LIGUE ET PAIX FÉODALE. — BATAILLE CONTRE LES HUGUENOTS
Marie de Médicis à Angers. — Organisation bourgeoise de la ville. — l^e roi à Paris. — Création des chevaliers du Saint-Esprit. — Mise en liberté du prince de Condé. — Mécontentements. — Plaintes à la reinemère. — Développement de la ligue féodale. — Campagne en Normandie. — Préparatifs de guerre. — Pamphlets. — Médiation de Richelieu. — Traité définitif. — La république des huguenots. — Campagne contie les réformés. — Rentrée de Marie de Médicis au conseil. — Trêve de Montpellier. — Dépêches espagnoles sur les événements.
Angers, cité considérable, avait été cédée à la reine par le traité provisoire d'Angoulème; c'est au milieu de celte population municipale que Marie de Médicis voulait fixer sa résidence. Angers était sur les confins des provinces soumises à des gouverneurs presque indépendants du roi. Le parti huguenot, dominait au midi; d'Épernon, l'ami de la reine, avait le gouvernement de l'Angoumois, la Bretagne était toujours prête à se révolter,- la Guienne obéissait au duc de Mayenne qui murmurait encore. Ainsi de sa résidence d'Angers, Marie de Médicis pouvait présider à une nouvelle fédération des grands vassaux contre le favori Albert de Luynes et la cour. Dans le dessein de ménager sa popularité, la reine-mère voulut entrer à Angers avec toutes les solennités d'une prise de possession souveraine. Elle y vint le 16^^ octobre, deux mois après la signature du traité d'Angoulême, la réception y fut somptueuse, chaque ordre de la ville voulut déployer ses richesses et énumérer ses forces. « Quinze cents gentilshommes allèrent audevant de la reine jusqu'au pont de Ce, point fortifié qui protégeait la ville; quand elle arriva à douze cents pas d'Angers,
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dans le vieux palais bâti par le roi René, Marie put passer la monstre ou revue de six mille bourgeois rangés en bataille, mipartie en échiquier, tous armés comme mousquetaires et piquiers. » La ville d'Angers était certes une bonne et ancienne municipalité, dont les chartes remontaient au xii« siècle; plus d'une fois elle avait pris les armes pour soutenir les droits de ses maire et échevins. Marie de Médicis pouvait y trouver secours à ses projets contre de Luynes. Les échevins chaperonnés haranguèrent la reine-mère : « Nous sommes bien aises que parmi tant de provinces qui composent la grandeur de cet État, il ait plu à Votre Majesté, pour le bien et soulagement de ce pays, faire choix de cette ville. » A ceci la reine ayant répondu avec contentement, elle fit conduire sa litière autour de ce petit camp, suivie tant de la noblesse que de la cour ; et ne l'eut sitôt laissé pour reprendre le chemin, que l'air se vit pêle-mèlé de feux, de bruits et d'une agréable scopetterie, qui dura par reprises fort longtemps. Il n'est sorte de cajolerie que Marie de Médicis ne fit aux maire, échevins, bourgeois ; elle écrivit également à toutes les villes de son domaine, à tous les seigneurs ses voisins ; elle développa en cette circonstance cette activité d'esprit qu'elle montra toujours dans sa régence. Ce qui se passait à Paris semblait favoriser ses desseins et préparer la guerre civile.
Après le traité d'Angoulême, le roi Louis XIII s'était rendu dans sa bonne ville de Paris ; il était rentré au Louvre, et les nobles avaient remarqué que de Luynes, loin de perdre son crédit, grandissait encore en puissance et en autorité. Les ducs de Mayenne, de Vendôme, d'Épernon, qui dans l'origine avaient considéré de Luynes comme un instrument pour arriver à la direction de l'État, le traitaient en ennemi depuis qu'il s'était rendu indépendant; ils menaçaient même de se retirer dans leurs gouvernements si Ton ne rendait à chacun la portion d'influence, qu'ils prétendaient exercer sur la volonté du roi. De Luynes, pour résister à cette cabale puissante, s'aboucha avec le prince de Condé toujours retenu à Vincennes, lui demandant s'il voulait prendre la haute main dans les affaires du roi, et se joindre à lui pour soutenir les droits du conseil contre les gouverneurs de provinces. Condé, esprit inquiet, ennuyé
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do sa dure caplivilé, accepta les oiTics de de Luynes, et bientôt des lettres de Louis XIII lui rendirent la faveur dont il était privé depuis quelques années : « Mon cousin, lui mandait le roi, je ne vous dirai pas combien je vous aime, vous le voyez. Je vous envoie mon cousin le duc de Luynes qui sait les seci-ets de liion cœur et vous les dira plus amplement. Venez -vous-en le plus promptemeht que vous pourrez, car je vous attends avec impatience, et cependant je prierai Dieu de vous tenir en sa sainte grâce. » Après cette lettre bienveillante, Condé fut mis hors de Vincennes, et le roi l'appela auprès de lui à Chantilly où il était allé se livrer à la chasse. « Toute la route étoit pleine de magnificences, de carrosses à six chevaux, de soldats vêtus de culottes de velours noir et de roupies de taffetas blanc. Louis XIII l'accueillit dans son cabinet, et ledit prince baissant le genou en terre pour le saluer, le roi le releva et lui dit : « Mon cousin, soyez le très-bien venu » ; après se mirent à causer ensemble un demi-quart d'heure. Ce fait, le roi lui dit encore :« Mon cousin, allez vous rafraîchir», et il ordonna qu'on lui apportât à manger.» Condé se montra très soumis et respectueux, puis ils visitèrent ensemble les jardins; le soir le roi lui remit une longue déclaration d'innocence, lui assurant la restitution de ses domaines confisqués. Dès lors le prince fut gagné à la cour. La seconde proposition faite par de Luynes fut une promotion riombreuse de l'ordre du Saint-Esprits
* Voici les noms des chevaliers du Saint-Esprit reçus par Louis XIII; c'était la quinzième création depuis la fondation de Tordre par Henri III :
MonsiECR, frère unique du roi ; le comte de Soissons, prince du sang; les ducs de Guise, de Mayenne, de Chevreuse, de Vendôme, d'Angoulême, d'Elbeuf, de Montmorency, d'Uzès, de Retz, de Luyaes ; les comtes de Rochefort, de Bellengrcville, du Bellay, de Créquy, de la Curée, de Bethunes, d'Andelot, de Saint- Géran, de Tardes, de Montespan, de Schomberg, de Bassorapierre, de Bourdeilles, d'Ornano, de Saint-Luc, de Tremcs; les barons de Senccey, de Joigny, de Rambouillet ; les vicomtes de Briguevil, de Vignolles, de Grammont ; le comte de Lauzun ; les marquis de Ragny, le lils, de Saint-Chaumont ; les maréchaux de Cadenet, de Blainville, de Branthes ; les marquis de Nangis, de la Chasteigneraye, de Vaucelas, Des Marets, de Vassé, de Rambures, de Frontenac; le maréchal déf Titry; les marquis de Courtenvaux, du Hallier, de Mosny, de la Vieuville; les barons do Rochefort, de Termes ; le marquis de Marigny ; le comte de la Rochcguyon; le manjuis de Portes; le comte do La Rochefoucauld et le sieur do Valençay.
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Depuis l'extinction de la grande chevalerie, haute et vaillante milice du moyen âge, les rois cherchaient toujours à se laltacher la noblesse par de nouveaux liens de féauté. Les chevaliers de l'ordre prêtaient un serment spécial à la couronne; ils se devaient à elle corps et biens. Soixante nouveaux élus reçurent le cordon azuré sur leur poitrine de gentilshommes. De Luynes et ses deux frères furent accolés par le roi ; on ne désigna aucun huguenot, parce qiie le Saint-Esprit était une idée toute catholique, et que les serviteurs du prêche n'eussent jamais voulu accepter un collier d'ordre qui avait son principe dans une croyance papistique. Toutes les recommandations de la reine-rrière furent méprisées; il n'y eut pas un chevalier de Tordre pris dans son palais et parmi ses serviteurs. Enfin de Luynes opéra un nouveau changement dans la distribution des gouvernements de province : la Normandie fut donnée à M. de Longueville, qui avait alors la Picardie ; l'Ile-de-France fut confiée à M. de Montbazon ; et tout cela pour assurer la Picardie au maréchal de Cadenet, frère du favori, petit gentilhomme de province qui grandissait en honneurs et en fortune. On ne peut dire les mécontentements qu'excitèrent ces mutations préparées dans les gouvernements. A peine quelques mois s'étaient-ils écoulés, et la ligue des gentilshommes contre le conseil et la cour de Louis XIII était complète ; ils s'étaient rapprochés de Marie de Médicis. On y comptait dix-sept officiers de la couronne ou gouverneurs de provinces. Le duc de Longueville, le grand-prieur de France et le comte de Torigny tenaient toute la Normandie. Le comte de Soissons occupait le Perche et une partie du Maine ; le duc de Vendôme était maître de quelques villes sur la Loire ; le maréchal de Bois-Dauphin en tenait d'autres entre la Sarthe et la Mayenne. La reine-mère avait Angers et le pont de Ce. Les ducs de La Trémouille et de Retz possédaient de bonnes places en Poitou et en Bretagne; le duc de Rohan commandait dans Saint-Jean-d'Angély; le duc d'Epernon disposait de l'Angoumois et de la Saintonge. Le vicomte d'Aubeterre, gouverneur de Blaye, se prononçait pour la cause de Marie de Médicis, ainsi que la ville, le parlement de Bordeaux et toute la Guyenne sous l'obéissance du duc de Mayenne. En un mot, la reine-mère avait pour elle une lisière
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de deux cciils lieues des provinees maritimes de France, depuis Dieppe jusqu'à l'embouchure de la Garonne, grand nombre de bonnes places dans tout le joyaume, des olïiciers braves et expérimentés, des généraux habiles et des seigneurs très versés dans la connaissance des alîaires civiles el militaires. Forte de l'appui de cette grande ligue, Marie de Médicis n'hésitant plus pour une prise d'armes , envoya des commissions à tous ses délégués ; ^t indépendamment de cette commission particulière pour lever et assembler des hommes de bataille, Marie de Médicis et le parti féodal réunis publièrent des pamphlets pour expliquer leurs intentions el attaquer violemment les trois frères de Luynes. Une de ces brochures portait ce titre : Le Jugement de Minos contre les trois Géryons qui pillent la France. «Ah! pauvres François! je dis pauvres sans vous faire tort, parce que vous n'avez plus cette générosité, ce cœur magnanime, ce bras vainqueur que vous aviez autrefois; oui, vous êtes de pauvres craintives brebis qui laissez tondre votre laine aux étrangers, et donnez votre chair à manger aux loups. Vous voyez trois hommes pernicieux à notre bon roi, qui se sont établis par des moyens infâmes au-dessus la chambre du roi dans son Louvre, occupant par finesse les plus belles places du royaume, se fourrant cauteleusement dans les plus grandes familles, encore qu'ils soient du tout indignes parleur basse et obscure extraction; et pour se mieux établir, ont attiré et grippé hors des coffres du roi des sommes de deniers considérables. Il a été dit de loi autrefois, ô France ! qu'il n'y avoit point de monstres dans ton beau el plantureux terroir ; oui, cela a été, mais hélas ! aujourd'hui tu y vois, à ta grande honte el ruine, trois Géryons, trois Prolées, trois Archéloûs,
trois Harpies, trois rejetons de Gomhorre l'impudique!
Qu'en dites-vous, ô François? non plus François ou coqs généreux, mais chapons efféminés, non galli pugnaces, sed effœminali capones ?.... *.»
Pendant que Marie de Médicis, expliquant ainsi ses griefs, se préparait à marcher à la tôle des gentilshommes, le roi Louis XIIÏ et de Luynes réunissaient à Paris le ban et l'arrièreban de leurs serviteurs pour arrêter les premiers symptômes de
^ BibliolU. royale, collcclion Fontanicu, ad ann. Ï620.
la révolte des provinoes. L'agitation se répandait même jusqu'aux environs de rile-de-France, car la Normandie n'était pas sûre, et plus d'un gentilhomme y avait pris les armes pour la cause commune des gouverneurs féodaux. Il y avait véritabh; inquiétude au Louvre ; de Luynes savait les mécontentemenis que ses projets excitaient partout ; on le dénonçait tantôt pour son ambition d'honneurs, tantôt pour son avarice d'argent ; on disait qu'il voulait se faire connétable, lui qui ne savait pas seulement manier une épée, et dont les genoux faiblissaient quand sa tête portait un casque. De Luynes, pour faire diversion, et jeter la discorde dans le camp des féodaux, avait fait alliance avec le prince de Condé; lui confiant la direction de l'armée principale. En même temps on tenta la voie des négociations ; l'archevêque de Sens, le duc de Montbazon,le grand écuyer Bellegarde et le président Jeannin durent se rendre à Angers pour solliciter une trêve avec Marie de Médicis ; on essayait ainsi un arrangement au moment même où se continuaient les préparatifs militaires. Enfin, le roi décida en plein conseil qu'il irait lui-même en Normandie dans l'objet de la réduire à l'obéissance. Le grand prévôt de la province lui dit : « Mais, Sire, vous ne trouverez là que révolte et désagrément. — Et qu'importe ! répondit Louis XIII avec feu ; quand tous les chemins seroient pavés d'épées, je marcherois dessus encore. Quel sujet ont donc les Normands de se plaindre de moi ? en quoi ai-je blessé leurs privilèges? » Une fois la résolution prise de marcher en Normandie, elle fut promptement exécutée; comme on craignait quelque tumulte et remuement à Paris, le roi écrivit avant de partir aux échevins de sa bonne ville, afin do les maintenir en leurs dispositions de repos : « Très chers et bien amés, partant de notre bonne ville de Paris, nous n'avons pu mieux vous témoigner notre affection que de vous y laisser la personne de notre très-chère et très-amée compagne la reine notre épouse. C'est pourquoi nous voulons tous les honneurs et bons devoirs qui nous sont dûs, lui être rendus comme à notre propre personne, et que les capitaines et autres officiers qui ont été par nous nommés en fassent le serment en ses mains *, comme aussi les prévôt des marchands et échevins 1 Ucgiélredc rHôlcl-ac-Ville, tom. xxii, fol, 479, 13 juillet 1U20.
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qui seront élus à la mi-août prochain, au cas que nous ne soyons de retour en notredite bonne ville. »
La campagne de Normandie fut courte. Le roi était accompagné du duc d'Anjou son frère et du prince de Condé, suivis d'un corps de huit mille gens de pied et d'une brave cavalerie. Le duc de Longueville, lié à l'union féodale, avait voulu se renfermer dans Rouen, mais il n'avait pour lui ni les parlementaires ni les bouT-geois ; on comptait à peine un ou deux présidents dévoués au duc de Longueville. Tandis que le duc se retirait en toute hâte dans le pays de Gaux, le maréchal d'Ornano pénétrait dans Rouen,, presque sans résistance, et le lendemain le roi brisant une des portes, entra également en vainqueur, et vint en plein parlement déclarer que le duc de Longueville était déchu du gouvernement de la province qui rentrait pleinement sous l'obéissance du roi. Caen fit une plus loiigue résistance, parce que son château fortifié exigeait un siège réguher ; le roi s'en rendit maître à la tète des gardesfrançaises. Dieppe fit sa soumission ; de sorte que dans moins d'un mois toute la Normandie fut domptée ; puis, l'armée royale se dirigea vers la Bretagne. Le 30 juillet, Louis XIII était au Mans. Marie de Médicis partit à cheval, à la tète de huit mille hommes et de six pièces de canon ; elle concentra ses forces sur la Flèche, et revint en toute hâté vers Angers^ dont elle voulait faire un centre d'opérations.
Dui^ant ces hostilités, les négociations se poursuivaient toujours; il y avait chez les gentilshommes, sans doute, une habitude de guerroyer et de marcher à la guerre civile; mais les éléments réels manquaient ; le peuple n'était pas avec eux. Du temps de la ligue cathofique, il y avait deux opinions en face ; et comme ces opinions avaient chacune d'ardents sectateurs, il y avait eu du sang répandu, un besoin continuellement renouvelé d'en venir aux armes. Alors, au contraire, comme le peuple et ses opinions n'étaient plus en cause, on ne pouvait longtemps continuer des batailles que repoussaient les populations, et cela explique comment on traitait toujours. D'ailleurs, il n'y avait pas entre la mère et le fils une haine véritable. Louis XIII écrivait sans cesse à ses envoyés qu'il fallait eu ii-
nir ; même dans ses lettres les plus sévèies, les plus aigres, on
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voit que lo roi conserve un désir de transaction. « Messieurs, je vous fis liier au soir une dépêche par laquelle je vous mandois de continuer à travailler avec la reine madame ma mère, pour rechercher les moyens plus propres pour parvenir à un bon accommodement, et lui faire connoître mes bonnes et sincères intentions pour le bien public de mon royaume et son particulier contentement. Je veux qu'aussitôt la présente reçue, et après avoir pris congé de la reine madite dame et mère, vous vous retiriez de là et me veniez trouver à la part où je serai, pour me rendre compte de ce qui se sera passé en votre négociation, et aviser après au conseil que j'aurai à prendre pour le bien de mon service et réputation de mes affaires*. »
La petite armée du roi faisait toujours quelques progrès sensibles du côté de la Bretagne ; mais la reine avait de bonnes nouvelles du midi, où tous les gentilshommes gascons, provençaux se réunissaient pour seconder le mouvement féodal ; il y avait môme toute espérance qu'elle trouverait appui dans les réunions huguenotes qui alors partout se multipliaient. Cette situation devenait redoutable pour le roi ; d'un autre côté, le clergé et le pape craignaient la fusion des calvinistes avec les gentilshommes mécontents, ce qui aurait favorisé l'hérésie. Le nonce du pape, Bentivoglio, intervint donc, non seulement auprès de Richelieu, le chef du conseil de la reine, mais encore auprès de Marie elle-même, pour la conjurer de mettre un terme à la guerre civile qui menaçait le catholicisme : « Madame, disait le nonce, il n'est pas possible d'exprimer la joie que Sa Sainteté reçut l'année passée, quand elle apprit l'heureuse réconciliation qui se fit entre Votre Majesté et le roi son fils à leur entrevue à Tours. Sa Sainteté dès lors conçut une grande espérance que Votre Majesté se résoudroit à venir bientôt faire sa demeure auprès du roi, et que par ce moyen venant à unir vos personnes ensemble, vous témoigneriez d'autant plus ouvertement à tout le monde l'union de vos cœurs, en rétciblissant la concorde dans la maison royale. Il y a donc quelque temps, madame, que j'ai commandement de Sa Sainteté de faire en son nom auprès du roi tous les offices que mériloit une affaire si importante. Ensuite de cette commission, j'eus l'honneur de 1 Msa. de Béthune, vol. cot. 9306, f. 40.
■2hi lUClIKUKr,
par er ces jours passas à Sa MajcsU' ; je rcxliorlai cl la sii[)pliai, avec les plus instantes prières, de vouloir tâcher de son côicà renouer avec Votre Majesté une bonne et parfaite intelligence ; je lui remontrai combien il étoit juste et raisonnable de donner cela à Dieu et à son peuple. Le roi me fit réponse qu'il avoit toujours eu un grand soin de donner toute sorte de satisfaction à Votre Majesté, et qu'il ne pensoit pas avoir jamais manqué à lui rendre tout l'honneur et tout le respect qui lui sont dus. C'est dans les guerres civiles, et principalement dans la division du corps des catholiques de cet État, que l'hérésie a pris sa naissance, s'est accrue et s'accroit toujours de plus en plus ; il faut donc qu'avec la paix de l'État, et particulièrement par l'union de ce même corps des catholiques, on vienne à rabaisser et à la détruire ; mais l'àme de cette union, ce doit être le roi, ne faisant avec vous qu'une même chose. Telles sont, Madame, les considérations que Sa Sainteté s'est premièrement mises deyant les yeux, et que depuis elle m'a commandé de représenter en son nom à Votre Majesté '. »
Vers le commencement d'août, le roi plaça le centre des opérations militaires à la Flèche. Il était là dans le dessein d'arriver à marches forcées sur Angers, lorsque les députés envoyés pour transiger vinrent au camp avec des- propositions de la reine-mère. Ils lui dirent « que l'intention de Marie étoit de vivre désormais à la cour, et qu'elle souhaitoit de se séparer avec honneur du parti où elle étoit engagée, et passer le reste de ses jours en sûreté, et dans les bonnes grâces de Sa Majesié. » Le roi répondit « que c'étoit son plus grand désir de la voir vivre de cette façon, et qu'il n'avoit rien à contester avec ce qui concernoit ses plaisirs, et lui accorderoit tout ce qui pourroit servir à la sûreté de son repos pour vivre tranquillement. » Dans ces dispositions pacifiques, et pour les mener à fin, 11 fallait néanmoins quelque coup décisif qui pût entraîner la reine. On résolut dans le camp de Louis XIII et du prince de Condé,' une expédition militaire sur le pont de Ce. Cette tête de pont couvrait Angers, et une fois enlevée, Marie de Médicis était obligée d'abandonner la ville capitale (îo son gouvernement. L'attaque sur le pont de Ce fut dirigée
1 Mss. dcColbcrl, vol. ii, M. F{. in-fol. pas. 44.
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avec beaucoup de vigueur par le maréclia] d'Ornano et le prince de Condé lui-même ; il fut pris après une rude résislancc. Les gentilshommes de part et d'autre y firent preuve de valeur ; on se battit comme entre ennemis. Dès lors, la reinemère n'hésita plus à accepter les conditions que Richelieu lui avait depuis longtemps préparées. L'évêque de Luçon s'était joint aux députés qui vinrent trouver le roi au pont de Ce, et au nom de Marie de Médicis, il déclara qu'elle se retirait pour jamais de toute brouillerie, pourvu que déclaration d'innocence lui fût donnée pour elle et pour tous ceux qui l'avaient assistée. Louis XIII donna cette déclaration le 16 août: « Nous reconnoissons notredite dame mère innocente de toutes choses qui pourroient être advenues durant ces derniers mouvemens; afin que chacun soit éclairci de notre volonté pour le regard de notre très-aimée cousine la comtesse de Soissons et le comte de Soissons son fils, et les princes, ducs et officiers de la couronne qui ont assisté notredite dame et honorée mère. Nous les recevons et voulons tenir pour nos bons et fidèles sujets, et au cas qu'il y eût quelque chose qu'on pût prétendre leur devoir être imputé comme prise d'arme>, enlèvement de deniers en nos recettes générales et particulières, et autres actes d'hostilité, nous voulons qu'ils en soient déchargés, et interdisons toute poursuite ultérieure. »
Par cet acte le rapprochement entre la mère et le fils était encore cimenté : Marie de Médicis venait reprendre le pouvoir à Paris, non plus avec le même éclat, la même autorité qu'elle exerçait pendant sa régence, car Louis XIII avait grandi, et l'empire des favoris ayant usurpé une haute partie de l'influence de cour, Marie ne pouvait plus que partager les faveurs avec de Lu /nés. Richelieu aspirait à une place supérieure au conseil, et la reine-mère ne cessait pas d'être en rapport avec les gentilshommes qui avaient fait son appui : elle était pour eux un interuiédiaire auprès de la volonté royale, et le duc d'Epernon lui-m^me s'adressait à elle, pour lui faire obtenir les bonnes grâces de Louis XIII et l'oubli de sa conduite.
Cette transaction fut indispensable, car un danger plus grand qu'une guerre de gentilshommes menaçait la monarchie; ce n'était pas seulement quelques coups de lance
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(lonni's enlrn dn bravos t^ons (Varmos, un m(''ContPTitemcnt âo, nobles hommes, fidèles encore ;\ l'autorité royale, même en ri'Minissant Umus corneties detî^uerrc contre la couronne; mais une opinion tout entière prenait les armes : les calvinistes enfin se prononçaient pour des principes si hardis, que le système monarchique tout entier en était menacé.
Un des motifs qui avaient le plus hâté le traité de Louis XITI avec sa mère, était la nouvelle partout répandue que les huguenots saisissaient les armes ; le conseil savait que déjà des propositions avaient été adressées par Marie de Médicis aux assemblées calvinistes; il était important de séparer les deux causes pour assurer le triomphe de Tautorité royale contre les opinions qui s'opposaient à sa manifestation souveraine. D'après les vieux édits, les protestants avaient le droit de s'assembler, soit dans des synodes particuliers, et alors librement, soit dans des réunions générales, en ce cas avec l'autorisation du roi ; ces assemblées nécessaires pour régler leur gouvernement politique et les besoins de leur croyance avaient lieu tantôt à Montauban ou à Castres, tantôt à La Rochelle. Là venaient les députés de toutes les Églises, de toutes les provinces, les ministres de l'Évangile, les anciens, les membres des consistoires, et quelquefois les ambassadeurs secrets du roi d'Angleterre, de Genève, des États (Généraux de Hollande, et des électeurs luthériens de l'Allemagne, alliés intimes des calvinistes de France. Les formes adoptées par ces assemblées ressemblaient beaucoup à un gouvernement politique séparé de l'administration du pays. Ceci s'expliquait sans doute au xvi« siècle, quand la société était toute catholique ; rien de plue naturel alors que l'Église réformée qui s'en séparait eût son propre gouvernement; mais à mesure qu'une idée iK)litique prédominait, et que la souveraineté se faisait royaU;, il était difficile de souffrir un État institué dans TÉtat Cotait en vertu des prérogatives accordées par les édits qui les réformés s'étaient plusieurs fois rassemblés au milieu des disputes qui divisaient le roi et la reine-mèr€. îl y avait eu déjà !« synode national d'Alez, où assistèrent quarante-neuf ministres de l'Évangile, sans compter les deux du Béarn. L'un des ministres de Charenton, du nom de Dumoulin, fut élu modérateur de l'assemblée;
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Brnnier, du Bas-Languedoc, adjoint ; les ministres Viguior cl Papillon secrétaires : il n'y fut question que de choses saintes, de la célébration de la cène, mais on remarqua que ce synode s'était dissous sans adresser au roi les remerciements d'usage. Il y eut aussi des assemblées mixtes et provinciales, composées de noblesse, tiere-états et ministres, à l'imitation des États-Généraux. Les plus actives et les plus bruyantes furent celles de Milhaud en Rouergue et Monlauban. Tout faisait ainsi croire que le parti huguenot se préparait à quelque vaste tentative contre la cour.
A la fin de l'année 1620, les calvinistes se décidèrent à tenir une assemblée générale à La Rochelle. Depuis le xvi*' siècle, les idées avaient marché ; deux pays surtout semblaient le type et le modèle de toutes les organisations politiques du calvinisme : la Hollande et Genève. Les Provinces-Unies avec leurs États- Généraux, leurs assemblées élues, offraient un système régulier, une forme sociale complète; Genève, c'était l'idée municipale dans sa plus large et sa plus sincère expression. Celle double forme de gouvernement se reproduisit dans toutes les œuvres politiques des huguenots en France ; la municipalité de Genève revivait dans les villes de Montauban, La Rochelle, Castres, Alby. Bientôt les calvinistes essayèrent d'imiter le type d'une société générale dans les formes empruntées aux Pays- Bas hqjjandais, c'est-à-dire qu'ils tentèrent d'établir une république religieuse, une organisation par cercles en France, comme elle existait en Hollande. ^
Il y eut dans leur assemblée de 1620, à La Rochelle, une foule de ministres du saint Evangile, de nobles vaillants, et de princes même. « On remarquoit les députés des provinces de Saintonge, Aunis, Angoumois, Poitou, Anjou, Touraine, le Maine, le Perche, Orléans, Berry, la Marche; ceux des provinces de Bretagne, Normandie, Ile-de-France, Picardie, Champagne, Bourgogne, Gévaudan, le bas et le haut Languedoc, la haute Guienne et le Béarn. Les provinces du Vivarais, Provence et Dauphiné n'envoyèrent aucun député, car elles formoient une organisation à part ; elles étaient assez puissantes pour se réunir en leur particulier à Grenoble. Après l'invocation du nom de Dieu, et avant de procéder à la nomination des
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pn'sidnnl, adjoints ol socrélaircs : « A élé résolu par la pluralité des voix recueillies et faites sur la proposition de quelques provinces, que lesdits président, adjoints et secrétaires soient cliangés tous les mois, et néanmoins qu'après le second mois passé, il sera en la liberté de nommer les mêmes qui avoient été élus la première fois, et ainsi conséquemment ; ensuite ont été nommés à la pluralité des voix, les président, ad joints et secrétaires. Le 28, lessermens d'union et de silence ont été jurés et signés par tous les députés de l'assemblée suivant le formulaire accoutumé. M. le duc d'Anjou ayant fait connaître ses bonnes intentions à l'assemblée, il en a été remercié par lettre, et prié de continuer de défendre à la cour l'innocence de ladite assemblée, comme il en a ci-devant fait. Le 4 janvier, M. le duc de Rohan a fait entendre à la compagnie par ses lettres qu'il avoit dépêché au roi, suivant ce qu'elle avoit désiré de lui. La compagnie ayant vu le commencement de la dépêche, y reconnoît l'affection et zèle qu'elle avoit attendu dudit seigneur duc, et a arrêté qu'il en sera afTectueusement remercié par lettres. Le 11 janvier, M. le duc de La Trémouille a écrit à l'assemblée, lui promettant de lui envoyer au plus tôt un gentilhomme vers elle avec mémoires et instructions suivant ce qu'elle avoit désiré de lui. Le 13, M. le duc de Soubise a écrit à l'assemblée, témoignant l'aifection qu'il a au bien des Eglises. Le 18, l'assemblée ayant eu avis que l'on tàchoit de pratiquer toutes les communautés faisant profession de la religion pour les détourner de l'union des Eglises, l'assemblée a trouvé bon d'écrire à toutes les chambres, et les prier que dorénavant unies à cette compagnie, elles n'entreprennent rien contre les résolutions d'icelle '. »
C'était une infraction aux statuts réguliers de la religion réformée que cette réunion d'une assemblée à La Rochelle sans la permission du roi. On n'y agitait pas seulement des questions religieuses ; la liberté de la conscience, la faculté du prêche n'élaient que des accessoires dans des délibérations qui se liaient surtout au gouvernement des provinces, à la possession des grands fiefs, à la liberté municipale des villes. Aussi l'assemblée générale de La Rochelle se hàta-t-elle de justifier sa
* Manuscrif? Lclellier-Louvois. Registre 93342.
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convocation par un manifeste politique, par une de ces déclarations que les partis multipliaient. « Les édits de Nantes et de Loudun ne demeurent pas seulement sans exécution en plusieurs chefs, mais, qui pis est, sont journellement enfreints par les nouveaux ministres de l'Etat. On a refusé de pourvoir deux personnes de la religion réformée de deux offices de maître des lequètes de l'hôtel du roi, encore que cela eût été accorde par lesdits édits ; on a refusé d'établir un gouverneur en la ville et château de Sancerre, suivant la promesse du feu roi. La cour de parlement de Paris contre l'édit de Nantes a supprimé l'état de ( onseiller du feu sieur du Coudray, affecté à une personne de la religion; on a défendu aux Suisses qui sont en garnison à Poitiers d'aller au prêche, ce que par parité de raison on pourroit faire aux Suisses etEcossois de la garde du roi. Leduc de Bouillon s'est plaint, mais inutilement,' des entreprises de l'archiduc de Flandres sur la ville de Sedan, qui est de la protection de France et l'une des Églises de ce royaume. On prive le seigneur de La Force de .sa charge au royaume de Navarre et souveraineté de Béarn, et le marquis de La Force, son lils aîné, de la survivance desdites charges, en laquelle il a déjà été reçu. Une partie de ces mécontentcmens généraux, joints aux entreprises manifestes sur la ville de La Rochelle, et le peu de fruit qu'ont apporté les députations sur ce sujet, font juger aux députés des provinces convoquées en ladite assemblée, la nécessité d'une assemblée générale. C'est pourquoi ils l'ont indiquée au 15 d'avril avec tant de contentement pour le public, qu'il ne faut douter que plusieurs députés, pour montrer ralfection qu'ils portent, tant au général desdites Eglises qu'au particulier de ladite ville, ne soient déjà en chemin pour se trouver enicelle^»
L'assemblée de La Rochelle ne se bornait point à ces respectueuses remontrances, à d'innocentes requêtes pour le mainlien des privilèges religieux. Les huguenots, en présence du système catholique, avaient besoin d'une organisation plus précise, d'une formule de gouvernement plus applicable. Ils je-
* « Sommaire des raisons qui font connoîtrc la nécessité d'une assemblée générale des Eglises réfoimées en la ville de La Hochelle, » — Mts. Le- IcUier-Louvois, rcgisl. 9:]:ii/'2, 1021.
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tèrent les yeux, je le répète, sur la Hollande, sur le système fédératif de la Basse- Allemagne, où chaque province avait sa souveraineté ; ce fut donc un mélange d'indépendance féodale et de constitution républicaine. Sept cercles devaient désormais diviser la France ';'le Béarn formait une division à part. Le duc de Bouillon était créé généralissime des armées huguenotes; chaque province avait un conseil particulier sous un chef qui pouvait commander les batailles pour le salut de l'armée. Ce chef, qui disposait de toutes les charges militaires, avait auprès de lui un conseil représentatif où assistaient trois députés de rassemblée générale ; le chef pourvoyait au gouvernement des places de guerre. Pourtant ce n'était que par l'assemblée universelle que pouvait se traiter la paix et se délibérer la guerre ; auprès de chaque armée était un ministre prédicant; point de blasphèmes dans les rangs de la milice sainte. Il fallait renoncer à la vie lubrique, aux femmes mondaines qui seraient bannies du camp sous peine de la hart. La fraternité devait présider à tous les rapports des capitaines et des soldats ; tout pillage, tout trafic était interdit ; la revue et le paiement des gens de guerre devaient avoir lieu en présence des magistrats et des ministres; le laboureur serait protégé, les meuniers des villes exempts de tous logements de guerre. On mettait la main sur tous les deniers royaux, tailles, taillons, aide et gabelle, pour pourvoir aux besoins de l'armée des fidèles. Les biens de l'Église catholique étaient confisqués, et les revenus appliqués à la solde des ministres du saint culte.
Ce vaste règlement n'était rien moins qu'un système général d'administration, qu'un gouvernement à part; il fut arrêté le 10 mai, signé par le président, les adjoints et les secrétaires de l'assemblée. Ce n'était pas sans raison que les catholiques l'appelaient loi fondamentale de la republique Jes Efjlises réformées de France et de Béarn: «Il avoil été pris, dit un vieux pamphlet, sur l'original de l'institution de l'Élut et république des États-généraux des Provinces Unies des Pays- Bas, et sur la forme de leur gouvernement. L^exhortation aux rois et princes pour la conservation de leurs monarchies, laite
1 Voyez le Mss. de Béthune, n» 9314 (Bibl. roy.), ainsi que la Vie de Duplesm-Monuiij, \\\. ly, imprimée ù L«'y<ii', unn, 1047,
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par le comte do Fridembourg et présentée l'an IGID à Sa Majesté Très-Chrétienne par le comte de Fustemberg, ambassadeur de Sa Majesté Impériale, avoil lait voir à l'œil et toucher au doigt les procédures de ceux qui espéioient en bref chasser les rois de l'Europe, et qui portoient les esprits des peuples ù haïr les rois et former de nouvelles républiques '.»
Les idées de république devenaient familières à l'école calviniste; le système religieux s'adaptait parfaitement aux formes électives , à cette égalité d'assemblées et de cercles , sous la souveraineté de l'Église tout entière. Le sceau de l'assemblée de La Rochelle existe encore; tout y était symbolique : un ange appuyé sur une croix tenait un livre à la main, le saint Évangile sans doute ; point de symbole- favorable à la royauté; une inscription latine annonçait que c'était pour le Christ et son troupeau que l'assemblée délibérait ^ légende incertaine qui appelait peut-être ce vague royaume du Christ, cette souveraineté de l'inspiration et de la parole qui plus tard domina l'Angleterre avec Cromwell. L'école répubhcaine faisait des progrès dans les livres, dans les pamphlets ; on osait publier que la république du Christ était arrivée, et que les rois pouvaient être détrônés, proscrits quand ils ne suivaient pas l'inspiration céleste dans le gouvernement des hommes. Ces doctrines recevaient une application armée ; partout s'organisaient des gens de guerre; deux conseils militaires avaient été élus, et le duc de Bouillon donnait l'àme et l'impulsion à cette république, mélange de liberté et de féodalité. Toutes les places de sûieté recevaient des canons et des armes; 15C églises réformées composaient le cercle dé M. de Bouillon; le cercle de Bretagne confié à M. de Soubise comptait 69 églises et 7 gtandes places de sûreté; le troisième cercle du duc de La Trémouille, 51 églises et 4 places de sûreté; le quatrième cercle de la Basse- Guienne, sous les ordres de M. de La Force, était immense, car il comprenait 40 villes de sûreté et 85 églises; le cinquième
1 a Le contre-estat ou l'anti-monarchie. » Paris, 1621.
2 Pro Chrisio et grege. Celte légende donna lieu à de vives discussions. Quelques-uns soutenaient qu'il n'y avait pas grege, troupeau, mais rege, roi ; ce qui devait changer connilétement la pensée républicaine qu'on attribuait aux calvinistes.
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cercle, le Haut-Languedoc et la Haule-Guienne , était presque tout huguenot et comptait 96 églises; M. de Châlillon qui commandait le sixième cercle, le Gévaudan et les Gévennes, avait 152 églises, sans compter Nîmes, Uzès, villes municipales organisées comme La Rochelle ; enfin le septième cercle, Dauphiné, Provence et Bourgogne, obéissait au duc de Lesdiguières, et comptait 115 églises K Et tous ces cercles étaient convoqués pour une prise d'armes générale, par des lettres pressantes de l'assemblée de La Rochelle.
En présence d'un mouvement aussi général des Églises protestantes, les catholiques durent s'émouvoir, car ils étaient la majorité. Les huguenots avaient bien Tautorité en quelques provinces, mais ces circonscriptions qu'ils avaient formées étaient, pour la plupart des localités, une simple carte tracée sur le papier, des gouvernements sans peuple, tant le calvinisme y était en minorité. Déjà môme, à la première nouvelle de leurs projets, la populace s'était émue contre le prêche, comme aux temps les plus violents de la Ligue. A Tours, qui était pourtant une ville des cercles huguenots, « il y eut une grande émotion à l'occasion d'un Martin Lenoir, hôtelier, qui avoit délaissé le catholicisme pour courir au prêche. A sa mort, la multitude le désensevelit de son cercueil, et le soir le prêche fut brûlé par la populace furieuse. » A Paris le conseil de ville fut obligé de prendre des mesures pour protéger les calvinistes contre les flots de la multitude qui se pressait autour des prêches de Charenton en les insultant : « Dans l'assemblée du lundi 27 septembre 1621, le duc de ]\Iontbazon, gouverneur de la ville, lit récit à la compagnie de tout ce qui se passa le jour d'hier et cejourd'hui aux émotions et séditions populaires
1 Voici celle division de la France par cercles, telle que je la trouve figuiée dans les Mss. de Brienne, vol. 226, fol. 54 :
M. le duc de Bouillon, -I" maréchal de France, la Normandie, rUe-de-Francc, l'Anjou, le Maine, le Perche, la Touraine (l'ilc Bouchard exceptée). — M. de Soubise, la Bretagne, l'Ile Bouchard, le Poitou et ce qui en dépend, suivant l'état des guerres de la province. — M. le duc de la Trémouille, l'Angoumois, la Saintorige et les îles adjacentes. — M. de la Force, la Bassc-Guienne. — M. le marquis de la Force, le Béarn. — M. le duc de liohan, le Haut - Languedoc , la Haulc-Guiennc. — M. de Châlillon, le Bas-Languedoc, les Ccvenncs, le Gévaudan, le Vivaiais. — .V. de Lesdiyuii'res, leDauphiné, la Provence, la Bourg(»gne.
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contre ceux de Ja religion prétendue rûronuce; si n'eût été le secours et la bonne police que l'on y a apportés, comme il est notoire à un chacun, sans doute le mal eût été beaucoup plus grand ; il a été arrêté et conclu , pour tenir cette dite ville en sûreté et repos et pour la conservation deshabitans d'icelle, même de ceux de la religion prétendue réformée, que dorénavant où il arriveroit en cettedile ville et faubourgs quelques séditions, tumultes, vols ou pilleries es maisons, les sieurs colonels, capitaines, lieutenans ou enseignes ,> en donneront promptement avis auxdits sieurs gouverneur et prévôt des marchands, et prendront les armes chacun en leur quartier, et commanderont aux bourgeois et habitans de leur compagnie de prendre les armes pour résisler à la force et se rendre maîtres d'empêcher toute sorte de séditions, tumultes, ruptures de portes, vols, pilleries de maisons ; se saisiront des mutins séditieux, auteurs et fauteurs desdites séditions, et les amèneront ou feront amener prisonniers audit Hôtel-de-Ville, pour en être ordonné ; même feront tendre les chaînes par les quarteniers et dizainiers, s'il en est besoin ^ »
Le conseil du roi réprimait ainsi par la bourgeoisie l'effervescence du peuple catholique; on était bien résolu d'attaquer de front le mouvement plus politique que religieux qui se prononçait, mais il fallait le faire avec habileté. Le parti protestant était alors formidable ; si on l'avait attaqué brusquement, il aurait répondu par une résistance forte, unanime, puissante, aux attaques qu'on aurait osées contre lui. Le moyen le plus adroit et le plus simple pour le vaincre était d'abord de le diviser. Gomme tous les partis, les huguenots n'offraient pas une seule nuance ; il y avait les hommes paisibles qui ne faisaient des griefs de la réforme protestante auprès de la cour qu'une simple affaire de croyance , et pourvu que cette croyance fût complètement ménagée, ces hommes devaient rester calmes et Sr:oumis sous une royauté protectrice. Des lettres royales déclarèrent donc que la foi calvuiiste serait respectée, et que les vieux édits de Henri* IV seraient observés entièrement à leur égard. Parmi les grands qui professaient le calvinisme, une fraction était également facile à conquérir par des garanties et
1 Rt•^i^n•csdo riiùlul-ac-Villc, XXlll, lui. lie.
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des concessions. Lesdiguières, Duplessis-Mornay ne pouvaient être rangés dans la même catégorie que les Rohan et les Bouillon, esprits superbes, noblement placés au sommet de la réforme belliqueuse : Lesdiguières était sollicité tout à la fois par les huguenots qui l'avaient créé chef d'un cercle, et par le roi qui lui faisait des propositions non moins brillantes. C'est toujours ce qui perd les partis que ces trahisons ambitieuses de quelques hautes têtes. Il ne restait donc plus en armes que les chefs et les populations, liés plus encore au système politique que religieux.
C'est à ce système politique, se manifestant par une organisation républicaine, que le roi Louis XIII allait faire la guerre; elle était impérieuse parce que les prétentions nouvelles des huguenots tendaient à détruire la forme monarchique de la couronne héréditaire. Le danger était si pressant qu'on songea à faire un connétable. Ce ne fut point une affaiie de courtisanerie et d'intrigues, comme le disent quelques Mémoires, mais une de ces grairdes résolutions arrêtées dans les jours de crise pour la monarchie. Le connétable, chef des gens d'armes, était l'image militaire de la royauté; il en portait les insignes et l'épée. Toutes les fois que la couronne avait été en péril, on avait songé à rétablir la connétablie ; le connétable, c'était le bras armé du monarque; quand il plaçait son gonfalon sur une tente, tous lui devaient obéissance, maréchaux, colonels, généraux, soudards qui portaient dagues ou montaient à cheval. On proposa pour cette dignité Lesdiguières : pensée politique sans doute que de confier la première dignité du royaume à un dur soldat, mais cela étaitil faisable, sans la conversion de Lesdiguières? Et le brave gendarme, quoique sans conviction, n'était pas encore décidé à renoncer à une croyance qui faisait sa force dans le parti huguenot. Albert de Luynes avait é^^ le principal conseiller de cette guerre contre la réforme; c'était lui qui avait convoqué les gens d'armes et levé cent cornettes en toutes les provinces; Albert et ses deux frères attentifs sous la tente royal»», ne quiltaiefit jamais Louis XllI, prenant ses ordres et les transmettant a tous. Que restait-il à Albert pour devenir connétable? peu de chose : un acte émané de la puissance royale,
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et il avait assez de pouvoir sur Tesprit de Louis XIII pour l'oblenir. La lourde épée de comiétable était dilïicile à porter, mais que n'osaient ces Provençaux actifs et aventureux qui entouraient le roi! Le 2 avril 4621 les trompettes annoncèrent aux gens d'armes que « Louis, treizième du nom, leur souverain seigneur à tous, avoit élevé en la dignité de connétable monseigneur Charles Albert , duc de Luynes , avec délégation de tout pouvoir et autorité en la guerre. » Une multitude de seigneurs, chefs de compagnies, arrivèient aussitôt à celle convocation; Lesdiguières , bon courtisan, les conduisait; Louis XIII était rayonnant de plaisir et de confiance lorsqu'il remit à son faifori Tépée à poignée de diamant, noble insigne de la dignité. Et Lesdiguières lut créé le môme jour maréchal général des armées, haute puissance militaire, avec un connétable surtout qui connaissait mal l'art des batailles : désormais il fut l'homme de la monarchie. Vainement les Eglises de La Rochelle lui écrivirent pour l'inviter à se joindie à elles et à prendre en main la cause commune^; Lesdiguières, tout on ménageant l'expression, les invitait à l'obéissance absolue au roi, et les détournait de cette guerre que les Églises allaient entn prendre. Il était impossible désormais que les calvinistes pussent compter sur lui. Mornay joua un rôle au moins aussi incertain; comme Sully, il avait une habitude d'obéissance qui ne lui permettait pas de résister par la révolte aux armées du roi. Quand ces armées arrivèrent à Saumur, qui était sous le gouvernement de Mornay, celui-ci n'opposa aucune résistance et abaissa son drapeau ; les portes furent ouvertes aux premières sommations des gendarmes. Saumur cessa d'être une ville de sûreté \.our le parti huguenot.
La prise d'armes contre les calvinistes fut générale dans toutes les parties du royaume. Partout où les huguenots étaient tn petit nombre, on procéda à leur désarmement immédiat. Les braves archers du duc de Longueville recherchèrent les vieilles arquebuses, les pertuisanes que pouvaient avoir les huguenots de Dieppe et de Rouen ; Villars désarma les huguenots
1 J'ai trouvé trois lettres écrites en janvier, février et avril 1621 par l'assemblée des religionnaires de La RochelJe à M. de Lesdiguières, dans les Mss. de Brienne, vol, 22G, pag. 12-20, etc.
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du Havre et de Caeii; le duc de Veriladour ceux de Vitré en Bretagne; les échevins de Saint-Quentin et de Vitry imposèrent aux calvinistes l'oblipation de venir remettre lesinstruments de guerre, même les simples dagues, à riiôtel-de-villc. Dans ces provinces un désarmement était facile , car les huguenots étaient en extrême minorité; mais dans l'Angoumois, et à partir de la Loire jusqu'aux Pyrénées, il fallait en venir à de véritables opérations militaires, car l'organisation protestante était trop puissante pour se laisser longtemps surprendre et décimer. Louis XIII et son connétable partirent de Saumur à la tête de nombreux régiments et de seigneurs dévoués ; les premières opérations de la campagne furent It siège de Sainl- Jean-d'Angely, ville municipale, défendue par llohan-Soubise, noble et vaillant gentilhomme, soutien et bras droit du parti huguenot. Le connétable avait sous lui les maréchaux de Brissac, de Praslin et de Ghaulnes; et puis ce traître de Lesdiguières qui avait abandonné ses braves compagnons d'armes, les huguenots, pour se donner à la faction de cour.
Quand le camp royal fut établi devant Saint-Jean-d'Angely, un héraut d'armes tout fleurdelisé se présenta aux portes de la ville, et demanda au nom du roi à parler à M. de Soubise, qui vint aussitôt sur la muraille ; et le héraut lui cria : « A toi, Benjamin de Rohan, le roi, ton seigneur suzerain et le mien, te commande de lui ouvrir les portes de la ville de Saint-Jean-d'Angely pour y entrer avec son armée ; faute de quoi faire, Benjamin de Rohan, je te déclare criminel de lèsemajesté au premier chef, roturier toi et ta postérité; tes maisons rasées, ainsi que celles de tous ceux qui t'assist(iront. » Et le lier Breton Rohan de Soubise garda son chapeau à plumes sur la tête; le héraut lui cria : «Benjamin de Soubise, vous n'êtes pas dans votre devoir, ôtez votre chapeau. » Un gentilhomme répondit au héraut : « Excusez, s'il vous plaît, M. de Soubise, car il n'a jamais reçu de pareilles sommations. » Quelques temps après, Rohan laissa tomber de la muraille une réponse conçue en ces termes : « Je suis très-humble serviteur du roi, mais l'exécution de ses commandements n'est pas en mon pouvoir. » Saint-Jean-d'Angely se défendit avec vigueur; pour la première fois dans les guerres de France, on paya des soldats
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à la loise pour ouvrir la tranchée; les travaux se poussèrent extraordinairement ; le roi et les Luynes s'y montrèrent vaillants hommes. Enlin les échevins de Sainl-Jean-d'Angely demandèrent à traiter; ils vinrent au camp royal: «Monseigneur, dirent-ils, laissez-nous nos fortifications, nos privilèges, et nous nous rendons à vous. — Bourgeois séditieux, répondit le connétable , les premiers vous avez exposé la vie du roi pendant ce siège, et vous avez pris les armes comme ces mutins de Rochelois en vos cercles et conseils provinciaux; Sa Majesté entend qu'il ne s'agisse plus d'un traité, mais de lettres de grâce qu'elle vous donnera. » Les pauvres échevins s'en revinrent, et le lendemain la capitulation fut signée. On vit, à la sortie de la garnison, ] 800 cavaliers et 200 gentilshommes défiler ayant à leur tête Rohan-Soubise, et celui-ci, tout rouge de colère et de honte, mit deux genoux en terre pour saluer Sa Majesté : «Levez-vous, lui dit le roi, et me servez mieux à l'avenir, car pour le passé, je n'ai pas été très satisfait de vous. »
La capitulation de Saint-Jean-d'Angely devait produire un profond effet sur les huguenots. A Clérac, la première ville qui se présentait sur la route militaire, il y avait eu mille bravades dans la garnison parmi les fiers arquebusiers qui s'intitulaient « soldais sans peur, défendant une ville sans roi ; » les habitants de Clérac vinrent auprès du connétable demandant leurs privilèges et leur libertés ; de Luynes répondit toujours par le même système : « Remettez-vous en la clémence du roi, autrement 30 canons et couleuvrines tonneront à vos portes. » Les habitants de Clérac résolurent encore de se défendre. Or, par une des chaudes matinées d'août, on vit arriver à la tente royale le ministre de Clérac tout couvert d'un vêtement noir, suivi d'une longue procession de bourgeois, d'échevins; puis s'agenouillant la face contre terre, ils dirent à Louis XIII : « Sire, les rebelles d'une ville pleine de rébellion, qui s'est laissée emporter aux torrents d'une révolte prétextée de religion et d'oppression de conscience, se jettent à vos pieds pour olYiir à la discrétion de votre justice ou miséricorde, nos vies, nos libertés et nos biens. » Le roi répondit tout ému : « Vous avez bien fait de vous soumettre entièrement à ma discrétion.
Meltez-vous en votre devoir, afin que vous connoissiez quelle étoit ma bonté. Monsieur le connétable vous dira ma volonté. » Cependant de Luynes fut plus sévère à l'égard des habitants de Glérac qu'il ne Tavait été pour les bourgeois de Saiut- Jean-d'Ang^ly. Il y eut quatre chefs de calvinistes pendus, et on les choisit dans toutes les classes : un conseiller au parlement du nom de Lafargue; puis son fils, ministre de Duras; un consul même fut élevé au poteau tout chaperonné, en haine de la dignité qu'il avait exercée ; enfin un brave et courageux cordonnier qui avait soutenu le siège comme sergent-major, durant l'attaque des troupes royales, fut mis aussi à la potence.
La nouvelle de ces exécutions n'était pas capable de calmer le parti huguenot; rien n'éiait fini encore; les villes prises jusqu'alors étaient presque entièrement ouvertes; une toute petite muraille les défendait. Les deux grandes places des huguenots étaient Montauban et La Rochelle ; l'une la clef du Languedoc, l'autre le port des secours que les calvinistes tiraient de l'Angleterre et de la Hollande. Montauban avait une garnison de quatre ou cinq mille arquebusiers sous le commandement de braves oQiciers huguenots et la protection de ses murailles. Le duc de Rohan n'avait quitté la tente royale que pour se placer encore à la tèle des calvinistes, et quand il arriva à Montauban, il rassembla le conseil de ville, et dit aux anciens et aux échevins : « Frères, vous avez juré l'union des Églises ; ce serment est sacré, que préférez-vous? être pendus ignominieusement ou vendre chèrement votre vie? je coursa Castres, et bientôt vous aurez du secours. Quoi qu'il arrive, je suis à vous. Il n'y auroil que deux évangélistes au monde que je serois un des deux. Je n'ai plus ni maisons, ni revenus, mais il me reste mon épée et ma vie; elles sont à vous. » A la suite de cette harangue vigoureuse» il y eut conseil de ville et promesse de se défendre jusqu'à la mort. Les murailles étaient hautes, les hommes de guerre vigoureux ; Montauban, non loin de l'Albigeois, du Quercy et des Cévennes, pouvait être promptemenl secourue, tandis que le froid avançait et que l'automne allait développer le germe de mille maladies dans l'armée assiégeante. Celte armée, qui se groupait autour de Montauban, complaît de dix à quinze mille hommes sous les
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ducs de Mayenne et d'Angoulôme, le comte de Schomberg et le maréchal de Lesdiguières. Les opérations du siège commencèrent immédiatement. Il y avait plus d'un traître dans celte opinion calviniste ; le vieux et avare duc de Sully, retiré dans ses nombreuses terres en Quercy et en Languedoc, était sans franchise à l'égard de la cour et de son parti; esprit remuant, on l'avait vu plus d'une fois troubler les provinces, et puis quand l'agitation était venue, le premier il accourait traiter avec le conseil ou le roi, et cherchait dans ces nouvelles transactions des avantages en fiefs ou en argent. De nombreuses chartes existent encore pour constater cette avarice remuante de Sully qui se résumait par des concessions intéressées. Il vint donc à Montauban pour s'entremettre de la reddition de la ville, alors sous l'influence de deux hommes de courage et de capacité : un brave capitaine béarnais du nom de Mazères, et le ministre Charnier, chef du conseil de ville. Les assauts furent meurtriers, et l'on vit femmes et enfants se défendre, pour me servir de l'expression du ministre Chamier, comme Israël assiégé dans Jérusalem la sainte. Dans ce siège périrent plusieurs chefs de l'opinion catholique, le duc de Mayenne surtout, fils du digne roi de Paris, et alors encore si aimé des halles, que lorsqu'on apprit sa mort, sur la place Maubert, il y eut une sédition contre les huguenots. La mort moissonna indistinctement prélats, princes, gentilshommes, dans le siège meurtrier de Montauban. Enfin, la défense lut telle, que l'armée royale dut en toute hâte lever ses tentes '.
Cet événement était grave ; c'était un premier échec dans les tentatives essayées contre le parti protestant organisé ; on devait craindre que ce parti, encouragé par une chute si rapide, ne fit quelques expéditions plus séditieuses encore pour soulever toutes les provinces. Comme il arrive toujours quand une entreprise n'a point réussi, on s'aecusait mutuellement des mauvais succès de la guerre. Les murmures s'élevaient contre le connétable, ce favori qui, par ses imprudences, avait compromis l'armée du roi ; de toutes parts surgissaient des plaintes : quel était donc ce connétable qui savait à peine ce qu'était une èpèe? quel était ce bouffon qui privait les ma-
^ Noveuibre 1G21. Manus. liélhime, vol. colé i)30G f. SC
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réchaux de France d'un libre commandemcnl? Des chansons moqueuses étaient chantées sous la tente contre le nouveau Concini, cet Albert le Provençal, baladin en fauconnerie, qui n'avait d'autre science que d'élever des pies-grièches et de mauvais faucons.
Ces oppositions entouraient le roi par tous les côtés; les plaintes venaient plus hardies, et déjà même le parlement de Toulouse osait lui dire dans une de ses harangues : « Votre ♦connétable nous livre. Sire, à toutes les entreprises des huguenots de Montauban. » De Luynes avait également contre lui le confesseur du roi, le père Ardoin, qu'il avait fait renvoyer du camp. On pouvait s'apercevoir que Louis XIII craignait plus qu'il n'aimait le connétable ; et dans cette situation il était plus facile d'attaquer son crédit. Les courtisans jugeaient surtout que le roi avait dépit de la grandeur à laquelle de Luynes prétendait à sa cour. Bassompierre, ce spirituel adulateur, raconte que se trouvant, avec le roi, et voyant ensemble, par une fenêtre de l'archevêché de Toulouse, Albert de Luynes, accompagné de ses gardes, Louis XIII dit à Bassompierre : « Voyez-vous le roi qui entre? — Sire, reprit le courtisan, c'est un connétable favorisé de son maître, et qui étale vos bienfaits aux yeux de tout le monde. — Vous ne le connaissez pas, ajouta Louis XIII, il veut faire le roi, mais je l'en empêcherai bien tant que je serai en vie. » Depuis ce momentlà, Louis XIII, soit en gabant et plaisantant, soit sérieusement, n'appelait de Luynes que le roi; et ne l'élait-il pas en effet, car son ambition insatiable lui avait fait joindre le sceau à l'épée? De Luynes s'était fait désigner par commission garde du sceau royal après la mort de M. du Vair.
En face de cette grande fortune, la veille peut-être d'une disgrâce, de Luynes tomba dangereusement malade au siège de Monheur. Sa maladie ne fut pas longue. C'était une fièvre maligne, et il mourut à Longuetille le 15 décembre, à l'âge de , quarante-trois ans. Il n'avait porté que neuf mois l'épée de connétable, et depuis trois mois il gardait les sceaux. Le roi en éprouva pou de tristesse; la lettre qu'il écrivit à sa mère à ce sujet est froide et exprime à peine un simple regret : « Madame, vous apprendrez ici une mort assez subite de mon cousin le
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coniiélable, et jugerez aisément de l'ennui que j'en reçois sans que je vous le représente. L'affection que j'ai vers vous, plus forte que tout autre ressentiment, ne souffre pas que mon esprit demeure davantage en ces tristes pensées ; ce qui me donne une envie extrême de retourner à Paris. » La mort d'un connétable était un de ces événements qui désorganisaient le système militaire d'une campagne. Le conseil était sans chef, l'armée séparée par petites troupes que les calvinistes pouvaient surprendre, car eux aussi s'étaient levés partout, dans le Dauphiné comme dans le Languedoc. Le cadavre d'Albert de Luynes élait délaissé couvert d'un manteau, h la garde d'un page, et Louis XIII se hâtait de gagner Paris pour se metire en quelque sorte sous une autre tutelle, celle de sa mère, car on aurait dit que ce caractère de roi avait besoin d'une domination pour diriger sa volonté.
Le ministère d'Albtrt de Luynes avait ainsi duré quatre ans; après avoir atteint cette haute position de connétable, ambitionnée par son prédécesseur le maréchal d'Ancre, Albert périssait à l'œuvre contre une des grandes résistances que la couronne éprouvait. Le maréchal d'Ancre avait attaqué de front le principe féodal, et il avait succombé. Albert de Luynes avait essayé d'anéantir le principe calviniste et municipal, et sa main n'avait pas été assez forte pour vaincre l'obstacle. Les temps n'étaient pas venus encore : la féodalité des gouverneurs de provinces et le calvinisme avaient des positions trop fortes pour qu'on pût les leur ravir du premier coup. De Luynes ne donna point à son administration une couleur assez prononcée; on le voit trop préoccupé de luimême, de sa famille, des honneurs qu'il s'assure et des dons qu'il sait répandre. Il ne fit point assez pour les seigneurs qui avaient secondé ses desseins; il fut parcimonieux envers eux, il n'usa du favoritisme qu'à son profit. La fortune de toute cette race fut grande et rapide; du rang d'obscurs gentilshommes, les de Luynes s'élevèrent aux premières dignités de l'État; ils sont la source et l'origine d'un grand nombre de maisons titrées de duchés et de pairies. Albert ne fut point dénué de capacité; on ne monte pas si haut sans qu'il y ait un mérite en rapport avec la situation. Toutefois la pensée so-
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ciale n'est jamais en de Luynes ; il n'a au fond de l'àme qu'une ambition égoïste , et cette ambition est pleinement satisfaite, lorsque la mort vient le saisir; ce qui fait dire à Bassompierre qu'il mourut à temps, car le réveil pouvait être dangereux. Comme pour la mort du maréchal d'Ancre, Paris fut inondé de pamphlets, de chansons moqueuses contre M. le connétable; c'était l'usage alors d'attaquer la puissance après sa ruine, sorte de lâcheté populaire contre tous ceux qui ne pouvaient plus se venger. Il y eut donc «noël nouveau sur la mort de M. le connétable, le Confiteor de M. de Luynes, le Te Deum, les réjouissances de toute la France, et spécialement de tous les bons François», et tout ceci était récité aux parloirs des bourgeois, aux plaids de justice et sous les voûtes du Louvre gardées par les gentilshommes *.
La levée du siège de Montauban, les pertes éprouvées par l'armée catholique, la mort du connétable, chef absolu de la guerre, devaient grandir les espérances du parti calviniste. Rien ne relève plus le courage d^ine opinion en armes que les premiers échecs qui forcent à la retraite l'autorité souveraine. Dans les Pays-Bas, les premiers succès des gueux contre les troupes espagnoles avaient fondé cette république active dont les Hottes nombreuses parcouraient les mers. Les huguenots du Languedoc ne pourraient-ils pas prétendre aux mômes avantages? aussi vaillants qu'eux, leurs villes étaient mieux fortifiées; ils pouvaient obtenir une ligne maritime de La Rochelle jusqu'à Bordeaux : par le Rhône, ils touchaient à Grenoble et à Genève; campés sur toute la chaîne de montagnes qui se liaient aux Alpes, ils rêvaient la fédération suisse. Quand donc l'armée royale fut obligée «de se retirer du siège de Montauban, une énergique réaction se prononça dans le parti calviniste. Montpellier d'abord chassa tous les magistrats appartenant à la foi romaine, et devint une municipalité caL
1 Noël nouveau sur ta mon de M. le connétable. — Le Confiteor de M. le connétable de Luynes, qu'il a fait avant moupir, avec le tombeau des deux frères et la Rencontre d'un pa{»c avec le connétable. — Le ie Deum chanté sur la mort de M. le connétable. Paris, 1C2I. — Réjouissance de toute la France, spécialement de tous les Ijons François, sur la mort du counétable, pari», ia-S", 1G21.
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vinisle ; à Sainte-Foix, le gouverneur Boësse Pardaillan, quoique prolestant, fut jeté hors de la ville comme complice du roi de France ; dans plusieurs autres cités, telles que Négrcpelisse, les garnisons royalistes furent massacrées. Les religieux du Languedoc comptèrent plus de trente-six églises détruites par ces arquebusiers du prêche qui allaient entendre la parole de l'Évangile et assister aux cérémonies de la cène au désert. Le parti huguenot, dans son etfervescen'ce, poursuivit comme traîtres tous les chefs même calvinistes assez modérés pour donner des conseils de paix et de trêves, tels que Lesdiguières et les deux vieillards Sully et Duplessis- Mornay. C'est encore un mouvement naturel des partis; quand les succès arrivent , ils s'épurent et secouent les conseils de la modération, comme s'ils venaient de têtes timides ou avilies. Lo parti modéré cessa d'avoir action sur le prêche; la direction des forces huguenotes était passée dans les mains des ardents, conduits par les ministres, et à leur tête Suffren, l'un des hommes les plus éloquents du calvinisme dans le Languedoc. Les opérations militaires furent confiées au noble duc de Rohan, l'espérance des Églises de Guienne, et désigné comme un des présidents des cercles provinciaux organisés en républiques. Les calvinistes purs repoussaient tout pacte, toute transaction, et quand le président du Gros, homme de tiers parti, vint pour présider à des conditions de paix, un complot fut tramé contre sa vie, et le ministre Suffren s'écria : «Que viens-tu faire ici, traître? viens-tu nous enlever notre brave duc de Rohan, le seul soutien de la foi dans nos provinces? veux-tu agir comme ce beau monsieur de Lesdiguières, qui nous a vendus argent comptant aux papistes? » Et comme le président cherchait à se justifier, une troupe de huguenots ardents se précipita sur lui, et le dagua de plus de dix coups de poignard. Le président tomba frappé et expira sur l'heure.
L'opinion catholique était trop puissante pour laisser impunis de tels excès dans le Languedoc; le clergé s'alarma de ce triomphe momentané de l'hérésie ; non seulement il fit des remontrances au roi dans une assemblée générale pour l'inviter à continuer la guerre avec vigueur au midi et en finir avec les
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calvinistes; mais encore il fit oiïre de payer comme un don gratuit les frais de cette guerre, et vota un million d'or à prendre sur ses immenses domaines. Le clergé menacé par ce dernier mouvement tout politique de la réforme mettait une haute importance à pousser la guerre, et à ce que le conseil ne mollit pas dans les hostilités. Ce conseil en efl'et venait de subir de grandes modifications : le connétable de Luynes, naguère Tunique ministre des volontés royales, réunissait la connétablic et les sceaux, c'est-à-dire la guerre et la justice, les plus puissants des droits de la couronne. Tous les membres du conseil n'étaient que de simples commis obéissant aux injonctions du connétable. A sa mort, le parti des gentilshommes de cour, lié à de Luynes, voulut lui donner un remplaçant qui pût continuer les faveurs dont ils étaient accablés sous le connétable ; comme ils craignaient le retour de Marie de Médicis dans le conseil, ils voulurent lui opposer Bassompierre, courtisan souple et spirituel, dont ils espéraient faire tous leurs vouloirs. Bassompierre, un de ces gentilshommes qui avaient traversé tous les événements sans les coudoyer, était tout à la fois l'ami de Marie de Médicis, de Louis XIII, de Richelieu et du parti des seigneurs; il avait un de ces caractères attrayants qui prennent ou délaissent toutes les causes comme s'ils se jouaient avec elles, et cela sans y mettre de l'importance, et pour conserver les faveurs et les avantages d'une position facile et trivole. Ces lentatives furent vaines, parce que Bassompierre ne représentait rien, ni noblesse, ni bourgeoisie, ni opinion calviniste ou catholique. On songea quelque temps à faire un conseil multiple sans chefs ni favoris, conseil mal en rapport avec le caractère de Louis XllI, à qui il lallait toujours un ministre dirigeant pour dépositaire de sa confiance.
Marie de Médicis dissimulait singulièrement son caractère : ce n'était plus la régente impérieuse dominant le conseil et délibérant seule sur les actes de son gouvernement; la reine n'imposait plus ses affections, ses tendresses de femme et ses passions d'Italienne; sujette respectueuse, elle ne demandait qu'à agir de concert avec le roi, à lui faire toute espèce de concessions. Louis XIII consentit donc à la voir dans sou conseil; une fois admise et par les avis de Richelieu, elle se
comporta avec tant de modestie, sons des formes si douées, si Immbles, qu'on ne savait à quoi attribuer ce changement dans ses habitudes. Ne pouvant rien encore seule, isolée en quelque sorte au milieu des conseillers, elle voulait faire entrer Richelieu à ses côtés, puis, une fois ce premier pas fait, elle reviendrait à la puissance, unique objet de ses veilles.
Le premier soin du conseil modifié par le roi fut de poursuivre la guerre contre le parti huguenot dans le Languedoc, car l'argent voté par le clergé avait été exactement payé, et il fallait bien remplir la condition qui avait déterminé l'Église à ce sacrifice. Avec ce million d'or, on leva des armées qui se dirigèrent au-delà de la Loire, comme dans le douzième siècle celle du comte de Montfort. Il y avait là de belles terres et de riches fiefs à conquérir : le système de confiscation n'existait-il pas encore? les biens qu'on arrachait aux huguenots ne seraient-ils pas distribués aux braves compagnies de gentilshommes qui prenaient les armes avec leur souverain pour la défense de la religion et les prérogatives de la couronne?
Les calvinistes du Languedoc étaient prêts, et attendaient avec persévérance et courage les premières opérations de l'armée de Louis XIIL Excepté dans quelques villes catholiques, telles que Toulouse et Bordeaux, presque tout le système municipal était en leurs mains; ils avaient des populations nombreuses, indépendamment encore, des alliances à l'extérieur : quand les huguenots s'agitaient en France, n'avaient-ils pas l'appui assuré des Anglais et des Hollandais? On négociait à Paris, et l'on apprenait que le comte de Mansfeldt, à la tête de ■vieux reîtres et lansquenets, traversait la Meuse pour faire diversion en faveur des huguenots aux progrès de l'armée royale dans le midi ; et La Rochelle ne cessait de recevoir des secours en vivres et munitions de l'Angleterre et de la Hollande. La politique très habile du conseil inspiré par Richelieu, fut alors de ne rompre avec aucun des grands Étatsallemands; en Hollande il maintint les traités, et même le corps auxiliaire de gentilshommes, tel qu'il avait été stipulé dans l'origine des transactions entre les Provinces-Unies et Henri IV. En Angleterre on prépara des alliances de famille, également favorables au développement de l'autorité royale. Jusqu'au siège de La
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Rorliollo ce no fut qu'on sorrol quo los princes ou les Étals loin'uirent aux calviiu'slos, des snlîsides, des hommes el des navires. La seule expédition avouée lut celle du comte doMansfeldt, et encore il agit avec tant de mollesse, qu'elle n'atteignit qu'un résultat incertain, et ne porta qu'un faible secours aux calvinistes. Il est vrai que le conseil du roi, faisant marcher ses armées contre les calvinistes du Languedoc, n'attaquait point les opinions religieuses, mais la rébellion : or, aucun souveram ne pouvait souffi'ir que des sujets se réunissent pour menacer la couronne de leur roi. Louis XIÏI expliquait toujours ainsi dans ses manifestes la guerre du Languedoc poursuivie avec cette cruauté des batailles civiles du xvi« siècle.
Parti de Paris un des jours solennels de la semaine sainte, le roi fit ses pâques à Orléans avec un appareil de piété qui dénotait la tendance religieuse de la guerre. Le 50 mars il était à Blois. Jusqu'à Saumur il ne trouva aucune résistance ; partout on démolissait les fortifications qui pouvaient prêter aide à la ligue des huguenots. On assiégea Montravel, Tonneins, Tonneins la rebelle, qui avait massacré la garnison catl\olique et jeté los cadavres par les fenêtres. Il y eut là une belle défense, et le roi Louis XIII, comme à Sainte-Foix, y montra ce courage résigné qui ne craint pas la mort parce que la vie ne lui offre aucune distraction. Au siège de Sainte-Foix, une balle ne passa qu'à deux pouces de son oreille, sifflant avec vigueur, comme si elle sortait d'une arquebuse à quelques pas de distance. ^'égrepelisse prise d'assaut, rien n'y fut épargné; tous les hommes furent tués, à l'exception de quelques-uns qui payèrent rançon ; de braves huguenots furent pendus dans leurs vignes, au pied de l'arbre des ancêtres : ils l'avaient demandé avec ardeur, car l'Écriture disait que rien n'était plus doux que de finir sa vie sous l'ombrage de sa vigne ou de son palmier '.
^ Ail moindre succès des armes royales, Marie de Médicis écrivait ù son fils pour l'en féliciter : « Monsieur mon fils, je n'ai point trouvé de remède qui fût si propre au recouvrement entier d« ma santé que la nouvelle que j'appris hier de la déroule de vos ennemis. J'eii loue Dieu, et le prie d<i tout mon cœur vous continuer en toutes occasions les heureux succès que je vous souhaite, ayant dépêché dès le matin Masparaot^, mon m.iîlre d'hôtel, pour me réjouir avec vous de celui qui vous est arrivé. Je ne vous en répéterai rien par ce mot ; je vous remercierai seulement du soin que
iMAZARIN ET LA FnONDi:. n.'i
Dos non vol 1 os ôcritos ;Y la main fournissont do cnrionx détails sur celto campagne, latale aux calvinistes : «Le roi se résout de ne point partir du Languedoc qu'il n'ait léduit lout'3S les villes rebelles en son obéissance. Pour cet efïet, Sa Majesté a fait trois armées, Tune de quinze mille hommes qu'elle commandera, dans laquelle MM. de Montmorency et de Schomberg auront quartier pour prendre les places qui sont entre-ci et Nîmes, qu'elle bloquera. La seconde, de dix ou douze mille hommes, sous la conduite de M. le Prince, qui est déjà à Bordeaux pour bloquer Montauban ; et la troisième de pareil nombre d'hommes pour bloquer Castres, laquelle n'a point encore de chef choisi, d'autant que l'on ne sait à qui se fier. Sa Majesté, par cet ordre, se met de venir à bout de toutes ces villes rebelles dans deux ans au plus, sans perte d'hommes. L'on ne sait encore si après le blocus de Nîmes elle ne fera point un tour à Paris. L'on n'avoit pas cru que Privas osât tenir devant le roi, d'aulant que la place ne vaut rien ; mais Saint-André de Montbrun, qui est en réputation d'homme de guerre, s'y fût jeté avec deux bons, mille hommes, plusieurs autres petites villes pourront tenir avec plus de raison que Privas et Anduze particulièi'ement. Au siège de Privas, M. d'Effiat fait la charge et a pris la qualité de grand-maître de l'artillerie purement et simplement. Les vivres sont chers à Valence, et le foin et l'avoine qui s'y trouvent hors de prix, à cause des troupes qui y ont passé et séjourné. Il est à craindre surtout la maladie contagieuse, car Valence seule est encore sans mal qu'on sache, mais plus haut, Tournon et Giers sont fort affligées, Vienne aussi et Lyon ; et sur l'Isère, Grenoble et Roannes aussi. Dans le comtat d'Avignon, la ville de Carpentras, on prend des billets et certificats de santé; mais ceux qui sont au roi et de l'armée passent et entrent partout'. »
vous avez de ma sanlé, que le marquis de Tavannes vous dira être, Dieu merci, assez bonne. J'ai pris grand plaisir à lui ouïr dire les particularités qui se sont passées, ne pouvant recevoir vrai contentement que lorsque je participerai au wôtre. — P. S. Vous me pardonnerez, Monsieur mon fils, si je ne vous écris encore de ma main. » — Mss. de Béthuae , vol. cot. 9303, fol. 62 (original).
* Blbl, royale, manusciyl fonds de Saint-Germain, vol. cot. 1W4, foU 57,
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Durant celle [guerre mourlrinre , le roi songea fi faire encore un connétable, et comme garantie, pour attirer la portion modérée des calvinistes, il choisit le vieux Lesdiguières. Ce vaillant gouverneur du Dauphiné avait fait le sacrifice de sa croyance pour obtenir ce titre de connétable, immense récompense, véritable allôchement pour les calvinistes qui, comme lui , consentiraient à sacrifier leur foi ardente à une position haute à la cour ou dans le conseil. Soldat blanchi par les ans, il fut salué du noble titre de guerre sans exciter ni murmures,ni jalousies ;Lesdiguières était connu de ses compagnons d'armes qu'il avait conduits tant de fois aux batailles. Il n'en fut pas de même parmi les calvinistes, chez lesquels son action fut considérée comme celle d'un traître et d'un misérable transfuge. Lesdiguières et le prince de Gondé devinrent tout-à-fait en haine aux huguenots : combien Gondé n'était-il pas dégénéré! lui le petitfils de cette brave maison cadette des Bourbons de Navarre, qui avait si souvent combattu pour le triomphe du prêche I N'était-ce pas un Gondé qui était le chef et le conducteur de lou tes les guerres civiles sous Henri II et CharlesïX? Enfant dégradé de sa race, il cherchait alors les faveurs de la cour et la pitié de Marie de Médicis, en poussant à la guerre contre ses anciens frères de religion. Mais l'exemple de Lesdiguières était si contagieux, que même un petit-fils de Ghàtillon reçut le bâton de maréchal de France pour avoir prêté son château à une garnison catholique dans les guerres de Languedoc. Gette province se défendait avec une vigueur qui étonnait les vieux chefs de l'armée royale : en ouvrant les chroniques de la contrée, on aurait pu comparer les efforts des populations huguenotes de Béziers, Lunel, Sommières, aux plus courageuses résistances des Albigeois sous le noble et malheureux comte de Toulouse, mélancolique et belliqueuse image de la race du sol. Enfin le connétable, à la tête de l'armée royale, vint mettre le siège devant Montpellier, bonne place de guerre, où il se fit des prodiges de valeur.
Mais alors un principe de décadence venait de s'introduire dans la cause du calvinisme. Indépendamment des trahisons particulières que l'ambition avait préparées, quelques villes, pour obtenir des conditions meilleures, demandèrent à traiter
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snparémfint. En oxaminaril la constitution du calvinismo on France, il ne pouvait avoir des éléments de vie politique que par l'union intime de toutes les communes, de tous les gcntilsliommes de:^ cités, comme de toutes les populations qui professaient les mêmes opinions religieuses. Aussi était-ce une organisation admirable que cette division par cercles, imitée de la république des Pays-Bas : c'est avec un vigoureux système d'unité que cette république elle-même s'était affranchie. Supposez, au contraire, des villes traitant séparément, stipulant sans ensemble et pour chacune d'elles, des droits et des privilèges, combien dès-lors n'était-il pas facile de briser ce faisceau mal construit? Quelques gentilshommes, possesseurs de fiefs, avaient donné l'exemple de ces traités ; des villes vinrent après eux et demandèrent à se soumettre moyennant la conservation de quelques franchises municipales. On en était alors arrivé à peu près à une épo.que parallèle à la décadence de la ligue catholique sous Henri ÏV, où chaque cité faisait ses conditions meilleures possible. Il fallait que le parti calviniste fût bien confiant pour s'abandonner à de simples promesses royales. Un parti menacé et hostile aux principes de la majorité, a besoin d'avoir les armes à la main ; en les quittant il perd sa consistance parce qu'on cesse de le craindre. Le nouveau traité signé à Montpellier portait confirmation de l'édit de Nantes dans ses clauses publiques et secrètes ; exercice simultané des deux religions dans tous les lieux où il était organisé; défense aux calvinistes de tenir des assemblées générales sur des questions politiques sans l'autorisation expresse de roi ; seulement ils pouvaient avoir des synodes provinciaux, des consistoires pour régler la police de leur église. Enfin la clause la plus sérieuse, celle qui menaçait le parti calviniste tout entier, portait la démolition de tous les ouvrages fortifiés , murailles, bastions, castels sur la montagne ou à la tête des ponts et rivières; et pour l'exécution de ces promesses , que les communaux devaient eux-mêmes accomplir à leurs dépens, les ha'bitants livraient des otages , déposés dans les mains du roi , et dont 11 pouvait faire son libre arbitre. Deux villes seules étaient exceptées de ces rigoureuses prescriptions ; c'étaient Montauban et La Rochelle, boulevards inexpugnables qui jusqu'ici avaient
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rôsistn ailx arm^os du roi : mais ((iio poiivainnt désormais rnà deux points isolés dans le système général de la défense cuivinistc? Autrefois les huguenots avaient une longue ligne de forteresses qui s'étendait de Grenoble à La Rochelle; ils possédaient tous ces petits châteaux des bords du Khône, où , selon l'expression du chroniqueur provençal, Guillaume de Puy- Laurens, l'aigle et l'homme d'armes logeaient dans le même nid, d'où les nobles seigneurs, à la première convocation du prêche, descendaient pour lui prêter secours. Aujourd'hui, il fallait démanteler ces châteaux, se retirer dans la plaine, où il était si facile aux garnisons royales de briser les rangs éi)ars de quelques paysans levés à la hâte. Le conseil du roi avait procédé avec habileté : ayant en face un parti puissant, il s'était gardé de le heurter de front ; il lui avait enlevé peu à peu ses moyens de défense ; il le morcelait, le dispersait, et puis quand il l'eut placé dans l'impuissance de résister, alors il ratla(iua hautement et en finit avec lui. Ce fut la tache de Richelieu, accomplie par la prise de La Rochelle.
Deux grands faits dominent l'époque politique que je viens de décrire : 1° la querelle animée de la reine Marie de Médicis et de Louis XIII sous l'administration d'Albert de Luynes ; 2" la tentative de guerre contre les huguenots. Autour de ces deux faits toutes les affaires intérieures du royaume de France viennent se grouper. Aussi forment-elles la préoccupation spéciale des ambassades espagnoles à Paris. Trois ambassadeurs extraordinaires s'y succèdent : le premier, le duc de Montéléone, plutôt envoyé de famille qu'ambassadeur en titre, est remplacé par le vieillard actif don Fernando Girone, qui suit avec une si vive sollicitude le plus petit détail de Vinterim; enfin le marquis de Mirabel prend l'ambassade, car Fernando Girone avait été profondément blessé d'un outrage à son honneur que le roi de France lui avait fait, en ne l'admettant pas à une chasse à Compiègne. Les dépêches de l'ambassadeur présentent les faits de guerre civile et d'administration intérieure sous un aspect neuf et particulier; c'est la partie secrète, la partie intime des événements ; et quand on songe à la longue lutte qui va se développer entre la maison d'Autriche et les Bourbons, quand on réfléchit sur ce vaste drame qui déploie ses péripéties pen-
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dant quarante ans, on est aise de pénétrer dans la pensée- de cette cour d'Aranjuez et de TEscurial, de recueillir ses desseins dans les propres actes de sa diplomatie. « Hier, j'ai appris par une personne de considération, écrit l'ambassadeur espagnol, que l'on faisoit courir le bruit que Votre Majesté secourroit la reine-mère dans l'hypothèse d'une rupture complète avec le roi son fils. J'en donne connoissance à Votre Majesté afin qu'elle me fasse connoître ce que j'aurai à répondre. D'ici là, si dans la conversation, ou dans mille occasions plus solennelles, on m'interrogeoit à ce sujet, je ferai la réponse que je croirai la plus analogue à la situation des affaires et à la dignité de la couronne de Votre Majesté ^ » Au-dessous de celte dépêche et en marge est écrit de la propre main de Philippe III avec des caractères mal tracés : « Écrire de suite à l'archiduc que dans le cas d'une rupture du roi Très Chrétien avec la reinemère, et si l'une des deux parties lui demandoit des secours, comme la dernière lois 2, il ne doit se déclarer ni se montrer favorable pour aucun des deux =*, tout en satisfaisant chacun cependant dans ce qui ne peut point nous compromettre. Il faut écrire pareillement à don Girone ce que je prescris à l'archiduc, afin que si S. M. Très-Chrétienne l'jnterrogeoit à cet égard, il eût à répondre qu'il ignoroit absolument mes intentions et mes projets; et dans le cas où il seroit plus vivement questionné, il devra répondre, mais confidentiellement et comme en se laissant arracher un secret*, que les grandes dépenses de la guerre d'Allemagne absorbant des sommes énormes, je ne puis dans ce moment-ci lui fournir aucun secours, mais que telle est mon intention, laquelle d'un moment à l'autre, par la cessation des hostilités, je serai à même de remplir. Cela donnera le temps de voir la tournure que prendront ces affaires. Recommander une vigilance et tout à la fois une prudence extrême à don Girone ^ » A cette instruction si curieuse qui révèle toute la politique espagnole à l'égard de la France, l'ambas-
1 Archives de Simaneas, col. A 7758 (Lettre ctiiffrée). ' 2 Como la vez passada.
^ No se mueslre ni se déclare en favor ni contra ninguno dellos. * Como un gran secrelo.
s Deser von viyilancia y cuydado muy grandes.
2S(i lUCHELIEi:,
sadeur Fernando Girone répond : « J'ai reru la lettre que Votre Majesté m'a fait écrire rclalivemenl aux alFaircs de ce gouvernement avec la reine-mère; mais si malgré les observations et les sages conseils que j'ai présentés ici de la part de Votre Majesté, elle étoit obligée, dans son intérêt, de fournir des secours à la reine (comme l'on dit d(''jà ici que Votre Majesté le iéra), dans la supposition d'une rupture et d'une guerre entre la mère et le fils. Votre Majesté ne pense-t-elle pas alors qu'il seroit convenable que je m'abstinsse de rendre visite au roi, et que je me fisse remplacer par don Juan de la Gueba, ou par toute autre personne?»
Ces bruits de guerre civile et des partis armés réveiUent toute la vieille sollicitude de Philippe III. Ne serait-il pas possible de se créer une opinion favorable, une faction en France comme au temps de la Ligue? Sur ce point Philippe III écrit de sa main à son ambassadeur : « On m'avertit par différentes voies que la reine-mère étoit fort bien disposée pour nous \ qu'il étoit nécessaire de l'avoir toujours en France comme un frein contre certaine éventualité. Pourrons-nous ajouter foi à cette intelligence avec la reine-mère? quelles sommes seroient nécessaires pour cela? » Quelques jours après, l'ambassadeur écrit ^ : « Voici quelques détails en réponse à ce que me demande Votre Majesté. D'abord, elle désire se ménager un parti en France ; quoique la circonstance soit favorable, elle doit s'attendre à dépenser de grandes sommes et à se voir abandonnée par les personnes qu'elle aura salariées, aussitôt que leurs intérêts particuliers ne requerront plus l'appui de l'Espagne. Cependant en supposant que Votre Majesté persiste à vouloir se ménager un parti dans ce royaume parmi les personnes puissantes, j'en vois trois surtout qu'il seroit important de gagner. En premier lieu la reine-mère qui a un parti assez considérable et qui le deviendra chaque jour davantage à mesure que le frère du roi avancera en âge. Celui-ci montre une grande ain-clion pour sa mère dont il épouse vivement la querelle. Les d(;ux autres persormages sont le duc de Mayenne et le duc d'ÉpeiTion, hîsquels sont fort considérés en France et
• Que ii.cimuva la rcijna madré a tas casas dcsla corona. - ArchiNcs de Siiuancuî;, col. A 77«* (Lellre chilïVce).
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hors des bonnes grâces du roi et de ses lavoris. Ces deux ducs sont bien préférables dans cette affaire, au prince de Condé et au duc de Guise lui-même. » Dans une nouvelle dépèche l'ambassadeur espagnol laisse éclater sa joie à l'aspect de la guerre civile : « J'avois parlé à Votre Majesté des différends qui s'éloient élevés entre la reine-mère etson fils ; ils prennentde jour en jour plus de consistance, et tout s'achemine pour une guerre civile. On donne ici comme une chose certaine que la reine-mère a reçu des lettres de Votre Majesté, où il lui est offert tous les secours en hommes et en argent dont elle auroit besoin. J'ai démenti ces bruits, car l'ambassadeur de Votre Majesté ne seroit pas le seul qui ignoreroit une proposition d'une si grave importance. »
Quand la paix s'avance , l'ambassadeur don Fernando Girone est obligé d'en donner avis à son souverain ; il le fait avec une douleur peu déguisée. « J'envoie à Votre Majesté les articles de la paix qui a été conclue entre le roi et la reinemère ; il n'a pas dépendu de nous ici de l'empêcher ni même de la retarder. Le roi a expédié un exprès à la reine très chrétienne pour lui dire qu'il va se rendre dans le Poitou, et que si les ducs d'Épernon et de Mayenne ne posent pas les armes, il agira vigoureusement contre eux et les traitera après comme des rebelles ; mais il est à présumer que ces derniers imiteront l'exemple de la reine-mère, et que tout rentrera dans Tordre. » Ainsi tout l'esprit de la diplomatie espagnole se montre dans cette série de dépêches. Ce que veut la cour de Madrid, c'est perpétuer les querelles civiles, la guerre féodale et l'esprit de sédition; ses inquiétudes sont pour tout symptôme de conciliation et de paix. Le cabinet d'Aranjuez n'ose point ouvertement prendre une résolution entre la mère et le fils ; ses agents ont ordre de dissimuler. Il ne s'agit pas de faire triompher un parti sur l'autre, mais de les envenimer tous, afin d'annuler la France à l'extérieur, alors que l'Espagne préparait ses vastes expéditions! Les dépêches sur la guerre des huguenots n'ont pas le môme caractère ; ici l'opinion catholique domine dans les instructions; il s'agit d'assurer victoire au principe qui est la base de la politique espagnole : attaquer les calvinistes de France, c'est frapper hardiment l'Angleterre et la