ACTE II, SCÈNE IV
même et à tous ceux que votre situation intéresse, de faire publiquement connaître.
Arsène,
De grâce, Monsieur ! En venant ici, vous avez cédé, sans nul doute, à une pensée généreuse. Ne la gâtez pas en voulant me faire dire ce que je suis résolue absolument à taire. Je me reconnais coupable. J'ai agi de mon plein gré, de mon seul gré. Mes motifs, personne au monde ne les connaîtra. Dieu jugera dans sa miséricorde si le châtiment que les hommes m'infligeront et ma propre douleur, que ce châtiment ne pourra jamais égaler, seront suffisants ou non pour l'expiation. NouviON.
Vous vous repentez donc ?
Arsène.
J'ai dit ma douleur, je n'ai pas dit mon repentir.
NouviON.
Quelque pénible que soit mon insistance, écoutez-moi, Arsène. Tous les actes que nous accomplissons ont un mobile certain et nous en sommes responsables, même lorsqu'une surexcitation passagère nous enlève quelque chose de notre liberté morale. Quand vous avez, de parti pris, car vous avouez la préméditation, dirigé votre arme contre M. Froissy, vous obéissiez à un sentiment violent,
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irrésistible, et ce sentiment, je vais répondre pour vous, puisque vous vous taisez, c'était,.. Arsène.
Monsieur, monsieur...
NouvoiN.
Ce sentiment était le seul concevable dans votre situation, la jalousie.
Arsène.
Excusez-moi, Monsieur, mais laissez-moi vous dire cjue vous ne devriez pas m'infliger cette torture inutile. J'ai la résolution très arrêtée de ne pas livrer mon secret, et je ne parlerai pas plus devant la Cour d'assises cjue lorsque je serai questionnée par l'avocat qu'on a désigné, malgré moi, pour me défendre, et dont M. le Directeur m'a annoncé la visite.
NouviON.
Cet avocat, c'est moi !
Arsène.
Vous !
NouvioN.
Oui, moi. Le magistrat qui vous a interrogée vous a avertie que si vous ne faisiez pas choix d'un défenseur, il vous en serait donné un d'office, et quoique cette mission soit dévolue en général à de jeunes confrères, on me l'a offerte à moi, le bâtonnier de l'ordre, à cause des circons-