‹ RielChapitre 3 sur 5 · EXISTE ENCORE PARMI LES DIVERSES RACES DE CETTE PROVINCE · texte numérisé non relu

EXISTE ENCORE PARMI LES DIVERSES RACES DE CETTE PROVINCE

Or, c’est vous, monsieur ; c’est votre chef sir John A. Macdonald, dans sa fameuse lettre au Winnipeg Sifting ; c’est votre principal organe dans le Haut-Canada, le Mail , dans un article incendiaire où il a menacé de briser la confédération, de recommencer la conquête des Canadiens-français et, cette fois, de les priver à tout jamais de leurs institutions, de leur langue et de leurs lois dont la jouissance nous est garantie par le traité de 1763; c’est vous qui essayez de u soulever des préjugés de caste et de race parmi nous ” plutôt que de vous laisser faire une opposition tout à fait loyale, tout à fait constitutionnelle, qui aura pour résultat manifeste le renversement de votre odieux pouvoir. C’est vous qui vous révoltez contre l’autorité populaire. Aux mille raisons que, dans leur opposition constitutionnelle, tous les libéraux invoquent pour obtenir la destruction du ministère dont vous êtes l’ornement, les libéraux anglais ajoutent “ la criminelle négligence et l’incapacité déployées par l’administration actuelle dans son opiniâtre refus de rendre justice aux habitants du Nord-ouest, qui s’est ainsi rendue responsable de la rébellion et de toutes ses terribles CONSÉQUENCES. ”

Parmi ces terribles conséquences de la rébellion provoquée par vous-même et par vos collègues, se trouve ce que vos amis appellent lè meurtre d’un fou, la pendaison abominable d’un martyr, et c’est par respect pour la constitution, c’est par vénération même pour Y autorité légitime et immuable, celle de la nation, que, de concert avec les libéraux, ils conspirent énergiquement, mais loyalement votre perte. Ils peuvent s’appuyer pour justifier leur atti-

Inde actuelle sur cet article de la Minerve publié le lendemain du suplice de votre victime :

Si profonde est la répulsion qu’inspire l’idée seule de l’exécution de Riel, que jusqu’au dernier moment, hier, on espérait encore une commutation de la terrible sentence. C’en est fait des espérances de toute une race et de la pureté immaculée de notre blason national.

Il n’a pu s’écouler 20 ans sans que le grand livre de la confédération canadienne fût maculé d’une tache de sang. C’est avoir perdu 'bien jeune sa beauté virginale ! Aussi rien d’étonnant que la population soit émuejusqu’à se porter à des manifestations bruyantes même de sà colère.

L’ère des supplications est passée. L’ère des récriminations ne saurait nous convenir; celle des déterminations inflexibles suivies de résultats pratiques peut seule nous satisfaire. La journée d’hier va fournir les éléments d’une page nouvelle de notre histoire.

Sur cet autre article du meme journal publié le jour meme de l’exécution :

Nous n’apprenons rien en disant qn’il se rendra des comptes à la

prochaine session. Et nous le jugerons lui (sir John) comme les autres.

Si c’est, comme nous le croyons, le parti orangiste qni a présidé à l’acte impolitique de ce jour, il y aura un règlement définitif entre ce parti et le nôtie, hormis que l’arrêté de compte date d’aujourd’hui même, ce que nous serions loin de regretter. Si le gouvernement a eu la main forcée par cette coterie maussade qui vit exclusivement de haine, il en subira les conséquences.

Sur ces paroles de M. Fabien Vanasse, député conservateur du comté d’Yamaska et rédacteur en chef du journal ministériel le Monde , paroles prononcées en ma présence, le 19 novembre dernier, dans la salle du Cabinet de lecture paroissial à Montréal :

Je proteste contre l’exécution de Louis Riel. Je ne veux plus supporter le gouvernement qui ne mérite plus la confiance des hommes bien pensants. Sir John emportera dans la tombe le déshonneur qui s’attache à son nom. Quant à moi, je suis prêt à remettre mon mandat si mes électeurs n’approuvent pas ma conduite.

Ils peuvent encore s’appuyer pour vous combattre sur ces paroles du Quotidien de Lévis, journal ultra ministériel (16 nov.) :

La voix de l’humanité n’a pas été entendue. Le droit et la force triomphent, c’est vrai; mais la justice a les mains couvertes de sang.

Le 20 novembre le même journal disait :

Et si aujourd’hui nous n’avons plus le motif de sauver la vie de l’infortuné Riel, nous avons celui de venger sa mémoire et de sauver l’intégrité de l’honneur national.

J’emprunte aussi à Y Evènement, organe ministériel, qui disait le jour de l’exécution :

Nous sommes pour toutes les protestations légales, pour tous les moyens capables de prouver que nous réprouvons l’acte odieux perpétré ce matin.

Le Courrier du Canada , organe de sir Hector Lange vin, disait le 1 7 novembre :

Nous écrivions hier :

C’est pour la Puissance du Canada un jour de deuil que celui où elle voit se dresser un échafaud politique.

Nous aurions pu ajouter que, pour la province de Québec surtout, cette date du 16 novembre était une date funèbre.

En effet, à Montréal, à Québec, dans tous les centres populeux, la nouvelle de l’exécution a été accueillie par une explosion de pitié et de colère. Il est clair que la province de Québec attendait une mesure de clémence. Son attente a été trompée, et voilà pourquoi elle s’agite.

Le Nord de St- J brome, votre organe à vous, disait, le 26 novembre, au sujet de l’exécution de Riel :

Nous dénonçons le gouvernement Macdonald et demandons sa déchéance.

Nous ne demandons pas autre chose, et, pour cela, nous croyons de bonne guerre de nous autoriser des déclarations du Nouvelliste , feuille conservatrice, représentant les idées de sir A. P. Caron, et qui disait le 1 7 novembre :

Mais la rage du tigre orangiste restait inassouvie !

Maintenant elle est satisfaite .

L’élément français et catholique a payé son tribut à la haine des sectaires u Ajoutons que le parti conservateur de la province de Québec a reçu la “ récompense de l’alliance politique qui a permis à cette minorité, méprisée u dans sa propre province, de partager avec lui l’honneur du pouvoir. ”

Notre députation ale sentiment du patriotisme et de l’honneur national. Elle a la confiance du peuple. Qu’elle se concerte avec sagesse et agisse avec prudence, et elle peut compter sur l’appui de la Province dans tout ce qu’elle fera pour maintenir son prestige u et lui assurer des alliances “ profitables.

u Car il est inutile de se le cacher, l’orangisme qui a toujours été un élétl ment désorganisateur dans le parti conservateur, a creusé un abime entre il nous. ”

Le Journal de Québec feuille actuellement conservatrice, prévoyant la portée que les intéressés au maintien du statu quo attribueraient perfidement au mouvement de réveil général qui menace l’existence de votre gouvernement, disait le 20 novembre :

Le drame de Régina a posé un problème difficile à résou Ire ; mais qu n’est pas au-dessus de la sagesse humaine.

Quel est la nature de la difficulté et comment la solution peut-elle se trouver ?

La difficulté se trouve dans le lait que le mal commis est irrémédiable puisqu’il ne peut plus s’agir de commutation de peine pour Riel, puisque nons nous trouvons en face d’une potence, qui a fait une pendaison politique, malgré les protestations de la province de Québec.

On nous demande quelle attitude nous entendons prendre en présence de cette difficulté ?

Notre réponse est facile à donner.

Dans le cas de Riel, il s’agissait d’une faute politique et le jury avait recommandé le prisonnier à la clémence.

Le jury est le représentant du pays et sa voix n’a pas été écoutée, bien qu’elle méritât de l’être.

C’est ici où est le mal qui a provoqué une agitation si générale dans la province de Québec.

Il n’est pas étonnant que cette province soit si prompte à prendre feu en présence d’une telle procédure judiciaire.

La province de Québec a déjà eu ses exécutions politiques qui furent les atroces pendaisons de 1839, et la répétition aujourd’hui de semblables tueries a blesse d’autant plus que l’exécution de Régina est l’œuvre du fanatisme orangiste, le même qui dressa les gibets de 1839.

Où est maintenant la solution ? Comment atteindre le but ?

C’est une lutte contre l’orangisme qu’il faut entreprendre, et il s’agit de trouver les moyens de vaincre cette infime coterie qui exerce, aujourd’hui, une prépondérance relative, grâce à son esprit de corps et à l’union de ses membres.

Les moyens, d’après nous, ne sont pas nombreux, et nous n’en voyons même qu’un seul : c’est de suivre l’exemple que nous donnent les orangistes eux-mêmes.

Soyons unis comme eux. Adoptons un drapeau commun, celui qu’avaient nos ancêtres lors des grandes luttes constitutionnelles.

Les Canadiens-français n’ont rien à redouter de cette union, et ils ne doivent pas écouter ceux qui leur disent que les autres nationalités pourraient en faire autant et se liguer contre eux.

Il n’y a aucun péril dans cette éventualité.

Les Canadiens-français unis n’auront jamais un programme injuste envers les autres nationalités.

Les Canadiens unis ont obtenu, dans le passé, le gouvernement responsa ble au pays ; ils ont conquis toutes les libertés politiques, qui font actuellement l’orgueil et la prospérité des diverses races du Canada.

Les Canadiens-français, s’unissant de nouveau, aujourd’hui, auraient encore pour objectif l’intérêt général, et à cette condition, ils ne manqueront jamais d’alliés pour triompher comme ils ont fait sous les Lafontaine, les Baldwin et autres.

Vous voyez bien, monsieur le ministre, qu’on peut combattre un gouvernement dénoncé en ces termes par vos feuilles sacro-saintes, sans soupçonner le moindrement qu’on est porté à cette importante besogne “par un vent de révolte.” Quoi de plus légitime que de vouloir la déchéance de ministres responsables d’un meurtre? Car vous ne pouvez vous soustraire à l’effet de C ) dénominatif. Voici,pour votre édification sur . ce point, l’opinion de Mgr Taché :

Le gouvernement a laissé faire V exécution, il en a donc la responsabilité et c'est une indignité de vouloir la faire peser sur d autres, qu'on s' est donné garde de consulter à ce sujet. Pour ma part , une observation de vingt années m'a donné des convictions diamétralement opposées à celles que l'on invoque. J'avais trop de raisons d'étudier dans ses moindres détails les dispositions et les actes de mon infortuné protégé, pour pouvoir ne pas me rendre compte de ce qu'il était et de qui a pu le conduire à la voie déplorable qu'il a suivie. Il y a bien des années que je suis convaincu , audelà de la 'possibilité d’un doute, qu'à côté des brillantes qualités de l'esprit et du cœur, l'infortuné chef des Métis était en proie à une mégalomanie et théomanie qui seules peuvent expliquer tout ce qu'il a fait jusqu'au dernier moment

Si je me suis appuyé si longuement sur ce petit paragraphe de votre manifeste, c’est qu’il m’a semblé y voir scintiller tout l’es- • prit qui vous l’a inspiré et que j’ai cru faire le plus gros de ma besogne en anéantissant jusqu’au dernier vestige de motif à l’intimidation que vous voulez créer. Permettez donc que je poursuive mon exploration à travers la luxuriante végétation de votre littérature officielle. Mais auparavant, laissez moi vous citer encore ces mots de Mgr Taché, qui donnent au mouvement national la vraie signification que vous affectez de n’avoir pas aperçue :

u Les querelles de race et surtout de religion sont des instruments bien u difficiles à manier... Mais je ne fais aucune allusion a un mouvement qui

u NE SERAIT QUE POLITIQUE Et ENFERME DANS LES LIMITES DE LA CONSTITUTION,

u Que ceux qui ont un vote a donner soit dans les enceintes parlementaires, u soit sur les hustings, pèsent tout dans l'intimité do Jour conscience u et qu’ ensuite ils votent suivant leurs convictions. ”

Si vous faites une nouvelle édition de votre œuvre, n’oubliez pas de l’enrichir de cette note. Vous continuez :

Autant je respecte le sentiment national qui produit le mouvement actuel, autant je déplore la cause de ce soulèvement, autant je gémis sur les tristes conséquences qui peuvent en résulter. La meilleure preuve que la cause est mauvaise, c’est qu’un esprit d’injustice semble la dominer. On soupçonne on accuse, on candamne d’anciens et fidèles serviteurs du pays sans les entendre, avant même qu’ils n’aient parlé.

Ah ! monsieur le ministre, vous ne déplorerez jamais autant que nous “la cause de ce soulèvement”; et c’est pour en détruire à jamais le germe que nous formons le projet d’écraser le ministère, afin de nous dérober, “aux tristes conséquences” qui, non-seulement peuvent en résulter , mais qui en ont résulté réellement. Vous dites : la meilleure preuve que la cause est mauvaise, c’est qu’un esprit d’injustice semble la dominer ! Nous ne sommes pas à faire des plaisanteries, monsieur, et je vous prie de ne pas renouveler ces ealinotades. Puis, vous ne pourrez toujours pas, u ancien et fidèle serviteur”, me reprocher de vous avoir condamné sans vous avoir entendu. A propos, comment conciliez-vous ce mot servi, leurs avec votre vent de révolte ? Je vous lis :

Depuis dix-huit ans que je suis votre député, on n’a jamais mis en doute la sincérité de mon patriotisme et de mon dévouement au peuple. C’est une conviction qui n’a pas diminué chez moi que j’ai travaillé pour ce peuple dont je suis sorti et à qui je dois tout. J’ai été accusé souvent de prédilections exagérées pour la cause canadienne-française, parce que je faisais tous mes efforts pour donner à la province de Québec, les moyens de développer le plus rapidement possible ses immenses ressources, sous l’impulsion d’un puissant courant d’influence française. Je n’ai pas à regretter mes efforts, j’étais dans mon droit, car je n’attaquais pas les intérêts de mes concitoyens d’origine britannique. Stimulé par leur esprit d’entreprise, je voulais voir les miens marcher de pair avec eux dans le voie de la prospérité matérielle. Quand on m’accuse aujourd’hui de manquer à ce grand sentiment national, de le renier, c’est là une injure que je ressens profondément^ que je ne mérite pas, et dont j’ai droit de me dire blessé.

Vous avez écrit cela sous l’empire de la plus profonde des illusions. Vous ne sauriez croire, monsieur, combien est considérable le nombre de gens qui, non-seulement mettent en doute la sincérité de votre patriotisme et de votre dévouement au peuple, mais encore qui vous nient obstinément ces qualités. Et je ne vous parle pas ici des libéraux, car vous devrez me concéder que ceux qui combattaient votre candidature et vos actes, entretenaient un cértain doute sur la sincérité de votre patriotisme etc., mais je vous parle des conservateurs, des ultra-conservateurs, de ministériels forcenés, qui vous ont toujours pris pour un charlatan saturé de présomption et complètement dépourvu de capacité. Combien de fois, monsieur le ministre, ne vous ai-je pas défendu moi-même, contre les attaques violentes de gens qui appuyaient votre politique, mais qui vous contestaient avec âpreté ces belles qualités du désintéressement et de dévouement, dont vous croyez bien à tort avoir convaincu tout le monde. Parmi les choses que vous deviez

au peuple d'où vous êtes sorti (vous avez fait stéréotvper cette déclaration) doit se trouver la simple justice que ce même peuple — dont je suis sorti comme vous, comme bien d’autres — vous demandait pour un pauvre condamné, sur la culpabilité duquel planait plus qu’un doute. En refusant cette justice je vois bien que vous avez cru travailler pour vous, mais je ne vois pas que vous ayez travaillé pour le peuple. De plus, il y a beaucoup de gens qui font consister vos u prédilections exagérées pour la race canadienne-française ”, dans le fait d’avoir grevé d'une dette énorme la province que vous avez administrée et d’avoir fait cette brillante opération : la vente pour sept millions à venir d’un che. min de fer qui coûtait quinze millions empruntés. Gomme vous déclarez ne pas regretter les efforts que vous avez faits pour arri ver- à ces splendides résultats, je vais vous abondonner aux délices de la satisfaction que vous paraissez éprouver en voyant les vôtres u marcher de pair”... avec les gens qu’on conduit généralement à la potence. Et vous qui prétendez ressentir si vivement les injures que l’on vous fait, comment voulez-vous que nous nous montrions insensibles à celles que vous nous infligez ?

Vous dites :

On me reproche d’avoir manqué à l’honneur en restant à mon poste, après que le cabinet fédéral eut refusé de commuer la sentence de la peine capitale portée contre Louis Riel par le tribunal, en un emprisonnement pour la vie ; et l’on traite mon refus de donner ma démission sollicitée par un grand nombre d’amis, comme une faute énorme dont je serai la plus grande victime. .Je n’aurais pas parlé ici de cette affaire si un des chefs de l’oppo sition, M. Mercier, n’avait déclaré à l’assemblée du Champ-de-Mars, à Montréal, qu’il m’avait écrit qu’il serait prêt à marcher, avec ses amis, sous mes ordres, si je donnais ma démission comme membre du cabinet fédéral. Oui, j’en conviens, j’ai été pressé, sollicité par des amis dévoués et des adversaires politiques de prendre la direction de ce monvement populaire. Ces offres étaient bien flatteuses pour moi. La perspective qu’elles m’ouvraient était bien attrayante. Je me voyais accepté comme le défenseur reconnu da ma race, chéri, acclamé par tous mes compatriotes, interprète de leurs sentiments et de leurs aspirations. Dans ce rôle où tous me conviaient, je trouvais une éclatante réparation des opprobres sans nom dont certains hommes m’ont abreuvé depuis trois ans. Mais entre le rôle séduisant qu’on m’offrait et moi-même, j’ai vu se dresser comme une barrière infranchissable, le serment que j’ai prêté de remplir mon devoir au risque de perdre amitiés et profits, et le sentiment intime, la conviction inébranlable, que ce que l’on me demandait était contraire à la justice et aux intérêts bien entendus de notre province. Je voyais, comme conséquence logique de ce mouvement, l’isolement, l’antagonisme d’une race, provoquant des représailles,

des luttes, des désastres. J’ai senti qu’il y avait plus de courage à braver le courant qu’à le suivre, et j’ai laissé passer, sans m’en émouvoir, les cris de traître et de lâche qu’on poussait contre moi. Qu’importe ma personnalité ? Dans les crises difficiles que travesse une nation, les hommes ne sont rien, le salut du peuple est tout. La responsabilité du pouvoir impose à ceux qui en sont chargés, l’obligation de voir au delà des intérêts du moment, de bien étudier si, en cédant à un entraînement populaire momentané, ils ne compromettent pas, pour bien des années, une cause sacrée

Eh oui, monsieur, on vous reproche tout cela pour être resté au poste qui vous rapporte annuellement huit mille dollars, et j’ai la prétention d’avoir amplement établi par ce qui précède que ce reproche n’est pas immérité. Ils sont rares ceux qui vont croire que c’est pour remplir votre devoir et par respect pour votre serment que vous avez écrit à nos frères de Fall-River, la lettre dans laquelle vous disiez qûe les Métis n’avaient jamais fait de représentations constitutionnelles au gouvernement, alors que des centaines de suppliques, de requêtes, de pétitions de tous genres s’ôtaient accumulées depuis 187B dans les casiers^des ministères; alors que M. Blake vous a contraint, vous, secrétaire d’Etat, d’en déposer 76 sur le bureau de la chambre. Non, monsieur lej ministre, nous ne croyons pas à votre respect du serment ; nous ne croyons pas à votre sollicitude pour le devoir.

Ce qu’il y a de probable, ce qu’il y a de vrai, c’est que vous avez manqué de flair, de perspicacité, de prévoyance ; c’est que, vu vos antécédants, vu la patience du peuple qui vous a supporté, vous avez cru ce peuple bernable à merci, et qu’ après l’avoir fait passer pardessus la corruption, pardeseus le mensonge, pardessus la spoliation, vous le feriez encore passer pardessus l’assassinat. On dit, monsieur, que maintenant vous voulez sortir du cabinet et que vous guettez, à cette fin, l’occasion de faire une querelle d’allemand à sir John A. Macdonald. Croyez-moi, monsieur, restez où vous êtes. On ne croira pas plus à votre sincérité dans votre retraite qu’on n’a cru à votre sincérité dans votre persistance à ne pas l’effectuer en temps opportun. Ne feignez pas de vous, repentir, vous souilleriez la contrition. La pire des hypocrisies est l’hypocrisie du désespoir moral. Restez où vous êtes ; restez-y avec les confectionneurs de la Minerve , avec les autres grimauds de la presse ministérielle, que je me réjouis de voir hostiles au grand réveil du peuple parcequ’ils auraient déshonorer le mouvement de leur adhésion. Notre cause est celle de l’immuable vérité, de l’éternelle justice ; que les organes de l’iniquité et du mensonge

s’en éloignent et qu’ils vous suivent î Ah ! vous dites que vous voyiez u comme conséquence logique de ce mouvement, l’isolement, l’antagonisme d’une race, provoquant des représailles, des luttes, des désastres. ” Gomme vous craignez les luttes ! Je vous ai démontré le caractère chimérique des craintes que vous manifestez sournoisement pour les imposer au peuple. Et d’oû vous vient cette prudence, cette circonspection soudaine qui vous fait commettre un meurtre politique par amour pour la tranquillité ? Mais quand donc un ministre doit il commettre l'imprudence de sortir d’un cabinet ? Curtius était un imprudent , quand il se jetait dans un gouffre avec la persuasion de sauver le peuple romain ; Régulus était un imprudent , quand il retournait à Carthage subir le supplice que ses ennemis lui avaient promis ; Popilius était imprudent , quand il traçait autour d’Antiochus le cercle que vous auriez dû faire autour de votre maître ; Napoléon était imprudent quand il franchissait le pont d’Arcole et risquait l’existence du chef de l’armée ; et lorsque, plus tard, ce capitaine couronné portait ses légions jusqu’à Moscou, dont il s’emparait par un de ces brillants faits d’armes qui ont fait la gloire du grand homme en mêmé temps que la ruine de la France, les Moscovites ont été imprudents de brûler leurs demeures pour ne pas subir l’humiliation de l’invasion et de l’oppression étrangères. Mais je m’aperçois que je vais chercher trop haut dans l’histoire les exemples que je vous cite et qu’on en peut trouver dans l’anecdote plus à la portée^de votre cœur. Gomme je crois que vous avez la prudence de ceux qui refusent d’éteindre les incendies de peur de mouiller leurs plastrons de chemise, laissez-moi rappeler à votre souvenir l’histoire de ce conseil municipal d’une petite commune, qui ayant fait l’acquisition d’une pompe à incendie, crût devoir en conséquence promulguer un règlement portant les quatre prudents articles que voici : lo La pompe à incendie est destinée à éteindre les incendies;

2o Tout habitant de cette commune est pompier en naissant ;

3o En cas d’incendie, la pompe na sera livrée aux pompiers qu’après une délibération du conseil municipal approuvée ensuite par le sou s-pré fêt ;

4o La pompe devra toujours être esseyéela veille d’un incendie. Voilà, monsieur le ministre, l’image de votre sagesse, de votre circonspection, de votre prudence.

Si, comme vous le dites et comme je le crois, u les hommes ne sont rien, le salut du peuple est tout, ” quel mal vovez-yous à ce

que nous brisions les hommes qui ont compromis le salut du peuple ? Vous parlez vainement des responsabilités du pouvoir ; vous vantez inutilement la pénétration dont vous vous dites pourvu et qui vous fait préférer votre sentiment à celui de toute la nation. Il y a une chose que je redoute pour vous, monsieur le ministre, c’est votre surabondance de modestie; vous en serez un jour ou l’autre suffoqué ; précautionnez-vous contre ces accès d’humilité qui pourraient vous emporter. Pour moi, qui pense que c’est précisément parceque vous avez cru l’entrainement populaire momentané que vous avez refusé de vous y confier, laissez-moi vous dire ceci : en sortant par la fenêtre du cabinet pour vous jeter sur les épaules du peuple, que vous croyiez évidemment plus basses que le pallier de ce confortable réduit, ce n’est pas une chute que vous auriez faite, c’est ifne ascension ; vous n’avez pas su le prévoir, voilà tout.

Je continue à vous lire :

Examinons un instant les fai^s qui ont motivé ma conduite et celle de mes collègues.

Louis Riel a quitté, l’ar£dernier,les Etats-Unis, dont il s’était fait naturaliser citoyen, pour venir combattre les institutions, les lois, les autorités canadiennes. Il a levé l’étendard de la rébellion dans notre Canada, si tranquille et si heureux dans la paix.

Ici, monsieur le ministre, vous vons placez complètement en dehors de la vérité. Il n’est pas vrai que Riel soit parti des Etats-Unis pour venir combatttre nos institutions.

Riel s’est rendu dans le Nord-ouest pour aller rédiger une partie des requêtes que vous avez reçues et dont vous avez nié l’existence. Dans le mois de mai 1884, une assemblée a eu lieu à Lindsay, dans le territoire du Nord-ouest. Elle se composait de Métis français et anglais ; il y avait là des colons venus de la province d’Ontario et qui prirent part à ce mouvement, lequel avait pour but d’envoyer quérir Riel dans le Montana pour lui confier la direction d’une agitation purement constitutionnelle, ainsi que le rapporte un journal de la localité. Cette délégation se composait de messieurs Isbister, Dumont, Ouellette ét Dumas. Elle parcourut plus de 700 miles et parvint à la demeure de votre malheureuse victime. Riel répondit par écrit à la demande des délégués, et cet écrit établit clairement qu’il n’était pas l’instigateur du mouvement, comme vous le dites, mais qu’il en a été le simple instrument, qu’il ne voulait pas être autre chose. Riel dit dans cette réponse : j’accepte votre bonne invitation j’irai passer

'quelques mois parmi vous dans l'espérance qu'à force d'envoyer des pétitions , nous obtiendrons du gouvernement le redressement de tous nos griefs. O naïveté, ô candeur d’un pauvre insensé ! Il espérait obtenir justice par des moyens pacifiques du gouvernement de sir John A. Macdonald !

Et c’est vous, monsieur le ministre, qui prétendez que cet homme n’était pas fou ! Voici maintenant le rapport des délégués ; il porte les quatre noms que j’ai mentionnés plus haut. On y lit les paroles suivantes : u Les discours de monsieur Riel nous remplissent d’une grande confiance ; mais tout en nous aidant il n'a aucun désir de susciter des difficultés au gouvernement. " 11 me semble que

voilà une déclaration qui détruit la vôtre. Le major Crozier télégraphia au gouvernement le 8 juillet 1884. Son télégramme était ainsi conçu : Louis Biel est arrivé avec sa famille au Lac aux Canards Les Métis l’ont amené ici pour être leur chef dans l'agitation qu'ils font pour obtenir leurs droits. Ainsi, d’après ce soldat du gouvernement, Riel travaillait de concert avec les Métis à Y obtention de leurs droits communs et ne conspirait pas contre la constitution, ni ne combattait u les institutions, les lois, les autorités canadiennes. ”

Voici ce que Riel dit lui-même dans son ouvrage sur les Métis publié quelques jours après sa mort, et confié avant le moment de son exécution à son confesseur: “J’ai traversé les lignes sans

•c armes et sans munitions, emmenant avec moi ma femme et mes “ enfants. Je ne pensais pas à la guerre, je venais faire des pétitions." Et pour prouver que le mouvement devait avoir, dans l’intention des promoteurs, un caractère tout à fait pacifique, je vais vous citer, après monsieur Amyot, les raisons que messieurs Charles Nolin et Maxime Lépine ont données à Monseigneur Grandin comme cause de l’excitation et du mécontentement des Métis :

Nous ne désirons pas que M. Louis Riel vienne chez nous en révolté et pour diriger des révoltés, mais nous voudrions l’avoir à notre tête, le regardant comme capable da rendre service à son pays et à ses compatriotes, et pour cette fin nous voudrions lui voir quelque charge dans le gouvernement, soit comme membre du conseil du Nord-ouest, soit comme membre du sénat.

Enfin Mgr Taché dit :

J’ai promis de dire la vérité sans tergiversation, aussi il me faut aborder le point le plus délicat de la question de nos troubles et parler de celui qui a été le plus en évidence et que l’on dit résumer toute la situation.

Louis Riel a été choisi par les Métis comme leur chef. Ils sont allés le chercher sur la terre étrangère ; ils Vont amené au milieu d'eux , sur les bords de là

Saskatchewan. Cette demande s'est faite par suite de V inutilité des efforts tentés par les Métis et leurs amis pour faire reconnaître leurs droits. Les Métis, ne comprenant pas comment on s'obstinait à les ignorer, se sont persuades qu'ils étaient joués par ceux meme en qui ils avaient mis jusqu' alors leur confiance. Ils crurent que Riel étant des leurs, ayant souffert avec eux et pour eux? mettrait plus de zèle à faire valoir leur cause, et par cela même obtiendrait plus de succès. .

Vous voyez, monsieur le mimistre, que si les gens dont vous vous dites l’ancien et fidèle serviteur, ont cru à la vérité de vos assertions, ils sont sous une impression bien fausse.

Vous dites :

On vous a dit pour tenter de justifier la révolte de Riel : u Les Métis “ avaient des griefs qne le gonvernement ne voulait pas régler " ; je laisserai le Père André lui-même répondre à cette affirmation. Au procès de Riel il a déclaré que : 11 Les réclamations des Métis ont souvent changé de forme “ après l’arrivée de Riel. Avant son arrivée, ils voulaient des patentes pour

I leurs terres, ensuite des scrips donnant des droits transférables sur des l' terres, comme il en avait été donné aux Métis du Manitoba, puis des li terres le long de la rivière ( river surveys ) et exemption de la taxe du bois.

II Le gouvernement répondit à leur requête leur accordant des lots le long 11 des rivières. C’était une concession très importante. La seule question u qui restait à régler était celle des patentes et des droits aux coupes de u bois et elle était en bonne voie de règlement.

u Vers le 4 mars, un télégramme fut reçu annonçant que le gouvernement cl avait fait ces concessions. ”

Ces paroles du père André n’affectent en rien la criminalité du gouvernement. Qu’importe que les réclamations des Métis aient varié dans leur caractère, il n’en est pas moins vrai qu’ils les faisaient depuis 1878 et que ce n’est qu’en mars 1885 que le gouvernement, poussé par la force, fait semblant d’y faire droit. Du reste, il n’a rendu cette justice simulée, et qui lui a été arrachée, que sur un seul point : celui des arpentages ; et monsieur Blake a fait voir dans la chambre les longueurs et les distinctions odieuses qui on Raccompagné cette concession. Je pourrais vous citer des pages entières des déclarations du père André contredisant les conclusions que vous cherchez à tirer de ces paroles. Vous poursuivez :

11 Ainsi, d’après le père André, les principales réclamations étaient réglées et les autres étaient en train de l’être. Dès 1883, le gouvernement était décidé d’envoyer le chef du département des terres, M. Lindsay Russell, régler ces réclamati *ns, mais un accident arrivé à cet officier l’empêcha départir.”

Vous paraissez nourrir pour le Père André une affection si vive, que je ne puis résister au désir de vous citer un extrait d’une requête qu’il adressait lui-même au lieutenant-gouverneurdu Nord-ouest en juin 1881 et dans laquelle, après avoir exposé les nombreux griefs des Métis, il dit :

Je demande votre indulgence pour l’obligation dans laquelle je suis de vous faire connaître un grief personnel, qui cependant vous donnera une idée de l’état des affaires demandant un prompt remède. J’ai au Lac au Canards un espace de terre d’environ vingt acres dont j’ai été en possession depuis deux ans. La terre était clôturée et en avait coûté beaucoup d’argent et avait toujours été respectée comme étant la propriété de la mission catholique dans cette région. J’ai été l’un des premiers colons sur ce point, et grâce à mes efforts la colonisation a augmenté rapidement, êt personne ne m’a jamais contesté la possession légale de cette terre jusqu’au mois de mars dernier, quand un homme du nom de Kelly s’emparant de mes droits et sans entendre mes protestations, réclama la terre comme lui appartenant, y bâtit une maison, s’emparant aussi d’une partie de ma terre. Et ce n’est pas le seul exemple de ce genre au Lac.

Comme votre honorable corps est assemblé à Battleford pour légiférer snr les mesures qui, vu votre prudence et votre sagesse, devront concourir au bien et au développement de cette contrée, permettez moi de m’adresser à vous pour appeler l’attention du gouvernement, à Ottawa, sur cet état de choses, et le presser à prendre des mesures assez énergiques pour faire cesser ces griefs et décharger de ce fardeau les épaules du peuple, parce que s’il n’y porte de suite son attention, les affaires peuvent se tendre sérieusement. Souhaitant le meilleur succès à votre bonne volonté pour le bien du pays, etc.

Vous avez cité ce que le père André a dit dans le cours du procès, laissez-moi, à titre de réciprocité, vous citer ce qu’il a dit après l’exécution, dans une lettre écrite à monsieur Lemieux. Parlant de son pauvre défunt :

Il a surtout été fort ému quand je l’ai informé que monsieur Fitzpatrick, à peine débarqué de son voyage en Angleterre, s’était rendu en toute hâte à Ottawa pour tenter un dernier effort en sa faveur. Mais rien au monde ne pouvait le sauver. La détermination de le détruire était un parti pris chez sir John A. Macdonald depuis longtemps, et les ministres canadiensfrançais, nos défenseurs naturels, cédaient avec empressement à la volonté despotique de leur maître !

Le gouvernement ne pouvait mieux faire pour rendre immortel le nom de Riel et se couvrir d’infamie aux yeux de l’histoire, qu’en laisant exécuter la sentence comme il l’a fait.

Sir John, dans sa politique du Nord-ouest, a toujours eu le rare mérite de faire le contraire de tout ce que lui demandaient les vrais amis du pays, et,.

dans cette circonstance, où de toutes parts on lui a dit que Riel mort serait cent fois plus dangereux que vivant, il a suivi son ancien principe d’avoir pour politique son caprice et sa volonté arbitraire.

Dans les dernières lignes que j’ai citées de vous, vous dites que dès 1883 le gouvernement voulait régler ces réclamations. Mais si en 1883 il y avait des réclamations à régler, c’est qu’il y en avait eu de faites. Alors, comment avez-vous pu écrire la phrase suivante, le 6 juin 1885, dans votre lettre a nos amis de Fall-River :

Si les Métis avaient des griefs sérieux contre le gouvernement canadien, la voie ordinaire des pétitions leur était ouverte comme à tout citoyen libre. Ils ne s’en sont pas prévalus.

Voilà de l’audace ou je ne m’y connais pas. En attendant que vous m’ayez expliqué cette contradiction si naturelle chez un homme pénétré de u la responsabilité que le pouvoir impose ” ei imbu du respect du serment, je vais continuer l’examen de votre intéressant travail où je trouve ces lignes:

Dans l’intervalle le gouverne ment dut s’enquérir du meilleur mode de satisfaire les Métis, soit par l’octroi des terres non tranférables, soit par des scrips comme au Manitoba, soit par des scrips pour une somme d’argent déterminée.

Oui, je pense bien que le gouvernement aurait dû s’enquérir etc., seulement tout concourt à démontrer qu’il ne s’en est pas enquis.

Vous dites :

Au mois de janvier 1885 (le 28) le gouvernement passait un ordre e» Conseil créant une commission chargée de régler toutes les réclamations des Métis. Le 4 février dernier un télégramme fut envoyé au Nord-ouest pour faire connaître la création de la commission, et quelques jours plus tard des circulaires étaient adressées aux maîtres de poste, aux prêtres de ces contrées pour les informer de l’arrivée prochaine de la commission.

On sait que celle-ci fut composée de MM. Street, Forget et G-oulet, et qu’elle a réglé la plupart des réclamations. Riel qui était très bien renseigné sur tout ce qui se passait, se hâta de précipiter les évènements afin d’empêcher un règlement qui aurait dérangé tous ses plans et tous scs calculs. Il est évident que son orgueil et son ambition ne trouvaient pas leur compte dans une solution si simple, si pratique qui aurait épargné aux Métis la ruine, au pays une centaine d’existences, et plusieurs millions de dépenses dont vous aurez à payer le compte avec le reste de la nation.

Il y en avait donc des réclamations! Et ce n’est qu’en 1885 qu’on prend cette mesure, lorsque les requêtes se succédaient depuis 1878!

Mais ce n'est pas tout: votre véracité devient de plus en plus éclatante. Vous dites que le 28 janvier 1885, le gouvernement a

nommé une commission chargée de régler les réclamations des Métis et que le 4 février vous avez envoyé un télégramme transmettant au Nord-ouest la nouvelle de cette création. Cependant ce n’est que le 30 mars dernier qu’a été publié dans une édition spéciale de la Gazette Officielle l’avis de cette nomination. Cet avis était ainsi conçu :

u Avis est par les présentes donné que sur la recommandation de l’honorable ministre de l’Intérieur, il a, ce jour, plu à Son Excellence le gouverneur-général d’approuver la nomination des commissaires ci-après nommés, afin défaire l’énumération des Métis etc., etc. ”

Quel effet pouvait avoir le 28 janvier, la création d’une commission officiellement nommée le 30 mars ? Il vous faudra, monsieur le ministre, vous inspirer encore du respect pour le serment et vous pénétrer des responsabilités qu’impose le pouvoir pour justifier pleinement, aux yeux du public, l’emploi de pareils procédés.

Vous dites encore :

Il ne fit alors du reste que répéter ce qu’il avait fait en 1870.

On sait que Mgr Taché était accouru de Rome pour tâcher de pacifier son diocèse en insurrection. Arrivé aux Grandes Fourches, un malheurenx accident lui arriva. Malgré les plus vives souffrances Mgr se mit en route pour Fort Garry. Riel en fut informé et sentant que son règne allait finir, il n’hésita pas à jeter un cadavre entre lui et la conciliation qui arrivait avec le saint missionnaire ; Scott fut immolé et son sang fut jeté comme un défi à toute tentative de rapprochement.

11 vous sied bien vraiement de raviver les cruelles souvenances de 1870. Vous accusez aujourd’hui Riel d’avoir commis un meurtre ; je pourrais vous soutenir, avec force documents à l’appui de ma prétention, que le malheureux Scott a été exécuté au moyen de la fusillade après un jugement rendu par une cour martiale régulièrement organisée et entièrement soustraite au contrôle de Louis Riel, président du gouvernement provisoire, qui constituait alors l’autorité légitime dans le Manitoba. Mais cette démonstration n’est plus à faire ; un journal conservateur vient de vous en accabler. Mais admettons pour un moment que Riel ait commis un meurtre, comment se fait-il, monsieur, que vous ayez mis tant de temps à découvrir la chose ?

Vous dites que les meurtriers méritent la potence, pourquoi donc avez-vous accusé de barbarie l’honorable monsieur Mackenzie pour avoir maintenu pendant cinq ans Riel dans l’exil auquel il s’était lui-méme condamné, de connivence avec sir

John A. Macdonald ? Vous manifestez tout-à-coup pour les meurtriers une horreur que votre chef n’avait pas alors ; que vous n’aviez pas vous-méme, puisque vous faisiez de cet abominable criminel le héros de vos fougueuses harangues.

Monsieur le ministre, vous venez de piétiner sur un cadavre et vous piétinez actuellement sur la mémoire de votre fétiche sir George Etienne Cartier, en rappelant forcément au public que c’est des mains souillées de ce meurtrier que Cartier a reçu le mandat qui lui a permis, en 1872, de prendre dans la chambre des communes la position à laquelle ses électeurs de Montréal Est avaient refusé de le réélire. 11 est toute-à-fait évident que, dans ce que vous croyez être votre intérêt du moment, vous êtes capable de tout. Jamais on a plus scandaleusement chanté la palinodie. Vous brisez vos idoles au pied de l’autel du Mensonge, et, pour vous prouver que vous mentez à tout votre passé, je vais vous citer, après YEtendarcl , apres MM. Beaubien et Girouard, ce que vous disiez en 1874, en votre qualité de solliciteur général de notre province. Ce sont des extraits de résolutions que vous avez proposées et qui devaient former la base d’une supplique destinée au gouverneur-général. C’est au sujet du mouvement insurrectionnel du Manitoba. Voici :

Que les chefs de ce mouvement se constituèrent alors en gouvernement, et qu’un acte regrettable perpétré par l’autorité de ce gouvernement, a été exécution d’un des sujets de Sa Majesté ; qu’après cette exécution des représentants de cette population du Nord-ouest furent reçus officiellement par le gouvernement de la Puissance qui négocia avec eux la condition de l’entrée de ce territoire dans l’union du Canada et qu’un acte fédéral sanctionna leur demande ;

que cette population a vu avec surprise et douleur que des poursuites étaient dirigées contre quelques personnes impliquées dans ces troubles, leur attribuant une responsabilité personnelle allant jusqu’au crime d’homicide volontaire, pour des actes procédant de l’autorité du gouverrne-

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