‹ Richelieu, Mazarin et la FrondeChapitre 5 sur 20 · AU SIGNOR COUYON. A SA FEMME · texte numérisé non relu

AU SIGNOR COUYON. A SA FEMME

Bougre, ne te contentes-tu pas Et toi magicienne et sorcière,

D'avoir envoyé au trépas, Toi, dis-je, seconde mégère,

Dans Amiens, le sieur Prouville ? lletournc au diable en ton pays

El tu veux, puant, infect, Exercer ta sorcellerie,

Sans raison, cause, ni sujet, Et ne viens montrer ta manie

En faire autant en cette ville. Dorénavant dedans Paris.

« Paris, 1614, in-lb.

8 Paris, 1615, in-8°. En vers.

* 1615, iti-8.

lOif-, in-S», en vers.

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de passions et do croyances d'avec les temps d'inlriçjiios. Au XVII'' siècle, il ne s'agissait plus de la conscience, mais des intérêts; tout s'était rabaissé à des querelles de fiefs et de cliàteaux, de domination dans le conseil, de puissance matérielle : ce n'étaient plus ces sermons qui parlaient de Dieu en invoquant de religieuses images pour remuer les âmes; tout se rapetissait en une lice de pamphlets parlementaires, où l'on discutait sa cause comme devant l'autorité judiciaire aux Pas-Perdus du Palais.

Marie de Médicis et sa cour, presque toute militaire, séjournaient à Bordeaux sous la protection des échevins et bons bourgeois qui déployaient leurs bannières de métiers et leurs forces municipales. Bordeaux paraissait très dévouée à la reine et aux opinions catholiques ; la faible population calviniste avait été désarmée par un acte de FHôtel-de-Ville, malgré les protestations religieuses des deux ministres de l'Évangile, qui s'éloignaient en murmurant de la cité, alors occupée par la gendarmerie et les gardes du roi ; l'étendard fleurdelisé s'élevait sur le château de Hâ; Marie, Louis XIII et sa jeune sœur s'y étaient renfermés tandis que se poursuivaient les préparatifs du double mariage, au milieu des menaces de la noblesse féodale soulevée. Les provinces qui environnaient Bordeaux, la Guienne, le Béarn, la Saintonge, étaient alors exposées à toutes les attaques des féodaux unis avec les calvinistes. Le duc de Rohan venait de s'emparer du château de Lectoure, peu éloigné de la Garonne ; toute la rivière du Gers, les châteaux- forts qui la pro tégeaient étaient au pouvoir de la noblesse, qui se préparait à un coup de main contre la reine renfermée en la cité de Bordeaux. Il y avait sans doute dans le Béarn un vieux dévouement de race et de castels pour le fils du Béarnais, ce compagnon d'armes de la plupart des gentilshommes de Pau qui grimpaient, enfants, sur les rudes rochers ; mais le principe religieux, les intérêts de la féodalité étouffaient les germes de cette pieuse loyauté ; et d'ailleurs ce n'était pas contre le fils du Béarnais que tous ces gentilshommes prenaient les armes, mais contre le conseil qui dominait sa couronne, contre cette reine italienne de sentiments et de mœurs, ces favoris indignes, si injustement préférés aux braves compagnons des batailles du grand Henri.

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Dans celle posilion diflicilc il arriva à la reine-mère un secours inopiné : les paysans qui peuplaient les campagnes des environs d'Aucli jusqu'aux Pyrénées virent avec une secrète indignation les armements de leurs seigneurs pour les priver de leur loi callioliqiio ; les communes du midi de la France avaient toujours joui d'une grande liberté; trop éloignées pour subir l'aclion royale, elles avaient conservé leurs chartes d'IIùlel-de- Vdie telles qu'elles avaient été primitivement concédées : que voulaient donc ces seigneurs avec leurs hommes d'armes étrangers qui brisaient leurs autels et menaçaient l'indépendance de leurs droits communaux? Le belïroi de rilôtel-de-Ville et le clocher de la paroisse étaient pour eux le symbole de toutes leurs idées sociales ; la noblesse calviniste venait les tourmenter dans cette paisible jouissance; «aussi, dit un monument contemporain, les communes des environs d'Auch, jusques aux Pyrénées, alarmées de ce que le duc de Ilohan avec le sieur de La Force et leurs troupes s'acheminoient vers leurs quartiers, induits par leurs curés, firent une forme de croisade en laquelle bourgeois et paysans entrèrent, résolus de courir sur le duc de Kohan et ses troupes et sur tous autres qui s'achemineroient en ce pays-là. » C'était un bon secours que celui que prêtaient les communes à l'armée royale groupée autour de Bordeaux pour protéger les doubles noces. D'après le cérémonial convenu, Burgos et Bordeaux étaient les lieux choisis pour la célébration des fiançailles ; le roi Philippe III devait amener l'Infanle dans l'antique cité de la vieille Gastille, en même temps que la reine-mère conduisait son jeune et royal fils dans la fidèle capitale de la Guienne ; puis madame Elisabeth devait se rendre sur la Bidassoa en même temps que l'Infante, et là devait se faire l'échange des deux princesses. «On tenoit pour véritable, à Bordeaux, que le duc de Rohan et ses associés dévoient atlaquer le roi, à la troisième journée de la sortie de la ville, au passage de la Midouze près Roquefort «; aussi l'armée qui accompagnait Madame était de quinze cents bons chevaux, quatre mille hommes de pied et quatre canons sur leur afïût ; c'était un véritable corps de bataille sous les ordres de M. de Guise: le maréchal de Brissac menait l'avant-garde, et avec lui éluienl deux marécluiux-de-cump d'inlanlerie, de Vignolles

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olSaini-Crrran ; la cavalpi'io ûtail condiiito par .^aint-Aignan. On marcliait à si politcs journées, ayant sur les derrières louto celte cavalerie des princes, que Madame mit dix jours de Bordeaux à Bayonne. On campait autour du pavillon royal comme à la veille dîme bataille: une fois à Bayonne cependant, on l'ut en plus grande sûreté, et les commissaires délégués par les deux couronnes s'occupèrent de réchange. Philippe III était arrivé à Fontarabie, conduisant sa fille ; madame Elisabeth vint à Saint- Jean-de-Luz ; il pleurait, ce bon roi d'Espagne, en se séparant de l'Infante chérie, et toutes les lettres disaient : «Nous vous assurons que c'est une dure séparation que celle du roi catholique et de la reine sa fille ; il l'aime si fort qu'il ne la peut quitter. Sur la Bidassoa, à l'endroit où elle a près de cent cinquante pas de large, on dressa deux bâtimens ou pavillons de charpenterie, sur les deux bords en opposition l'un de l'autre, où les princesses se mettroient en descendant de leurs litières; aux deux côtés de ces pavillons, on avoit posé de grands échafauds relevés de degrés, pour placer les dames et filles de la suite des deux princesses et autres assistans; au beau milieu de la rivière, on fit encore deux pavillons égaux, et pour y aller, on fit deux barques entourées de balustres, car on vouloit rendre toutes choses égales. Or, comme les François n'avoient mis sur leurs pavillons que les armes de France, tandis que les Espagnols avoient mis dessus la boule du monde et une croix, les François grommelèrent entre leurs dents : « Est-ce que c'est pour nous braver que les Espagnols mettent sur leur pavillon un monde, comme pour dire qu'ils en sont souverains? >> Il fallut que les Castillans cédassent; la boule et la croix furent ôtées. 3)

Madame Elisabeth paraissait très impatiente de terminer toute cette cérémonie et d'entrer enfin en Espagne où elle devait être saluée infante; lorsqu'elle apprit que la cérémonie était encore renvoyée d'un jour, elle se fâcha toute rouge de colère, et jeta ses gants dans le feu en s'écriant : « Quand ça finira-t-il ? » C'est qu'à Burgos et à Fontarabie il ne s'agissait pas seulement d'un échange de tendresse, mais encore de certaines précautions prises par Philippe III, en donnant sa fille au roi de France. Il existe, dans le couvent de Saint-AugusUu de

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Burgos, une série de pièces toutes relatives aux lormalités qui lurent imposées à l'infante Ana. La première de ces pièces est la renonciation de la princesse à ses droits légitimes sur la couronned'Espagiie, toute écrite de sa main, avec les précautions les plus minutieuses de la chancellerie espagnole. « Moi, dona Ana, intante d'Espagne, et, par la grâce de Dieu, reine promise et future de France, fille ainée du très-haut, très-excellent et trèspuissant prince Phihppe 111% par la môme grâce de Dieu, roi catholique, etc., déclare à tous ceux qui les présentes verront ma renonciation ainsi qu'il suit : « Je renonce à tous mes droits; quels qu'ils soient, présens et futurs, sur l'héritage et sur les biens de la reine dona Marguerite, ma mère, que Dieu ait en sa gloire ', de même qu'à la succession du roi, mon père et seigneur, et à tout ce à quoi je pourrois prétendre comme fille et héritière de Leurs Majestés Catholiques. Et parce que je suis majeure et au-dessus de l'âge de quatorze ans, je renonce également par ces présentes à tous mes droits sur les successions et héritages qui pourroient me revenir, comme héritière de Leurs Majestés Catholiques, par leurs parens ou par les dettes qu'elles ont à recouvrer, et je les cède et transporte entotalilé sur la tète du roi, mon seigneur et père, et de ses héritiers ou successeurs universels et particuliers ; je fais et j'écris ceci de mon propre consentement. C'est ce que je déclare devant Dieu et devant les hommes, en présence du roi, mon père et seigneur, et de ses frères, mes oncles, don Carlos et don Fernando, qui ont tenu à assister à cette cérémonie pour lui donner plus de solennité. Au monastère de Saint-Augustin de Burgos, le 16 octobre 1616 de la naissance de N. S. Jésus-Christ. Dona Ana ^-. » Cet acte était une simple précaution de famille. Philippe III voulut encore qu'une surveillance politique fût établie, et, à cet ctlct, il rédigea de sa main des instructions secrètes que Inigo

1 Dur y tener por contenta de lodos y qualesquier de rechos que de présente y fuiuro me pertenescan y puedan perienezer a los bienès y herencia de la 6»»a reyna dona Margarita mi madré, que aya gloria.

' « Minute de la renonciation de la reine infante, Anne, faite dans le couvent de Saint-Aufruslin de Burgos, relativement à ses droits légitimes à la couronne d'Kspagne. — Archives de Simancas, cote 2 ; pièce originale, de la main de l'infante Anne, »

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de Gardenas, son ambassadeur à Paris, devait transmettre au duc de Monteleone, envoyé extraordinaire, lequel accompagnait l'infante dans son voyage et allait résider avec elle à la cour. Ces instructions portaient sur la conduite que Ton devait suivre dans tout ce qui tenait à la personne de Tiniante ^ : « La reine infante sera servie comme elle l'entend, et tous ses domestiques seront ceux qui l'ont suivie d'Espagne. Un point encore essentiel est d'agir toujours avec une prudence extrême et beaucoup de llalteries, afin de satisfaire la reine-mère, qui est réellement attachée au roi, notre seigneur. Il faut faire attention à une difficulté, c'est que cette femme, qui paroît ne pas savoir grand'chose, est au contraire fort habile, et qu'elle est le moyen le plus sur pour améliorer et raffermir nos aifaires en France.» Le roi PhiUppe III insiste, dans une nouvelle instruction beaucoup plus longue que la première, sur la liberté dont le roi d'Espagne veut que la reine infante jouisse à la cour de France. Avec un soin particuher il choisit lui-même toutes les dames espagnoles qui devaient accompagner l'infante. L'état de la maison de la jeune princesse nous a été également conservé ; ses domestiques, ses femmes sont nombreux ; tous Espagnols d'origine, car le roi avait recommandé spécialement à sa fille de ne s'entourer que de Castillans. L'infante avait auprès d'elle un confesseur, le père François de Ribas; don Pedro de Casio était le premier aumônier ; Marc- Antonio de Harco, confesseur du commun ; les médecins, apothicaires, chefs, aides de cuisine, échansons, gardiens d'oiseaux, porte-clefs, maîtres èsvolsde faucon, valets de pied, balayeurs de chambres, tout cela était Castillan ; et puis douze jeunes filles d'Espagne, la comtesse de La Torre, dame d'honneur ; Louise d'Osorio, dame d'atour ; les signorettes de Mendoza et d'Aragon, demoiselles d'honneur; quatorze femmes de chambre ; et tous ces employés s'élevaient à plus de cent au traitement de 180,000 réaux (45,000 livres) par mois. C'est accompagnée de ce beau cortège que l'infante Anne arriva sur la Bidassoa. Madame Elisabeth s'était rendue à un quart de lieue du pavillon où elle dîna et

1 Instruction secrète de don Inigo de Gardenas, ambassadeur d'Espagne à Paris, transmise à, son successeur. » Archives de Simancas, cot. A CO^ (Lettre cliiffr«3e}.

sMiabilla; Pinfanlo Anno, roinc ijpousrc, on fit aillant au houriT (IMrun, qui est entre Fontarabic et ledit lieu d'échange. L'infanlerie fmnraise s'était rangée en bon ordre de bataille sur les doux croupes de la montagne ; les chcvau-légers, en deux escadrons, s'étaient massés dans un pré, tandis que les centsuisses descendaient vers le pavillon avec les pages et estafiers du duc de Guise. Un quart d'heure auparavant que les princesses parussent chacune de son côté, deux secrétaires d'État, l'un de France, l'autre d'Espagne, assistés de nombre de conseillers, se rendirent aux pavillons qui étaient au milieu de la rivière, où lecture fut faite des pouvoirs et de Tacte des épousements. « Ce fait, la reine épousée parut la première sur la montagne , ce qui causa de Timpatience aux Espagnols qui, dans le pavillon de leur côté, ne voyant pas venir Madame, crièrent comme si l'Espagne eût été perdue pour eux.

Cependant le duc de Guise commençait à faire marcher la troupe avec la gravité et l'ordre nécessaires : «G'étoit un ijrand contentement de voir compasser les pas d'un côté et d'autre, où chacun crioit, et où l'on ne cheminoit qu'à pas comptés et démarches mesurées. Pendant cette descente on n'entendoit que trompettes, clairons et hautbois de part et d'autre, et c'éloit bien mélodieux. Le duc de Guise descendit Madame de sa litière près du pavillon de France, et la mena tout dedans par la main ; là elle reposa quelque peu. En même temps l'Infante épousée, conduite par le duc d'Usseda, fils du duc de Lerma, entroit dans le sien. Après, ce fut à qui entreroit les premiers dans les bateaux qui alloient joindre les pavillons. Les Espagnols pouvoient être en nombre de cinquante, bien vêtus, car ce n'étoit qu'or et argent; leurs manteaux tout de couleur leur don noient un grand lustre : on remarquoit les plus grands d'Espagne, les ducs de Sessa, de Masqueda, de l'Infantado, de Pastranas et de Feria ; le comte d'Olivarès, les marquis de Mirabel et de Guzman. Dans le bateau de Madame entrèrent les ducs d'Elbœuf et d'Uzès, le maréchal de Brissac, le comte de Grammont et plusieurs autres. Quand toute la noblesse fut venue dans les bateaux, la reine parut encore la première hors de son pavillon, laquelle ne voulut entrer dans le bateau que Madame n'entrât de son côté; enfin Madame parut, le duc de

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Guise la tenait par la main. Etant dans les bateaux, on aborda vers les deux pavillons, où la noblesse de part et d'autre entra ; et les deux princesses étant demeurées sur la porte, le duc de Guise tenant toujours Madame par la main, les Espagnols l'un après l'autre lui vinrent baiser la main ayant le genou en terre ; en môme temps les François allèrent aussi saluer la reine à la mode de France. Gela fait, les deux princesses s'avancèrent l'une vers l'autre à pas mesurés, et étant proches, elles se baisèrent et demeurèrent un assez long temps à parler entre elles ; alors le duc de Guise et le duc d'Usseda s'entre-saluèrent et s'entre-firent force complimens; madame de Neverset la duchesse de Sessa firent le semblable comme gouvernantes. »

L'échange fait, l'infante se mit en marche pour Bayonne, au son des tambours, trompettes, hautbois et violons ; elle était montée dans sa litière ; les cent-suissesde la garde la précédaient; les pages du duc de Guise portaient des flambeaux tout autour, et la cavalerie du roi protégeait les flancs de la troupe. C'est ainsi que l'épousée fit son entrée à une heure de nuit. Là arriva en toute hâte un courrier porteur de deux lettres, l'une de la main du jeune roi, l'autre de la reine-mère, et toutes deux gracieuses et pleines de témoignages d'une grande amitié : «Madame, disait le roi, ne pouvant, selon mon désir, me trouver auprès de vous en votre entrée en mon royaume, pour vous mettre en possession du pouvoir que j'y ai, comme de mon entière alfection à vous aimer et servir, j'envoie vers vous Luynes, l'un de mes plus confidens serviteurs, pour en mon nom vous saluer et vous dire que vous êtes attendue de moi avec impatience pour vous offrir moi-même l'un et l'autre. Je vous prie donc le recevoir favorablement et le croire de ce qu'il vous dira de la part, Madame, de votre plus cher ami et serviteur, Louis. » M. de Luynes qui portait ces lettres, noble varlet de la fauconnerie, iut accueilli avec beaucoup de grâce par la jeune infante à Bayonne; elle le mirait et le considérait avec un plaisir tout particulier, car de Luynes avait quelque majesté en sa personne; et d'ailleurs n'était-il pas le favori du roi? Et la petite reine, qui n'avait pas eu le loisir de lui faire un présent, lui dépécha en poste son maître-d'hôtel pour lui donner des enseignes en diamants fort précieuses ; puis, se baissant, elle I. a

iU HICIIELIEU,

l'crivitsur ses genoux un petit l)illet à son royal cl jeune époux : « Je me suis grandement réjouie avec Luynes des bonnes nouvelles qu'il m'a données de tout le désir que tient Votre Majesté de me voir bienlùt auprès d'elle, et je désire extrêmement m'y rendre pour servir de cœur la reine ma mère; Luynes m'a donné toutes sortes d'assurances, et il me tarde fort de me mettre en route, afin d'aller baiser les mains de Votre Majesté, que Dieu veuille bien garder selon mon désir. Je baise les rnams à Votre Majesté. Ana^ »

L'InCanle Ana s'achemina vers Bordeaux, toujours à petites journées, car les huguenots caracolaient sans cesse autour de l'armée royale ; il y eut même un combat au pistolet quand le coriége passa au-dessous de Casteljaloux, dont Favas, brave gentilhomme calviniste, était gouverneur. Quelques coups de mousquets furent aussi échangés, tandis que l'Infante entrait dans Bazas, où les prévôt, échevins, bourgeois de Bordeaux, vinrent la recevoir pour la conduire sous les bannières municipales jusque dans leur cité. On ne peut dire les belles fêtes que firent les jurats de Bordeaux, le tout accompagné du bruit du canon ; les bourgeois accouraient sur la route, et quand la jeune princesse se montrait à travers sa litière, tous s'écriaient : « Je l'ai vue ! je l'ai vue ! » Et il y avait le jour de la bénédiction nuptiale de beaux cierges de cire blanche pour donner contentement à toute l'assemblée devant les nobles épousés : « Les uns admiroient la grâce de cette jeune princesse; les autres, la grave majesté de la reine-mère, ou la beauté extraordinaire du roi ; mais tous ne pouvoient s'empêcher de remarquer l'incroyable ressemblance des épousés, car deux frères n'eurent jamais plus de rapports qu'ils avoient par ensemble en tout ce qui peut être semblable. » Le soir vint pour les deux épousés, et l'on était fort embarrassé pour dire à Louis XIII enfant quels étaient les devoirs et les plaisirs d'un époux le beau jour des noces. Le vieux médecin Erouard a raconté avec beaucoup de

j « Senor, mucho me he holgado con Luynes con las buenas nuevas, que me ha dado de la salud de Y. M. yo vengo con ella, e muy desseosa de lleyar donde pueda servir a my madré. Y ami me doy mucha priessa à caminar por la soledad que me haze, y ùezur à V. M. la manOy a quien Bios yuarde çome dvsH'O, Uazu las manoi à Y. M. Ana, » Arclùves de Simanca», cot A,

MAZARIN 1:T la FHONDi:. 1;{.S

imïvclù les petites circonstances qui n'échappaient point à sa surveillance médicale : « MM. de Guise et Grammont firent des contes gras au roi pour raiïermir; ils eurent de la peine, mais enlin ils y parvinrent. Le lendemain Louis répétoit : « J'ai demandé à rjnfante si elle vouloit bien, et m'a dit qu'elle le vouloit bien '. »

Ainsi le mariage était consommé! l'alliance entre les deux monarchies longtemps ennemies recevait une sanction de. i'amille ; Tlnfante allait régner à Paris comme le voulaient les vieux projets de la Ligue, avec cette différence pourtant, qu'unie avec la race des Bourbons, l'infante-reine devenait la très humble servante du roi plutôt que la souveraine de la France. Au contraire,' si l'union projetée par la Ligue s'était accomplie, si les Guise eussent épousé une Infante, ils n'eussent obtenu qu'un second rang, et la couronne en quelque sorte par accession au dessous de la maison d'Espagne ; et c'est en quoi la situation différait essentiellement. Les chefs du parti des gentilshommes et des calvinistes ne faisaient pas cette différence ; les uns savaient que la reine-mère devait trouver des forces dans cette alliance avec l'Espagne pour maintenir l'unité royale ; les autres connaissaient le caractère tout catholique du roi qui régnait à l'Escurial, et ces deux partis, préoccupés d'une crainte commune, devaient naturellement s'unir, pour empêcher les tristes résultats des doubles mariages.

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