H2 RICHELIEU
Hollande, en hostilité avec la maison d'Autriche. Le marquis de Mirabel suit exactement les moindres symptômes qui annoncent la rupture de la cour avec les huguenots. « Les habitans de La Rochelle font de nouveaux préparatifs et se fortifient chaque jour davantage, au moyen de l'appui qu'ils trouvent en Angleterre et en Hollande. Il paroît certain qu'il leur est arrivé de ce dernier pays un ingénieur en chef et plusieurs capitaines pour servir sous ses ordres. Le roi d'Angleterre, de son côté, a fait dire par son ambassadeur à Sa Majesté Très-Chrétienne, qu'elle devoit agir avec ménagement à l'égard de ceux do la religion réformée, parce que ceux-ci étant les amis de l'Angleterre, il ne pouvoit se dispenser de les protéger contre la France*. L'ambassadeur de Savoie a offert, au nom de son souverain, un secours de six mille hommes, pour assister le roi de France dans cette circonstance. Je ne sais si on les acceptera. J'ai entendu dire ici que le duc de Savoie n'a voit fait une pareille offre de service que pour Ijaire disparoîlre dans l'esprit du roi la fâcheuse impression qu'y a produite l'arrivée du prince Philibert à Turin. Les mécontens sont toujours le duc de Guise, le prince de Gondé et la reine-mère ; mais cette opposition aura la même durée que toutes les autres choses dans ce royaume. Le duc de Guise s'en est allé en son gouvernement de Provence, avec toute sa maison. Il a voulu témoigner par là son mécontentement de ce qu'il n'a voit pas été nommé général des galères de France. Le prince de Condé est retourné également en son gouvernement de Berri. Celui-là sera plus facile à contenter, parce qu'il ne demande qu'à traiter*. »
« A la réception de la présente lettre, répond Philippe III à son ambassadeur, vous vous rendrez directement où est le roi très-chrétien, et vous l'accompagnerez partout. Étant ainsi près de lui, il vous sera d'autant plus facile, et vous pourrez avec d'autant plus de certitude me rendre compte de ses succès contre les rebelles, et de pénétrer ses desseins en général. Pour vous faciliter les moyens de ce voyage et lui donner une apparence de dignité, j'ai donné ordre à mon président du trésor de vous envoyer huit mille ducats de gratification, lesquels
* Na podria de far de acudir les contra la Francia.
« Archives de Simancas, cot. A 78^^ (Lettre en partie chififrée.)
sont indépendans des huit mille autres ducats que Ton doit vous compter incessamment pour les frais de votre ambassade. » En réponse, le marquis de Mirabel écrit à Sa Majesté Catholique : « J'envoie à Votre Majesté un plan de la ville de Montauban ', devant laquelle Sa Majesté Très-Chrétienne a mis le siège. Il est à croire qu'il sera plus long que Ton ne pensoit, par le peu de troupes que le roi a avec lui. Dernièrement l'attaque d'une demi-lune, du côté de la porte de Bourbon, a été sanglante et infructueuse. Le duc de Mayenne y a péri, frappé à la tête d'un coup de mousquet, avec beaucoup d'autres personnes de considération. On m'a écrit du quartier-général du roi très-chrétien que le duc de Montmorency avoit pris un navire que les Hollandois envoyoient aux hérétiques, et où il y avoit des armes pour douze mille hommes 2. »
Quels que fussent les intentions de la cour de Madrid et ses perhdes projets de guerre civile, en commençant cette campagne, le roi de France donne avis du mouvement de ses armes à son frère et bon cousin d'Espagne : il lui demande même de saisir et confisquer tous les biens des rebelles que le commerce aurait transportés dans la Péninsule. Quelques jours après, le conseil de Castille écrit à l'ambassadeur en France : « Ce que le roi très-chrétien propose relativement à la guerre contre les hérétiques de La Rochelle, et en même temps les ménagemens dont il veut user à l'égard des Hollandois, afin que ceux-ci ne fassent aucune démonstration en faveur des révoltés, n'est point suffisant. Insistez donc pour la guerre et montrez - vous peu satisfait , de manière à ramener habilement le roi trèschrétien et ses ministres à leurs premières bonnes dispositions, sans rompre cependant les négociations, si vous ne réussissiez pas d'abord. » Dans toute cette campagne de Languedoc l'ambassadeur d'Espagne ne quitte pas le roi. Il s'agissait d'une question trop grave pour le cabinet de San-Lorenzo ; tous les jours l'ambassadeur envoyait un bulletin détaillé des opérations mihtaire*s et des succès contre les calvinistes. Le but du roi d'Espagne était d'entraîner absolument la France dans ses
* Una planta de la ciudad de Montalban.
2 Un navio que llevava armas para 12 v. hombres a los de la relUjion.
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inlércls pour soumettre les Pays-Bas hollandais : les Rochelluis les avaient pour alliés ; était-il possible de ne pas faire la guerre à la Hollande, quand il était prouvé que celte puissance jetait des armes, de l'argent aux villes rebelles? Il y avait là une contradiction dans le conseil du roi de France que le roi d'Espagne ne pouvait comprendre : « Quoi, disaient ses dépêches, vous payez des subsides à la Hollande, vous entretenez chez elle des régimens, et tout cela pour que cette même puissance envoie des secours à vos sujets rebelles ! » A cela les conseillers de France répondaient qu'ils avaient besoin de ménager les Pays-Bas hollandais; que si l'on brisait les vieux traités, il était à craindre que leurs flottes ne vinssent ouvertement défendre les rebelles : ne fallait-il pas agir avec prudence pour éviter un si grand malheur?