S lUCllKLIEU
entre los doux époux. Lo duc de Monléléone écrit au roi d'Espagne • . « Je mande par ce courrier à D. J. de Giriça, qu'il ait l'attention de faire parvenir à Sa Majesté la reine infante des oranges, ainsi qu'elle en a manifesté le désir % et en tout semblables à celles qu'on lui envoya l'hiver dernier, et qui avoient été si bien conditionnées, qu'on les auroit dites cueillies dans le moment même. Le roi étant sur le point de partir pour Rouen, m'en a fait avertir, ainsi que les autres ambassadeurs, afin que nous eussions à l'accompagner. Mais je choisis une occasion favorable, et dans une conversation familière, je dis à quelques-uns des ministres de Sa Majesté Très-Chrétienne qu'il Tie seroit pas prudent de faire voyager la reine infante dans sa convalescence. Cette observation ayant paru raisonnable, peu après je fis demander au roi de rester auprès de l'infante, et dire à Sa Majesté que je pensois, en agissant ainsi, servir également le roi mon maître, dont la tendresse pour sa fille étoit connue, et Sa Majesté Très-Chrétienne elle-même, qui pouvoit s'en fier à mon zèle. La première fois qu'il me vit, le roi s'approcha rapidement de moi et me dU : « Je yous remer.- « cie, M. le duc de Montéléone, de nous ayoir fait éviter une « imprudence. Non seulement je vous permets de rester auprès « de la reine, mais j'en suis même très satisfait '. » Le duc de Monléléone ne continua point son ambassade tqute personnelle à l'égard de l'infante ; il fut remplacé par doti Fernando Giron, vieillard actif, plein de zèle et de fierté. Il écrit sur le renvoi des filles espagnoles attachées à l'infante reine : « Dans le cas où le roi de France persisteroit dans sa résolution, je compte dire à ses ministres que Votre Majesté enverra d'Espagne d'autres dames d'honneur pour remplacer celles que l'on fait partir d'auprès de la reine sa fille, et particulièrement la comtesse de la Torre, dont je ne peux savoir au juste les griefs auprès du roi. On dit que ce prince l'accuse d'inspirer du dégoût pour sa personne à la reine. Je dois niettre dans la confidence des motifs les plus probables qui déterminent dans le renvoi de ces dames espagnoles. On en parloit sourdement, mais j'eq aj r|^i^
1 Archives (le Simancas, cot. A 75*2^ , « î .
« Que se embie limas dulces, como la reyna lo dessea,
^ No solo le concedia, pero que mostrava tener a mucha gusto.
iMAZARIN ET LA FRONDE. :);J!)
l'avis certain do M. de Luynes lui-même. La prrsence d(( oes dames gênoil le roi dans ses visites, et M. de Luynes m'a dit que dans la nuit du jour qu'elles partiront, le roi coucheroit avec sa femme ', et ils vivront tout-à-fait maritalement '\ « Le duc de Luynes me dit même ces propres paroles: « (]ela « est certain, car j'ai fait la leçon à Sa Majesté, qui me l'a bien « promis, et je sais que Sa Majesté tiendra parole. » Je vivois en effet dans cette espérance, mais depuis quarante-huit jours que la comtesse de La Torre et ses dames sont parties, bien que le roi soit grand et robuste, et la reine fort belle , je sais que Leurs Majestés vivent comme frère et sœur ^ C'est là, je r avoue à Votre Majesté, un grand sujet de chagrin pour moi, et je commence à craindre que si d'ici au carême ils ne vivent pas différemment et ne remplissent pas les devoirs conjugaux, il faut qu'il y ait nécessairement de la part du roi ou désaffection ou impuissance physique *. Je soupçonne M. de Luynes d'être l'auteur de cet éloignement du roi pour sa femme, dans la crainte qu'il a de déchoir de son favoritisme •\ » Ces mystères du lit nuptial, tous ces petits détails occupent déplus en plus l'ambassadeur ^ «J'ai eu le 22 de ce mois, écrit -il encore, une longue audience de Sa Majesté Très- Chrétienne. Après avoir traité de divers sujets, dont je rends compte à Votre Majesté dans d'autres lettres jointes à celles-ci, le roi de France me dit en finissant l'audience : « Monsieur l'ambassadeur, comme j'estime fort votre personne et votre discrétion, je veux vous prier moi-même de vous aboucher avec M. de Luynes. Il a à vous parler de ma part pour une affaire importante, et vous accorderez à ce qu'il vous dira la même confiance que si je vous le disois moi-môme. Je pense que vous répondez à l'espérance que j'ai conçue de votre bon
* Que el dia que salyeren de aquilas criadas de la reyna , esa misma noche dormira el rey con su muger.
2 y viviran vida maridable.
3 Aunque este rey eslaya hombre crecido y robusto, y la reyna muy liermosa, yo se que viven como hermanos.
'* Y comienzo a temer que si de aqui a quarema no hazen vida y funcionés de casados, o ay desamor o impotencia de parle del rey, ^ Par temor de caer de su privanza, ^ Archives dç Simancas, cot. A 77'^^.
•2U\ WlCMïAAEV.
vouloir pour nous. — Jt; serai heureux, ai-jc n'^pondu au roi, de lîiire quelque chose qui pût être agréable à Sa Majesté Très- Chrétienne. — Vous le pouvez, Monsieur, a continué le roi, et jamais meilleure occasion ne s'est présentée de me montrer cet attachement dont vous me parlez*.» En conséquence, m'étant rendu auprès du duc de Luynes, il me dit : « Le roi mon maître aime sa femme par dessus toutes les choses de ce monde, ce dont il donnoit des preuves dans toutes les occasions. Il est donc naturel que Sa Majesté cherche à éloigner de sa femme tout ce qui pourroit distraire ou empêcher cet amour. Madame Stéphanie de Villequier, à l'âge qu'elle a (quatre-vingts ans), doit trouver naturellement inconvenante la conduite de Sa Majesté Très-Chrétienne en beaucoup de circonstances. Il en résulte que le roi a pris cette dame en telle aversion, que bien souvent, pour ne pas la voir, il se prive d'aller coucher avec sa femme, ce qui suffiroit pour l'empêcher d'en avoir des enfans. Le roi me charge, en conséquence, de vous prier d'écrire à Sa Majesté Catholique qu'elle veuille bien faire retirer dona Stéphanie de Villequier d'auprès la reine. » Toutes ces dépêches, comme on le voit, mettent une grande importance à la bonne harmonie du royal ménage ; elles font surtout connaître cette cour intime , ces répugnances et ces rapprochements entre Louis XIII et Anne d'Autriche. « Enfin, continue l'ambassadeur, M. de Luynes est venu aujourd'hui de grand matin, à mon hôtel, me donner la bonne nouvelle que le roi avoit couché avec sa femme la nuit dernière *; il m'a exprimé combien tout le monde en avait éprouvé de joie, et combien en effet il y avoit sujet de s'en réjouir. »
Cette vieille senora et duegna Stéphanie de Villequier, tant détestée de Louis XIII, est en correspondance avec le roi d'Espagne; dans un courrier que dépêche la senora, l'ambassadeur ajoute : « La senora dona Stéphanie de Villequier a écrit dernièrement à don F. Giron, que la reine très-chrétienne ve-
1 C'est la première fois qu'une (Correspondance espagnole met le discours direct dans la bouche des interlocuteurs. C'est toujours à la troisième personne qu'on avait fait jusqu'ici parler les personnages.
t A dur mi enoxa ùuena de que este retj havia dormido la noche passada eon lareym su muger, Airhiviîs de Simancas, col. A 77*28,
noit enfin de voir paroîlrc chez elle des preuves de sa niibililé K C'est à Sainl-Germain que cela a eu lieu, et c'a élu une grande joie pour tout le monde, car vu Tàge de la reine, ce retard de la nature pouvoit donner lieu à soupçonner que celle princesse lût stérile. A part cet heureux accident, la reine se porte bien,- elle suivra dans son voyage, au moins jusqu'à Orléans, le roi son époux, qui est devenu plus assidu auprès d'elle, depuis qu'il espère ce qu'il dit tout haut, en avoir des enfants. « Toutes les tendresses dont il l'a entourée sont inimaginables, se désolant et pleurant dans la crainte qu'elle ne mourût. Cependant je renouvelle à Votre Majesté la prière que je lui ai faite, d'envoyer auprès de la reine une femme de poids et d'une prudence reconnue, afin qu'elle lui fasse entendre et recevoir les conseils dont Sa Majesté a besoin, mais il faut que ce soit bientôt. Je fais bien moi-même tout ce qui est possible à cet égard, mais Voire Majesté doit considérer que ceci rentre plutôt dans les allributions d'une femme, surtout s'il faut catéchiser la reine pour^qu'elle se raccommode avec son époux et se rapproche tendrement de lui ; enfin s'il faut lui conseiller ces mille petits secrets de coquetterie propres à fixer un cœur volage. La dernière lettre de Votre Majesté à la reine a été d'un effet merveilleux, car elle a réussi à lui faire faire quelques caresses à son époux. J'ai eu une longue conférence avec la reine très-chrétienne, et je l'ai engagée, suppliée, à se gouverner avec une prudence convenable. Sa Majesté la reine m'a répondu avec modération et présence d'esprit à chacun des articles dont je l'ai entretenue. Quant à l'amour qu'elle doit à son époux , elle assure que rien n'étoit plus sincère que celui qu'elle éprouvoit pour lui, qu'elle agiroit de manière à le lui prouver, promettant de lui faire d'elle-même des caresses telles qu'elles l'empêcheroient de se dégoûter ^d'elle. Sa Majesté ajouta qu'elle se montreroit affectueuse et favorable envers les personnes que le roi atfectionnoit, et particulièrement envers le duc de Luynes et la duchesse sa femme. « Je ne saurois concevoir à l'égard de cette dernière , me dit la reine en finissant , aucun sujet de jalousie, car elle passe pour une femme d'honneur. » Je ne sais
* Que la reynn Chri^iHssima le havra vmido su conumbre.
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jusqu'à quoi point on pont croiro à liisincériln (U\s paroles âo. la reine, car tandis qu'elle me parloit, clloparoissoitc.ontrainte et la rougeur lui monloit au front. Jusqu'à quel point peut-on s'y lier? Je crains qu'au moment de l'exécution, elle ne recule, et ce seroit dangereux, car dans sa lutte avec de si puissans favoris, ses aiîaires pourroient être compromises. »
Cette dépèche insinue une circonstance jusqu'ici ignorée, el qui expliquerait par l'amour de Louis XIÏI pour madame de Luynes la haute faveur toujours croissante d'Albert. Don Fernando Giron continue : «Les faveurs, les conversations et les visites du roi deviennent plus fréquentes auprès de la duchesse de Luynes*. Le roi ne va plus coucher que rarement ou même pas du tout avec la reine, depuis sa maladie. On croit généralement, et les favoris en question sont accusés d'avoir donné au roi, à ce sujet, des conseils et des moyens qu'on ne peut rapporter ici à Votre Majesté. On pense que l'on a persuadé au roi que s'il avoit des fils étant encore si jeune, ce seroit par la suite une cause de guerres civiles pour le royaume. » Cette correspondance, si curieusement intime, se rattache exclusivement à des intérêts domestiques ; mais ces intérêts étaient la représentation de l'alhance politique avec l'Espagne, et dès lors ils s'agrandissaient de toute la puissance d'une pensée politique. La jeune infante Anne avait un rôle à jouer; elle tenait quelquefois ses promesses; plus souvent elle désolait par l'insouciance de son âge, par ses caprices de femme, la vieille expérience des ambassadeurs. Sans doute ces actes diplomatiques n'ont plus la même importance ; les grandes scènes populaires so sont effacées avec la Ligue, et quand les fortes opinions disparaissent du monde, les affaires prennent souvent le caractère d'une intrigue. Les hommes sérieux qui parcourent les archives de Simancas sont étonnés de la multitude de pièces sans gravité qui encombrent ces vastes documents des xvr et xvii'^ siècles.
Philippe m répondait de sa main à la plupart des dépêches de ses ambassadeurs à Paris. « Depuis la réception de vos lettres, écrit-il au duc de Montéléone, l'ambassadeur françois m'a
J Creciendo de otra parle los favores, conversacionea y visitas que el rey tiene con la duqiiesa de Litynas.
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fait demander une audience. La lui ayant accordée, il m'a exposé de la part du roi son maître la nécessité que je lisse rentrer en Espagne les dames espagnoles qui sont à la suite de la reine ma fille. Tout ceci m'a causé un grand chagrin, comme vous pensez bien. Voyez combien il seroit cruel que ma fille fût privée tout à coup des personnes qui l'ont servie depuis sa naissance. Si vos paroles ne réussissoient pas à faire changer de détermination, faites en sorte d'en suspendre au moins l'exécution jusqu'au départ de l'ambassadeur françois, auquel nous ferons une pareille réponse *. »
Dans toute la correspondance de Philippe III il y a une grande sollicitude pour toutes les affaires de l'ambassade de France. Il y a tout à la fois de la tendresse du père et de l'intrigue du cabinet. Ces filles espagnoles, que leur roi persiste tant à laisser auprès d'Anne d'Autriche, ne sont pas seulement destinées à distraire les ennuis de l'infante, mais encore à séduire ces nobles cavaliers de France qui entourent Louis XIII ; les vieilles duègnes dirigent l'inexpérience d'Anne d'Autriche au milieu d'une cour pleine de séductions. Philippe III ne veut pas non plus se compromettre dans les hauts différends de la mère et du fils, mais il est aise que ces querelles ne se terminent point, car que feraient les deux partis de leurs forces réunies? N'étaitil pas à craindre qu'ils ne les tournassent contre l'Espagne? Heureusement les querelles vivaces des gentilshommes n'é-
1 Je n'ai trouvé pour toute cette période qu'une lettre de l'infante Ana (Anne d'Autriche), adressée à son père : elle est en espagnol : « Mon père {padre mio), M. Le Grand, dont j'ai beaucoup à me louer, m'a priée de demander à Votre Majesté qu'elle veuille bien lui envoyer un laissez-passer {pasa-porte) pour six chevaux andaloux, ou autres, selon qu'il sera plus convenable. — j'ai dû céder à sa prière, et je demande à Voire Majesté ce service pour lui, comme si c'étoit pour moi- môme. — Je saisirai cette occasion potu* donner à Votre Majesté des nouvelles de ma santé, tJUi est aujourd'hui très parfaite. — Sa Majesté le roi mon époux est pour moi très attentif, et très amoureux (m^y calliente, mot à mot très chaud). Il n'en faut donc pas croire tous les propos tenus à cet égard, propos qui peuvent être traités de caquetages de vieilles femmes {parlerias de mugeres viejas). Que Dieu garde Votre Majesté, la fille soumise de Votre Majesté, Ana, obedienie hijade V. M, (Archives de Simàncas, cot. A 77'J^9) (aiil graphii).
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talent point à leur terme ; la reine-mère ne voulait pas déposer les armes avant d'essayer une fois encore à rcîssaisir Tautorité.