‹ Rideau a huit heuresChapitre 66 sur 75 · SCENE VI III · texte numérisé non relu

SCENE VI III

lile d'apprendre à tout l'univers que madame de Noas se lamentait sur le sort de son grilTon. Ce monsieur arrive , prétendant qu'il avait trouvé l'objet égaré. Mais il y avait un quiproquo, à moins que ce ne soit une invention de sa part. Il paraît qu'une autre personne qui habite comme nous le 44 de la place Malesherbes, dans cette maison grande comme un caravansérail , avait oublié au parc Monceau un livre, et qu'elle avait aussi fait mettre une annonce sous des initiales ressemblant aux miennes. De là erreur et invasion du monsi2ur qui a trouvé le volume et qu'on adresse sottement chez moi.

Madame Mortimer.

Un livre Quel livre ?

Madame de Noas.

Cela paraît assez indifférent. Jocelyn, je crois. Mais il y a toute une histoire. Vous pensez bien que ce n'est pas seulement pour rentrer en possession d'un volume qui traîne sur les quais, que l'on met les journaux en mouvement et qu'on promet une récompense honnête.

Madame Mortimer.

Eh bien ?

Il y avait dans ce volume une lettre.

Madame Mortimer.

Une lettre Et ce monsieur l'a découverte?

Madame de Noas.

Sans cloute, puisqu'elle était dans le livre. Madame Moxtimer.

Vous piquez ma curiosité! Une lettre de femme ?

Madame de Noas.

Cela va sans dire. Lorsque les hommes sèment leur correspondance, ils ne le font pas tambouriner par les journaux.

Madame Mortimer.

Et il a lu cette lettre ?

Madame de Noas.

Oui.

Madame Mortimer.

C'est une infamie. Je me mets à la place de la pauvre femme qui peut devenir victime de cette indiscrétion. Et il vous en a dit le contenu ? Madame de Noas.

Il ne m'a rien confié, rien absolument, ni ce que la lettre renferme, ni qui l'a écrite, ni à qui elle était adressée.

Madame Mortimer.

Ah, c'est d'un homme délicat.

Madame de Noas.

Il voulait avoir mon avis sur la conduite à suivre, sans consentir à m'aider par aucune indi-

cation. Nous avons joué ainsi à cache-cache pendant un quart d'heure et cela prenait fin quand vous êtes arrivée.

Madame Mortimer.

Je me sens tout à fait intriguée et je voudrais avoir la clef de ce mystère. Ce monsieur vous a laissé son nom... son adresse?

Madame de Noas.

Nullement. En quoi cela pouvait-il m'intéresser? Il m'a parlé de retrouver LoUj. S'il la ramène, ce qui paraît peu vraisemblable, je le verrai sans doute, et j'essaierai d'en apprendre davantage pour satisfaire votre curiosité et aussi la mienne, je l'avoue.

Madame Mortimer, vivement.

Non, non, c'est inutile.

Madame de Noas.

Julie est peut-être plus instruite que moi. C'est elle qui a reçu ce monsieur, et comme elle est bavarde et curieuse, il n'est pas impossible qu'elle sache quelque chose. Venez-vous? Je voudrais être rentrée de bonne heure; j'ai à écrire à mon mari avant le courrier.

Madame Mortimer.

Je vous laisse aller seule. Voilà deux jours que je vends au bazar. Je me sens un peu de migraine et je monte à mon appartement.

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