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CHAPITRE IX

TRIOMPHE DU POLVOIR DE RICUELIEL.

Composition du conseil. — Cliangement des ministres. — Chancelier. — Garde-des-sceaux. — Richelieu cardinal. — Opposition du roi. — Richelieu est nommé ministre. — Sa modestie et son habileté. — Portrait de Richelieu. — Mesures du nouveau conLeil. — Ses principes. — Alliance avec l'Angleterre et les Ëtats de l'Italie contre l'Espagne. — La cour de Louis XIII sous le cardinal. — Buckingham à Paris. — Conspiration contre Richelieu. — Assemblée de notables. — Surveillance de l'Espagne. — Dépêches des ambassadeurs.

Marie de Médicis était admise dans le conseil sans titre régulier, mais avec l'agrément de son (ils. La reine avait dissimulé d'abord ses projets d'avenir : elle savait les méliances des dilférenls secrétaires d'État, presque tous hostiles à ses desseins; son but dut être dès lors d'introduire quelques nouveaux conseillers qui pussent balancer par leur vote les mauvaises impressions que hîs amis d'Albert de Luynes avaient favorisées dans l'esprit du jeune Louis Xlll. Sous le ministère de Luynes,

MAZARliX ET LA FllONDE. 2^5

]() conseil se composait, pour les alîaires de finances, du président Jeannin, l'honneur de Dijon sa bonne ville, un des parlementaires les plus capables. A la mort de cet liabile m-gocialeur, Scbomberg, brave soldat, depuis maréchal de France, lui succéda; il ne resta qu'un an dans ce poste difficile où il Tut remplacé par Bochart, premier président au parlement de Palis. La maison du roi n'avait cessé d'avoir pour chef Loménie, créé secrétaire d'État par Henri IV. Après la mort du vieux Villeroy, le.plus souple de tous les ministres, monument d'un demi-siècle de faveur, les atfaires étrangères et la guerre tombèrent dans les mains de Brûlart, fils du chancelier Sillery. Brûlart n'avait point Fhabileté de Villeroy, qui avait traversé paisiblement les règnes de Henri III, de Henri IV, et avait négocié tous les grands traités de cette époque. Les affaires de religion qui formaient un département à part, restaient confiées cà Lecamus, fait conseiller d'État en 1620. J'ai dit que le duc de Luynes avait pris les sceaux à la mort de Du Vair, sans nommer de gardes à titre ; Méry de Vie, seigneur d'Ermenonville, lui succéda. Puis les sceaux furent remis en commission à six membres du conseil d'État. Au moment oii la reine entrait au conseil, le chancelier de Sillery avait repris les fonctions confiées à ces commissaires ^ Ce conseil ainsi composé n'était point en harmonie avec les opinions de la reine, car c'étaient ces mêmes ministres qui avaient préparé son exil, et favorisé, les divisions entre la mère et le fils. Marie de Médicis cependant n'osait pas attaquer le ministère tout entier. Pour tenter une si difiicile épreuve, elle n'avait pas un crédit assez fortement assuré. Son but fut de démolir l'un après l'autre la puissance de ces conseillers, afin de faire entrer dans le conseil le ministre de ses affections, l'homme dont elle ne s'était jamais séparée, l'évêque de Luçon, ce Richelieu, qui partout s'était posé comme le pacificateur des divisions de famille. La difficulté était grande; plus Richelieu s'était montré adroit, puissant de moyens, facile de paroles, plus le caractère inquiet et soupçonneux de Louis XIII s'alarmait de la présence d'un pareil ministre dans le cabinet. Celte antipathie craintive s'était surtout produite en une toute récente circonstance. La 1 Hiriloh'c des scci'élaires d'Elul, rociioil de Uupiiy, tome u.

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leine-mère, pour récompenser le zèle et l'aclif dévouement de Richelieu, avait sollicité à Rome la barrette rouge du cardinalat, grande dignité qui réveillait l'ambition de tous les prélats de l'Église. C'était pour ainsi dire une clause de l'acte d'arrangement que Richelieu avait négocié. Quand il s'agit de porter cette sollicitation à Rome, on y trouva quelques obstacles, et bientôt l'on découvrit la main qui les suscitait. C'était Louis XIII lui-même qui avait engagé une correspondance secrète avec son ambassadeur; les dépèches officielles portaient toutes régulièrement l'injonction de faire nommer Richelieu ; il n'en était point ainsi des correspondances intimes : celles-là, au contraire, invitaient de s'opposer de toutes ses forces à cette haute promotion dans les dignités de l'Éghse. Tous les obstîicles furent enfin vaincus par la persévérance de la reine Marie de Médicis ; l'évêque de Luçon obtint la pourpre, et tant il la devait à la reine-mère, tant il était pénétré de l'idée que c'était elle qui faisait sa fortune, que plaçant la calotte du cardinalat à ses pieds, il s'écria: «Madame, cette pourpre, dont je suis redevable à la bienveillance de Votre Majesté, me fera toujours souvenir du vœu solennel que j'ai fait de répandre mon sang pour votre service. » Expression de dévouement que l'histoire a beaucoup reprochée à Richelieu à une autre époque de sa vie, où il poursuivait la reine-mère avec tant d'acharnement ! comme si en politique, pour les hommes comme pour les partis, il pouvait y avoir de la reconnaissance ; c'est une triste vérité à dire, mais elle se reproduit à toutes les crises dans les annales des gouvernements.

Cette promotion au cardinalat était un acheminement vers le ministère suprême; mais que de difficultés n'avait pas encore à vaincre la reine-mère? Elle avait plus d'une fois insinué à l'oreille de Louis XIII ce nom de RicheUeu, lui rappelant ses grands services, l'incontestable habileté qu'il avait déployée dans toutes les circonstances où la royauté avait eu besoin de lui. Louis XIII avait constamment repoussé cette idée : «Ne me parlez pas de cet homme-là, ma mère, avait-il dit, c'est un ambitieux qui mangeroit mon royaume. » Et Marie, en femme prudente, se hâtait de taire ses affections, de dissimuler son vif désir de voir entrer l'évêque de Luçon au ministère. Un

moyon simple se préscnUiit pour préparer les voies : c'était d'éloigner successivement du conspil les ennemis personnels du cardinal de Richelieu, et de faire arriver ainsi la demande du sein de ce conseil même. Dès lors Louis XIII ne soupçonnerait plus les vues ambitieuses du cardinal; il pouvait croire que ses ministres se l'associant com.me un collègue, il serait l'égal de tous et le supérieur de personne. Le surintendant Bochard venait de mourir; la reine poussa aux affaires Charles, duc de La Vieuville ; ce n'était point son ami personnel, mais elle espérait par son moyen obtenir appui pour appeler Richelieu. En môme temps Louis Lefèvre fut nommé garde-des-sceaux ; un moment remplacé par Sillery, il eut pour successeur d'Aligre, ancien président au parlement de Bretagne, esprit incapable de résolution puissante contre le cardinal. La reine-mère, avec une habileté active, déclara que pour les affaires étrangères, elles avaient si démesurément grandi depuis l'avènement du roi, qu'elle ne croyait pas qu'un seul ministre à déparlement pût suffire à tant de travaux réunis. A la mort de Villeroy, ces affaires furent divisées en plusieurs départements; on confia l'Espagne, l'Italie, la Suisse et les Grisons à Phelippeaux d'Herbaux ; l'Allemagne, la Pologne, les Provinces-Unies eurent pour chef de département Potier d'Ocquère ; enfin on réserva à Loménie-Brienne l'Angleterre, la Turquie et le Levant. Aucun de ces ministres ne pouvait faire désormais obstacle au cardinal de Richelieu.

Par ces changements complets dans les ministères, Marie de Médicis éteignait l'esprit de l'ancien conseil, tout entier opposé à Richeheu. Le ministre qui présidait de fait ce conseil était le vieux cardinal de La Rochefoucauld, lequel n'y exerçait aucune influence. L'homme capable qui s'emparerait des affaires devait par la force des choses les diriger. Dès ce moment Marie de Médicis se montra plus hardie; le nom de Richelieu vint plus souvent dans sa bouche *; elle s'en ouvrit surtout au duc

1 Dans toutes les occasions, la reine cherchait à rappeler le nom de Ri* chclieu ; j'ai trouvé ce peUt billet, daté de Mouceau , 7 janvier 1623 s « Monsieur mon fils, j'ai reçu tant de contentement en vous voyant en ce lieu que je m'estime la plus heureuse du monde si vous en avez été de môme ; la joie que j'en ai eue m'a été le meilleur préparatif que l'on me

2S« RICIlKLlEl,

de La Vioiivillo, el afin de ne point demander directement au roi un ministère pour lUclielieu, Marie de Médicis pria le surintendant des finances, d'en faire la proposition en plein conseil. La Vieuville hésita d'abord; il présumait qu'il allait se donner un chef, et si ce chef n'était pas content de ses commis, ne les renverrait-il pas? Quelques Mémoires racontent qu'il dit à la reine : « Mais , madame , c'est ma propre démission que je signe. » Enfin La Vieuville consentit à ce que lui demandait Marie, moyennant qu'on lui assurât sa charge ou un équivalent en cas de retraite ; ce fut seulement un engagement sur parole.

Le parti qui avait jusque-là repoussé Richelieu avait eu l'instinct de Favénement prochain du cardinal au pouvoir. De toutes parts arrivaient des remontrances et des plaintes à Louis XIII : quel était ce prélat qu'on allait ainsi placer dans le conseil, pour le dominer bientôt? Un intrigant ambitieux, sans moralité; n'était-ce pas encore la régence de Marie de Médicis sous un autre nom, et Concino Concini sous la pourpre du cardinalat? S'il fallait donner une position à cet homme, pourquoi ne point lui assurer une ambassade, et l'éloigner ainsi du théâtre actuel des intrigues? Le roi voulait-il donc complètement s'annuler? L'ambassade de Rome était vacante; elle convenait parfaitement à un cardinal; au moins on l'exilerait; on ne serait pas sous le joug de ses usurpations de pouvoir. Le roi était ébranlé; Richelieu allait recevoir son ambassade pour Rome, lorsque la reine-mère instruite arriva sur-le-champ, soutenue du duc de La Vieuville. Les choses étaient trop avancées dans le conseil pour qu'on pût éviter d'y admettre le cardinal. Au retour d'une chasse à Compiëgne, dans le salon de la reine sa mère, Louis XIII annonça, le fouet en main, au milieu de sa meute, que l'évêque de Luçon, cardinal de Richelieu,

pouvoit donner pour la prise de mes eaux, dont je désh'e être bientôt quille, afin de me rendre près de vous pour vous servir en tout ce qui me sera possible. Ce qu'attendant, mon cousin le cardinal de Richelieu qui vous va trouver pour les affaires du clergé, vous suppliera de ma part de prendre ces assurances suivant la charge que je vous en ai donnée, et je vous supplierai en cet endroit de m'aimer toujours. — Mss. de bélhune, vol. cot. 9305, fol. 104 (autographe).

MAZAHIN ET LA KUONDK. 28<)

(Hait admis on son conseil comme secrétaire d'Etat. Le roi avait stipulé certaines conditions pour empêcher les envahissements de son autorité par Richelieu : ce ministre n'aurait point voix délibérative; il devait écouler, conseiller quelquefois, lorsqu'il y serait provoqué par ses collègues ou par le roi en personne; mais là devaient se borner ses attributions. On cherchait à enlacer de toutes les manières l'activité du cardinal; comme si l'homme capable et ferme ne savait pas toujours prendre sa place dans un ministère, alors même qu'on la lui refuse. Le cardinal de Richelieu connaissait le caractère du roi : quand on ne le dominait pas d'une manière absolue, il savait que Louis XIII n'aimait pas qu'on lui disputât le pouvoir. Le cardinal voulait faire taire surtout les préventions qu'on avait inspirées au jeune monarque contre l'ambition démesurée de celui qui s'asseyait modestement comme le dernier conseiller de la couronne. Richelieu refusa avec affectation l'offre que le roi lui faisait; il parla des faiblesses de son tempérament, des infirmités précoces de sa vie affaiblie : comment pourrait-il se livrer aux pénibles travaux qu'exigeait le service du roi? Cette modest'e était le meilleur moyen de gagner les bonnes grâces de Louis XIII ; il fallait se montrer dévoué et timide lorsqu'on ne pouvait pas encore dominer le roi par la hauteur et la fierté du caractère. Enfin, sur les instances de la reine-mère, le cardinal accepta les fonctions de secrétaire d'État, mais avec celle simple attribution d'écouter les avis divers du conseil, et de ne prendre aucune part active aux mesures qui y seraient arrêtées. Ici commence donc le ministère d'Armand du Blessis, cardinal de Richelieu, cette longue vie pohtique, si puissante, si active sur les destinées de la monarchie. Quand une tête aussi fortement constituée entre dans un ministère , elle y fait sa place; l'homme d'État alors n'a besoin d'autre appui que do son caractère, d'autre protection que celle de son esprit. Le cardinal de Richelieu avait trente-huit ans; faible de constitution , souvent maladif, sa vie s'était passée dans les doubles excès d'un travail laborieux et de quelques-unes des dissipations d'une jeunesse ardente; son teint était pâle, son front haut, ses cheveux noirs et pendants, ses sourcils fortement marqués relevaient ses yeux grands et vifs; son nez aquilin 1. n

m) niClIELIEU,

ressortait sur son visage maigre et pâle; sa bouche bion faile était ornéfî de deux monslaches et de cette l)aii)e élégante qui ainincissait luvale de la ligure ; et sur ce chef, la banelle rouge ; puis la l'obe d'écarlale, relevée du cordon de l'ordre : tout cela avait quelque chose de IVoidement imposant dans la personne de Richelieu. Ses traits étaient sévères, sa démarche noble, quoique un peu saccadée ; sa parole d'une merveilleuse lucidité, sans onction et sans charmes. Ce qu'il écrivait était net, hautement pensé, fermement reproduit. Il avait la conception prompte, l'esprit à ménagements quand il le fallait, résolu et décidé en toute chose. Ses dépêches, ses instructions sont bien conçues et écrites avec une propriété d'expressions remarquable. Riclieheu n'était encore que le dernier des conseillers de la couronne, et pourtant dans cette position il sut prendre l'ascendant que vainement ses collègues voulaient lui refuser.

Une des conditions de la vieille monarchie était le maintiendes prérogatives; la hiérarchie des rangs se perpétuait par ces petites discussions sur la dignité. Le conseil du roi se composait, indépendamment des secrétaires d'État, de tous ceux qui exerçaient une des grandes charges de la cour, tels que le connétable, le chancelier, le grand aumônier et le grand écuyer; ils n'assistaient là qu'avec la permission du souverain ; mais enfin la tolérance et l'usage le voulaient ainsi. Ces hauts dignitaires avaient le pas sur les ministres secrétaires d'État ; ils étaient placés au-dessus d'eux. La première question que Richelieu éleva fut tout entière relative au maintien de ces prérogatives. Comme ministre il ne fit aucune difficulté de siéger sous le connétable, mais comme cardinal il prétendit que les préiogalives romaines ne lui permettaient pas d'abaisser la pourpre et la dignité de prince sous l'épée ; il voulut prendre siège à côté du cardinal de La Rochefoucauld. Cette réclamation cachait un dessein politique ; la place dans laquelle il s'asseyait pouvait lui assurer une incontestable supériorité sur les autres membres du conseil ; c'était une tentative secrète vers un premier ministère qu'on n'osait point encore avouer. Lesdiguières s'emporta violemment contre la prétention de Richelieu; il voulut y voir une usurpation; le vieux chef des huguenots, traître à son parti, parla des sacrifices qu'il avait ftrtls pour

tenir en ses mains la bonne épée de connélable, laquelle il tirerait au besoin. Le roi Louis XIII et Marie de Médicis l'apaisèrent, car ils scellèrent de leurs sceaux un acte par lequel ils s'engageaient à ne point tenir ceci pour xoutume, déclarant que dorénavant le connétable aurait son rang et sa place dans le conseil *.

A peine deux mois s'étaient-ils écoulés depuis l'entrée de Richelieu aux affaires, que déjà il prenait celte supériorité que redoutaient tant ses collègues. Quand il parlait dans une discussion, presque toujours son avis triomphait; s'il n'avait point encore une autorité reconnue et légalement constatée, elle lui appartenait pourtant dans sa force morale. Le seul souci du cardinal était d'assurer un long avenir à son pouvoir : tous les hommes qui composaient le conseil étaient peu redoutables; aucun d'eux n'avait de puissance d'esprit ni de haute ambition, excepté La Vieuville, qui d'ailleurs jouissait d'un certain crédit sur l'esprit de Louis XIII. Toute la peine de Richelieu s'appliqua donc à perdre La Vieuville, celui-là même qui l'ayant fait entrer au conseil affectait souvent de le lui rappeler; le cardinal y prenait peu garde ; ce qui le préoccupait surtout, c'était l'importance de La Vieuville. Il l'attaqua donc de toutes les manières par des insinuations secrètes auprès de la reine-mère. Le duc de La Vieuville avait la place la plus délicate de l'État, la surintendance des finances ; il fallait satisfaire tout à la fois les besoins, les caprices de la cour, et ne point exciter les murmures populaires. Ces murmures retentissaient haut et attaquaient la gestion de La Vieuville. A toutes les époques, c'était un moyen de popularité royale que de sacrifier le surintendant des finances; on paraissait, par ce moyen, céder aux justes griefs de la multitude. On fit valoir tous ces motifs auprès de Louis XIII ; le duc de La Vieuville reçut une lettre de cachet ou d'exil, et le cardinal de Richelieu n'eut plus de concurrents dans le conseil capables de faire tête à sa volonté.

Il fallait aussi empêcher que de nouvelles influences vinssent s'interposer entre le roi et son ministre. Le jeune Gaston, frère de Louis XIIT, grandissait en âge, sous le gouvernement politique et militaire du maréchal d'Ornano, et il atlei-

1 Lettre de Phélippeaux, mss. de Béthune, n» 9164.

292 HICHKLIKU,

gnait alors sa seizième année. Le gouverneur sollicitait ardemment l'entrée du jeune prince au conseil ; c'était pour lui-même un moyen d'action, car au fond le maréchal d'Ornano aurait toute celte autorité. Richelieu combattit vivement pour que le duc d'Anjou ne fût point admis : n'était-il pas à craindre que le frère cadet voulût encore établir une de ces luttes malheureuses qui trop souvent s'étaient produites depuis l'origine de la monarchie? n'était-ce pas là un chef de parti tout trouvé pour les mécontents? Marie de Médicis, qui avait bien plus de droits que Gaston, ne s'abstenait-elle pas d'assister au conseil, quoiqu'elle en eût le pouvoir? La demande du jeune prince fut donc repoussée; on fit plus : des lettres d'exil frappèrent le maréchal d'Ornano, obligé d'aller commander son petit gouvernement du Pont-Saint-Esprit. Marie de Médicis ne pouvait le souffrir, car sans avoir trempé les mains dans le sang du maréchal d'Ancre, cet Italien avait favorisé par son silence la conspiration qui le renversa. D'Ornano exilé, quitta la cour, comme La Vieuville, et Gaston, duc d'Anjou, fut remis à la garde de sa mère. Richelieu , entièrement maître de la situation, ne prit point encore le titre de premier ministre; il aurait trop montré les dernières lins de son ambition. Un homme de capacité attend que les titres arrivent à une position déjà faite ; il se garde de prendre les hochets avant les réalités. Aucun obstacle ne s'opposant plus à la volonté du cardinal, il put dès lors donner sa propre impulsion au conseil ; sa pensée est un peu obscure encore; il n'a pas parfaitement démêlé et les intérêts réels, et les vieilles traditions de la politique; Richelieu paraît seulement dominé par une grande préoccupation : préparer l'unité royale à l'intérieur, et une ligue contre la maison d'Autriche à l'extérieur. La pensée d'une alliance catholique avec l'Espagne a tout à fait disparu; elle est comme reléguée à l'époque de la Ligue. Maintenant toutes les alliances vont être dirigées contre l'Espagne ; et c'est ici que la politique extérieure de Richelieu a besoin d'être exposée, et pour cela il faut jeter un coup d'œil sur l'Europe.

La pensée religieuse qui dominait les rapports politiques du xvi* siècle, semblait s'être un moment réveillée ; les relations au dehoi's, les grandes guerres, tout paraissait s'empreindre en-

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core des deux puissantes opinions catholique ou réformée. Toutefois, il y avait dans ces deux principes moins de naïveté instinctive et populaire ; ils étaient devenus les prétextes, et, si Ton veut, les drapeaux des questions territoriales et d'intérêts de partis. L'Espagne avait perdu Philippe III, et avec ce prince, le ministère du duc de Lerma et de son favori Calderone, qui dirigeaient sous ce règne les affaires de la monarchie espagnole. Philippe III témoignait à la face du monde, comme son père, le protecteur de la Ligue, une grande conviction religieuse pour les croyances et les dogmes catholiques. Il était mort entouré dans son palais de toutes les chasses saintes, tandis que les chants funèbres et les prières de Tiigonie remplissaient le f'ouvent des Dominicains d'Atocha et les voûtes d'or de San-Geronimo. Madrid voyait, dans ses rues pleines de peuples, de longues processions de pénitents, faisant retentir les psaumes de repentances ; tout couverts de cendres, ils frappaient continuellement leur chair noircie des coups d'une discipline aiguë. Philippe IV, qui succédait au roi mourant, avait comme lui une piété exaltée, cette vive foi dans le catholicisme; jeune encore, il avait étudié à San-Lorenzo la vieille politique de Philippe II, ce principe d'unité religieuse au moyen duquel son aïeul voulait reconstituer la monarchie universelle. Quand les pompes de mort et les fêtes de l'avènement eurent cessé d'agiter Madrid, et que le calme et le repos se montrèrent encore au sein de cette population, Philippe IV se hâta de donner à sa pohtique cette tendance et cet esprit qui depuis un siècle dominaient la cour de Madrid. Le duc de Lerma et Calderone furent sacrifiés aux clameurs publiques ; le duc de Lerma fut frappé de la confiscation et de l'exil. Phihppe IV n'aurait pu attenter ni à sa liberté ni à sa vie; il était revêtu de la pourpre du cardinalat. Calderone qui ne fut point protégé par ces immunités, souffrit la question, et après la question, la mort. Le duc de Lerma eut pour successeur le comte d'Olivarès, moins capable que lui peut-être, mais plus dévoué à la personne du nouveau souverain. Les intérêts espagnols n'avaient point changé de nature ; cette mdnarchie étendait toujours ses grands bras, d'un côté jusqu'au Portugal, de l'autre à Naples, en Sicile, dans le Milanais, la Fianche-Gomté et la Flaudre ; elle formait ainsi le

plus vaste Etat (lu xvi« siècle, sans excepter même la Turquie, si forte alors, mais si profondément remuée par les révoltes des janissaires et les révolutions de palais. Le siège de la guerre n'était pas dans la péninsule espagnole ou portugaise ; les combats se donnaient au dehors, sauf pourtant quelque entreprise hardie des corsaires algériens ou des braves pirates hollandais et rochelois, qui venaient piller les opulentes côtes de la Galice ou les belles campagnes de Cadix la magnifique, de Valence ou même de Barcelone. Les véritables bandes espagnoles campées dans le Milanais occupaientsurtoutla Valteline, province récemment conquise par les gouverneurs castillans de la Lombardie, et dont ils se refusaient constamment à faire la restitution. La Valteline n'avait rien de riche ni de plantureux ; mais elle était un lieu de passage fortifié qui permettait à l'Espagne de prendre une part active dans les affaires de la Suisse et de la Franche-Comté. L'Espagne pouvait, par l'occupation militaire de cette contrée, envoyer de nombreux corps de troupes, soit en Allemagne, soit en Flandre, sans demander passage aux bons compères les Suisses. Les généraux espagnols, le brave Gonzalès de Cordova, occupaient cette province de passage, prêts à répondre à Lesdiguières, au duc de Savoie et au prince de Piémont, qui s'étaient ligués pour arracher la Valteline à Philippe IV.

L'Espagne mettait un plus grand prix encore à la possession d'un passage ; car les aCfaires de l'empire prenaient une tournure si fortement religieuse, que le roi Philippe IV crut nécessaire d'appuyer par un secours effectif la maison d'Autriche aux prises avec l'opinion protestante. Depuis les troubles de Bohême, il y avait une vive agitation dans l'empire; un mouvement tout catholique se préparait. Vainement la pacification d'Ulm avait privé l'empereur Ferdinand et l'archiduc Pafatin de forces auxiliaires; le principe de la discorde restait vivace, et dès que Philippe IV put envoyer un secours à Ferdinand, il le fit sans hésiter. L'Espagne voyait dans la couronne impériale lion seulement une dignité de famille, mais encore le principe d'unité catholique, qu'il était dans son intérêt de protéger. Déjà les réformés de l'Allemagne préparaient leur ligue avec le Daneiuarck et la Suède. Sous leurs inspirations Mansfiel ds'était ra-

MAZAULN ET LA l llUiNDE. 25)â

piilement porté sur la Meuse pour seconder la prise d'armes des huguenots de France ; Gonzalès de Cordova l'avait poursuivi, traqué non loin de Metz ; et là se livra une sanglante bataille où le succès disputé resta enfin aux bandes espagnoles. Ce succès éminent avait rendu à Philippe IV une haute influence sur les destinées de TEmpire, et les traités secicts stipulaient l'unité de la couronne impériale, et la destruction du principe même de la réforme.

' En Angleterre, Jacques P"^ vieillissait, et alors s'élevait à la plus haute faveur le duc de Buckingham, esprit vaniteux mais capable, sorte d'expression de Taristocratie et des barons d'Angleterre auprès du suzerain. C'était une chose assez curieuse que de voir à cette époque les trois monarchies d'Espagne, de France et d'Angleterre, presque toutes sous la puissance d'un ministre unique, hommes d'une plus énergique volonté que le souverain lui-même. Le comte d'Olivarès s'emparait des affaires de l'Escurial, Richelieu prenait hardiment celles de France, tandis que Buckingham absorbait les derniers jours de la politique de Jacques I" et se préparait à dominer celle de son successeur, Charles P% alors prince de Galles, déjà disputeur des prérogatives royales, ergoteur sous la couronne. A bien examiner le caractère de ce prince de Galles, on pouvait apercevoir en lui plus de tolérance pour les opinions catholiques.

• S'il disputait, ce n'était plus de théologie, comme Maître Jacques son père ; ce n'était point pour des controverses aux universités de Cambridge et d'Oxford, mais bien pour des points de prérogatives royales contre les franchises parlementaires. Le prince de Galles en rapport avec les catholiques était en correspondance avec la cour de Rome, et certes il n'y avait plus en

• lui cette vieille haine qui signalait l'école de Henri VIII contre le papisme. Cette situation nouvelle de la royauté pouvait devenir dangereuse pour elle-même ; les sectes religieuses n'avaient rien perdu de leur vivacité en Angleterre ; les puritains restaient avec leurs idées de liberté illimitée; les barons de l'Eglise anglicane et les prélats avaient leurs thèses et leurs préceptes impérieux ; et au milieu de cela, la dynastie se plaçait en opposition, non seulement avec les grands partis réformés, mais encore aussi avec les prérogatives politiques des par-

2!)(i RIClIKUhL ,

lemcnls. Il y avait lu, comme ou le sent, plus d'un germe de révolution ; la constitution anglaise était surtout religieuse, la suprématie royale se fondait sur l'Église. Un moment il lut question de marier riiérilier d'Angleterre à une infante d'Espagne ; le jeune prince partit pour Madrid, accompagné de Buckingham. Là, on l'accueillit avec honneur ; on espérait beaucoup de lui ; il pouvait être le roi appelé de Dieu pour rétablir le catliolicisme en Angleterre. Le pape lui écrivit sur celte grande mission, et le prince répondit avec déférence et douceur au Saint-Père K A Madrid, tout parut refléter les cérémonies catholiques; on donna au prince de Galles des fêtes où se mêlèrent les processions du Saint-Sacrement, les messes solennelles, les pompes parfumées des ordres religieux et les béatifications de saints. L'Espagne en etfet venait d'obtenir qu'on élevât dans le panthéon catholique Ignace de Loyola, image de la chevalerie pieuse et galante, symbole d'un pouvoir fort et intelligent; François Xavier, qui avait parcouru le monde pour lui apprendre la croix et la civilisation ; sainte Thérèse, cette expression de la femme rêveuse qui abandonne les plaisirs, les richesses, pour se dévouer au culte de quelques idées mystiques et élevées, à l'amour de l'homme-Dieu, ce corps qui souffre et meurt pour le monde.

Les conséquences de l'union du prince de Galles avec une infante étaient immenses en Angleterre; c'était l'ancien projet' de Marie Stuart, essayé encore par une race royale. Buckingham le désirait, parce que, dans sa pensée, le pouvoir du roi ne pouvait avoir d'unité qu'avec le principe et la hiérarchie de l'Église. Ce projet trouvait de foris et grands obstacles dans le parlement et les populations d'Angleterre et d'Ecosse; les lords avaient leur fortune établie sur les confiscations ecclé- * siastiques; tous campaient dans les riches prieurés, au milieu des manoirs et des manses des anciens ordres monastiques ; le clergé anglican était dans la même position. Mille sectes diverses de puritains, de calvinistes, de prédicants, se'nourrissaient des principes de celte sombre indépendance, qui était pour elles la liberté. Il y eut donc opposition vive et profonde

* Les lettres originales sont rai»i»orlécs dans le Mercure de France^ ad ann. 1623.

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dans toutes ces classes contre le projet d'unir le prince de Galles à une infante. Ces pompes, ces tètes auxquelles l'héritier de la couronne assistait à Madrid, faisaient croire au peuple que rÉglise nationale était menacée au profit du papisme. Les barons, le parlement se roidirent, et quelques mécontentements semés avec habileté par la France et la Hollande suffirent pour amener la rupture complète d'une union fortement désirée par le cabinet de Madrid. On rappela que Philippe II, d'immense mémoire, avait prétendu à la couronne d'Angleterre, en vertu d'un testament de Marie Sluart. En jetant encore une de ses infantes sur le trône d'Angleterre, l'Espagne voulait prendre la haute infiuence qu'elle avait vainement tentée à une autre époque. En même temps, un des premiers actes de la politique de Richelieu fut de se rapprocher, par une négociation particulière, de Jacques I", et d'obtenir pour une fille de France cette couronne d'Angleterre que Philippe IV avait désirée pour une infante. Plusieurs questions délicates se présentaient ; la puissance religieuse était assez grande encore pour qu'une différence de croyance entre deux époux fût une cause d'empêchement ; mais il y avait un précédent favorable : le pape pouvait-il refuser la dispense, puisque le plus catholique des monarques, le roi d'Espagne, avait consenti à donner une infante à un prince réformé? L'opinion catholique ne devait-elle pas grandir en Angleterre par la présence d'une reine orthodoxe? C'était là une idée de conciliation jetée au milieu de cette société anglaise tant travaillée par des sectes. Or, le roi Jacques ayant fait la première demande de madame Henriette, sœur de Louis XUI, Richelieu envoya à Londres M. de la Ville-aux-Clercs avec des instructions tout entières écrites de sa main : « Il ne sera question dans la première audience que ledit sieur de la Ville-aux-Cl&rcs obtiendra du roi de la Grande-Bretagne, que de la joie que Sa Majesté ressent de son heureuse résolution, et de l'assurance que les enfants qui naîtront de ce mariage seront considérés par Sa Majesté Très-Chrétienne non seulement comme ses neveux, ma s bien comme ses propres fils. Dans les audiences suivantes, le point essentiel à traiter est de maintenir le roi et la reine de la Grande-Bretagne dans l'intention et serment qu'ils ont fait en-

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tendre de ne tenter jamais de faire renoncer Madame à la religion catholique qu'elle professe. 11 en sera de même pour l'engagement à prendre par le prince de Galles. Et parce que depuis quelques siècles les rois d'Angleterre ont joint à leurs qualités et à leurs armes celles de France et de roi dudit royaume, le sieur de la Ville-aux-Clercs insistera pour qu'en l'écrit particulier qui lui doit être donné, il ne soit pas fait mention ùe ces titres, remontrant que cela blesse l'alliance et amitié qui doivent exister entre les deux couronnes. Le voyage que le prince de Galles, accompagné du duc de Buckingham, fit il y a tantôt deux ans en Espagne, donne lieu de douter, voire même de désirer qu'il vienne en France; mais cela devant dépendre de lui, il est bon de l'en détourner, s'il se peut, adroitement. » Cette négociation, longue et délicate, fut conduite avec habileté par MM. d'Effiat et de la Ville-aux-Clercs *.

Dès ce moment la politique de Richelieu se développe dans une pensée anti- espagnole; ses alliances sont destinées à protéger tous les intérêts contre la maison d'Autriche. Tandis qu'il prépare le mariage de madame Henriette de France avec le prince de Galles, il engage une négociation spéciale avec les États-Généraux de Hollande. Depuis vingt-cinq ans que l'existence des États de Hollande était reconnue, jamais peut-être ces provinces n'avaient été exposées à une crise aussi imminente. L'Espagne, complètement unie à la maison impériale d'Autriche, avait résolu d'en finir avec ce qu'elle appelait encore ses sujets rebelles. L'empereur Ferdinand était venu à bout des électeurs de l'Empire ; pourquoi PhiUppe IV n'aurait-il pas à son tour gain de cause contre ces bourgeois d'Amsterdam et de La Haye, qui avaient osé reconnaître un protecteur, un stathouder, le prince d'Orange? La cour d'Espagne ou la maison d'Autriche possédaient les Pays-Bas, gouvernés par une archiduchesse ; la Hollande prise en flanc par l'Allemagne, au midi par la Flandre, pourrait-elle résister à cette double attaque? Dans quelle situation d'ailleurs se trouvait-elle alors? Les partis étaient eqcore dans toute leur vivacité; la mort de Barnevelt n'avait point éteint les opinions dissidentes; les fils du grand pensionnaire avaient voulu renverser l'au-

' Mbs. Colbeil, vol. U3, p. 81 ; BéUiune, vol. col. 9366, p. 31.

MAZAUIN ET LA FUOM)E. 290

loiité du piince d'Orange; sa vie était menacée. Les doublons de l'Espagne, habilement semés, favorisaient ces divisions. La correspondance de Simancas contient plusieurs lettres écrites à des agents secrets à Amsterdam. Ensuite les rapports intimes de la France et de la Hollande dès le ministère de Luynes étaient vivement dénoncés par l'Espagne comme un acte d'infraction à l'alliance. Des dépêches spéciales du marquis de Mirabel, l'ambassadeur espagnol, témoignent à ce sujet de toutes les démarches de la diplomatie. Richelieu avait dit à l'ambassadeur avec une sorte de mystère : « Nous sommes obligés d'en agir ainsi avec la Hollande, à cause de l'embarras que nous cause la punition à infliger à ceux de La Rochelle : cette punition doit les atteindre comme rebelles et non comme hérétiques '; mais une fois l'affaire terminée, soit que la Hollande les ait plus ou moins directement aidés, nous donnerons toute satisfaction aux demandes de Sa Majesté Catholique. »

Dans le fait, l'Espagne et l'Empire réunis pouvaient venir à bout de la liberté hollandaise , puissante sur les mers, mais faible et divisée dans ses possessions territoriales. Richelieu se hâta de tendre la main aux États-Généraux. Depuis le règne de Henri IV, les fiers répubhca/ns avaient invoqué ie secours de la France qui entretenait à leur service quelques braves régiments, indépendamment des subsides qu'elle payait aux États- Généraux. Ce n'était point ici désintéressement, mais l'expression d'une politique habile. Les Pays-Bas autrichiens étaient au nord de la France ; on pouvait se souvenir des campagnes rapides qui plus d'une fois avaient porté les vieilles bandes wallon es jusques à Amiens. H fallait donc sans cesse tenir en alerte la Flandre par la présence de la nation hollandaise. Si cette puissance était effacée de la carte, la monarchie des Bourbons aurait été comme entourée d'un cercle d'ennemis prêts à fondre sur elle par les Pyrénées, la Flandre et les Alpes mêmes. Richelieu fit plus que de renouveler les vieux traités; il agrandit les subsides jusques à quatre millions; des régiments entiers furent prêtés au prince d'Orange, car alors il ne s'agissait plus seulement de simples menaces, mais d'une guerre active et déclarée. Le brave Espagnol Spinola attaquait

^ Con litulo de inobedienles y no por causa de religion

MO lilCIiELltL,

Uerg-op-Zooni, l'orleresse formidable qui protégeait les frontières de la Hollande.

Ce point était ainsi assuré; un autre non moins important, était la protection et la sûreté du côté des Alpes, la question enfin qu'on pouvait appeler italique. On a dit combien étaient graves les difiicultés élevées pour la Valteline; l'Espagne persistait à garder cette position d'attaque tout à la fois contre la France et l'Italie. De la Valteline, elle pouvait se jeter à son gré sur la Savoie, la Suisse, pour de là s'étendre par le Milanais jusqu'aux possessions de Venise. Depuis quatre ans la Valteline était l'objet de négociations série,uses ; l'Espagne les traînait en longueur par des offres et des propositions laissées et reprises presque aussitôt. Tantôt elle s'engageait à déposer quelques-unes de ses forteresses dans les mains du pape, autorité mitoyenne et par conséquent désintéressée; tantôt on convenait à Aranjuez de rendre, après un terme lixé, les places fortes, de constituer la Valteline en un canton indépendant et catholique que l'on ferait rentrer. dans la confédération suisse.- Tout cela n'était qu'un moyen pour gagner du temps, afin d'éviter les expéditions militaires qui de part et d'autre pouvaient se préparer contre les possessions respectives. Dans cette situation délicate, les parties intéressées, la France et l'Espagne, devaient naturellement chercher des alliances au dehors : l'Espagne avait l'Autriche, alors maîtresse dans l'empire; Richelieu prépara à son tour une confédération italique contre la couronne espagnole. D'une part, c'étaient la Savoie, la répubhque de Venise, fortifiées par l'adhésion de tous les cantons suisses ; de l'autre , la France a\'ec sa force d'hommes et de subsides. Venise, la vieille ennemie de l'Espagne et de l'Empire, était en guerre perpétuelle avec les archiducs. Les ducs de Savoie , autrefois ^protégés par les Espagnols contre le mouvement réformateur qui leur avait enlevé Genève, passés maintenant à l'alliance de la France, y trouvaient protection contre de redoutables envahissements. Enfin les cantons suisses étaient enlacés par les vieilles bandes espagnoles qui les pressaient par la Valteline, la Franche-Comté et le Milanais. Le traité plutôt offensif que défensif portait : « Les armées seront assemblées pour le 15 du présent mois à savoir :

MAZAIUN ET LA FUUiNDE. 301

celle de France dans la Bresse, sous le commandement du connétable, celle de Venise vers l'État de Milan et les Grisons, et celle du duc de Savoie du côté de Gênes. Également le sieur de Miron, ambassadeur de Sa Majesté, fera la demande d'une levée de trois mille Suisses catholiques, protestants ou aventuriers même, s'il le juge à propos. Ceux-ci se joindront aux trois mille Grisons pour agir contre la Valteline vers la fin de ce mois. Et attendu que le comte MansfieJd a proposé à Sa Majesté d'attaquer l'Autriche avec -vingt-cinq mille hommes de pied et sept mille chevaux. Sa Majesté et ses alliés, considérant la puissante diversion que cette attaque sur .l'Autriche ferait en leur faveur, s'engage à fournir par mois à ladite armée du comte Mansfield : Sa Majesté d90,000 1iv., la république de Venise, 120,000 liv., et le duc de Savoie 60,000 liv., à commencer du 1" octobre prochain, sans dilation ni retard K »

Ainsi., dès la première année du ministère de Richelieu, sa politique se déploie d'une manière large et décidée. Il est impossible de ne pas voir quel plan diplomatique va désormais être la base de son système européen. D'une part, il empêche l'alliance de l'Angleterre et de l'Espagne, parce que celle-là pourrait prêter secours et appui dans une ligue contre la France ; puis cette alliance de l'Angleterre, il cherche à l'assurer à la maison de Bourbon par le mariage d'Henriette-Marie. D'une autre part, l'Espagne menace les frontières des Alpes, et il cherche à la repousser par l'alliance de la Savoie, des cantons suisses et de Venise. Partout il soulève des ennemis à l'Espagne, des obstacles à son ambition. Cette puissance qui domina le xvi^ siècle et qui a sa source à Madrid, Richelieu la poursuit d'une manière implacable, même pour de simples titres. Dès cette année, dans une dépêche du cardinal de Richelieu à M. de Béthune, ambassadeur à Rome, il l'exhorte à s'opposer vivement à la prétention que le roi d'Espagne fait valoir auprès du pape pour prendre le titre de monarque et em-

1 Ribliolh. du Roi , Mss. Dupuy, vol. 401. — Ce traité est signé, pour Sa Majesté Très Clirétienne : François, cardinal de La Rochefoucauld ; Armand, cardinal de Richelieu; d'Aligre; Schomberg; Phelippeaiix. — Pour la république de Venise : Marg-Antonio Moresini. — Pour le duc de Savoie : Aiess" Scaglia,

302 HICIIKLIKU,

poreur des Indes ; il finit sa dépêche en ces termes : « Le roi est averti par une personne de la cour du roi d'Espagne qu'il a gagnée, et laquelle nous a souvent donné des avis iniportans, que Sa Majesté Catholique doit faire instance pressante auprès du pape pour lui donner le nom de monarque et d'empereur des Indes. Je remets à votre prudence d'agir en cette affaire selon la passion et fidélité que vous avez en tout temps montrées au service du roi , qui m'a expressément commandé de vous écrire pour agir de là, s'il en est besoin, en la sorte que vous jugerez la meilleure, et de joindre cette recommandation à ma lettre. » C'est une passion fixe chez Richelieu que la hauteur, la force, la puissance des négociations diplomatiques; il en régularise les actes, il en organise le personnel avec un soin, une application qu'Henri IV lui-même n'avait pas poussés aussi loin dans ses années de vigueur et de prépondérance européenne. Un écrit tout entier de la main de Richelieu fixe le traitement des ambassadeurs et les différents services qu'ils doivent remplir ' : en tête est l'ambassade de Rome, si importante alors, car elle embrassait la grande question sociale,

* « État des entretenemens que le roi veut, être payés en la présente année 1624, par \e trésorier de son épargne, M. Balttiazar Phelippeaux,'aux ambassadeurs et autres personnes que Sa Majesté entretient pour son service près des rois, républiques et autres princes étrangers,- Au commandeur de.Siilery, ambassadeur ordinaire à Rome, pour son état et

appointeracns en ladite charge, compris le port et voiture d'icelui. 42,aoo iiv.

Au sieur de Cczy, ambassadeur ordinaire au Levant 30,000 .

Au sieur du Fargy, ambassadeur en Espagne, t8,000

Au sieur Cointe de Tillicres, ambassadeur en Angleterre. . . . t8,000

Au sicnr de Villiers, ambassadeur à Venise 18,000

Au même, pour le secrétaire italien et au maitre des courriers à

Venise 2,100

Au sieur Miron, ambassadeur en Suisse 18,000

Au sieur Marini, ambassadeur ordinaire en Savoie. ; 12,000

Au sieur Gueflfier, ambassadeur ordinaire aux Grisons 8,000

Au sieur du Maurier, ambassadeur près les Provinces-Unies, com-

]>ris 5,000 Iiv. d'augmentation pour son état 15,000

Au sieur Péricard, résident pour le service de S. M. en Flandre. . 12,000 Au sieur de Vallembourg étant pour le service du roi en la cour

de l'empereur 6,000

Au sieur Bourdin^ étant pour le service du roi à Ragusc 5,600

A reporter. . . . 208,700 Iiv.

MAZAHLN ET LA FllONUE. ;i03

celle du catholicisme; puis la vieille ambassade du Levant, cette expression des rapports commerciaux et politiques de la France avec la Porte-Ottomane; enfin, et sur le même pied, les ambassades d'Espagne, d'Angleterre, de Venise la merveilleuse; et auprès de ces bons compères les Suisses, qui prêtaient leur régiment au service de la monarchie. Il n'y avait point d'ambassade alors auprès de l'empereur. L'envoyé près des Provinces-Unies reçoit une augmentation de 5000 liv., car là, les ■peines et soins sont infinis. Il n'y a pas jusqu'à M. le duc de Bavière qui n'ait auprès de lui un ministre accrédité ; c'était le seul des princes catholiques d'Allemagne qui, se séparant quelquefois de la cause impériale, offrît des secours à la politique des Bourbons. Ce soin de toutréglerpar lui-même caractérisa le cardinal-ministre; sa correspondance, ses Mémoires embrassent les grandes affaires comme les plus petits détails d'administration, les intrigues étroites comme les plus vastes résultats, et ce génie va se montrer encore dans la dissension de la race royale.

Un fils de Henri IV, Gaston duc d'Anjou, grandissait à la cour de son frère Louis XIII ; né dans le mois de mars 1608, il avait alors dix-sept ans, et à une époque où l'on hâtait tant les vies royales, un prince parvenu à cet âge et si rapproché du trône devait naturellement adopter un parti, et servir de bannière à une des grandes opinions qui divisaient la société. Marie de Médicis avait une prédilection marquée pour Gaston ; non seulement elle lui portait cette tendresse de mère si puissante chez la reine, mais elle y rattachait une pensée politique. Marie savait que pour dominer les volontés du roi, elle avait besoin elle-même de tous les appuis, et Gaston devait lui être en aide dans tous ces mouvements d'opinion et d'armes dont elle pouvait m enacer le gouvernement de son fils. Le ca-

Report. . . . 208,700 liv.

Au sieur de Grenelle, étant pour le service du roi auprès de M. le

duc de Bavière . 6,000

A maître An tlioine, maître des coui'riers à Rome iAmï

Somme totale desdits états et appointemens des ambassadeurs et autres • 218,795

Signé Louis. * Et plus bas BrxiLAKT.

30 i niCHKLIEU,

raclure du duc d'Anjou se prêtait au nMe que les partis voulaient lui faire jouer; jaloux de son frère, il n'aimait pas le voir la couronne au front, tandis que lui languissait au fond de son faible apanage sous le gouvernement du maréchal d'Ornano, récemment rappelé de l'exil. Toutes les fois qu'on s'était adressé à Gaston pour lui inspirer l'esprit de révolte, il n'avait point hésité ; huguenots, catholiques ardents, tous lui faisaient des offres de service ; et quelles belles promesses n'étaient point jetées à ses pieds? Il y avait alors un projet que l'on proposait à presque tous les fils puînés de France; on leur offrait le gouvernement des Pays-Bas catholiques. Les huguenots s'engageaient à le livrer au duc d'Anjou par la conquête, si une ar-. mée de France les secondait contre les Espagnols. Ces propositions remontaient haut : ne les avait-on pas faites ;\ Henri III lorsque lui aussi n'était encore que duc d'Anjou et Monsieur? Tandis que l'ainé aurait régné en France, le cadet de race aurait reçu le titre et la puissance des vieux comtes do Flandre, gouvernant les cités libres de Gand, Liège et Anvers. Gaston, d'ailleurs, se trouvait impatient de son sort ; l'apanage d'Anjou était plutôt nominal qu'effectif; ses revenus n'étaient pas à la hauteur de sa dignité de prince. Marie de Médicis avait fait souvent sentir à son fils le peu de considération qu'inspirait sa personne, et l'importance pour lui de conquérir une plus haute position par les armes. Cette situation du duc d'Anjou bien connue des partis, tous venaient à lui pour en profiter. Louis XIII était sans enfants; son tempérament maladif, les répugnances qu'il avait pour sa femme, tout faisait croire que le roi n'aurait pas de postérité, et alors Gaston était appelé à la couronne. Le parti gentilhomme poussait plus haut ses projets : d'Ornano, le prince de Chalais, de la race des Périgord , encourageaient le duc d'Anjou à prendre une résolulion prompte et plus déeisive. Cette couronne que l'on pouvait attendre par succession, pourquoi ne s'en empareraiton pas par un coup hardi? La haute gentilhommerie était prête ; Louis XIII était un prince tout à fait incapable, et dans les mains de favoris; il ne fallait pas s'en défaire sans doute par la mort, mais pourquoi ne le réduirait-on pas à l'état monacal ? Pourquoi ne point le raser, pour le jeter dans une abbaye

MAZAUIN ET LA FllONDE. 305

royale bien dotée? Par suite, Gaston épouserait la reine Anne d'Autriche, et serait ainsi roi de France, chef des gentilshommes et de la brave noblesse.

De tels projets n'étaient pas aussi avancés sans doute que le supposèrent les procédures criminelles. Il était naturel que pour appliquer des condamnations capitales, les parlementaires multipliassent des accusations graves; mais la preuve existe que ces idées étaient dans la tète des hommes qui entouraient le duc d'Anjou, gens d'armes ou conseillers '. A toutes les époques la noblesse avait voulu avoir un roi de son choix, et Louis XIII la réprimait violemment dans ses habitudes; les etforls du cardinal tendaient à comprimer son existence territoriale. Dès lors n'était-il pas simple que le roi, qui avait devant ses yeux la longue et triste histoire de sa race, conçût des soupçons contre ces gentilshommes qui s'attachaient toujours aux prétendants à la couronne, et en finissaient souvent avec le roi par le poignard ou le poison. De là sans doute cette méfiance de Louis XIII, cette tristesse maladive qui tourmentaient ses longues journées et ses nuits fatiguées de rêves. Gaston, duc d'Anjou, devenait odieux à Louis XIII, roi de France. Marie de Médicis et le cardinal de Richelieu, qui n'avaient alors qu'une môme pensée, voyaient avec inquiétude les projets sinistres que des amis du duc d'Anjou formaient contre le pouvoir de Louis XIII. Ce pouvoir était dans les mains de Richelieu qui devait le défendre; mais à cette époque de son ministère, le cardinal n'était pas assez fort pour tout oser ; il était encore tout plein de ce système de médiation qui lui avait si bien réussi dans les rapprochements du roi et de sa mère; Richelieu avait conquis par ce système la première place dans le conseil. Il restait encore à concilier les deux frères en les dominant l'un et l'autre ; car le ministre savait les chances d'une révolte dirigée par le duc d'Anjou.

Les deux questions qui formaient la base de toutes les négociations entre Louis XIII et son frère, se résumaient dans la nécessité de constituer un plus large apanage à Monsieur, sans pourtant le rendre assez fort pour tourner ses richesses

1 Les procès de tous les grands du royaume jugés sous l'administration de Richelieu, existent en original. (Mss. de la Bibliothèque royale).

30(i RICHKLIKU,

conlrc rautorilé l'oyale. Ensuite il l'allait songer à marier le duc d'Anjou, de telle sorte qu'il ne pût pas profiter de cette alliance pour lever Tétondard d'un parti mécontent en France. On s'imagine bien que toutes les races devaient se disputer l'héritier présomptif de la couronne des Bourbons. Les princes étrangers surtout, qui vivaient des troubles de France, désiraient vivement donner une femme à Monsieur : s'il se mariait avec une infante, avec une fille de Savoie ou une princesse d'Autriche, quel secours ne trouverait-il pas là dans ses entreprises contre la couronne? Si on lui otïrait une fille d'Angleterre ou de la maison d'Orange, on le créiiit chef puissant du parti huguenot, on rétablissait ainsi la pernicieuse influence de la maison de Navarre sous les Valois. Marie de Médicis et le cardinal de Richelieu songèrent à faire épouser au jeune prince une des filles de la maison de Guise, si dévouée aux Bourbons depuis sa soumission sous Henri IV; Mademoiselle de Montpensier était riche et belle : que pourrait opposer à cette union le duc d'Anjou? Quelle objection aurait-il à faire? Les gentilshommes qui entouraient Gaston ne voyaient pas de la même manière que Richelieu cette grande question royale. Dès que Monsieur serait marié et aurait consenti à recevoir son apanage, que devenaient leurs projets hardis, leurs desseins contre l'autorité de la couronne? Le maréchal d'Ornano, qui avait un fort ascendant sur l'esprit du duc d'Anjou, le conjura de ne point obéir, car c'étaient là de perfides conseils; et quand Richelieu s'en ouvrit à Monsieur par l'organe de la reine-mère, il trouva un refus inflexible et l'impossibilité d'obtenir son consentement. C'était ici un des plans de la conjuration, qui non seulement alors avait pour chefs le maréchal d'Ornano, le prince dé Chalais, mais encore la race de Vendôme, légitimée par Henri IV. D'Ornano, vieux maréchal, dirigeant le conseil de Monsieur ; le prince de Ghalais, gracieux jeune homme, mignon du roi Louis XIII; enfin MM. de Vendôme, braves bâtards qui cherchaient à établir leur autorité et à favoriser leur élévation. Richelieu comprit qu'il y avait quelque moyen de dominer le duc d'Anjou, en prenant des mesures sévères à l'égard de tous les hommes qui Toxcitaient contre Louis XIII. Le maréchal d'Ornano lut arrêté on plein |)alais à Fo/itainebleau, dans la

MAZAllLN ET LA FU(JM)K. 307

cour du Cheval-Blanc, après que le roi eut forcé le cerf en la forêt. «Le 4^ mai, à dix heures du soir, le roi, après s'être couché, reprit furtivement ses habillemens, et envoya l'un de ses garçons de la chambre appeler M. le maréchal d'Ornano, lequel arriva incontinent dans le cabinet ovale. Sa Majesté l'y entrctenoit, l'amusoit de choses indifférentes, lorsque le sieur du Hallier et ses archers étant entrés, se saisirent de la personne du maréchal. Le roi venoit de se retirer en le saluant de la main. «Mais je n'ai rien fait qui mérite ce traitement, s'écria

d'Ornano ; je viens de parler au roi Sa Majesté ne m'a rien

dit qui pût me faire prévoir... Cependant je suis prêt à obéir... » Et tout aussitôt il fut mené en la chambre où l'on conduisit le maréchal de Biron en pareille occasion. En môme temps le roi envoya quérir dans sa chambre la reine sa mère, monseigneur son frère, et tous les princes et ministres d'État, et leur dit qu'il avoit été contraint de faire arrêter le maréchal d'Ornano, parce qu'il avoit été averti qu'il faisoit des cabales dans l'intention d'altérer la bonne intelligence qui étoit entre Sa Majesté et monseigneur son frère. Il y eut alors une scène fort chaude entre Sa Majesté et ledit seigneur, qui se plaignit vivement du traitement qu'on avoit fait au maréchal. « Nul ne sait mieux que moi son innocence, dit Monsieur. Jamais m'a-t-il donné un conseil contre le service de Sa Majesté? Les auteurs de son mal sont des méchans auquels je ne pardonnerai pas que je

les aie réduits en poussière » Sur cette menace les ministres

lui demandèrent s'il entendoit les y comprendre. «Je parle aux accusateurs, dit le duc d'Orléans; voyez si vous oserez être du nombre. » Sur ce, le roi voyant son frère en ce courroux, ne lui épargna aucune douceur, lui disant qu'il l'aimoit non seulement comme son frère unique, mais encore comme son fils, que son intérêt étoit le sien, et qu'il lui feroit voir clairement les tromperies du maréchal. — C'est ce dont je supplie très instamment Votre Majesté, continua Monsieur, comme

également de me le rendre au plus tôt s'il est innocent » Et

il se retira en sa chambre, témoignant un grand ressentiment*. Cependant le roi envoya sur-le-champ M. de Bonnevaux à Paris pour faire saisir MM. de Mazargues, de Modène, Déagent » Mss. de Bétbunc, n" 0162, fol. 48.

aU8 UICHELIEU,

Cl leurs papiers. Madame la iiiaréciiale d'Oinano eut en même temps commandement de sortir de Paris, à quoi elle obéit, quoiqu'à demi-morte de maladie et d'aflliction, et tous les grands qui étoient à Paris eurent ordre de se rendre à Fontainebleau. » On eut ainsi le bras le plus fort du conseil de Monsieur. Richelieu ne voulut point aller aussi vite à l'égard du jeune prince de Chalais et de MM. de Vendôme : il attendit un peu plus tard pour oser ses coups de force, car ces derniers étaient princes fleurdelisés.

La cour commençait à se ressentir de la police sévère du cardinal ; son caractèra inflexible se déployait dans ses ordonnances contre le duel, et leur application surtout aux gentilshommes d'illustre blason. Il n'y eut ni pardon ni grâce, même pour les seigneurs du plus haut rang; le comte de Boutleville, de la grande race des Montmorency, Tun des forts jouteurs d'armes, porta sa tète sur un échafaud en Grève, de compagnie avec le comte des Chapelles, son cousin et son second. Bouteville et le marquis de Beuvron, adversaires de familles, s'étaient suivis partout, en Flandre, en Lorraine, pour se rencontrer en un pré; et Boutteville piqué, s'était écrié : « Je me battrai en bref dans Paris et dans la place Royale. » Ils s'étaient en effet battus à six, en face du soleil : le pauvre Bussy-d'Amboise, qui avait eu cinq accès de fièvre, tout ahté, tout saigné, voulut être de la partie, et fut transpercé d'une estocade. Le comte des Chapelles et Bouteville avaient été arrêtés, poursuivis et condamnés en parlement; les familles de Montmorency et de Condé réclamèrent en vain; le roi annonça en pleine cour qu'il n'y aurait désormais ni pardon ni trêves pour les duellistes. Un autre édit fut porté contre le luxe; la pensée de Richelieu était toujours de classer tous les rangs dans une sorte de hiérarchie pour en faire sortir un ordre, une police. Quelle hardiesse de donner aux gentilshommes une ordormance pour régler leurs plaisirs et la richesse de leurs vêtements; c'était honneur à cette puissante noblesse de paraître en cour les liauls-de- chausses brodés d'or, les grandes fraises dentelées , les chapeaux ornés de diamants et parsemés de mille plumes. Eh bien, Richelieu modifiant toutes ces coutumes, prescrivait à tous les rangs de la no-

MAZAIUN ET LA KUONDK. 309

Moftse, (le la bourgeoisie et du peuple, le coslume et les insignes qu'ils devaient porter K Enfin un troisième édit plus hardi encore , ordonnait la démolition de tous les châteaux à rintérieur qui ne servaient pas à la défense des frontières oi^i à la protection des villes ^ C'était la force de la féodalité que ces châteaux à tours crénelées où l'homme d'armes se défendait sous la bannière des barons, contre les armées royales; ils avaient \h canons et couleuvrines, remparts, fossés profonds et garnisons plusou moins nombreuses; noble privilégederiîomme féodal que de placer son camp tout muraille au sein d'une province ou à côté d'une cité! le priver de sa forteresse c'élait lui arracher sa cotte d'armes , briser son casque sur sa tête. Dès ce moment, fut blessée au cœur cette noblesse provinciale qui avait tourmenté la monarchie par ses révoltes, mais qui jamais ne l'avait menacée de révolution. Le roi était son chef naturel, car elle l'avait élevé sur le pavois; elle n'avait jamais été avare de respect ni de dévouement. A la première semonce, elle venait se rendre sous ses cornettes ; entourant son blanc panache comme à l'époque du Béarnais.

Au moment où la politique du cardinal de Richelieu prenait ainsi un aspect plus déterminé, arrivait à la cour du Louvre le noble favori de Jacques P" d'Angleterre, et de Charles P% son fils, qui lui avait succédé. Le duc de Buckingham déployait une magnificence de roi; ses chevaux, ses ctiiens de race remplissaient toutes les cours du palais, et l'on n'entendait partout que des éloges du puissant favori. La mission du duc de Buckingham était tout entière pour hâter le mariage d'Henrietie de France et de'Charles P*". Cette négociation de longue date avait soutïert de grandes difficultés à Rome pour obtenir la dispense nécessaire à la célébration d'un mariage mixte. Enfin le pape, qui avait l'espérance que l'influence d'Henriette de France agrandirait le parti catholique en Angleterre , donna l'autorisation nécessaire au père Bérule, chargé de celte mission à Rome ; car toutes les négociations se faisaient alors par le clergé et les parlementaires; les gentilshommes sollicitaient les ambassades d'honneur et laissaient aux clercs les affaires sérieuses

1 Regisires du parlement, vol. ccc, fol. bG.

2 31 juillet 1626, registres du parlemonl, vol. ccc, fol. 307.

3J0 KICHKIJEU,

dans lesquolles il y avail dos iiUûnHs positifs h discuter. Les négociateurs obtinrent à Londres de nombreuses concessions de Jacques, de Charles son fils, et du duc de Buckingham : les catholiques durent jouir de toutes immunités et les persécutions cessèrent; le roi de la Grande-Bretagne promit de ne jamais contraindre Madame Henriette -Marie à renoncer à la religion ai)osloiique et romaine. Les prisonniers papistes durent être mis en hberté, et quelques modifications furent faites aux édits persécuteurs qui ne permettaient pas aux catholiques de succéder, de posséder des tiefs, de pratiquer, même dans la solitude, les cérémonies et le culte des ancêtres.

Contraste remarqué que celui deRichelieu et de Buckingham, tous deux premiers ministres d'un grand empire, tous deux marchant dans une commune voie de prérogatives royales ! Richelieu luttant avec les grands et les gentilshommes de provinces; le duc de Buckingham, attaquant un à un les droits du parlement pour plaire à Jacques et à son fils Charles P'. Ces deux caractères, avec une mission identique, ne se ressemblaient point ; le ministre anglais était tout en dehors, vif, pélulant, ne sachant ni se contraindre ni se contenir; Richeheu, au contraire, mesurant de ses yeux le but même éloigné, voulait l'atteindre, mais avec plus de calme que d'impatience. S'il faut en croire les Mémoires du temps, une des ambitions du duc de Buckingham fut de plaire à cette jeune Anne d'Autritriche , infante d'Espagne , traitée avec tant de froideur par Louis XIII. Le puissant baron parlait avec élégance la langue espagnole; il avait aimé dans les carrousels d'Aranjuez les brunes Castillanes de la cour de Philippe IV. A Paris, une plus haute conquête l'enivra : fut-il Tamant d'Anne d'Autriche, inscrite au livre d'or de ses amours? L'histoire grave laisse aux Mémoires ces révélations de la vie intime des palais. Cette pauvre petite infante, reléguée au palais du Louvre ou de Saint-Germain, pouvait bien écouter les brillantes paroles du plus noble comme du plus aimable seigneur de la Grande-Bretagne; délaissée par Louis XIII, ne disait -on pas également qu'elle avait repoussé l'amour du cardinal de Richelieu ! L'école hollandaise a fait un livre tout exprès sur les galanteries du cardinal ! Le scandale est facile ; mais l'histoire,

MAZAHm ET LA FHONDK. 31 1

qui prend de liiuil un syslènio pour en envisagoi- l'ensemble, néglige ces l'évélalions inutiles, ces mystères que couvrent les soyeuses étoiles et le riche point de. dentelles. Le duc de Buckingliam partit de Paris, et la nouvelle reine d'Angleterre le suivit, accompagnée de ses femmes, de ses filles d'honneur, et surtout des religieux de l'Oratoire, que conduisait le père Bérule, le fondateur de la congrégation; puis, quelques carmélites, vierges pieuses, qui renonçaient au monde , à ces splendeurs de cour, pour se couvrir de bure et vivre de la vie contemplative. Les fiers gentilshommes anglais, possesseurs des fiefs et des manses monastiques, durent voir avec inquiétude cette longue procession de moines qui venaient établir leur chapelle et leur institut jusque dans le palais du roi. En France, alors, le catholicisme gardait ses splendeurs, et au milieu de Paris entrait un pieux légat du pape, le cardinal Barberini. Le duc d'Anjou alla le recevoir jusqu'à la porte Saint-Jacques ; le légat, son bâton blanc à la main, fut placé sous un dais d'or et de soie; Gaston tenait le licol de la mule ; mille cierges brûlaient aux croisées, et l'encens parfumait les rues. Les échevins de Paris portaient les bâtons du dais ; une procession immense s'avança ainsi vers le Louvre. Louis XIII accueillit le légat sur le seuil du palais. Quand celui-ci eut son audience royale, Gaston et le cardinal prirent un siège d'une même dimension ; ils causèrent plus d'une heure ensemble dans la balustrade du lit , honneur que les rois ne faisaient qu'aux princes du sang. Tout Paris fut illuminé pendant trois jours que durèrent les pompes de l'Église, et l'on entendait dans les airs le son des cloches à grande volée.

La cour vint à Fontainebleau ; Louis XIII aimait cette vaste forêt, ces taillis épais où il poursuivait le sanglier, le cerf et le daim , aux aboiements de sa meute retentissante. Marie de Médicis, le cardinal de Richelieu avaient suivi le jeune prince dans le palais tant chéri de Henri IV ; une cour nombreuse, la fauconnerie, les ballets, les tragédies, venaient embellir la solitude des bois où Marie de Médicis cherchait à distraire la vie tant ennuyée du roi Louis XIII, toujours maladif et tristement agité par mille craintes de conjuration et de mort. Le roi ne prenait plaisir qu'à se trouver avec deux jeunes favoris :

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run, Baradas, pauvro gentilhomme, loiil à coup élevé ù la plus haute Hivcur, fortune de cour si fragile; l'autre, Schomberg, de cette famille des mignons tout frisés de Henri IIÏ.

L'autorité du cardinal de Richelieu avait grandi. S'il n'avait point encore le titre de premier ministre, la puissance absolue lui appartenait; il vivait dans l'intimité la plus grande avec Marie de Médicis, qui seule aurait pu lui disputer le crédit. Le duc d'Anjou n'avait pas suivi la cour; depuis l'arrestation du maréchal d'Ornano, le frère de Louis XIIl, inquiet, mécontent, redoutait le cardinal-ministre qui l'avait entouré d'hommes gagnés à ses intérêts, d'espions à titre. Il arrivait au cardinal ce qui s'était produit sous le maréchal d'Ancre et sous le duc de Luynes ; il avait à lutter contre tous les mécontents de son pouvoir. Déjà de nombreux pamphlets signalaient ses projets ou lançaient sur lui les sarcasmes populaires; de ce qu'il avait traité avec les huguenots, de ce qu'il protégeait les intérêts allemands de la réformation, ses ennemis concluaient qu'il n'était catholique que de nom, et de là ces petits écrits qui le dénonçaient comme le pontife des huguenots ou le patriarche des athées. Les mécontentements se manifestèrent après surtout que le cardinal eut fait arrêter le maréchal d'Ornano sur de simples soupçons; désormais qui serait donc respecté, puisqu'un maréchal de France, le gouverneur même du frère de Louis XIII, était arrêté par les ordres du cardinal? Quand Gaston s'était plaint de cette violence, que lui avait-on répondu? « Monseigneur, il est vrai que le roi m'a fait l'honneur de me consulter sur cette affaire, et que je la lui ai conseillée, non seulement comme utile, mais absolument comme indispensable à la sûreté de sa personne et au repos de l'État. » Dans les idées d'alors, rien n'était plus simple et plus légitime que la guerre ouverte et déclarée contre un ministre. Les mœurs ila iennes avaient introduit à la cour d'autres moyens de se débarrasser d'un ennemi : ne pouvait-on pas en finir avec Richelieu comme on en avait fini avec Concini et comme on aurait agi également avec le connétable de Luynes si la mort n'avait pas prévenu la conjuration? Le comte de Chalais, ardent jeune bomme, en voulait venir à ces moyens extrêmes ; n'y avait -il pas une manière toute simple de tirer vengeance

(lo l'afïront que Richelieu lui avait fait? le n^nistre allait passer quelque temps dans sa maison de retraite de Fleury; là des hommes bien dévoués devaient se réunir, l'enlever dans un guet-apens, le frapper même si on le jugeait utile. Dans ce complot entraient la plupart des gouverneurs de provinces tous prêts à se plaindre de l'inflexible caractère du cardinal; ils n'étaient plus libres dans les gouvernements; l'autorité royale s'y montrait, non seulement pour la perception des deniers, mais encore pour la police et la levée des gens de guerre. César de Vendôme et son frère le grand-prieur, si intimes d'union fraternelle, avaient adhéré, comme braves et dignes gentilshommes bâtards, au projet d'enlever Richelieu ; ils devaient prêter, s'il le fallait, leur province de Bretagne, pour servir de point d'appui à la guerre féodale qui serait la suite d'une tentative si hardie, si elle venait à manquer.

Le cardinal de Richelieu instruit, par une révélation du commandeur deValençay, du projet qu'on tramait contre lui, le communiqua au roi et à Marie de Médicis. « Vous voyez à quels coups on en vient contre moi ! » leur dit-iL Et le roi, par la suggestion de sa mère, envoya une compagnie de gardes à Fleury pour protéger la vie et la liberté du cardinal. Le projet des conjurés était de se rendre à la maison de retraite de Richelieu, et conduits là par Ghalais,de lui demander hospitalité et hébergement; puis de profiter de la circonstance pour exécuter l'attentat contre sa vie ou sa personne : prévenu de ce dessein, le cardinalse garda bien d'aller à Fleury ; et quand toutes les mesures de précaution eurent été prises, le cardinal se rendit auprès de Monsieur, et avec un air sérieux et digne : « Je regrette bien que Votre Altesse ne m'ait pas fait prévenir qu'elle et ses amis vouloient me faire l'honneur de venir souper chez moi, je me serois efforcé de les traiter et de les recevoir de mon mieux. » Le duc d'Anjou vit dès lors que tout projet était éventé, et son caractère timide se montra plus visiblement encore dans les confidences qu'il fit à Richelieu. La cabale, bien haute, avait pour chef l'héritier présomptif de la couronne : Richelieu n'aperçut donc pour lui que deux partis : ou se retirer des affaires en offrant sa démission, ou se maintenir au pouvoir, mais alors en lui

314 niCHKLIEU,

donnant une extension si grande qu'il pourrait lutter avec les partis politiques. Dans la vie des hommes d'État, il y a souvent habileté à offrir sa démission ; cette démarche indique du désintéressement d'un côté, et de l'autre le vide qu'une retraite prématurée pourrait laisser dans les affaires ; il suit de là que si la démission n'est point acceptée, la puissance du ministre s'accroît, et c'est le but que Richelieu voulait atteindre. En effet, loin que Louis XIII accueillît l'humble lettre de son ministre, il lui écrivit de sa main pour le féliciter de sa conduite politique et l'inviter à demeurer à son service : «Mon cousin, j'ai vu toutes les raisons qui vous font désirer votre repos, que je désire avec votre santé plus que vous, pourvu que vous la trouviez dans le soin et la conduite principale de mes affaires. Tout, grâces à Dieu, y a bien succédé depuis que vous y êtes. J'ai toute confiance en vous, et il est vrai que je n'ai jamais trouvé personne qui me servît à mon gré comme vous. C'est ce qui me fait désirer et vous prier de ne point vous retirer, car mes affaires iroient mal. Je veux bien vous soulager en tout ce qui se pourra et vous décharger de toutes visites, et je vous permets d'aller prendre du relâche de fois à autre, vous aimant autant absent que présent. Je sais bien que vous ne laissez pas de songer à mes affaires. Je vous prie de n'appréhender point les calomnies, on ne s'en sauroit garantir en ma cour. Je connoisbien les esprits, et je vous ai toujours averti de ceux qui vous portoient envie, et je ne connoilrai jamais qu'aucun ait quelque pensée contre vous que je ne vous le dise. Je vois bien que vous méprisez tout pour mon service, Monsieur, et beaucoup de grands vous en veulent à mon occasion ; mais assurez-vous que je vous protégerai contre qui que ce soit, et ne vous abandonnerai jamais. La reine ma mère vous en promet autant. Il y a longtemps que je vous ai dit qu'il falloit fortifier mon conseil ; c'est vous qui avez toujours reculé, de peur des changements ; mais il n'est plus temps de s'amuser à tout ce que l'on en dira; c'est assez que c'est moi qui le veux '. » Cette adhésion, cet encouragement donnés par le roi au système et aux idées de Richelieu, 1 Manuscrit du maréctial de Richelieu, copié sur l'original écrit de la raain du roi, 9 juin J626.

MAZAIilN ET lA FRONDE. ' :î(5

cet appui prêté par le prince, lorlifiaient la position du minisire ; il dut dès lors songer à Tavenir de son pouvoir, en se d('barrassant de ses ennemis. Il ne pouvait aller droit jusqu'au duc d'Anjou, parce qu'il eût été trop hardi de mettre la main sur un prince de la race royale, héritier présomptif de la couronne ; Richelieu, selon son habitude, s'attaqua aux instrumen's et aux conseils. Il avait déjà fait arrêter le maréchal d'Ornano; il fit saisir sans hésitation le jeune comte de Chalais. L'héritier des Périgord, le jeune et brillant mignon, qui, pour nous servir de l'expression des Mémoires du temps, était beau comme un page de Henri III, fut destiné à une procédure criminelle, qui désormais devait empêcher plus d'un seigneur territorial de prendre parti contre la prérogative royale. Pour faire croire qu'il était étranger à ces vengeances, Richelieu ne suivit point la cour qui avait quitté Fontainebleau pour se rendre à Blois. Le ministre demeura à sa terre de Fleury, laissant à la reine des instructions sévères sur la conduite qu'elle avait à tenir avec les grands.

Marie complètement dévouée à cette époque au cardinal de Richelieu, servit d'intermédiaire pour le réconcilier avec le duc d'Anjou, jeune homme facile et qui trahit ses partisans sans remords. Le 50 mai, le duc d'Anjou alla rendre visite à Richelieu, et sa main lâche et tremblante écrivit, au milieu des pompes et de l'éclat d'une collation où l'on ne voyait que bougies, lustres, vases de cristal pleins de vins clairets, massepains en pyramides, la déclaration suivante : « Moi, duc d'Anjou, frère du roi, reconnois les mauvais desseins de ceux qui en mon nom ont voulu troubler l'État. Je déclare en conséquence promettre de mourir plutôt que de suivre leurs conseils, en même temps de révéler tous les faits, toutes les intrigues qui viendroient à ma connoissance, capables d.; troubler la paix de l'Etat. De plus j'affectionnerai sincèrement tous ceux que Sa Majesté honorera de sa confiance. » En échange de cet écrit, Louis XIII signait une autre déclaration par laquelle il promettait d'aimer et de chérir son frère d'Anjou comme lui-même, le considérant à l'avenir comme l'appui de son trône et de sa maison *. Après avoir ainsi établi quelque harmonie dans la famille

1 Mercure français, ad ann. 1626.

310 KICllKMEU,

loyulopurrinlcrvenlion de Mario di; Mûdicis, Kiclielicu se crut assez fort pour imprimer plus d'unité à son ministère. Il avait besoin, pour les sceaux, d'un homme qui lui lût dévoué, et le chancelier d'Aligre était un de ces membres du parlement faibles, timides, incertains, sur lesquels il était impossible de fonder un système violent et décidé. M. de La Ville-aux-Glercs fut chargé par le cardinal-ministre de demander les sceaux au chancelier d'Aligre, et ils furent confiés à M. de Marillac, créature de Richelieu et en complète harmonie de doctrines et de fermeté politique. Il y eut dès lors plus d'énergie dans le pouvoir; le garde-d es-sceaux était chargé de sceller les lettres patentes, et il fallait qu'un premier ministre eût cette prérogative en ses mains pour qu'il n'éprouvât aucun obstacle. Il arriva dans cette circonstance ce qui se produit toujours après une conspiration manquée contre le pouvoir : celui de Richelieu grandit, et le premier acte de M. de Marillac fut de sceller les lettres patentes qui créaient le cardinal de Richelieu grandmaître, surintendant de la marine et navigation. L'institution de celte dignité se rattachait à une vaste idée de commerce ; Richelieu créait une compagnie puissante et bien réglée pour entreprendre un négoce général par terre et par mer.

Pendant le séjour de la cour à Blois, Richelieu mit à exécution son plan d'une réaction sévère contre tous ceux qui avaient priç part à la conjuration formée contre lui. D'Ornano était toujours captif; une maladie lente le consumait; il n'était plus à craindre. Louis XIII, parfaitement instruit par sa mère et le cardinal-ministre, manda auprès de lui le duc de Vendôme et le grand prieur, jeunes hommes sans aucune expérience. Le duc de Vendôme, fléchissant un genou, dit à Louis XIII : Sire, je suis venu au premier commandement de Votre Majesté pour lui obéir et l'assurer que je n'aurai jamais d'autres desseins ni volonté que de lui rendre mes très-humbles services. » Le roi l'accueiUit d'une physionomie riante ,- puis lui mettant doucement la main sur l'épaule, il lui dit : « Mon frère, j'étois en impatience de vous voir. » Louis XIII s'entretint quelque temps avec lui sur divers sujets, et le reprenant encore par la main, il ajouta : « Je vais demain chasser à Amboise, voulez-vous venir avec moi? — Oh! non, Sire, répondit le duc de Vendôme, je

MAZAHliN ET LA Fl\ONDL. 317

suis venu en poste parce que j'avois liàle de vous voir, cl ai besoin de me reposer. » Le roi répliqua d'un air moitié piqué : « Je vois, mon frère, que vous avez besoin de vous entendre avec vos amis ; je vous laisserai faire vos visites. » Le lendemain au soir les deux bâtards de Henri IV, selon leur fraternelle coutume, étaient couchés dans le même lit; on frappe en toute hâte à leur hôtel, et on demande au nom du roi qu'on en ouvre les portes. Les deux capitaines des gardes Mosny et du Rallier entrent à la tête de quinze ou seize soldais qui tenaient en avant la pointe de leur hallebarde. M. de Vendôme et le grand prieur son frère éveillés en sursaut, apprennent les ordres du roi, et Taîné , regardant fixement son cadet, lui dit : « Eh bien, mon frère, je vous avois bien dit qu'on nous arrôteroit à Blois ; ce chàteau-ci est funeste aux princes. » Saluant ensuite le capitaine des gardes, il lui dit : « Monsieur, nous n'avons pas envie de nous sauver. » Les deux frères durent être conduits au château d'Amboise sous une garde nombreuse. Leur bateau descendit la Loire ; les gendarmes et les mousquetaires en suivaient les bords, et l'on voyait caracoler par escadrons élégants toutes ces troupes sur les deux rives. Amboise devint ainsi le lieu de leur captivité, tandis que la cour se portait à Nantes pour instruire promptement le procès du malheureux comte de Ghalais.

L'aventureux jeune homme avait été arrêté par le comte de Tremes. Quand Texemptdes gardes lui demanda son épée, Ghalais la lui remit l'œil terne, le visage éploré : « Je crains plus une longue prison que la mort, si ce n'est l'ignominie, » répondit l'héritier des Périgord. Il fut jeté par l'ordre du roi au lond d'une vieille tour. Une commission fut désignée : l'instruction du procès dut être confiée au garde-des-sceaui Marillac, l'agent le plus dévoué de Richelieu. Les procédures continuèrent pendant le mois de juillet; le comte de Ghalais montra peu de fermeté dans les interrogatoires qu'il subit. Le duc d'Anjou fut un des témoins qui déposèrent le plus hautement contre le malheureux jeune homme. Gaston, pleinement satisfait par un riche apanage, prenait le titre de duc d'Orléans, et recevait à peu un million de rentes en fiefs, terres et revenus à Blois et Vendôme. Tout cola il le devait à l'intervention de la

;n8 IIICHELIEU,

reine-mère et de Richelieu. La commission parlementaire ordonna qu'il fût informé non seulement contre le comte, mais encore contre le duc de Longueville, la duchesse de Ghevreuse, les ducs d'Epernon et de La Valette, et d'autres gentilshommes attachés au duc d'Orléans. On avait jusqu'alors attaqué les féodaux par les armes, on les faisait condamner par le parlement. Voilà ce qui explique cette immense solennité apportée dans le procès du comte de Chalais ; il ne s'agissait pas seulement d'un seul homme, mais d'une opinion poursuivie d'une manière implacable. « Chalais, dit une relation contemporaine, a été mis sur la sellette cette après-dînée. M. le cardinal et M. le gardedes-sceaux l'ont vu froidement. Le malheureux comte se jeta à genoux et leur dit : « Messieurs, ayez pitié de moi, je suis un homme perdu. » Il pleuroit fort et crioit : « Mon DievTvrmiséricorde ! » Aussitôt qu'ils furent sortis, MM. du parlement entrèrent en séance, et la sentence de mort fut inflexiblement prononcée. Chalais après avoir demandé pardon à sa mère des torts qu'il pouvbit avoir, la pria de demander sa grâce à Leurs Majestés et non aux juges. » Richelieu se montra inflexible, et ne voulut accorder aucune grâce : la mort! la mort! fut son dernier mot. Il s'agissait d'accabler le parti du duc d'Orléans. Le ministre s'était emparé du jeune prince par l'institution de son apanage et son union avec mademoiselle de Montpensier. Chalais allait mourir pour Gaston, et aux fiançailles du prince il y eut feux de joie, canonnades ; le roi fut très-content ; il baisa par trois fois mademoiselle de Montpensier ; le cardinalministre célébra la messe, et l'on lit de beaux vers sur l'hyménée : «Amour, disait le poète, donne-lui des enfants mâles semblables à Henry-le-Grand. » Le comte de Chalais monta sur l'échafaud, et le beau jeune homme, la tête toute frisée, reçut vingt-deux coups de hache de la main tremblante et mal assurée d'un cordonnier improvisé bourreau. A cette nouvelle le maréchal d'Ornano mourut en prison et les deux bâtards de Vendôme furent plus resserrés à Amboise. Quant à la reine Anne d'Autriche, comme elle était soupçonnée d'avoir pris une part active à toutes ces conjurations, elle fut reléguée dans les palais du Louvre et de Saint-Germain : et là, pauvre infante, elle passa les longues veillées d'hiver sans recevoir une seule vi-

site. On lui interdit les moindres relations avec ses amis, ses lilles espagnoles et l'ambassadeur de son frère. Le roi la traitait avec une extrême répugnance. Toutes les dépêches espagnoles parlent encore de cette situation de veuvage , de cette rigueur exercée sur la sœur de Philippe IV; elle n'eut plus aucune action dans les affaires; le cardinal -ministre savait bien qu'il n'y avait pas possibilité d'une alliance entre l'infante et un système anti-espagnol.

Richeheu n'avait paru personnellement dans aucun de ces actes rigoureux ; il en avait laissé l'exécution et la responsabilité à Marie de Médicis et au roi Louis XIII ; il disait que s'agissant d'atfaires de famille et d'intérêts de race royale, le roi et sa mère devaient agir en personne. Comme il attaquait de vive force la féodalité, il était évident que les parlementaires et la bourgeoisie prêteraient aide au nouveau système ministériel, et les notables étaient-ils autre chose que l'expression du parlement et des bourgeois? Or, quand le roi vint en Bretagne, un de ses premiers actes fut de tenir l'assemblée des États de la province. Il y fut délibéré sur un ensemble de plaintes, remontrances du parlement et cours souveraines, sur les mariages clandestins entre étrangers, administration des hospices et police des mendiants , privilèges des universités , règlement sur l'imprimerie, administration de la justice, droit criminel, armes prohibées, privilèges de noblesse, tailles, officiers comptables, amirauté et marine. A Paris, l'assemblée des notables fut d'une longue durée; le cardinal de Richelieu y vint en personne dans le royal cortège : « Les affaires, dit-il aux notables, sont maintenant, grâces à Dieu, en assez bon état; mais on n'oseroit se promettre qu'elles y demeurent toujours, et il faudroit n'avoir point de jugement pour ne pas coniioître qu'il les faut pousser plus avant. Il faut par nécessité, ou laisser ce royaume exposé aux entreprises et aux mauvais desseins de ceux qui' en méditent tous les jours l'abaissement et la ruine, ou trouver des moyens assurés pour l'en garantir. Reste donc à augmenter les recettes, non par nouvelles impositions que les peuples ne sauroient plus porter, mais par des moyens innocens qui donnent lieu au roi de continuer ce qu'il a commencé à pratiquer celte année, en déchargeant ses sujets par la diminution des tailles. »

320 HICIIELIFX,

« Feu de paroles, et beaucoup d'edcts. » Tout le système du cardinal se résume dans cet axiome; sa tendance iut pour la modération. L'exécution du comte de Chalais avait produit une sensation vive et profonde; pour en atténuer l'ciret, le cardinal se montra doux et modéré contre les criminels d'État. Selon lui ils ne devaient être punis désormais que d'une seule peine, la privation de leurs dignités. On a remarqué dans l'histoire, que les hommes qui avaient le plus parlé contre la peine de mort, étaient ceux-là précisément qui en avaient ensuite le plus abusé. Le ministre savait bien que la vieille rigueur des parlementaires n'adopterait jamais cette maxime indulgente, et les parlementaires dominaient les notables; il avait ainsi le mérite d'un système de douceur sans se priver des vigoureux moyens de répression dont il avait usé déjà. Le cardinal proposait également d'interdire aux grands de l'État toute relation personnelle avec les ambassadeurs, sans en excepter même le nonce, et ceci p«ur éviter des trahisons fréquentes ; les prélats s'opposèrent à cette disposition , car ils voulaient conserver la liberté de leurs rapports avec Rome. On fit des règlements contre les libelles ; Richelieu sentait toute l'importance de ne point laisser les écrivains s'exprimer librement sur son système. Il craignait cette polémique puissante des pamphlets, car le cardinal était très susceptible. Les dettes de l'État furent établies à 52 millions ; on fixa l'armée à 2 mille hommes de cavalerie, et 18 mille hommes d'infanterie répartis dans les provinces, et payés moitié par elles et moitié par le roi. Enfin, comme personnification de ces idées , des lettres-patentes signées du roi donnèrent à Richeheu entrée, voix et opinion délibératives dans le parlement , devant prendre séance à côté des pairs*.

Cet agrandissement subit était la conséquence simple d'un mouvement d'opposition qui avait échoué; ce mouvement devait renverser Richelieu ou le grandir. Qui pouvait s'opposer désormais au libre exercice de sa toute-puissante autorité? Gaston d'Orléans était annulé ; restait la reine Marie de Mé-

* Registres du parlement, vol. ccc, fol. 449. — Joly, i, add. pag. 92. Richelieu ne fui oiriciellement déclaré premier ministre que le 21 novembre 1G29.

MAZAiaN ET LA FH()M)K. 321

dicis, jusqu'ici en parfaite liarmonie avec Richelieu. LMiabilelé du ministre consista donc à renverser séparément tout ce qui pouvait s'opposer à son système; il n'attaqua pas d'abord, et dans une sorte de simultanéité, les calvinistes, les féodaux et les intrigues de cour. Toutes ces forces réunies l'eussent emporté ; il les prit l'une après l'autre pour les vaincre plus facilement.

Ce système développé par le cardinal de Richelieu n'échappait point à l'active intelligence de l'ambassade espagnole à Paris. Le marquis de Mirabel avec le titre d'ambassadeur extraordinaire, jouissait de peu de crédit à la cour, et plus d'une fois il avait demandé son remplacement ; Philippe IV ne l'avait point satisfait encore. La disgrâce de la reineinfante était alors publique; l'ambassadeur espagnol avait établi sa politique de corruption sur de très larges bases pour reconquérir un peu d'influence à la cour. Richelieu étant opposé aux intérêts espagnols, le marquis de Mirabel s'adressait tout à la fois à la reine, au duc d'Orléans, aux divers favoris que la fortune jetait dans les affaires ^ « Depuis la mort du duc de Luynes (écrit le comte de Monteleone au cabinet espagnol), qui fut le favori bien-aimé du roi très chrétien, ce prince n'avoit jusqu'à ce jour ouvertement accordé à personne la qualité et les prérogatives de favori. Depuis peu Sa Majesté s'est pris tout à coup d'une vive affection pour un gentilhomme qui est à peu près de son âge, et que l'on nomme Baradas. La faveur de ce dernier a pris un tel accroissement, que le roi lui a acheté la charge de premier écuyer qu'avait auparavant un proche parent du comte de Schomberg. S'il me jugeoit convenable d'entamer quelque négociation avec Baradas, de manière qu'une fois maître de sa volonté, nous serions à peu près certains de diriger celle du roi 2, et, par contre-coup, celle de sa mère et de la plupart des ministres ; le meilleur moyen seroit donc de tenter ce jeune parvenu par des présens ', comme l'a déjà fait la reine-mère *; car on ne peut se le dissimuler, le

1 Archives de Simancas, cot. A 80''° (LelU'e chiffrée).

^Ifacer en esta alguna négociation {fanada entavolunlad lo eslaria ladelrey-

"* Granjear le con dadivas.

* Coma lia heclio ta reijna madré.

i2l RICHEMKU,

iiiondo en garde contre nous ici. Il s'imagine que nous ne négocions jamais qu'avec une arrière-pensée. On paroit imbu de celle idée, el il faut que votre ambassadeur en France use plus que jamais de prudence el d'habileté pour déjouer ces calculs el détruire ces préventions. Le comte de Schomberg autre, favori, est un esprit délié, un caractère qui dissimule très bien son ressentiment, et surtout les graves offenses qu'il subit journellement de Richelieu. La plus récente comme la plus forte qu'il ait reçue de ce dernier, c'est de s'être vu enlever l'appui de Baradas, qui sorloit de sa propre maison, el que Richeheu a non seulement gagné à son parti, mais a rendu encore l'ennemi de Schomberg. Cependant il faut remarquer que cette facilité de caractère dans le favori Baradas, n'est pas telle qu'il se laisse entraîner en-deçà des convenances et des bornes qu'il s'est imposées. Le roi est, dit-on, fort mélancolique; seroit-ce par suite des embarras où le placent quelques-uns de ses ministres ? Si du moins cela pouvoit faire écarter le cardinal de Richelieu ! Mais il y a trop d'habileté dans celle tête * pour pouvoir l'espérer, el, d'un autre côté, rien ne seroil plus heureux pour nous, si nous considérons les mauvaises intentions du cardinal envers notre couronne 2. Le seul personnage auquel on pourroit s'adresser dans ce moment, avec quelque espérance de succès, seroil le prince de Condé. Votre Majesté sait la manière retirée avec laquelle il vit, ne venant jamais à la cour, et ne songeant en apparence qu'à une chose, à satisfaire ses plaisirs. Mais dans le fond je sais le ressentiment qui le travaille, ressentiment qui a été augmenté encore par un mot qui est échappé au roi, auquel on demandoit pourquoi il n'avoil pas renouvelé ses instances auprès du prince pour le faire revenir à la cour; Sa Majesté répondit : « Qu'en feroit-on ici ? il ne veut nous être d'aucune utilité; probablement il ne se sent capable de rien de bon ^. » Un meilleur moyen (et que je développerai à Votre Majesté dans

1 Pero no es para esperar por ser tan capax,

ï Por ser este cardinal tan mal intencionado. Archives de Simancas , col. A 80*6.

' Que se haceria nada bueno, y que el mismo confirmava esta poca eslimacion, diciendo que no havia de hacer nada a esta cor le.

MAZAHIN F/r LA FHONDE. ^iH

une autre dépêche) pour occuper et détourner Tattention do Sa Majesté Très-Chrétienne, ce seroit de soutenir les huguenots ^ »

En lisant ces dépèches générales, un seul fait saillant en résulte; c'est le peu d'intelligence qui existe entre la France et l'Espagne. On est en paix, sans doute ; l'alliance de famille domine encore, et pourtant on se trahit, on négocie en secret. Les deux cours cherchent mutuellement à se créer des obstacles. Il y a pour cela un motif : les intérêts matériels sont en opposition. La France et TEspagne ont des territoires disputés; leurs frontièresio-^ touchent, se pressent, s'étreignent ; leur population, leur commerce sont en hostilité. Cependant un événement immense va amener de nouveau une alliance entre la France et l'Espagne ; des hostilités se préparent en Angleterre contre le système français et catholique confondus dans un sentiment commun de haine nationale. La guerre avec les huguenots de La Rochelle resserre aussi les liens des deux souverainetés d'Espagne et de la France ; elle impose trêve un moment aux antipathies de Richelieu contre le cabinet de San-Lorenzo. L'Espagne est un indispensable auxiliaire du catholicisme ; le cardinal a besoin de son aide dans ses plans de campagne contre les calvinistes. Toutefois le rapprochement n'est et ne peut être qu'un fortuit accident dans le système général suivi avec tant de persévérance par Richelieu.

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