inCMKl.ltU
(Juancl ce Irailé de concessions aux léodaux eut été scellé des grandes armoiries en cire jaune et juré sous serment, le cortège royal quitta Tours pour se diriger vers Paris. Le roi avait écrit au conseil municipal, pour lui interdire toutes fêtes, toute expression de joie publique. Et néanmoins les bourgeois ne voulurent pas laisser entrer le roi sans lui témoigner quelques acclamations : « Il étoit cinq heures du soir, le mercredi -H* mai, quand la reine et le jeune roi virent les murailles de la ville; sur l'avis qu'eurent les prévôt des marchands et échevins que la leine-mère iroit descendre à Saint-Victor pour rendre grâces à Dieu de son retour, le conseiller de Grieux avec mille bourgeois de sa colonnelle se rangèrent en haie dans le laubourg, où lesdils prévôt et échevins l'allèrent recevoir pour lui rendre le devoir et le respect au nom de la ville; ensuite elle lut reçue au Luxembourg par une musii^ue de hautbois, et s'en revint au Louvre; les rues étoient pleines d'une multitude de monde joyeuse de la paix. Voici comment les choses s'étoient passées en attendant l'arrivée de Leurs Majestés. Dès le 25 avril les seize colonels avoient eu mandement de la ville, pour assembler chacun à part leurs capitaines, et choisir et élire de chaque colonelle une compagnie de cinq cents hommes, pour faire une troupe de huit mille hommes bien couverts et aimi's, afin d'aller au-devant de Leurs Majestés. Au lieu de huit mille, il s'en trouva douze mille et plus. Le président Duret de Chevry fut élu colonel pour conduire ces seize compagnies : il fit tendre douze grandes tentes entre Montrouge et Paris. Le dG mai, dès la pointe du jour (qui en ce temps paroit à trois heures), on n'entendit que tambours dans Paris : bref, chacun s'arma, et ce fut à qui seroit le plus brave; chaque compagnie s'achemina vers Montrouge, où on les rangea en bataille sur le bord du chemin. Le roi arriva enfin à la tète des bataillons des bourgeois de Paris ; il étoit à cheval, et la reine en sa litière découverte, où l'on n'apercevoit que pierreries et broderies d'or et argent. Le roi, pour voir l'ordre des bataillons, les alla visiter l'un après l'autre, et la reine les voulut voir aussi; les mulets de la litière de la reine ayant eu peur des mousquetadcs tirées en réjouissance, on fut contraint de la descendre et de la mettre dans son carrosse jusqu'à l'entrée du faubourg
MAZAliKN ET LA IKU.NDL. lil
Saiiil-Jacqucs, où elle, remontée dans sa litière, et le roi, à cheval, s'aclieminèrent vers le Louvre. »
Ainsi la lutte engagée avec acharnement finissait toujours par une transaction. Indépendamment des clauses politiques, des stipulations publiques du traité, il y avait eu des monceaux d'or jetés aux féodaux ; chacun avait fait sa part ; et la paix de Loudun coûta cinq millions au trésor du roi; mais tant que les partis avaient des espérances, ces guerres se renouvelaient, parce qu'elles étaient dans la nécessité des opinions, et qu'elles se liaient à des intrigues et négociations avec l'Europe. La nationalité française n'était point alors en effet distincte des intérêts européens ; les événements dont nous venons dedétaillerlaphysionomiene pouvaient s'accomplir sans toucher aux opinions des peuples. La société n'éprouve pas une révolution aussi violente que la réforme sans en ressentir de longues secousses. La plupart des décisions qui furent prises dans le conseil du roi, à l'origine de la régence comme après la majorité, se rattachent presque toutes aux intérêts de TEurope. Depuis la mort de Henri IV, les Hollandais avaient grandi en importance territoriale et en crédit politique : leur indépendance, proclamée et reconnue par l'Espagne, avait porté ses fruits; ils s'étaient unis par des alliances. Quand la Franco avait eu à lutter vigoureusement contre FEspagne, les États- Généraux s'étaient déclarés ses fidèles alliés ; depuis, les liens intimes s'étaient affaiblis. Des querelles d'argent et de subsides refroidirent les rapports entre les Hollandais et cette nation française qui avait protégé leurs premiers efforts dans la carrière des peuples hbres. La France entretenait encore deux régiments au service de la Hollande ; c'était un dernier gage de la bonne et vieille amitié; mais les dépêches de J'ambassadeur espagnol annonçaient à son gouvernement qu'il avait justement lieu de croire que ces régiments seraient bientôt retirés, car Marie de Médicis voulait donner ce nouveau gage à la confiance que lui inspirait la cour d'Espagne '. Les États-Généraux, rapprochés de l'Angleterre, devenaient déjà une puissance active et influente; chaqiie année leurs navires aux vasies flancs sillonnaient les mers inconnues ; le pavillon des
^ Ai'cliivt's (le SiiniJincas, col. A 72,
142 niGHELIEU,
Étals flollait sur les tcnos du ])v.]o.; cl plus d'une fois de braves amiraux avaient attendu les galions de TKspagnc, pour s'emparer des doublons que les Deux-Indes envoyaient à la métropole. Au sein de ces progrès glorieux Tordre et la paix ne régnent point dans la Hollande : la querelle entre le bas peuple républicain sous Barnevelt, et l'aristocratie bourgeoise sous le prince de Nassau, se poursuit vigoureusement ; elle prend le costume des querelles religieuses, mais au fond c'est une question sociale puissante qui étreint le développement de la prospérité nationale : la Hollande soutient des guerres, lève des armées, et ajoute de nouvelles terres à ses conquêtes.
La république hollandaise elle-même intervient dans l'Empire, vaste corps livré à des déchirements profonds : la réformation a jeté là d'intarrissables sujets de discordes; la maison d'Autriche catholique tend vers l'unité allemande ; c'est l'autorité d'un seul qui se place sous la couronne d'or surmontée de la boule du monde et de la croix. Au moyen âge la lutte s'était engagée entre l'Empire et la papauté : deux grandes forces qui représentaient, l'une la puissance matérielle de la terre, l'autre l'énergie morale du principe religieux. Après la réforme, la lutte change de caractère : l'examen a brisé la plupart des liens qui unissaient les forces éparses des électorals à l'Empire; l'homogénéité allemande disparaît. Les diètes, puissances respectées, centre d'unité politique, n'ont plus aucune action ; elles se réunissent pour la forme, et quand elles sont réunies, elles deviennent des espèces de pugilat où les deux croyances viennent faire entendre leurs plaintes et lutter entre elles. L'électeur de Brandebourg se fait l'expression de la réforme germanique, et on se groupe autour de lui comme autour du symbole de la foi nouvelle ; l'empereur est le principe catholique; tous deux ont des alliances à part; c'est en vain que le Turc menace l'Empire; les haines sont trop vivaces en Allemagne pour qu'on se réunisse de bonne foi contre ce mouvement des nations musulmanes. On est occupé de questions personnelles; les diètes qui s'assemblent à Ratisbonne ne retentissent plus que d'opinions religieuses ou de garanties que demandent les croyances; les intérêts matériels de l'Allemagne ne tiennent qu'un second rang dans
MAZAUIN ET i.A FUONDE. 143
celle dissolulion du corps politique. Ce qui se produil à la têle se retrouve également dans les masses ; les villes municipales secouent le protectorat des électeurs. Le calvinisme qui se manifeste dans les villes libres est en lutte avec le luthéianisme, principe d'aristocratie territoriale ; de là, cette sollicitude des électeurs à proscrire les. premiers symptômes de riiérésie de Calvin quand ils se montrent dans quelques cités, car c'est un danger pour l'aristocratie germanique. De la Hollande part ce mouvement de démocratie qui menace l'Angleterre et l'Allemagne : l'une veut rester avec son Église nationale, l'autre professe la foi de Luther. Les villes libres dépassent ces barrières, les brisent impétueusement ; partout la révolte ; et le peuple se lève avec une sorte de fanatisme puritain qui n'épargne rien, comme à l'époque des anabaptistes : à Francfort, à Berlin, on le voit courir même sur les Juifs, protégés de tous les temps par les électeurs qui trouvaient en eux de si grandes ressources pour le faste et le luxe de l'Empire. Quand l'unité allemande s'ébranle, il est naturel que les relations au dehors prennent un autre aspect ; on n'est pas étonné que la maison de Brandebourg et les électeurs réformés, menacés par la maison d'Autriche, cherchent des appuis à l'étranger. La France, s'étant jetée aux bras de l'Espagne, abandonne cette protection commencée par Henri IV et reprise ensuite par Richelieu : l'appui des électeurs luthériens est alors dans la Suède et le Danemarck, qui viennent de se rapprocher par la paix et préparent leur protectorat sur les provinces nord de l'Allemagne. Ainsi, aUiance avec la Hollande, la Suède et le Danemarck ; telle est la nécessité des électeurs réformés : ils en font essai pour la querelle des États de Juliers, champ de bataille tout trouvé où s'agite sous une forme politique la haute question luthérienne et catholique.
L'Angleterre avait favorisé partout en Europe, ainsi que nous l'avons dit, le mouvement réformateur de Luther ; c'était sa politique à l'égard de l'Espagne et de Rome, qui luttaient la tête haute contre la hiérarchie épiscopale et anglicane. Sans doute il y avait dans le caractère de Jacques I" quelque chose de naturellement controversiste et qui étonne notre civilisation ; mais il ne faut pas non plus se dissimuler que les opi-.
lU lllCllELlKr,
nions, telles qu'elles existaient en Angleterre, faisaient souvent une nécessité impérieuse de ces controverses qu'on considère aujourd'hui comme puériles. La couronne s'était faite ecclésiastique sous Henri VIII ; la suprématie royale s'était identifiée à la suprématie pontificale : serment d'allégeance, formule de souveraineté, tout rentrait dans la foi religieuse. Jacques P»" dissertait sur l'Église comme à d'autres époques les princes dissertèrent sur la politique. La couronne était menacée par deux dangers : d'un côté le catholicisme, et derrière ce catholicisme, Rome, l'Espagne et le parti catholique en France, représenté par de si nombreux sectateurs en Irlande et en Angleterre même ; à l'opposé, les puritains, le mouvement calviniste exagéré, l'esprit d'illumination et de secte, représentés par les Pays-Bas, cette Hollande, d'où plus tard surgit une dynastie nouvelle. Au xvi^ siècle, l'Angleterre devait subir l'influence de l'Espagne avec Marie Stuart ; au xvii^, elle tomba sous le puritanisme modéré, par l'avènement de l'orangiste Guillaume IH.
Dans celte situation, en face du passé et de l'avenir, Jacques I" se défendait avec une subtilité d'esprit qui allait au-devant de la controverse. Le clergé de France pose-t-il un principe qui blesse les prérogatives de la couronne, l'indépendance des souverainetés? on voit Jacques P*" s'inquiéter de la tournure que prennent les délibérations de cette assemblée ; il en écrit à la cour de France ; des Mémoires succèdent aux Mémoires : « Prenez garde, dit-il à la reine, de laisser passer de tels principes : c'en est fait des couronnes s'ils triomphent ; » et plus tard, quand il voit les puritains et les calvinistes grandir en Hollande, il se porte médiateur ; il veut atténuer leur influence, affaiblir leur action. Jacques I" ne fut point étranger à ce mouvement qui fit triompher Maurice de Nassau du parti puritain de Barnevelt; il apercevait là le danger; il cherchait à le combattre par les arguments et par les armes. Jacques I" portait ses regards également sur la France et l'Espagne : lorsqu'il vit le double mariage célébré, il voulut avoir sa part d'influence sur la cour de Louis XIII, et l'on convint d'une union avec le prince de Galles.
L'ambassadeur de la Grande-Bretagne vint donc solliciter une fille de France , sans oublier les intérêts religieux de la couronne d'Angleterre. Jacques P"" avait été vivement ÏVl^\)])^i
MAZAUIN ET LA l<ROM)i:. 145
dû quelques récentes maximes établies par le clergé de France dans les États; toute sa sollicitude était de les faire révoquer, car elles compromettaient sa couronne et sa hiérarchie épiscopale. Jacques PS placé à la léLe de son église nationale, fraction brillante de son autorité, craignait l'excommunication du pape , la reconnaissance du principe catholique proclamé par la Ligue, à savoir : « que le souverain pontife avoit le droit d'expulser du trône un prince hérétique, ainsi que les Élals- Généraux l'avaient proclamé lors des grands troubles de Paris.
Ces plaintes qu'adressait le roi Jacques P"* contre les doctrines catholiques proclamées par le concile et les assemblées en France, le roi d'Espagne les portait, dans un sens contraire, au conseil de la reine contre les prédicateurs huguenots, qui agitaient les frontières des Pays-Bas.
Vainement on cherchait à arrêter la guerre par des médiations bienveillantes ; trop de griefs existaient entre les Espagnols et les Hollandais, et les terres de Juliers devinrent le champ de bataille. Et qu'allait faire la maison de France quand le parti huguenot, sous les princes, eut imposé le Irai lé de Loudun? Les relations auprès des États-Généraux changèrent de nature ; le prince de Condé avait des liens intimes avec les nobles et puissants seigneurs; Gondé visait au même rôle que Maurice de Nassau jouait alors en Hollande. Puisque la couronne de France lui échappait , pourquoi n'aurait-il pas le comté de Flandre, cette belle province tant convoitée? Il fut publié contre lui un curieux pamphlet sous le titre de la Harangue d' Achior V Ammonite sur un advis donné à monseigneur le prince, prononcée après celle d'Alexandre le forgeron* : « Pour Dieu , disait-il , monseigneur, si nous voulons faire quelque chose en guerre, ne croyons pas ce barbouilleur, ce ferrailleur, ramoneur de cheminée, qui nous fait dresser des armées en Mésopotamie pour aller au secours des Topinambous. Quant à ce qui touche la principale partie de cet avis, qui fait déjà M. le prince comte de Flandres, pour Dieu, mes amis, n'y ajoutez point de foi ; feu Monsieur y JTut bien avec une plus belle occasion. »
L'opinion se raillait ainsi des propos du prince de Condé ,
1 Arcliives de Sifûuucaiî, cot. A 72-'.
lid UICIIEUEU,
laiidis qu'on Italie los quoslions inililairos ot politiques avaient repris loule leur vivacité; le traité d'Ast, conclu entre le duc de Savoie et le roi d'Espagne, avait suspendu un moment les hostilités dans le Milanais, le Piémont et la Savoie. 11 y avait à peine un an (lue cette convention avait été ratifiée , que déjà les deux parties contractantes ne voulaient plus de ces conditions. La guerre venait d'éclater entre les Vénitiens et l'archiduc d'Autriche pour des territoires disputés dans le Frioul, cette province de la république que les Alpes protégeaient et que l'Adriatique baignait de ses-eaux. Le Frioul était frontière de la Croatie ; les sujets de l'archiduc de Gratz faisaient des courses sur les terres de Venise; le sénat porta plainte, et comme il ne fut pas écouté , la guerre se déclara et les Vénitiens assiégèrent Gradisch. Cette guerre devait s'étendre au-delà de ces frontières; l'archiduc appartenait à la race d'Autriche dont Philippe III se glorifiait : les Espagnols possédaient le Milanais; ils pouvaient, de Naples et de Milan tout à la lois, protéger l'archiduc menacé. Le Milanais venait de recevoir un nouveau gouverneur; don Pedro de Tolède levait des armées d'Italiens, de Suisses et d'Allemands ; de tous côtés arrivaient des armes de guerre, des canons , des arquebuses et des pistolets. De tels préparatifs inquiétaient les Vénitiens et le duc de Savoie; ce prince exécutait lui-même avec répugnance les conditions du traité d'Ast ; il entretenait une perpétuelle correspondance avec Lesdiguières , gouverneur presque indépendant du Dauphiné, lequel se souvenait qu'une des clauses du traité contenait cette disposition singulière : « Que Lesdiguières, au cas où les Espagnols défailliraient au traité d'Ast, pourroit secourir Son Altesse à main armée, sans attendre commandement de la cour, nonobstant celui qu'il pourroit avoir au contraire. »
Deux puissances se présentaient ici comme médiatrices : la France et Rome; Tune trop fatiguée de ses questions intérieures pour ne point craindre le retentissement de la guerre d'Italie; l'autre tout-à-fait intéressée à ce qu'aucun grand État, soit la France, soit l'Espagne , soit le Piémont, pût prendre une intluence décisive sur les affaires d'Italie. Le pape redoutait également la grandeur des Vénitiens, avec lesquels plus
d'une fois il s'était trouvé en lutte d'intérêts; il n'ignorait pas non plus combien les petites puissances qui morcelaient le territoire d'Italie désiraient l'intervention de la France ; et alin de mettre un terme à ce conflit, le pape s'entendit avec le conseil de la reine pour se poser médiateur en tous ces ditîérends d'Italie. Ce furent le cardinal Ludovisio et M. de Béthune qui se rendirent à Milan, porteurs de pleins-pouvoirs. Toutes les difficultés concernaient de petites cessions de territoires : on calma les querelles de familles entre le duc de Nemours et le prince de Piémont. Mais la situation réciproque de la Savoie et du Milanais ne permettait pas une paix durable ; on négocia plus d'un an sans arriver à un résultat; et la correspondance de celte époque est remplie de propositions faites à don Pedro et au duc de Savoie par les médiateurs.
Celte question d'Italie , on doit le répéter, intéressait vivement la reine-mère et Concini qui avaient là leurs intérêts, leurs souvenirs et leurs affections de races. On s'en inquiétait au conseil avec autant de sollicitude que des affaires de France. La reine écrit aux Vénitiens, au duc de Savoie; elle les conjure de déposer les armes, pour les tourner au bien de la chrétienté contre les Turcs qui alors inondaient la Méditerranée de leurs galères. Il faut voir avec quel courage les braves républicains de Gênes, les nobles chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem combattaient ces galères turquoises dont parle tant le Mercure de France. Les gentilshommes quittaient leurs familles, leurs joyeux amis, les plaisirs du Louvre et de Saint-Germain, pour aller donner un coup d'épée Ou sur les galères armoriées de la grande croix, ou dans les terres de Transylvanie et de Hongrie; temps de croisades avec des idées moins pieuses, moins héroïquement résignées. Quand les pèlerins s'armaient au XI® siècle, pour conquérir le sépulcre du Christ, ils ne pensaient point au bruit que ferait leur pauvre nom, à la renommée de leurs prouesses; leur humilité ne s'inquiétait pas de ce qu'on penserait de leur mort, des souvenirs qu'ils laisseraient dans la mémoire des hommes; ils mouraient pour Jésus et la Vierge, pour accomplir le vœu qu'ils avaient fait. Au xvii'^ siècle l'esprit de la chevalerie était bien changé; la noblesse partait par vanité, allait se faire tuer par forfanterie, dansl'espé-
lis lucîirxiKi',
ranco (le fairn parlnr trollouux carroiis(']>^, <l\)hlonir unemenlion on la iiiômoiic des dames. On citait à la cour les exploits (les chevaliers de Malte; tous cherchaient à acquérir de belles commanderies, à venir passer leur vie dans un riche prieuré, Jjercé des souvenirs de galanterie, de leurs laits d'armes d'O- 1 icnt, de ces prouesses qui jetaient dans leurs bras et les Grec- (pics de Chypre et les grasses lilles du sérail : que d'exploits merveilleux ne contait pas alors le Mercure de France*! La cour se réjouissait de voir les cadets de famille faire fortune dans une carrière aventureuse : si le malheur les rendait captifs des Infidèles, là était l'Ordre des Pères de la Merci qui ))arcouraient l'Orient pour racheter les esclaves et briser les lors. A leur retour en France, les nobles captifs avaient chacun leur épopée, et les dames de Marie de Médicis les consolaient de leurs longs périls, des dangers de la guerre et des sueurs de la servitude.
Quand le roi Louis XIII vit les murs de sa bonne ville de Paris, le système municipal de la grande cité s'était un peu modifié : la reine et son fils s'étaient absentés depuis quatorze liiois; il n'y avait plus au Louvre un conseil royal qui pût dompter les prétentions des prévôt, échevins, quarteniers et colonels des compagnies bourgeoises. Les prérogatives de la ville s'étaient agrandies, l'élection était devenue plus libre, plus populaire. Paris était encore divisé en seize quartiers, chacun ayant son chef presque toujours parlementaire ; le qnarlenier exerçait la police, surveillait toutes les maisons marchandes, les métiers, afin que chacun restât dans la limite de ses devoirs. A côté de lui étaient les colonels de la garde bourgeoise qui ne dépendaient que de l'Hôtel-de-Ville ; ces chefs ne reconnaissaient pas l'autorité du conseil royal, des secrétaires d'État, du chancelier môme; oiïiciers de la ville, tant qu'ils ne recevaient pas un ordre de la maison commune, ils ne rassemblaient pas leurs troupes, et c'est avec orgueil que l'enfant roi et sa mère avaient passé la revue de la garde J)Ourgeoise dans les prés fieuris de Montrouge. Indépendamment de ces autorités reconnues et constituées par la municipalité, il y avait encore des influences de halle, ces popularités
1 Mercure fr(uirois,nnn. IGlG, loin, iv, cdit. de 1617.
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iiL-es dans chaque mouvement de places publiques. A toutes les époques il y avait eu à Paris des familles de métiers qui régnaient en maîtresses sur la place Maubert, sur les marchés et les réunions turbulentes de la multitude; vous n'aviez qu'à demander aux vendeuses de cresson à la halle, aux goirçons bouchers, aux gindres de la boulangerie, ce qu'âaient maîtres Tibert et le Goys, marchands bouchers dans leur étal de la place Maubert; ah! ceux-là n'avaient qu'à parler en montant sur leur boutique ou sur une borne, pour émouvoir tout aussitôt quelques mille ardentes têtes contre le guet et les archers royaux. Cette atrection traditionnelle qui, depuis les troubles de Charles VI, s'était concentrée sur ces deux liimilles de boucherie, appartenait alors aussi au cordonnier Picard, petit homme aux cheveux rouges, à l'œil gris, que les vieilles femmes du marché des Innocents aimaient à comparer au gros chat du curé de Saint-Eustache, qui guettait les souris, tant il était vigilant, tant il savait miauler contre les abus, les nouveaux péages et les usures des tabellions qui prenaient le sou pour livre sur le Pont-au-Change ou dans la rue des Lombards! Maître Picard n'était que sergent d'une compagnie bourgeoise, mais c'était un homme si considérable, qu'il pouvait, d'un simple mot, mettre sur pied tout le peuple, car, véritable tribun, sa voix était puissante et écoutée depuis la porte Saint-Honoré jusqu'à la Place-Royale, où les maçons, la plupart ses compatriotes, travaillaient encore. Or voici ce qui grandit outre mesure la popularité de Picard : « Le 19 juin 161G, le cordonnier Picard, sergent du quartier de la rue de la Harpe, près le pont Saint-Michel, étant allé au faubourg de Sainl-Germain-des-Prés, fut battu tellement de coups de bâton, par deux valets induits à ce faire par l'écuyer du maréchal d'Ancre, que Ton croyoit qu'il en dût mourir. Cette action, en ce temps, fut tellement poursuivie, que ces deux valets furent pendus, le samedi 2 juillet, au bout du pont Saint-Michel, et l'écuyer en fuite. On parla de cette batterie diversement, les uns pour l'écuyer et les autres pour le cordonnier. Ceux qui soutenoient le cordonnier, disoient qu'il avoit été battti en vengeance de ce qui éloit advenu à la porte de Bussy, le samedi de Pâques, sur leg trois heures après midi, où il éloil en
150 lUCHELlEU,
garde, et où il avoit empêché le maréchal d'Ancre, qui étoil dans son carrosse avec plusieurs gentilshommes, et n'alloit que se promener en sa maison des faubourgs, de sortir, sans montrer un passeport de la ville, suivant l'ordonnance. Il se passa là plusieurs paroles de mépris, môme ce cordonnier porta la pointe de sa hallebarde jusque dans la portière du carrosse, et la sentinelle lit mine de vouloir tirer, si ledit maréchal n'eiit fait tourner son carrosse pour s'en retourner au Louvre. Les autres disoient que ce cordonnier étoit fort affectionné au parti des princes, et avoit fait ce refus avec impudence et irrévérence, dont il en étoit devenu si altier en paroles , qu'il médisoit du maréchal d'Ancre en toutes les compagnies de taverne où il se trouvoit. Ce qu'ayant même été entendu par l'écuyer dudit maréchal, il n'avoit pu endurer ainsi détracter de son maître, et l'auroit fait battre par deux valets comme étant un détracteur. Sur cette batterie on fit imprimer la Trompette françoise ou Réveil-matin des Parisiens, pour les exciter à des remuemens. Il se lit plusieurs clameurs, et ces deux valets furent envoyés au gibet. Il advint aussi au même temps que des soldats, près Petit-Pont, ayant offensé de paroles scandaleuses la servante du capitaine du quartier qui étoit sur sa porte, et fait beaucoup d'insolences, les bourgeois s'armèrent au secours du capitaine, qui étoit comme assiégé à coups de pierre dans sa maison ; on en vint aux mains contre les soldats, un desquels fut jeté mort d'un coup de hallebarde; ce que voyant ses compagnons, aucuns gagnèrent la fuite, deux furent menés prisonniers. Cela fut cause d'une ordonnance que le lieutenant civil fit publier par la ville de Paris, pour la sûreté des bourgeois, enjoignant à toutes personnes, de quelle qualité qu'elles fussent, de sortir de leurs maisons avec armes au premier mandement des commissaires du quartier, afin de saisir et arrêter ceux qui se trouveroient délinquans. Les soldats des gardes disoient qu'ils tireroient la raison de leur compagnon qui avoit été tué. Toutes ces violences ne présageoient rien de bon. »
La situation du peuple, dans la ville de Paris, la force qu'il pouvait prêter à chaque parti en armes, faisait rechercher, soit par la coui', soit par lus inalcontenls, Palliance des chefs
MAZAHIN ET LA l'HOiNDE. loi
de la multitude. Le roi et sa mère avaient fait toutes sortes de bonnes manières aux bourgeois de Paris, en passant la revue de leurs compagnies dans les prés de Montrouge. Marie de Médicis avait parlé à tous les colonels, avait tendu la main au cordonnier Picard, et le bonhomme, tout rouge de vin de Surène, s'en était revenu en son quartier assez bien disposé pour la cause royale. Quelques jours après les princes et hauts féodaux firent aussi leur entrée dans la ville de Paris ; ils venaient demander l'exécution pleine et entière des articles arrêtés à Loudun. On voyait sur leurs chevaux alezans, suivis d'une longue troupe de gentilshommes, le duc de Mayenne, le maréchal de Bouillon, le duc de Vendôme. Le même jour, le président Le Jay fut mis en liberté, et l'on ouvrit les portes de la Bastille à Bonnivet, cet actif négociateur des affaires des princes avec le roi d'Angleterre. Il y avait à peine trois mois que Bonnivet avait été saisi par le maréchal d'Ancre, comme criminel de haute trahison. Bonnivet sortait triomphant par suite de l'édit de Blois. Il y eut un remaniement général dans les gouvernements et eharges de provinces, car il fallait satisfaire toutes ces puissantes ambitions des princes et des féodaux de cour, sorte de pêle-mêle résultant d'une transaction où la royauté voulut fondre les intérêts divers.
Pour donner pleine satisfaction aux chefs des gentilshommes; le maréchal d'Ancre quittait la cour et se retirait dans son nouveau gouvernement de Normandie ; les féodaux se montraient satisfaits, en attendant l'arrivée du prince de Condé, qui promettait de venir après la confirmation du grand édit. Il fallait également s'attirer le parti parlementaire, vivement blessé par l'arrestation du président Le Jay, et qui se monti-ait mécontent. Le parlement était sympathique au peuple de Paris; si Ton voulait avoir la multitude, les clercs, la basoche qui fréquentaient les hôteliers et taverniers, on devait surtout se rendre favorable le parlement de Paris : le chancelier Sillery avait blessé ce parlement; le roi l'exila et choisit pour le remplacer M. DuVair, premier président au parlement de Provence; il fut pourvu de l'office de garde- des-sceaux. Toutes les cours furent fort satisfaites de l'élection de M. Du Vair , un de leurs collègues, empreint des doctrines et des habitudes parle-
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iiieiiliiinîs. Co lut lui qui scolla la ronnrmalion des édils de Bloisc'ldc Loudiin, sur lapacilicalion des troubles du roynuino, éjils enregislrés au parlement de Paris, qui lit très humbles remoulrauces sur la création nouvelle de rolïice de conseiller de la reliîTion prétendue réformée. Ils furent également enregistrés à la cour des comptes, à celle des aides ; chacune de ces cours imposant ses conditions, et surtout énumérant ses remontrances, savoir : le parlement, sur les clauses politiques; les cours de finances, sur les articles de l'impôt. Il y avait certes (le nombreuses clauses à insérer dans Tintérêt de la prérogative royale ; mais le parlement était trop lié avec le parti des princes pour s'occuper d'autres choses que de ses propres droits. Bientôt Finévitable conséquence des articles de Loudun se manifesta ; le prince de Condé arriva à Paris le 20 juillet ; il venait prendre possession du gouvernement que lui assurait la dernière transaction. Presque tous les princes et grands seigneurs de France s'y rendirent aussitôt, entre autres les ducs de Vendôme, de Rohan, de Sully, de la Trémouille et le comte de Candalle. Le ]:)rincc d'Orange, beau-frère dudit sieur prince, Py vint visiter accompagné du comte Jean de Nassau. On dépêcha des ambassadeurs vers tous les rois, princes et États voisins, pour les tenir avertis de la paix que le roi avait donnée à ses sujets ; et le roi de la Grande-Bretagne envoya en France, en ambassade extraordinaire, M. Jacques Hay, baron de Saley et maître de sa garde-robe, pour se conjouir avec Leurs Majestés de leur mariage K L'administration était passée de fait dans les mains de la haute noblesse ; celle-ci avec ses intérêts, ses alliances revenait au système primitif du règne de Henri IV, c'est-à-dire à un rapprochement intime avec la Hollande et l'Angleterre contre la maison d'Espagne ; par conséquent la haute inlluence du duc de Monteleone et d'Inigo de Cardenas allait presque absolument s'effacer. Le double mariage n'avait plus ces résultats décisifs qu'en espérait le conseil de Marie de Médicis. Par contraire, le prince de Galles allait devenir l'époux de Henriette, fdle de Henri IV; catholique qu'elle était, clic allait s'unir à un prince protestant, nouveauté capable alors de soulever les esprits profondément pénétrés des id,'es reli- * Apotofjic pour Leurs Majaicn, brochure in-8°. Paris, 1616.
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gicuscs. Jacques F"" avait présidé aux transactions do Loudun ; son ambassadeur s'était pour tout entendu avec le prince de Condé. Quand les féodaux furent ainsi arrivés dans celle capitale, l'ambassadeur se hâta de venir officiellement au Louvre demander la main d'Henriette de France. Pour assister et conduire ledit seigneur ambassadeur, fut commis monseigneur le duc de Guise avec plusieurs princes et seigneurs qui voulurent être de sa compagnie en ce sujet ; ils partirent environ sur les cinq heures, et furent prendre Son Excellence en son hôtel, « et ainsi fut conduit au Louvre avec l'ordre qui s'ensuit : Premièrement, marchoient plusieurs gentilshommes françois, lestement habillés et montés, en nombre de plus de cent. Ensuite les seigneurs anglois de la compagnie dudit ambassadeur. Après suivoit M. de Bassompierre avec la cape toute en broderie, l'habit de môme, la toque de velours noir embellie de diamans et plusieurs chaînes d'or et de diamans; il y avoit deux autres grands seigneurs à son rang sans toque ni cape, mais quant au reste fort braves et richement montés. Plus, M. de Gréquy, mestre de camp, avec la toque et la cape, fort magnifiquement habillé. Et l'ambassadeur fut reçu dans le Louvre avec tous les honneurs qui purent être faits à un tel ambassadeur, oi^i Leurs Majestés lui firent si bon accueil, qu'il eut tout sujet de s'en retourner fort content et satisfait. »
Appuyés sur la double alliance de l'Angleterre et des Provinces-Unies, les princes se rapprochèrent également du peuple de Paris : la popularité était une indispensable condition de la puissance, au milieu des halles et de THôtel-de-Ville. Le prince de Condé ne dédaigna pas de s'allier avec le cordonnier Picard ; il allait dans les rues de Paris se familiarisant avec la bonne bourgeoisie, tendant la main aux uns et aux autres; et comme le parlement n'était pas alors satisfait de la reine, comme les parlementaires exerçaient une grande autorité sur le peuple, « le prince de Condé alla plusieurs fois aux belles audiences de la grand'chambre, et y siégea au rang de pair et prince du sang, saluant MM. les conseillers. » Il s'agissait du renverser le crédit des deux chefs principaux du conseil, le maréchal d'Ancre et le duc d'Épernon ; tous deux avaient présidé à l'origine de celle vaste autorité; ils avaient commandé à la troupe
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bourgeoise, aux archers du palais; d'Épernon était colonel des gardes françaises ; le maréchal d'Ancre était à la tète de plus de cinq cents gentilshommes, routiers et étrangers, qu'il soldait à raison de mille livres par an, et c'étaient là des résistances que la haute noblesse provinciale voulait tout-à-Iiiit briser. Des pamphlets furent chantés dans Paris contre le conseil de la reine, et spécialement contre le duc d'Épernon et le maréchal d'Ancre ; on y insultait Marie et ses secrètes amours pour le Florentin, « Achille françois, qui n'avoil pour Chiron que le train de derrière, et pour toute vertu que l'âge et le minois. Qui voyoit-on à la cour du Louvre? un grand genêt d'Espagne, au poil noir, et qu'on veut faire passer pour une rose entre les bons François ; un coyon de Florence devenu seigneur et riche en un moment. Les valets étoient au Louvre en estime ; ce n'étoit plus un crime d'assassiner un roi, tandis que de battre un valet, c'étoit une trahison d'État. » Et c'était bien pis encore contre le duc d'Épernon, vieillard dont se moquait la jeune et forte chevalerie. Ce n'était pas la première fois que le duc d'Épernon était violemment attaqué par ]es partis : sous la Ligue il avait soutenu de rudes assauts, car, iavori de Henri III, chef du tiers-parti alors, il avait soulevé contre lui mille brochures satiriques, ces caricatures vives, spi- .ituelles, qui se multiphaient à Lyon, à Paris, à Toulouse, et où l'on présentait le diable soufflant à l'oreille d'Épernon les conseils qu'il inspirait à Henri IIL II y eut encore en cette circonstance des « confessions et repentance des maux qu'a voit faits d'Épernon , » petit éciit imprimé chez Tarabin Taraba de Francfort, pseudonyme comme la plupart des noms propres des temps d'agitations de la Ligue et de la Fronde.
llien n'est plus difficile en politique qu'une transaction entre deux partis, lorsque l'un d'eux n'est pas complètement vaincu par l'autre : le prince de Condé était bien le chef du conseil, mais la reine-mère, la maréchale d'Ancre, sa confidente, le maréchal lui-même disputaient cette haute souveraineté; car ils avaient trop longtemps tenu le pouvoir pour s'en dessaisir sans nouvelle lutte. C'étaient chaque jour des plaintes vivaces de la part de la nohieb^se et des calvinistes; ces braves gentilsliommes de province, ces ministres de la réforme ne pouvaient
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comprendre que le pouvoir ne leur appartînt pas tout entier après les stipulations de Loudun. Les changements qu'on avait faits dans les gouvernements de provinces devaient rencontrer mille oppositions; telle forteresse était à la convenance d'an gouverneur, et il ne la possédait pas; elle était au pouvoir d'un autre, ou bien elle déployait sur ses murs l'étendard royal : ainsi, par exemple, le duc de Longueville, nommé au gouvernement de la Picardie voulait avoir Péronne en toute garde et propriété, et Péronne obéissait au conseil sous les ordres du maréchal d'Ancre. Que fit alors M. de Longueville? il s'entendit avec les bourgeois, les maire, échevins qui, au son du beffroi municipal, chassèrent la garnison royale. Ce qui se passait ainsi à Péronne pouvait se reproduire dans plusieurs autres provinces; et peu à peu les princes et gentilshommes eussent été en possession de tous les gouvernements. Le projet de la féodalité et des huguenots était-il alors de renverser Louis XIII et de revenir à leur idée primitive, qui était de placer la couronne sur la tète du prince de Gondé? C'était un ancien plan que ce morcellement provincial, sorte de système fédératif essayé dès la conjuration d'Amboise. Une fraction des huguenots songeait à constituer la France comme la Hollande et la Suisse, en une répubhque sous un protectorat; l'autre visait seulement, et ici d'accord avec les gentilshommes, à élever au trône fédéralisé le prince de Condé; changement de dynastie, substitution de la branche cadette à la branche aînée, qui aurait donné satisfaction pleine et complète aux malcontents.
Aucun de ces projets n'était ignoré : l'auteur de l'Apologie pour Leurs Majestés dit « qu'elles sont averties que les choses ne sont pas pour demeurer en ces termes, et qu'il y a un plus grand dessein qui va s'éclore, si par singulière dextérité elles n'en évitent l'effet, en prévenant ceux qui se vouloient rendre maîtres de leurs personnes, » Marie de Médicis était poussée à ces résolutions extrêmes par les exigences toujours plus fortes du parti des m-alcontents et les insinuations secrètes du maréchal d'Ancre qui lui otrrait l'appui des troupes qu'il avait levées, soit en Normandie, soit à l'étranger avec ses propres deniers. Les conseillers privés de la reine lui remontraient que les voies de la douceur lui avaient été iatales, et qu'elles
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îfiiviiienl servi qu'à rcliaiisscr l'audace de ses ennemis. Il laliait avoir le courage d'altaiiuer liaul le clicCde la conjuralioii; le prince de Condé serait elïrayé par une mesure violente prise contre lui ; on devait l'arrèler ; et, une Ibis qu'on aurait mis la main dessus, rien ne serait plus aisé que de s'emparer de ses agents, de disperser ces princes du sang dont la fière tête visait à la destruction de Tautoiilé royale. M. le prince présidait déjà le conseil des finances et les résolutions de la guerre; la reine était sans crédit: si on le laissait aller ainsi, qui sait? il serait peut-être roi de France dans un terme bien prochain.
Pour couper court à tous les projets des féodaux, et pour imprimer une sorte de terreur, la résolution fut prise tout à la fois d'arrêter le prince de Condé et de demander lessceaux au présiden t du Vair, qui n'était que l'agent parlementaire du mouvementféodal. C'était là un essai de force, un de ces moyens que les pouvoirs menacés emploient contre leurs ennemis dans les moments de désespoir; il est rare qu'ils réussissent, parce que, lorsque les pouvoirs s'y résignent, ils sont déjà usés, que leur débile main ne peut plus la violence, et que l'exécution doit être prompte comme la pensée. Le conseil organisa une garde de fidèles; la reine confiant à Tliémines l'exécution du projet, lui promit la dignité de maréchal de France pour prix de sa hardiesse et de ses services. Un vieux pamphlet contemporain raconte ainsi l'arrestation du prince : « La chambre du conseil est en la salle du vieil corps d'hôtel du Louvre , à main droite en entrant; son entrée et sortie est par le bas du grand escalier; le logement du roi est dans le grand pavillon ; ceux des reines sont au côté gauche en entrant; la reine régnante au haut, et la reine-mère aux salles-basses et aux chambres d'entresol où fut arrêté ledit sieur prince. Le dernier jouid'août, sur le tard, la reine-mère envoya dire aux maréchaux de France qui étoient en cour, au mestre de camp du régiment des gardes, au colonel général des Suisses et aux capitaines des chevau-légers , qu'ils eussent à se rendre le lendemain matin près du roi. Tous s'y rendent; et la reine-mère, étant à l'entresol, demanda à Thémines si ceux qui le dévoient assister étoient dans le Louvre ; elle en dit autant à d'Elbène; chacun d'eux fait chercher ses gens ; on les mène en l'une des chambres de
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J'enlresol où éloicnt le roi et la reine seuls; le roi même leur donne à chacun une hallebarde, de celles qu'on avoit fait apporter le jour auparavant au Louvre, en leur disant : « Je ne; vous donne point ces armes pour en offenser personne , si vous ne voyez que Thémines et d'Elbène soient contraints de mettre l'épée à la main, et qu'on fasse résistance à l'exécution du commandement que je leur ai fait. » Tous ayant promis de vivre et mourir en la fidélité qu'ils lui dévoient, on les fit couler dans la salle basse où devoit être mené ledit sieur prince sitôt qu'il seroit arrêté. On mande en môme temps à tous les capitaines françois et suisses qui étoient en garde autour du Louvre de se tenir prêts chacun en leurs corps-de-garde. M. de Gréquy, meslre de camp du régiment des gardes françoises, a commandement de s'y rendre. On voit comme remuer dans le Louvre les capitaines des gardes-du-corps, suivis de leurs archers et ceux des chevau-légers de leurs plus affidés- Le baron de Thianges, qui se promenoit dans la cour du Louvre, rcconnoit qu'il doit y avoir quelque dessein ; et, n'y ayant de prince au Louvre que M. le prince, il se doute de quelque entreprise sur sa personne; ce qui le fit aller à la porte du conseil, où étoient M. le garde-des-sceaux, le maréchal de Brissac, le président Jeannin et autres conseillers d'État. La reine-mère, qui éloit sur le point de l'exécution d'un si grand dessein, n'étoit pas sans avoir l'œil ouvert à toutes occurrences; elle envoya un de ses gentilshommes à la porte du conseil pour voir ce que M. le prince devenoit. Le baron de Thianges qui y étoit, le voyant venir, lui dit : «Vous venez appeler M. le prince de la part de la reine? » Le gentilhomme lui répondit : « Pardonnezmoi, monsieur, j'ai une affaire à un personnage qui est làdedans, mais je crois qu'il ne sortira sitôt. C'est pourquoi jo laisse ici mon laquais pour lui dire que j'aie l'honneur de lui parler avant qu'il s'en aille du Louvre. » Sur cette réponse, Thianges souleva une partie du soupçon où il étoit entré; toutefois il demeura à la porte du conseil jusqu'à ce que M. le prince en sortît, lequel il approcha et lui dit à Toreille la méfiance où il étoit entré. M- le prince, sans faire état de cet avis, passe par la salle des Suisses avec MM. le garde-des-sceaux, le maréchal de Brissac et le président Jeannin, et montèrent tous
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quatre à la chambre de la reine-mère, à Tenlresol, où le roi éloit accoudé sur la fenèlre, ayant plusieurs seigneurs près de lui; la reine-mère éloit en son cabinet. Le roi, s'étant retourné ainsi que ledit sieur prince entroit, lui dit : «Bonjour, M. le prince; je vais à la chasse, en voulez-vous être?» Il lui répondit: «Votre Majesté m'en excusera, s'il lui plait. » A celte réponse le roi lui repartit : a Je vais dire à la reine ma mère que j'irai courre un chevreuil dès que j'aurai ouï messe aux Capucins : adieu, M. le prince. » Il dit ce que dessus d'une telle façon, et entra dans le cabinet de la reine-mère si gaiement, que ceux qui le virent ont depuis dit qu'il étoit impossible de mieux faire en celte action qu'il fit. Le roi entré dans le cabinet de la reine-mère, le sieur de Thémines sortit avec ses deux fils d'un petit passage proche ledit cabinet, s'approchant près de M. le prince, lui dit : «Monseigneur, le roi ayant été averti que vous écoutez plusieurs conseils contre son service, et qu'on vous veut faire embrasser des desseins ruineux à l'État et à votr^ propre condition, m'a commandé de m'assurer de votre personne pour vous empêcher de tomber dans ces accidens. » En même temps ses deux fds joignirent des deux côtés M. le prince qui dit au sieur de Thémines : «Moi? — Oui, vous, monseigneur. — Vous savez ma qualité? — Je sais bien le respect que je vous dois, mais je sais bien aussi l'obéissance que je dois au roi. » Sur ce, ledit sieur prince demanda à parler au roi et d se justifier devant Leurs Majestés de tout ce qu'on leur pourroit avoir dit contre lui. Thémines lui dit: «Allons, monseii^neur, où le roi m'a commandé de vous conduire. » Ledit sieur J»rince voulut alors comme se retirer en arrière, et mit une de ^ses mains au haut des boutonnières de son pourpoint, et dit: « Quoi ! n'ai-je ici trouvé personne pour moi ? » Ce qu'il dit en ôc tournant vers plusieurs grands seigneurs et autres personnes qui regardoient cette contestation, et Thémines lui dit: «Ce n'est ici, monseigneur, où il faut faire de la résistance.» Ainsi ledit sieur prince, voyant qu'on le pressoit pour sortir de la chambre, demanda encore à parler à Leurs Majestés, et y eut plusieurs paroles dites et redites, car il ne désiroit sortir, et fallut que ledit sieur de Thémines l'assurât que lui ni autres n'avoient aucune charge de lui méfaire. Enliii, se laissant con-
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duire, il dit en descendant au marquis, fils aîné du si(3ar de Thémines : «Vous n'êtes pas capitaine des gardes? » A quoi ledit sieur marquis lui repartit : « Nous avons un commandement souverain pour nous assurer de vous, monseigneur. » Entrant dans la salle préparée pour le mettre, et voyant d'Elbène (qu'il n'aimoit pas) avec faut de gens la hallebarde au poing, il dit : « Hélas ! je suis mort ! » Il eut lors une grande appréhension de mourir, laquelle ledit sieur d'Elbène calma en lui disant : « Que tous ceux qu'il voyoit étoient gentilshommes et non pas des meurtriers, lesquels n'avoient autre commandement du roi que de le veiller et garder. » Il ne lui échappa de dire en tout cela aucune chose contre Leurs Majestés, et fut un long temps sans dire mot. On le voyoit plein de regrets du changement de sa liberté en captivité. Par suite de l'arrestementdudit sieur prince, les gardes françoises et suisses qui étoient dehors du Louvre prirent les armes et se mirent aux avenues; on lit aussi sortir tous ceux qui étoient dans la cour du Louvre. Ceux qui allèrent pour se saisir de M. de Vendôme, trouvèrent qu'en venant au Louvre il avoit été averti et s'étoit sauvé par le derrière de l'hôtel de Mercœur qui est au faubourg Saint-Honoré, tenant le chemin de La Fère (ville qui lui appartient comme bien patrimonial de la maison de Vendôme), et ce, en telle diligence que ceux qui le poursuivirent ne purent l'atteindre. Le marquis de Cœuvres, gouverneur de Laon, oncle maternel dudit duc de Vendôme, alla trouver M. de Mayenne en son hôtel près la porte Saint- Antoine, et lui porta les premières nouvelles de l'arrestement de M. le prince. Sur cet avis, on ne parla à l'hôtel f(c Mayenne que de monter à cheval : tout fuit ; et six à six, et dix à dix ils vont rencontrer le maréchal de Bouillon près Charenton, où il étoit allé au prêche dès le matin. A la sortie du Palais, le président Le- Jay, se ressouvenant d'Amboise, aima aussi mieux prendre l'air des champs par la porte Saint-Antoine que de demeurer dans Paris '. »
Le conseil avait compris que l'arrestation du prince de Condé
^ « Le véritable récit de ce qui s'est passé au Louvre en V arresiement de la personne de M. le prince de Condé. » Paris, 1616, in-8°. — Voyez aussi \ Histoire de la mère et du /ils, toin. Il, pag. 83 et suiv. — Amsterdam, 1730, in-12.
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devait produire une vive et profonde sensation dans les provinces: comment expliquer celte révolution soudaine qui éclatait, quelques mois à peine écoulés, après le traité de Loudun, ce changement complet dans Tesprit de l'administration. Les princes du sang commandaient naguère; ils étaient renversés au profit de l'autorité de la reine, et le conseil du roi publia une déclaration solennelle contre les princes. Après une énumération des félonies du prince de Condé, des pratiques et menées faites pour débaucher le peuple, et des prétentions dudit prince à la couronne, le roi ajoutait: «Notre patience enfin vaincue par l'évidence du péril, qui ne regardoit pas seulement notre personne, mais traînoit après soi l'entière ruine de notre royaume, qui nous est plus cher que notre vie, nous nous sommes retournés vers Dieu, et après avoir, comme chose désespérée, imploré son assistance et conseil, nous avons trouvé n'y avoir plus autre remède à ce mal que de nous assurer de la personne de notredit cousin. » Une amnistie pleine et entière était proclamée pour ceux qui viendraient dans quinzaine demander pardon, abolissant en ce cas tout ce dont ils pourraient être coupables; « mais s'ils persévèrent en leur faute, les déclarons criminels de lèse-majesté, voulons être procédé contre eux selon la rigueur des lois, de nos édits et ordonnances. » A cette déclaration, formule souveraine adressée au parlement, le conseil du roi joignit des lettres spéciales à tous les maires, échevins, gouverneurs des cités, afin d'éviter la prise d'armes et d'expliquer les mesures de rigueur.
Le roi prenait la même précaution à l'égard de l'étranger, car la révolution était complète pour Textérieur. Les alliances n'étaient plus les mêmes : avec les princes elles embrassaient la Hollande, l'Angleterre, l'Allemagne réformée et la Suède ; avec la reine, au contraire, c'étaient l'Espagne, la maison d'Autriche et le pouvoir pontifical. Le roi expliquait donc à ses ambassadeurs la nouvelle organisation politique de son conseil, les motifs de ses mesures contre le prince de Condé '. De cette manière, le conseil de la reine et les princes armés étaient arrivés au même point de guerre civile d'où ils étaient paitis à l'avènement de Louis XIII. On avait encore, mais vainement,
* Mss. de BéUiunc, vol. cot. 9161, fol. &C.
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essayé une transaction entre Marie de Médicis et les princes du sang, puissances antipathiques; l'une visant à l'unilc et au pouvoir absolu, l'autre chercliant à constituer une fcodalilé provinciale, une fédération de grands gouvernements. Les principes religieux n'étaient pi us alors que les auxiliaires de la pensée politique, et c'est en quoi ces temps différaient de ceux de la Ligue, époque de ferveur pour le catholicisme et la réforme. On voit ce caractère incompatible entre la reine et les princes du sang se déployer après le traité de Loudun. Ce traité est certes vaste, complet; il établit les droits de chacun avec une haute précision ; il satisfait toutes les exigences des princes; il ne permet pas la plainte, et presque aussitôt que les représentants de la féodalité touchent Paris, les voilà déjàinquiels, s'agitant pour obtenir de plus grands avantages encore : c'est que lorsqu'un parti se sent une exubérance de forces, et qu'il n'a pas un pouvoir aussi plein, aussi entier qu'il pourrait !(! désirer, il n'est pas à l'aise : la place n'est pas assez large, il veut l'agrandir; cette situation explique les tentatives du prince de Condé, des ducs de Vendôme, de Longueville et de Bouillon. L'unité royale veut à son tour jouer un dernier effort; elle n'est point désarmée, elle va essayer une lutte nouvelle. La voilà frappant avec vigueur les chefs de la confédéjation provinciale, Condé lui-même. La reine aura-t-elle maintenant assez d'énergie et d'existence matérielle pour accomplir son œuvre? La puissance et l'habileté du maréchal d'Ancre vont être mises à l'épreuve.
Le prince de Condé était un chef trop puissant pour que le bruit de son arrestation dans le Louvre ne produisît pas une sensation profonde à Paris. Depuis l'arrivée du prince de Condé, ses amis dans le parlement et dans la bourgeoisie s'étaient efforcés de préparer les esprits en sa faveur ; les princes s'étaient mis en rapport avec le cordonnier Picard, les chefs de quartier et les hommes influents : comme il s'agissait d'un vaste projet , d'une substitution de la nouvelle dynastie à l'ancienne, il était indispensable qu'on eût à sa disposition les halles et les marchés. Cependant un obstacle s'opposait à ce que l'alliance du peuple avec le prince de Condé fût absolue et sificôre : ce peuple était fervent catholique, la bourgeoisie
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de Paris avait souvenir de la Ligue et de son époque municipale sous la ])rolection de la Vierge; elle savait aussi que le prince de Condé était le prolecteur et l'allié des calvinistes ; et cette circonstance n'était point propre à lui donner confiance dans l'avènement et les promesses du prince. La parole du cordonnier Picard n'était pas assez puissante sur les halles pour leur faire oublier leur antipathie contre le prêche dont le lirince de Condé se déclarait le défenseur. « La nouvelle de cet arreslement portée au faubourg Saint-Germain-des-Prés, à l'hôtel de Condé, où étoit madame la princesse, mère dudit sieur prince, elle monta en son carrosse et alla jusque sur le pont Notre-Dame, pensant faire émouvoir le peuple; ce que firent aussi quelques gentilshommes des domestiques dudit sieur prince, qui crioient : « Aux armes! messieurs de Paris, le maréchal d'Ancre a fait tuer M. le prince de Condé, premier prince du sang ; aux armes ! bons François, aux armes ! » Il ne se vit que quatre personnes tant d'une que d'autre religion qui s'en émurent : une femme qui voulut tendre la chaîne près Sainte- Croix de la cité, deux hommes de robe longue qui revenoient du Palais et un cordonnier en la rue de La Harpe ; plusieurs marchands toutefois ne laissèrent de fermer leurs boutiques. Ladite dame mère de M. le prince, voyant que le peuple ne s'émouvoit point, retourna en l'hôtel de Condé au faubourg Saint-Germain, où quelques seigneurs et capitaines s'assemblèrent pour prendre délibération s'ils s'armeroient, et s'ils se feroient suivre de la noblesse affectionnée à M. le prince pour aller droit au Louvre et tâcher dt^ le délivrer. On proposa qu'il pourroit y avoir aussi de« bourgeois affectionnés qui se joindroient à eux pour tous ensemble faire un effort. « Vous pourrez faire cela, dit un d'entre eux ; mais considérez que tous les magistrats de Paris se porteront avec le menu peuple pour Leurs Majestés; cela étant, que deviendrons-nous avec tous ces affectionnés, lorsque les gardes du roi nous empêcheront d'approcher le Louvre et que Ton tendra les chaînes derrière nous? Avant que d'y aller, il faudroit plutôt affriander la popnlaf-e au pillage du Iol;!^. (lu uianxlial d'Ancre, cl |)ai- là laiic nailie l'envie de nous suivie. » Cet avis élail également celui de tous les princes mulconlents qui avaient tenu un concilia-
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bille près la porte Sainl-Marlin. En indiquant au peuple PluMel du maréchal d'Ancre pour le livrer au pillage, les malcon lents voulaient compromettre la populace et l'entraîner, par l'appât du gain, dans leur parti : la haine contre Goncini dans les halles venait surtout de ce qu'on l'accusait d'avoir appauvri le Trésor aux dépens du peuple pressuré par l'impôt. N'était-ce pas s'adresser aux sympathies de la multitude, que de lui offrir comme compensation les meubles, riches tapis, huches dorées du maréchal d'Ancre et de sa femme? « L'hôtel que la reine-mère fait bâtir dans le Luxembourg, celui de Gondé et celui du maréchal d'Ancre sont à un jet de pierre l'un de l'autre et s'entre-regardent. Quelques-uns des domestiques et de la suite dudit sieur prince, ayant animé plusieurs maçons et aucuns des manœuvres qui travailloient à l'hôtel de la reinemère, ils vont rompre la grande porte de l'hôtel d'Ancre d'une telle furie, que les Suisses qui la gardoient et les autres domestiques n'eurent autre loisir que de se sauver par le derrière du jardin; ils entrent dans les salles et chambres; les uns jettent les meubles par les fenêtres, pendant que les autres emplissent leurs chausses d'or, d'argent et de ce qu'ils trouvoient de plus précieux. Les premiers qui emportèrent les meubles dans la ville servirent de trompette pour avertir la populace que le logis du maréchal d'Ancre étoit au pillage ; elle y accourt de tous côtés. On a écrit qu'une grande dame, étant en son carrosse, regardoit tout cela. Sur les deux heures après midi, M. de Liancourt, gouverneur de Paris, avec le chevaher du guet, suivis de quelques-uns des leurs, y étant allés pour penser empêcher ce ravage, trouvèrent ceux de la suite dudit sieur prince armés de pistolets, encourageant le peuple au pillage, et un d'eux tua Adonville d'un coup de pistolet »
Ge n'était pas là une véritable émotion politique, un mouvement de halles sur lequel on pût compter; les valets du prince de Gondé, un nombre d'ouvriers maçons, des pillards de tous les états ne pouvaient être un point d'appui pour soutenir la résolution des gentilshommes; le conseil de la reine s'était d'ailleurs hâté de rassurer le peuple de Paris sur ses intentions'. Le prévôt dos marchands étant allé au Louvre pour savoir la
1 Reyiét. de riiôlel-de-Ville, t. XXIL Ann. 1616.
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volonté du roi, apprit que M. le prince n'avait été qu'arrête; ce qui lut incontinent su par tous les quartiers, où plusieurs liabitants avaient déjà fermé leurs boutiques. Le prévôt enjoignit à tous les chcls de quartiers, colonels et capitaines, de se rendre à ril(Mcl-de-Ville, afin de maintenir en paix chaque maison bourgeoise et qu'on ne s'armât qu'après un commandement positif. Le lendemain, le pillage continua à Tliôtel et écuries du maréchal d'Ancre; on emporta et on pilla jusques aux buis des parterres du jardin ; il n'y avait plus ni fer ni plomb à voler : on dépouilla également l'hôtel de Corbinelli," secrétaire du maréchal d'Ancre. Un ordre de la reine fit sur-le-champ armer les bourgeois du faubourg Saint-Germain: M. deXIréquy, capitaine des gardes, entra avec trois compagnies par la porte de Bussy, longea la rue de Vaugirard jusqu'en face de celle de Tournon ; les pilleurs furent ainsi enfermés entre les gardes du roi et les bons bourgeois armés du faubourg. Comme on ne voulait pas en venir aux mains, le conseil de la reine ordonna qu'on laissât les pillards se sauver. Voici comme on s'y prit pour reprendre les belles choses volées : « les curés dénoncèrent cet acte en leurs prônes et en leurs confessions, et beaucoup de petits pilleurs rapportèrent au commissaire du quartier ce qu'ils avoient dérobé. Il pas^oit en la rue un grand chariot, et chacun jeloit dans ce chariot ce dont il s'étoit emparé dans le pillage de l'hôtel i.»
Le mouvement municipal au profit des princes était donc manqué ; la bourgeoisie était restée fidèle au roi ; l'Hôlel-de- Ville avait prêté aide et secours au conseil, et l'impopularité du maréchal d'Ancre n'avait point entraîné la multitude à la désobéissance. Les princes avaient bien senti qu'ils ne pouvaient compter sur Paris. M. de Mayenne croyait tout le contraire; il voulut encore essayer de sa popularité sur la bourgeoisie; le maréchal de Bouillon, mieux inspiré, détermina les princes à chercher leurs forces réelles dans une nouvelle ligue provinciale : «Notre procès, dit-il, ne peut se vider qu'à huis ouverts; ceux qui ont accoutumé d'en juger à huis clos aillent à Paris s'ils veulent s'y renfermer : je tiens que le chemin de Soissons est le plus assuré que puissions suivre : et prenons-le, »
» Mercure français y aun. IGlO, lom. ly, cdil, de 1017,
En ofTi't los princos quiilrronl Paris pour ('tnblir \o, sipi^o do leur pouvoir dans leurs dillcrerils gouvernomoiUs. Pendant ce temps le consiîil, pour se donner une nouvelle force, arrêtait certains actes, tous domines par la pensée de l'unité royale. D'abord la reine n'était point sûre de ses ministres; la plupart avaient été imposés par les conventions féodales de Sainte-Menehould et de Loudun; le maréchal d'Ancre n'était point l'ami du garde-dessceaux Du Vair, magistrat d'opinion mitoyenne ; on ne pouvait pas compter davantage sur Villeroy et Puysieulx, également hommes de transaction ; et le président Jeannin, quelque complaisant qu'il pût être pour le maréchal d'Ancre, n'était-il pas demeuré le plus dévoué des serviteurs de M. de Mayenne et du tiers-parti des gentilshommes? Puisque le maréchal d'Ancre s'était si fortement dessiné contre la féodalité, en faisant arrêter le premier prince du sang, il fallait organiser un conseil tout d'une même opinion, entièrement déterminé à prendre les mesures de salut général que demandait la situation des choses. Les nouveaux ministres furent : Mangot pour la garde des sceaux, le confident de la reine, la plus humble des créatures de la régence; Richelieu, évêque de Luçon, déjà promu au poste de conseiller, comme récompense de son dévouement à la reine, fut mis à la place de Villeroy pour les affaires étrangères ; et Barbin remplaça comme contrôleur général des finances le président Jeannin. Tous ces ministres ne formaient qu'une seule tête sous la direction intime du maréchal d'Ancre, chef du conseil à titre, et de qui ressortissaient toutes les attributions militaires, politiques et administratives ; situation inévitable, car on avait jeté le gant à la confédération de la noblesse, et il fallait vider la querelle. Dans l'ordre militaire une semblable révolution s'opéra; la reine avait fait sortir de la Bastille le comte d'Auvergne, ce vieil ennemi de Henri IV, et lui avait confié le commandement suprême de ses gardes , il ramena en toute hâte de Péronne les archers ordinaires du roi, braves régiments qui ne recevaient d'ordres que de Marie. Ensuite Thémines, qui avait arrêté le prince de Gondé, et Montigny étaient élevés à la dignité de maréchaux de France ; de manière que ce grand office de la couronne était aux mains de trois hommes sur lesquels la reine pouvait compter : le ma-
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rrclial d'Ancro, Thcminos et Monligny. D(\s commanclnmonts militaires leur furent répartis pour marcher contre Tarméc des princes.
La confédération féodale prenait alors un nouvel aspect. Dans l'oriî^ine, le parti huguenot et des malcontents formait les seuls éléments de résistance aux ordres du conseil ; le tiersparti était resté en dehors et n'intervenait que pour apaiser, par une transaction, les différends qui existaient entre Tautorité royale et la ligue des princes. Dans cette circonstance, le parti mitoyen prit attitude; il avait été expulsé du gouvernement royal par la révolution qui s'était opérée au profit du maréchal d'Ancre; il était représenté par Villeroy, Jeannin, le duc d'É- ])crnon : ceux-ci cédaient la place aux partisans exclusifs des prérogatives de la reine-mère et de la couronne ; les parlementaires étaient sacrifiés ; ils se jetèrent dans l'opposition. La résistance, qui devint alors immense, s'étendit aux huguenots, inquiets de ce triomphe des opinions absolues : quel allait être désormais un des chefs du conseil? ce Richelieu, con- Iroversiste inné, qui avait si vivement attaqué le prêche. De tous côtés les calvinistes se levaient donc, et les assemblées de Nîmes, de Grenoble, de Montauban, se préparaient à une prise d'armes. En seconde ligne venait le parti des gentilshommes toujours mécontents, tels que les Rohan, les Bouillon, les Longueville, qui tant de fois avaient montré leur étendard de rébellion ; enfin le duc de Nevers lui-même, tiers-parij incarné, s'était dessiné nettement pour la confédération provinciale et féodale ; il avait donné ordre qu'on levât des troupes considérables dans ses divers gouvernements. Mais ce qui étonna le plus la cour, ce fut la défection des ducs de Guise et de Mayenne, jusque-là si dévoués à la régence et à l'autorité royale. Quand nn pouvoir est dans ses derniers jours de violence, il heurte toutes les convictions opposées, et les esprits les plus timides se jettent dans l'opposition. Tant que la reine ne s'était pas séparée de Villeroy et de Jeannin, elle avait conservé de l'ascendant sur le tiers-parti et les gentilshommes de cour ; mais quand le conseil se personnifia tout entier dans le maréchal d'Ancre, la royauté en un seul homme, les autres princes se retirèient; et le duc d'Épernon lui-même, bouillant et fidèle serviteur du
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Marie ih Mnliris, alla canipor dans son [ronvornomont, sans pouilant so prononcer oiiverlement en Caveur (l(?s princes. Celle ligue, si puissante par le nombre, était composée de trop d'éléments divers pour qu'elle restât unie dans ses desseins. En quel nom allait-elle combattre? que devait se proposer la contédération des nobles féodaux? Elle chercha d'abord à organiser son principe de gouvernement et à manifester sa pensée. Gondé, premier prince du sang, était captif; n'était-ce pas là un grief suffisant contre le conseil? El qui l'avait ainsi privé de l'action légitime sur le roi et de la liberté de sa personne? un favori de Florence, un homme de rien qui proscrivait le premier soutien de la couronne? Cet empire d'une femme et d'un favori était-il bien légitime? n'était-ce pas un véritable interrègne? Quel était le devoir des gentilshommes fidèles? de briser le joug qu'on imposait à l'état et à la noblesse. Cette pensée de la confédération, les princes l'exprimaient dans toutes circonstances ; ils établissaient un véritable gouvernement, levaient des impôts, des hommes d'armes. La confédération avait sa chancellerie, ses ministres ; et il reste encore les débris de leur scel, sur lequel se trouve exprimée hautement la pensée des princes ligués, car on y lit cet exergue : « Pour le royaume en péril, pour la vie du roi et de la famille royale '; » indiquant ainsi une espèce d'interrègne où. toutes les institutions et le roi lui-même étaient menacés.
Les princes écrivirent aussi à toutes les puissances de la chrétienté pour annoncer les motifs de la nouvelle ligue. Indépendamment des lettres adressées au pape, à l'empire, à la^ Suède, à Venise, au roi d'Angleterre, à Genève, les princes lancèrent aussi un manifeste, car cette époque était essentiellement de publicité; aucun parti ne courait aux batailles sans s'expliquer devant le peuple et la bourgeoisie dont il invoquait le secours. On aimait à dire pourquoi l'on prenait les armes, dans quel dessein on se liguait contre le roi seigneur suzerain. « L'injuste et violente détention de M. le prince, sans aucun crime ni cause légitime, fait aussi connoître qu'ils n'ont autre but que la ruine de la maison de Bourbon. Nous promet-
^ Perictilanle regno, régis vila et regia familia. On trouve plusieurs de ces sceaux dans le uianuseritde liélhune, vol, cot, 9306, fol. 1 h b.
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ions d'omploycr unanimcni loul noire pouvoir, nos vies cl nos biens pour la conservalion de TÉlal ; et, pour empêcher les misérables eirels de si pernicieux desseins, faire ôler rautorité publique des mains de ces usurpateurs, rendre au roi la dignité de sa couronne, la garder et la maintenir en son entier, et faire mettre M. le prince en pleine liberté. Demeurera le présent écrit secret enire nous sans venir à évidence, sinon lorsque par un commun avis il sera jugé utile K » On voit que les griefs différaient peu dans ces prises d'armes continuelles : la réfoiinalion de l'État était toujours le prétexte invoqué par la noblesse pour s'emparer du pouvoir. Jusqu'alors il y avait eu des transactions ; maintenant les esprits étaient trop irrités, les inléréts trop divers pour que Ton songeât encore à se tendre la main : il fallait en finir; la reine, ses favoris, son conseil, son système d'unité devaient triompher ou s'abîmer dans la lutte. Le conseil comptait alors des esprits vigoureux ; l'évèque de Luçon et le maréchal d'Ancre lui-même savaient qu'ils s'étaient trop compromis pour ne pas aller jusqu'au bout. Au manifeste des princes le conseil répondit d'abord par un acte de proscription.
On avait commencé par négocier avec le duc de Guise que son ancien dévouement au catholicisme et à l'Espagne n'avait jamais complètement séparé de la cour; le duc de Monteleone fut l'intermédiaire entre la reine et l'aîné de la famille de Lorraine. Quand de Guise eut obtenu une bonne transaction, il vint offrir aide et appui au conseil intime de Marie de Médicis ; et dès lors on se décida à des mesures violentes. Il y çut d'abord une déclaration du roi contre les ducs de Vendôme, de Mayenne, (le Bouillon, le marquis deCœuvres, le président Le Jay et tous ceux qui les assistaient dans leur criminel dessein : «Nous avons dit et déclaré les ducs de Vendôme, de Mayenne, maréchal de Bouillon, marquis de Cœuvres, et président Le Jay et tous autres qui les assistent, déchus de tous honneurs, dignités, états, oflices, pouvoirs, gouvernements, charges, pensions, privilèges et prérogatives; les déclarant désobéissans, rebelles etpertur-
i Manifeste de M. César, duc de Vendôme, et de MM. de Mayenne, (^e NevcrSy de Bouillon et marquis de Cœuvres, ICIG, 1617. — Mss. de Bé- Ihune, vol. cot.9l52, fol. 5.
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Mtours du ropos public ol ciiminolsdo Irzc-majosh'. » CocÀ rtait une simple déclaralioii du roi ; le pouvoir judiciain; avait aluis une grande inlluence, et le conseil de régence imposa arrêt au parlement contre les fauteurs de la révolte; ils lurent condamnés comme criminels de lèse-majesté, et cette déclaration si sévère fut en suite appliquée même au chef du tiers-parti, le duc de Ne vers.
Paris restait paisible; la bourgeoisie prenait peu de part à la confédération des princes, et la cour cherchait toujours cà travailler l'opinion par des chansons, des pamphlets contre Condé, transféré du Louvre à la Bastille , tandis que ses confédérés avaient gagné les provinces. En ce temps de poésie douce, d'églogue et de bergerie, on publia un dialogue entre le berger Damon et la bergère Sylvie, qui eut un prodigieux succès dans la bourgeoisie de Paris; c'était une manière de tourner en ridicule les projets du prince de Condé et sa captivité : on le chantait sur les ponts, dans les faubourgs, en la place Royale : « Berger, vous êtes volage, dit Sylvie, mais vous êtes arrêté. — Au moins, répond Damon, qu'on me fasse entendre pourquoi je suis détenu. — Berger, vous me vouliez prendre, mais je vous ai prévenu. — Je meurs la nuit et le jour, reprend Damon. — C'est de regret ou de crainte, dit Sylvie; vous ne mourrez pas d'amour.— Je commence à comprendre , réplique Damon : amour est donc triomphant? — Et Sylvie répond encore : Pour conserver la puissance de la mère et de l'enfant. — Le myrte qui vous couronne est fort agréable à voir. — Oui, dit Sylvie, on doit aimer ma couronne sans ambitionner de l'avoir. — A la fin aurez-vous pitié de moi? — Non, je suis sans miséricorde pour ceux qui n'ont point de foi ; berger, vous vouliez me prendre, et je vous ai prévenu. » Le prince de Condé d'ailleurs inspirait peu d'intérêt : dès qu'il avait été mis en captivité, il avait perdu son caractère de hauteur et de fanfaronnade ; la crainte de la mort l'amollissait. Dans ces épaisses murailles de la Bastille ou du Louvre, il s'était souvenu de toutes ces exécutions de palais, qui, plus d'une fois, avaient ensanglanté les maisons royales; il craignait d'être victime encore d'une de ces scènes de cabinet, lorsque, derrière la tapisserie, Henri IIï voyait percer de hallebardes le duc de Guise
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ou quelquos autres cliels; do itnrii durant la Liiîuo. Pour éviter ce triste sort, le prince de Goiuh'; avait ollert à la leine de servir contre les princes , d'accepter toutes les conditions qu'on lui ferait pour sa libertr. Il dénonça lui-même toutes les correspondances secrètes, excepté une pourtant qu'on lui glissa dans la croûte d'un pâté; elle fut découverte, et le conseil ordonna que les services du prince de Condé seraient renouvelés; la livrée de la reine dut remplacer celle du prince à la table du haut féodal captif.
Paris prenait un aspect de rigueurs et de sévérités municipales. La nécessité d'imprimer un grand respect pour l'autorité de la reine et d'empêcher les conspirations, avait fait armer de nouveau la bonne bourgeoisie. On avait mis des potences avec chaînes et cordes dans plusieurs quartiers, spécialement devant le palais, à la croix du Tirouër. Tout ce qui faisait un peu d'opposition au gouvernement de la reine était sans pitié livré au bourreau, même les gardes du roi. « Le 27 février, le grand Écossais, qui avait été des gardes-du-corps du roi, fut décapité devant le Louvre, pour avoir envoyé des troupes aux princes; le 21 mars, fut aussi le tour du baron de Heurtevan, qui fut décapité à la croix du Tirouër; et l'on disoit qu'il avoit voulu surprendre, pour les princes, une place en Normandie K » Marie de Médicis sentait le besoin d'imprimer le sentiment d'une énergique résistance. Les dangers étaient grands; tout le pouvoir était concentré dans les mains de la reine; et sur son conseil pesait la responsabilité. Gomme on ne pouvait espérer une transaction , il était donc indispensable d'agir avec violence si l'on ne voulait s'exposer à la ruine inévitable. Le conseil de Marie de Médicis était menacé par mille causes : la ligue des gentilshommes devait avoir du retentissement au milieu même delà cour; l'autorité du maréchal d'Ancre offusquait d'autres favoris. Le roi, en avançant dans la vie, prenait une volonté; il avait ses ministres intimes : ceux-ci ne chercheraientils pas à remplacer l'action de la reine-mère? Ainsi, attaqué par les princes ligués, le pouvoir de Marie de Médicis était encore ébranlé par l'intrigue. L'instant de la crise approchait!
* Mercure Jrançois, ânn. 1G17, tom. iv, édit. de 1619.