LES ENTREVUES DU PARLEMENT AVEC LE I,OI
Quelquefois le Parlement refusait l'enregistrement d'une loi, sans demander même à faire des remontrances; mais le plus souvent il desirait expliquer au prince les motifs de son refus. De là des rapports assez fréquents entre le Roi souverain et la cour souveraine. Ces rapports pins ou moins tendus, plus ou moins cordiaux, c'est le fonctionnement même de la monarchie traditionnelle; en les étudiant sur le vif, on pénètre dans l'intimité de son histoire. C'est pourquoi nous avons reproduit, au hasard, le récit de quelques-unes de ces entrevues, consignées
vertu ». (^Mémoires, p. 98.) Tallemant conte sur son fils une étrange aventure. (X, 61.)
François de Montliolon (ou Montlielon), Imion de la Guerche, fils de François, sicnr d'Aubervilliers, -j- 1626, intendant de la maison de Montpensiei-, apjiartenait à une famille de robe illustre au seizième siè<le.
Léon de l!ra{»elof;ne, sieur des Caves, conseiller au Parlement, puis conseiller d'Etat, avait une fille mariée à Claude Bontliillier. Son cousin, Emery de Routliillier, permuta avec Richelieu l'évèché de Luçon, moyennant une pension de .5,000 livres et une abbave. On voit des Brajjelogne dans toutes les brandies de l'administration; l'un, Jérôme, fils du ronseillor d'iitat, est trésorier de l'ordinaire des guerres (1620-1643); un autre, trésorier de France à Moulins (1621); un antre, conservateur du domaine à Caiais, etc. Le Dictionnaire des ani.blissetnents les fait descendre d un bourgeois de Paris anobli en 1462. — Cf. Tallemant, t. III, p. 84.
Nicolas Jeaniiin de Castille, fils de François de Casti le, qui tenait les Tioi^ Vixajts, rue Saint-Denis, et que !a princesse de Cont fit nommer receveur général du clergé, épousa la fille du président Jeannin, et ajouta le nom de sa femme au sien. Il fut en 1620, à la retraite de son beau-père, intendant des finances et contrôleur général. Il devint marquis de Montjeu, et son fils fut conseiller au parlement de Paris. Sa sœur avait épousé
dans les regfistres du conseil secret du Parlement, où elles abondent *.
Un président et un conseiller étaient tout d'abord députés vers le Chancelier pour soljiciter une audience du Roi, et savoir «quand il lui plairait .entendre les remontrances ». Le Roi envoyait au Parlement un huissier du cabinet fixer l'heure du rendez-vous. — Les audiences avaient heu, soit au Louvre, dans le cabinet des Livres, soit à Fontainebleau, soit surtout à Saint- Germain, que Louis XIII affectionnait particulièrement, et où il résidait presque toujours.
Le premier président, deux ou trois présidents et six ou huit conseillers étaient députés par la cour. Ils se réunissaient vers sept ou huit heures du matin au logis du premier président, surtout s'ils devaient aller à la campagne. Ils arrivent à Saint- Germain sur les onze heures. Souvent le Roi n'est pas éveillé, ou il est à la messe, ou bien il a pris médecine. Ils attendent jusqu'à midi, et dînent ensemble chez le premier président, qui a toujours un pied-à-terre à Saint-Germain. Quelquefois M. de Montbazon, gouverneur de Paris, venait dîner avec eux; ils visitaient M. le Chancelier, enfin le Roi les faisait demander — ils revêtaient pour cetle audience les robes que le Parlement avait en dépôt dans toutes les résidences royales — M. de La Ville-aux-Clercs venait au-devant d'eux, quelquefois jusqu'à leur logis, « pour les introduire avec l'honneur qui leur était dû w.
Henri de Talleyrand, comte de Chalais. Cf. Tallemant, t. IX, p. 167.
De Thurin (ou de Turin), d'abord maître des requêtes et conseiller au parlement de Paris; il eut deux filles, l'une bossue, l'autre boiteuse; celleci épousa M. de La Renouillère, puis M. de Saint-Mars. Tallemant (t. II, p. 81) conte une anecdote qui lui fait jjraiid honneur.
Claude Mallier, sieur du Houssay (Vendômois), intendant des finances; il exerça cette cViarge dès 1623, et ne la quitta qu'en 1658. Sa terre lut éri{;ée en maïquisat en 1678, et passa dans la maison de Montboissier. Son frère François fut évèque de Troyes en 1641. On voit en 1637 le seigneur du Houssay ambassadeur à Venise, et chargé de missions dans toute l'Italie. Ayant perdu sa femme vers 1640, et se voyant menacé de cécité, il obtint son rappel. Nous ignorons si c'est le même que l'intt-ndant. Il y avait aussi un Mallier président au Parlement, et un autre maréchal des logis de la Reine.
' Archives nationales, X' a 8387, fol. 122 et suiv., et 166 et suiv. (C'est le premier volume qui nous reste de cette coUeclion.)
nu I.IVKE PREMIER. 435
Le Roi était dans sou cabinet, toujours avec grand monde autour de lui, princes, cardinaux, conseillers d'État, et plusieurs seigneurs allant et venant par la salle. La députation faisait la révérence, et commençait respectueusement ses remontrances. Quelquefois le prince prenait la parole le premier :
a Messieurs, approchez-vous, dit le Roi par deux fois, puis il commença : Messieurs, je trouve bien étranges les longueurs que vous apportez à l'exécution de mes édits, desquels je vous ai déjà parlé tant de fois; toutes mes affaires se perdent faute d'argent. Si vous saviez ce que fait un soldat quand il n'a point de pain, vous ne feriez pas ce que vous faites; l'argent que je demande n'est pas pour jouir ni pour faire de folles dépenses; ce n'est pas moi qui parle, mais l'État et le besoin que l'on en a. Ceux qui contredisent à mes volontés sont plus mes ennemis et me font plus de mal que les Espagnols.
u Je veux que l'on m'apporte la feuille des avis de ceux qui délibéreront, afin que je connaisse ceux qui me serviront fidèlement, n Et s'adressant au premier président : « Je me plains aussi de vous, de ce que vous avez mis en délibération mes Édits, quand ils sont par moi enregistrés. Je veux qu'ils soient exécutés, et m'en prendrai à vous. Vous m'avez tous promis plusieurs fois d'exécuter mesdits édirs, et néanmoins vous y manquez. Vous voyez que j'ai affaire de vous présentement, vous vous tenez fort; je saurai bien le moyen de m'en revenger. »
Le Parlement répondait ensuite, s'étendantsurce que «le Roi aimait trop la justice, pour ne pas permettre qu'on vérifiât, et qu'on changeât quelque clause, et ne le trouvât point mauvais ». Souvent le Chancelier demandait alors au Roi « la permission de dire un petit mot sur le sujet », généralement pour soutenir l'édit. Le surintendant parlait à son tour, on entrait dans le détail des articles; le Cardinal faisait une observation, on proposait un accommodement. Parfois si l'on ne parvenait pas à s'entendre, les ministres se fâchaient; le Chancelier menaçait les officiers « de leur prendre leurs gages ». Richelieu était aussi sec : « Messieurs, ce n'est pas tout de promettre au Roi, il faut voir l'exécution » ; il leur ordonnait d'apporter la vérification à jour fixe.
« Je n'ai point de réplique à faire, ripostait le premier président, à ce qu'il plaît à Votre Majesté de nous dire; et puisque
aussi M. le Chancelier parle par votre ordre, je ne lui ferai aucune r<!^ponse, bien qu'il se pourrait dire quelque chose làdessus. » — « Ce n'est pas le compte du Roi », reprend un secrétaire d'État. Mais sans attendre, le premier présivieut faisait de nouveau la révérence, et prenait congé, en disant « qu'il rapporterait à la compafjnie ce qu'il a plu à Sa Majesté de lui commander». En général le Roi consentait à recevoir les remontrances écrites, mais il ne donnait (jutlqucfois au Parlement que deux ou trois jours pour les rédiger; comme par exemple en 1637, sous prétexte qu'il devait quitter Paris. Or les remontrances — véritables amendements à la loi — ne pouvaient être présentées à la légère.
Le premier président demande quinze jours u pour les dresser "; le Roi linterrompt et lui dit : u Mon voyage est plus nécessaire au bien de mon État que les remontrances. 11 est mardi, vous avez mercredi et jeudi, ce sont trois jours jusqu'à vendredi; je les veux, n'y manquez point. » Le Gliancelier se plaignait à son tour, d'un ton dolent, « de ce qu'il se pouvait vraiment dire que le Roi dans son Parlement est plus maltraité pour ses af aires que ne le sont les particuliers ».
Après discussion, le Roi donna jusqu'au lundi. Le lundi suivant, les délégués se rendirent au château de Madrid; ils n'étaient porteurs d'aucune remontrance : « 11 y a certaines règles, dit le premier président, par-dessus lesquelles il est impossible de passer; la brièveté du tenqis a été la cause que nous n'avons pas pu exécuter ce que nous désirions. Étant vray que pour faire des remontrances par écrit, l'ordre est tel qu'il faut nommer des députés des chambres, bsquels dressent des mémoires qu'ils doivent Communiquer à leurs collègues, pour en connaître les sentiments. Et après, les susdits députés s'assemblent, font rédiger tous les mémoires par écrit, pour corriger, diminuer et augmenter ce qui est nécessaire, et les mettre en un ordre digne d'être f)résenté à un grand Hoy. Ce fait, étant mises au net, il les faut lire, toutes les chambres assemblées. Tout ce que je vous dis, Sire, est véritable, et est l'ouvrage d'un mois au moins. » Il terminait en demandant à remettre les remontrances seulement au retour du Roi.
(( Je trouve très-mauvais, répliqua le prince, qu'après avoir arrêté vos remontrances y a si longtemps, et le temps que je
vous ai donné pour me les apporter, vous ne m'ayez point obéi, r — Et, se levant de sa chaire : « Allez, vous êtes des insolents, retirez-vous; j'aviserai présentement à ce que j'aurai à faire. Ne vous en allez point. » — M. le Cardinal a dit : a Messieurs, messieurs, retirez-vims » ; témoi(jnant par son maintien qu'il fallait éviter la colère du Roi. Louis XllI demeura seul avec son conseil. Les membres du Parlement attendirent environ un quart d'heure dans la salle voisine, puis le secrétaire d'État de la liaison du Roi vint les chercher. Us rentrèrent donc et s'approchèrent du prmce, qui se conienta de leur dire : u M. le Chancelier vous dira ce que j'ai résolu. » — Sur quoi le Chancelier déclara que c'était un mépris intolérable de n'apporter point les remontrances.
Le Roi prit encore une fois la parole pour donner au premier président l'ordre d'assembler le Parlement toutes affaires cessantes, et de lui apporter la fenille (procès-verbal) aussitôt que la délibération sera prise.
u Je m'en prendrai à vous, monsieur le premier président, et ceux qui ne voudront pas obéir de bonne volonté, je les fêtai bien obéir par fon-e. » — Comme on vint à parler des empêchements et des dîfiicultés que faisaient naiire tes chambres des enquêies, M. de la Barre, président en la troisième des enquêtes, dit au Roi : « J'ai l'honneur d'être président dans vos enquêtes, je n'ai point ouï parler de rien de pareil. • — Le Roi et M. le Cardinal lui dirent : a On ne vous le va pas dire, bon homme. » Là-dessus les députés firent la révérence et se retirèrent.
Après ces scènes, le Parlement cédait, il revenait an bout de quelques jours, prolestait de sa fidélité, ne parlait que « de
sa douleur nonpareille d'avoir excité le courroux du Roi
qu'il ne pouvait s'en consoler..., que ce qu'ils en avaient fait était pour le bien... qu'ils préféraient tous mourir plutôt que de lui déplaire... » A quoi le Roi se bornait à répondre que a la vraye obéissance est celle que l'on a sans contrainte » .
t. A PETITK PRESSE.
Dès le règne de Louis XTII, par conséquent bien avant Loret, Lien avant les Gazettes de Hollande, on constate l'existence de journaux satiriques et amusants, analogues à ce qu'on appelle aujourd'hui la petite presse. Leur création coïncide avec celle de la Gazette proprement dite, dont elles sont la parodie et la contrefaçon.
Tallenj^nt parle dans ses /^w/or/e^/6'5 (III, 93) d'une gazette rédigée à Bruxelles |iar Sauvage « qui était à Monsieur d'Orléans ". C'était le journal d'opposition; « on aimait bien mieux la Gazette de Sauvage que celle de Renaudot ». Véritable journal, pojir rire, il contenait des histoires grotesques comme la Carpe Adriatique, « dans le corps de laquelle on trouva, disait-il, des croix, des mousquets, des hallebardes. — Cela courut par toute la France. — La dernière imposture qu'il ait faite, c'a été un faux arrêt du Parlement de Grenoble, par lequel un enfant était déclaré légitime, quoique la mère confessa l'avoir conçu durant l'absence de son mari, et cela par la force de l'imagination, en songeant qu'il habitait avec elle. Dans les écoles de médecine on agita la question de savoir si la force de l'imagination pouvait suffire pour faire concevoir etc., etc. »
A l'appui de cette anecdote de Tallemant, nous ajouterons avoir nous-mêmc retrouvé, par un curieux hasard, le faux arrêt dont il parle; et ce, là où nul n'irait le chercher sans doute : aux Archives Nationales, dans la Collection Rondonneau (A D I a), où il est inséré à la date du 13 février 1637. Pour qui sait que cette collection est un recueil fort sérieux des ordonnances, édits, arrêts du Parlement et du conseil pendant deux siècles, le fait est passablement comique; et nous avouons que si nous n'avions eu aussitôt souvenir du récit de Tallemant, la lecture d'un document semblable, manuscrit et revêtu en pareil lieu de tous les caractères de l'authenticité, nous eût suggéré
des réflexions singulières sur le Parlement du Dauphiné '.
La Gazette de Sauvage était-elle imprimée ou manuscrite, à la main, selon Texpression du temps, c'est ce que nous ne saurions dire. Cependant il existe à la Bibliothèque nationale quelques numéros de divers petits journaux de Tannée 1632, dont l'un ou l'autre pourrait bien avoir été son ouvrage :
1* Les Quatre Parties du Monde. — Sous ce titre paraissent des plaisanteries assez fades, qui sont censées venir du Paradis, du Pui^atoire, des Limbes et de l'Enfer.
2» Gazettes et Nouvelles ordinaires de divers pays tointeùns ». — Parodie de la Gazette; suite de fausses nouvelles prodigieuses, et généralement peu spirituelles, malgré les efforts du rédacteur.
3» Le Courrier véritable. — La Bibliothèque possède deux numéros d^une gazette ainsi nommée, où le bon sel ne manque pas, et qui n'est pas indigne des périodiques du même genre publiés sous Louis XIV ^. Tout fait présumer que ces numéros, datés, Fun d'avril, l'autre de novembre 1632, sont les vestiges d'une publication qui devait être régulière. On y voit, toojours sous la £9rme de nouvelles fantaisistes, des entrefilets infiniment plus épicés que ne le comporterait aujourd'hui le journal le plus indulgent; souvent on y trouve des allusions politiques aux événements du jour :
tt Du camp de Vuermiist, 19 avril 1632. — Le brave et généreux comte de La Routte * a été misérablemoit blessé d'un coup de pertuisance, au-dessous de la mamelle gauche...; mais d'autant que sa présence est absolument nécessaire dans le camp, il a seulement envoyé sa chemise teinte de son sang au docteur médecin GroUius, qui par la vertu de son onguent sympathique, ne manque jamais de guérir ceux dont il traite les
' Les termes de l'arrêt sont trop gaulois pour être reproduits ici.
- De la boutique de M. Jacques Yanleineoard, musicien ordinaire de ia basse Andalousie, ce 9 janvier 16^.
' Le premier porte cette mention : Au bureau des postes établi pour les nouvelles hétérogènes; le second : On les vendu Renseigne du Divertissement nocturne f rue du Mauvais-Passage. Le format est un in-i» petit ; Je premier n'a que quatre pages, le second en a huit. — Ces exemplaires sont très- rares.
* Tilly fut en effet blessé à cette époque.
habits et le lirtge, pourvu qu'il y ait du sang, les malades et les blessés fussent-ils à cent lieues de lui... »
Le rédacteur conte ainsi les victoires que Gustave-Adolphe venaitdcreuipor(erenAIleinagne:«DeGotteml)erg. 17 avril 1G32. — Quatre mille Impériaux ont été forcés en la ville de Wnetsbourg par une compagnie de cent Lappes (Lapons) seulement, que le capiiaine Rosterlen a amenés depuis peu de la haute Laponie. Mais ce n'est pas chose étrange que cent hommes, pour ainsi dire invulnérables, en puissent passer quatre mille par le fil del'épée... Celait une chose éinerveillable que devoir ces assaillants n'avoir pour toutes armes que deux petits poignards, avec lesquels, après s'en être servis comme d'échelles pour monter sur les remparts, aussi vite que des écureuils, on les voyait venir à l'assaut de tous côtés, et tuer plus de gens par la seule rcflexion, et par le bond que faisaient sur leur peau les coups de canon et de n)Ousquet qu'on tirait incessamment sur eux, que s'ils eussent eux-mêmes tiré les coups dont ils étaient vainement frappés. C'est la première exécution qu'ils aient encore faite, et si l'on ne trouve d'autres ariues offensives et défensives contre cette sorte de gens, il est à craindre que leur prince, avec cette poignée d'hommes inconnus, ne se rende bientôt le maître de toute l'Allemagne. »
Il fait un portrait satirique de Bullion, qui venait d'être nommé surintendant des finances : « Nous recevons tous les jours une grande satisfaction dans nos esprits, de voir que les fils des meilleures familles de Dôle et de Besançon, qui nous ont été envoyés pour apprendre la civilité et politesse, y font de grands progrès, et ont appris déjà à se curer les dents à table avec la pointe du couteau, tiennent de fort bonne grâce la main dans leurs chausses, goûtent bien le vin, et se servent fort proprement de la verillelte et du fausset '. »
La plupart des articles paraissent être de simples charges, sans malice, destinées à faire riri; le lecteur; à moins qu'ils n'aient eu au moment de leur apparition un double sens qui nous échappe :
• On railla plus d'une fois BuUion sur son goût pour la bonne chère : Richelieu écrit un jour au Roi « qu'il n'a point montré telle dépêche à Bullion, pour ne point troubler la digestion d'un perdreau qu'il avait pris » . {Lettres et papiers d'État, t. V, p. 239.)
DU LIVHE PREMIER. 4*1
u \ Lisbonne. — Je vous ehvoyerai par le premier courrier la relation merveilleuse des voyages de Don Petro Ruys de Villandras IMontessana, lequel a iroiivé trois mondes où il y a plusieurs beaux monastères, dont lesabbés ne se réservent point de pensions sur les bénéfices qu'i's confèrent... ; outre ce a présenté au Grand-iVegus un baril d'olives de Lucqucs, pour lequel il lui a fait présent d'un royaume qui conlieut six cents lieues de Ion,"» et quatre cents lieues de large, tout de désert sablonneux, dont il peut tirer annuellement 2,511 maravédis, sans y comprendre le revenu de la chasse aux Licornes.
« A Rosloch. — Le Juif errant est passé depuis trois jours par cette ville, monté sur le cheval Bayard; les poils de sa barbe lui sont devenus si gros pour sa grande vieillesse, qu'ils semblent être des plumes d'oysons. Il montre par grande rareté l'oreille de iMalchus et la lanterne de Judas. Il sait guérir les cors aux pieds, apaiser les douleurs de la pierre et des gouttes (de la goutte) par un discours sur la sobriété et continence; et dit qu'il a laissé son équipage et tout son train à Bintam, qui le suit à petites journées.
« De Constantinople. — Le Grand Turc (à la circoncision d'un de ses fils) a fait des chevaliers du Croissant, lesquels ne pourront avoir que soixante-quinze femmes, et seront tenus de les connaître toutes six fois chaque lune. »
On lit dans ce Courrier vétllable des histoires invraisemblables, racontées alors en manière de farces, et que nos inventions contemporaines ont presque transformées en réalité : « Le Sophi de Perse, dit- il par exemple, a montré aux ambassadeurs du grand Roi de Mogol ses admirables grottes dans lesquelles, par le seul mouvement de l'eau, toutes sortes d'ouvriers, les uns de bronze, les autres de marbre, travaillent en perfection à toutes sortes d'ouvrages. »
Il ne prévoyait pas le phonog>-aphe, celui qui écrivait cette nouvelle burlesque : « Le capitaine Vosterloch est de retour de son voyage des terres australes, qu'il avait entrepris par le commandement des États (de Hollande), il y a deux ans et demy. Il nous rapporte entre autres choses, qu'ayant passé par un détroit au dessous de celui de Magellan, il a pris terre en un pays où la nature a fourni aux hommes de certaines éponges qui retiennent le son et la voix articulée, comme les
V42 APPEînDICE du LIVRE PREMIER.
nôtres font les liqueurs. De sorte que quand ils se veulent mander quelque chose, ou conférer de loin, ils parlent seulement de près à quelqu'une de ces éponges, puis les envoyent à leurs amis, qui, les ayant reçues, en les pressant tout doucement, en font sortir tout ce qu'il y avait dedans de paroles, et scavent par cet admirable moyen tout ce que leurs amis désirent. »
Le second numéro se termine par une pièce de vers, intitulée la Boutique des Perroquets :
Vous dont les caprices divers Fouillent au sein de mes volumes Tout ce que les plus doctes plumes Ont donné de prose et de vers, Quittez ces rompeurs de cervelles, Pour voir le trafic des nouvelles Qu'on m'apporte de mille endroits...
Mon savoir n'est point limité Dans une simple connaissance.
Qui par crainte ou par impuissance N'effleure que V extrémité ' ; Je scay l'intérêt des familles, Les secrettes amours des filles, Le nœud de tous les différens ; Je tiens le registre des races.
Et sur les communes disgrâces Le profit des plus apparens.
Le Roy de Suède et Weymar, Fridland et le duc de Bavière - Souvent fournissent de matière.
Mais on en parle en Calemar.
Une querelle, un mariage D'un qui a mangé tout son bien, Donnent des sujets pour en dire; Mais on ne .^aurait assez rire D'un avis qui ne coûte rien.....
' Allusion à la Gazette de Renaudot, tenue, pour exister, à ménager tout le monde.
^ Le duc Bernard de Saxe-Weymar, général au service de la France. — Wallenstein, duc de Friedland, généralissime des armées de l'Empereur.
Aj^ii^
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