université se compose de soixante collèges » .

* Arrôt du Parlement, 4 septembre 1624. — Richelieu, Mémoires, II,

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âTS ADMINISTRATION COMMUNALE.

Maigre sa prééminence, le théologien parait moins bien payé, comme professeur, que le juriste ou le médecin. Dans telle université où la première chaire de médecine rapporte mille livres et la première chaire de droit quinze cents, le principal docteur en théologie ne reçoit que deux cent cinquante livres. Le vrai traitement de ce dernier, qui était toujours un clerc, consistait dans le ou les bénéfices ecclésiastiques qu^il avait su se procurer.

Les seuls membres de TUniversité qui émargent au budget de rÉtat sont les k professeurs du Roi » — professeurs au Collège de France — • un bien petit groupe, pour lequel le grand aumônier obtient une augmentation de quelques milliers de livres, sous Louis XIIL Tous les autres vivaient sur le revenu des « actes » — droits d'examen payés par les étudiants — sur le rendement de quelques impôts locaux qui leur étaient affectés (deux sous par émine de sel à Aix), et sur les dotations anciennes de leur emploi, chaque jour plus insuffisantes, par suite de rabaissement du pouvoir de Fargent. « L*éminentissime cardinal de Richelieu, dit un mémoire du recteur Mabille, a commandé que l'on trouvât, si faire se pouvait, quelque moyen pour stipendier les régents...; s'il plaisait au Uoi nous conserver le droit de pourvoir aux offices de messagers, en toutes les villes et bourgades de ce royaume, ce serait un bon commencement. » Ce produit des postes dans Tensemble de la France, qu'on allait lui enlever, l'université de Paris en jouissait pourtant depuis longtemps, et dans ses mains il était resté constamment stérile, aussi bien que la « taxe du parchemin » ou l'immense domaine du Pré-aux-Glercs — la moitié

137. — Aff. Ëtrang.^ t. 797, f 87. — Ces thèses étaient éditées avec un très grand luxe, ornées de gravures de maîtres, tirées sur papier d'or et de satin. L'accessoire y étouffait même le principal. C'est ce qui fait dire par Toinette à Thomas Diafoirus, dans le Malade imaginaire: « Donnez, donnez, une thèse est toujours bonne à prendre pour Vimagc» ■

du faubourg Saint-Germain actuel — dont elle était propriétaire et qu'elle laissa s'émietter pour quelques sous \

INSTnUCTIOS SECONDAIRE. — COLLEGES LAÏQUES.

L'instruction secondaire 8*étend et se décentralise. — Collèges dé l'université ou « de plein exercice ». — Ils sont en décadence. — Collèges royaux et communaux; leur nombre croissant, leur administration. — Sacrifices consentis par les villes en leur faveur. — Recrutement dos régents. — Instruction gratuite ; les bourses. — IWproclies faits aux principaux et professeurs. — Absence d'un corps enseignant. — Mauvaise tenue des collèges communaux.

Que cette grande démocratie pédagogique, appelée T Université de Paris, fût mauvaise administratrice de son bien, cela saule aux yeux, mais le délabrement et Tabandon relatif de ses collèges, jadis fl.)rissants, qui de quarantequatre, sous François I*', étaient tombés à douze, sous Richelieu, tenaient à d'autres causes*. L'instruction secondaire tendait à se décentraliser; elle se séparait de l'enseignement supérieure l'ombre duquel elle avait vécu plusieurs siècles. L'écolier demeurait dans sa ville natale, et oubliait le chemin de ces douze ou quinze vastes usines scientifiques, dont Paris avait longtemps offert un des plus parfaits

• Aff. Étrnng., t. 797, f. 81, i32. — Arcli. dép. Bouchcs-du-Rhône, C, 569. — Plumitif de la Chambre des comptes. P. 2757, f. 131; 2759, f. 1 41 . — Les professeurs de langues orientales recevaient du Hoi 2,000 livres de pension. Arrêt du conseil d*Etat, 26 juin 1635. — V., sur la vente du Pré-aux -Clercs, E. FounNiEn, Variétés historiques,

* Ces douze collèges étaient ceux de la Sorb-mnc, Navarre et annexes, Boncourt, Tournai, cardinal Le Moine, Peauvnis et Presles^, son annexe, Montaigu, Harcourt, Les Grassins., Le Plessis, Lisieux et La Marche. (Déclaration du 7 janvier 1640.) En 1789, il n*en subsistait plus que huit, et cependant un nouveau avait été fondé, dans l'intervalle : le collège Mazarin.

modèles. Partout surgissaient des collèges, laïques ou religieux, tous plus ou moins soumis à Tautoriié municipale.

Au contraire, des douze collèges de l'Université ou « de plein exercice », plusieurs étaient déserts : Tun, Boncourt, n'avait plus que la moitié de ses régents; l'autre, Tournai, n'avait plus ni régents ni élèves; une partie des locaux avaient été convertis en boutiques louées à des menuisiers, maçons ou armuriers. Dans les autres, Tantique discipline était assez oubliée, puisqu'ils abritaient des « femmes mal vivantes » que le Parlement ordonne d'expulser en mettant, si besoin est, « leurs meubles sur le carreau » . Richelieu projeta de réduire le nombre de ces collèges à six, dont il trace le plan et dresse le budget \ Pour leur assurer une clientèle suivie, il proposait de défendre aux Jésuites, Oratoriens, Bamabites et autres d'enseigner la rhétorique^ la philosophie et le droit canon, sauf dans les villes qui étaient sièges d'université. Peine inutile, on se souciait de moms en moins d'apprendre le droit canon, et quant aux classes supérieures il existait mille moyens de tourner la difBculté. Tout conspirait contre l'ancien système. Les Ordres enseignants se faisaient tant bien que mal, et souvent même par la pression de l'État, «agréger aux universités», le gouvernement autorisait dans les « collèges royaux » de semblables dérogations, et les villes, dans les maisons d'éducation qu'elles instituaient, poussaient l'instruction aussi loin que

' Aff. Étrang., t. 797, f. 82. Le personnel de chaque collège se fât composé d*iin principal, avec 900 livres de gages, d'un sous-maître à 800 livres, d'un physicien et d'un dialecticien, chacun à 600 livres, et de cinq régents de grammaire k 400 et 500 livres. La nourriture de ces neuf personnes était évaluée à 300 livres par tête et par an, et les six collèges eussent coûté ensemble 60,000 livres avec les dépenses imprévues. Une bourse commune eût fourni des retraites à ceux « qui deviendraient perlus de leurs membres et inhabiles à gagner leur vie ». — Arrêt du Parlement, 30 décembre 1621. —Jourdain, Histoire de t Université^ 137.

les familles paraissaient le désirer, et que leurs ressources le permettaient.

La première de ces ressources était la « prébende préceptoriale », telle qu'elle existait dans tous les chapitres; c'avait été le noyau des petites écoles grammaticales ou « pédagogies » . Certains collèges sont ainsi au début annexés à des abbayes et fout en quelque sorte corps avec elles; le principal ne peut être qu^un religieux profès. De cette dualité naissent des conflits : le cnnonicat est chose religieuse, le principat est charge laïque. Si le chapitre refusait d'investir de la prébende le candidat des maires et échevins, il lui ôtait le moyen de vivre, et la municipalité, en refusant de nommer le pourvu du chapitre, Tempéchait d'enseigner. L'hôtel de ville néanmoins demeurera le plus fort, les sacrifices qu'il s'impose en vue de « bonifier la cité par l'organisation d'un collège >» mettent Topinion de ^on côté. Le principal ou recteur est élu par le conseil communal, souvent assisté de « messieurs de la justice et du clergé » ; c^est un maître es arts ou un avocat, un médecin ou un ecclésiastique; ou passe avec lui un bail pour cinq ou dix ans : il recevra huit cents ou mille livres de traitement et s'engagera à entretenir à ses frais quatre régents a idoines et capables, de la qualité requise » pour faire à la jeunesse les classes de latin. Le « maitre-écrivain » 'reste à la charge de la commune et donnera, pour cent livres par an, deux leçons de deux heures chaque jour. S'il Éaut un régent de plus, soit « pour enseigner les rudiments par cœur », soit afin que les élèves puissent mener leurs études jusqu'au bout, les consuls ne lésinent pas ^

» Arrêtdu Parlement, 22 juin 1621. — Aff. Étrang., t. 17i;^9, f. ^6 — Arcli. dép. Lozère, G. 1025. — Arch. com. d'Angers, BB. 66 (il y a là 4 collèges en 1620) ; Nevers, CG. 165; Bourg, BB. 6, 80; Nîmes, LL. 16 ; Ayallon, BB. 2, GG. 52 et 60.

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Les appointements de ces régents sont extrêmement variables, non seulement suivant leur capacité, mais encore selon les régions où ils enseignent. Les professeurs de théologie et d'hébreu ont 1,800 et 1,000 livres de gages à Pau, tandisqu'ils ne reçoivent que 600 et 400 livres à la Rochelle; le |)biloso[)he a 400 livres à Nfmes et touche ailleurs jusqu à I,(»0(K Quant aux régents des classes de grammaire, ils se contentent d'allocations allant de 130 livres à 300 au maximum. Quelques-uns n*ont qu'une quarantaine de francs de salaire, mais ceux-là sont des célibataires, logés et nourris à la table du principaP. Aux diverses subventions publiques, prélèvements sur le produit de Foctroi, quêtes à domicile destinées aux réparations des collèges, s'njoutent de nombreuses dotations privées. Ici, comme partout, la part de Tinitiative individuelle est grande. Si la ville, ne pouvant fiaire mieux, n'a tout d'abord créé que trois classes, un particulier se trouvera pour léguer de quoi en instituer une quatrième; tel donne une métairie dont les revenus serviront à solder un régent « nommé par des bourgeois catholiques », tel, comme Pithou à Troyes, laisse sa maison et toute sa fortune au collège o à la condition qu^il n'y aurait pas de Jésuites » . On frappe à la porte de Tévéque, à celle du bénéficier voisin; Tun s'engage pour un secours viager, l'autre pour un tiers ou un quart des appointements du personnel. De minces bourgades sonl^ ainsi dotées d'établissements modestes, mais à leur portée ; elles n'iront plus chercher au loin l'instruction secon-

' Arcti. ilcp. Basses- Pyrénées^ 6.316, 1035. A noter que le collège de Pau est entretenu par la province qui se chaîne même des achats de livres. Dans K-s coltqjes communaux, c'est le principal qui doit « fournir les aateurs les rneilleurs pour Tinstruccion « . Arch. com. de Nîmes, FF. ik, KK, G et 7. — Par contre, le mobilier regarde la ville (Arch. Nevers, ce. 16*)). — Arch. clép. Haute-Garonne, B. 286, 475 ; Lot-et-Garonne (Gonlaud. GH. 13). — Arch. Moulins, 321. — At-cli hist. SaitUonye^y, 134, 369. — Vallkt de Viriville, 197.

daire\ G^est au souverain aussi que Tou s'adresse pour en obtenir quelque bribe de l'impôt ou du domaine royal ; on lencontre des collèges ainsi pensionnés. Mais, nous Favons dit plus haut, ces privilégiés sont rares, non moins que ceux qui recourent à la bonne volonté de leur assemblée provinciale. Les députés des États offrent de patronner, surveiller et policer les collèges, mais non de les payer*.

Nos pères ne paraissent pas seulement rétribuer les mat* très : il semble, à voir le grand nombre des bourses, dans tous ces pensionnais petits et grands, et les mille façons ingénieuses dont on en facilite Taccès aux plus misérables, que Ton se soit préoccupé aussi de recruter des élèves. « Grâce à tous les moyens de gratuité qui existaient avaiit 1789 pour Tinstruction classique, a écrit M. Villemaindans un rapport ministériel, elle était plus accessible aux classes moyennes ou pauvres que depuis la Révolution.» Il se peut quUI y ait là quelque exagération. Nous avouons ignorer, pour notre part, les ressources exactes de renseignement secondaire en France, dans les années qui ont précédé la chute de la monarchie, et nous nous défions, à plus forte raison, des statistiques comparatives que Ton voudrait faire entre la période du ministère de Richelieu et Fétat de choses contemporain. Le sens même de ces mots «instruction classique » sérail, à lui seul, si Ton voulait établir un parallèle, assez difficile à déterminer. Ce que nous avons constaté, ce que nous croyons pouvoir dire, c^est que ce n'étaient pas les écoles qui manquaient aux élèves, c'étaient plutôt les élèves qui manquaient aux écoles. En tout cas,

> Arch. dép. Indre-et-Loire, G. 465; Landes (Saint-Sever, GG. 9); Haute-Garonne, B. 463. — Arch. com. d'Angers, BB. 56; Hodez, GG. 22. — Bul. Soc. académ. Aube, 1840, p* 149. — Bul. Soc. archéol. Corrèze, VII, 566.

« Aich. Bouches-du-Rhône, G. 9; Basses- Pyrénées, B. 18V, 2055. — Arcb. COU), de Châteaudun, GG. 122 ; Nimes, GG. 3.

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celles-ci, dans leur dëyeloppement, précédaient ceux-là. Il se trouvait, proportionnellement, plus de maîtres que d'écoliers ; proportionnellement aussi, renseignement supérieur ou secondaire était plus répandu que renseignement primaire. La bourgeoisie tenait à s'instruire et le peuple n'y tenait pas. Or, on ne peut instruire les gens malgré eux; quand la Déclaration des droits de t homme énonça (art. xxn) que « rinstruction est le besoin de tous » , elle exprimait la pensée de ses rédacteurs, non Topinion des masses qui dédaignaient encore d'apprendre à lire et à écrire, même pour rien. Avant de décider, dans les Parlements modernes, que rinstruction serait obligatoire légalement, il a fallu qu'elle le fût déjà moralement aux yeux des électeurs, que la majorité de la nation en ait apprécié les avantages. Un. degré dé culture tant soit peu élevé demeure d'ailleurs, fût-il gratuit, un objet de luxe : primo vivere.,. Dès 1598, l'Université, dans ses collèges, dispensait les pauvres du payement des frais d'études'; les Jésuites allaient plus loin, ils en dispensaient tout le monde. Mais i^ se récupéraient sur l'internat; ils n'étaient pas obligés, comme les doyens et principaux laïques, d'appeler chaque année, avant la rentrée scolaire, deux marchands de Paris, pour fixer avec eux, d'après le prix des denrées, le chiffre de la pension; ils taxaient à leur guise, et généralement assez haut, le jeune seigneur que sa famille envoyait, avec son valet, habiter sous leur toit * .

Pour l'écolier sans ressource, l'instruction secondaire, exigeant six ou sept années d'études, n'est vraiment gra* tuite que si on lui donne, en même temps que l'éducation,

1 Arch. dép. Aube, G. 1295 (les Oratoriens prennent, en 1631, à Troyes, 200 livres par an, ce qui est déjà considérable); Lozère, G. 667. — Jourdain, Hist, de PUniversité, 113. — Voyez notre t. I, p. 287 (La noblesse; ses devoirs).

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le vivre et le couvert. On les lui donnait souvent; mais la preuve (\\ie\'offre de Tinstruction surpassait, au dix-septième siècle, la demande de Tinstruction, c'est que l'on est embarrassé des bourses existantes. Elles demeurent sans titulaires, ou bien les boursiers, assidus au réfectoire, s'abstiennent de paraître dans les classes. On constate, à Toulouse, que beaucoup ne sont étudiants que de nom; plusieurs ont passé dans les collèges douze , quinze ans et plus, « ignorant jusqu'aux éléments des diverses études » . L'ordinaire était maigre , sans doute, à ces tables sévères, qui tenaient fort du couvent; même à Paris, on y était modestement « alimenté » . Il convient, disait Richelieu, de nourrir ces pensionnaires sobrement , « mais néanmoins à suffisance y ce qui se fera aisément, pourvu qu'on réduise leur nombre excessif ». En effet, tel collège de troisième ordre, comme Laon, n'en a pas moins de 23 en JG15. Le cardinal eût également souhaité que l'on élevât le niveau social de ces non-payants — les uns étaient des orphelins de l'hospice auxquels on faisait balayer les salles, d'autres avaient mérité leur place en servant à Téglise comme enfants de chœur, c'étaient des pauvres parmi les pauvres. — « Nous ne voyons pas, remarquait le premier ministre, que des séminaires et collèges de boursiers proviennent si grand nombre d'hommes qu'on en pourrait désirer pour le service du public , parce que la plupart sont d'un esprit grossier et d'un courage vil et abject... ; il sera bon d'ordonner que la moitié de ces boursiers sera composée des fils de gentilshommes ayant peu de biens, lesquels seront choisis alternativement avec les enfants des roturiers par ceux qui ont droit de nomination *.•. » Mais comment empêcher la cha-

» Aff. Étrang., t. 797, f. 82.— Arcli. corn de Sens, GG. 2 ; Bourg, BB. 83. — Arch dép. Isère, fi. 2921; Maine-et-Loire,G.1749 ; Drômc. E. 4992; Haute-Garonne, B. 485 ; Loatère, G. 1022. — Soc. académ,

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