SCÈNE VIII
MONSIEUR DUTALIS, JULIE.
Julie.
Encore lui. Monsieur, que voulez-vous?
Monsieur Dutalis.
X. Z. Cette fois, j'y suis. Avez-vous la photographie du griffon, un signalement, quelque chose ? Julie.
Monsieur, épargnez- moi ; je vous donnerai toutes mes économies.
Monsieur Dutalis.
J'arrive de la fourrière.
Julie.
De la fourrière?
Monsieur Dutalis. Oui, le refuge momentané où l'on mène les chiens en rupture de ban, les toutous égarés, les caniches vagabonds, la petite Roquette de la Bohême canine. Je me suis dit que s'il y avait un lieu quelconque où j'eusse quelque chance de rencontrer le griffon de Madame de Noas, c'était dans cet asile à la fois hospitalier et meurtrier.
Ii6 LE GRIFFON
Après quatre jours, si on ne réclame pas un pensionnaire, tout est fini pour lui en ce monde. Je me fais conduire au quartier des griffons, l'aristocratie de l'endroit. Il y en avait dix-sept, de tout poil et de toute nuance, les uns mornes et d'apparence négligée comme des chiens philosophes, sans illusion sur leur sort ; les autres guillerets et de poil encore lustré, comme des bêtes de bonne compagnie qui n'ont pas perdu l'espoir de dormir sur les genoux de leur maîtresse. J'appelle LoWy : grognement général, personne ne sort des rangs. Je renouvelle l'épreuve en criant de nouveau Lolly, mais en présentant cette fois un gros morceau de sucre, bien en évidence. Aussitôt les dixsept griffons s'élancent avec un empressement égal. Madame de Noas ne peut avoir égaré dixsept griffons. Pour me reconnaître dans cette ménagerie, il me faudrait un renseignement bien précis...
Julie.
Voici trois photographies de la pauvre petite bête.
Monsieur Dutalis.
Mais cela ressemble à tous les griffons connus, depuis celui qui représentait l'espèce dans l'arche de Noé.
Julie.
Lolly a une grande tache feu sur le museau.