S"'il vient, que vient-il faire
5.—En tous cas, quelle conduite devons-nous suivre à son égard et à l'égard du Canada?
A la première question, l'assemblée, après examen des difficultés que le gouvernement fédéral rencontre, répond que le (‘anada ne remplit pas suffsamment ses devoirs vis-à-vis de nous. .
I ne faut pas oublier qu'il n'y avait alors aucun signe de l'amnistie, la grande question du jour, pas plus que de la distribution des 1,100,000 acres de terrain que le gouvernement fédéral s'était engagé à mettre de côté pour les Métis. Celui-là même qui, Je 2 octobre, apporta à Fort Garry la nouvelle officiclle de l'invasion fénienne prochaine fut Gilbert McMicken, l'agent des terres du Dominion, qui avait été envoyé à la Rivière-Rouge pour, entre autres fonctions, distribuer les scrips aux Métis. - Son premier avis public porte la date du 9 octobre
"7 À la seconde question, la réponse est que s'il fallait juger de l'avenir
par le passé, nous n'aurions pas raison de croire que le Canada remplira ses engagements à notre égard, surtout si l'on considère comme le gouvernement louvoie en présence de la pression ontarienne qui nous est contraire.
-… On sait à quel paroxysme l’exécution de Thomas Scott avait porté les passions en Ontario. Deux des délégués du Gouvernement Provisoire à Ottawa, le Révérend Pére Ritchot
et AH. Scott, avaient té arrêtés, le 11 avril 1870, sur un man-
(6) Alexander Begg, History of the North West, Vol. II, p..69. Revd. George Young, D.D., Manitoba Memories, etc., 1868-1884, ,p,.213. (T) Begg. Op. Cit, Vol. M. pp. 71 et 87. M
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dat d'amener qu'avait fait émettre le frère même de Scott, qui les accusait d'avoir participé à ce qu'il appelait 4e “crime”, Le Gouvernement Impérial lui-même s'était ému de’ cet incident et, le 18 avril 1870, le Comte de Granville avait câblé au Gouvernceur-Général: “L’arrestation des délégués a-t-elle été autorisée par le Gouvernement Canadien?” À quoi il fut répondu: “Délégués remis en liberté sur l'ordre du magistrat. Procédés pris contre eux abandonnés.” Plus tard, le 18 mai, au reçu d'une lettre explicative, Lord Granville jugea bon de càbler l'expression de sa satisfaction en apprenñant la mise en liberté des délégués. (8) Le ressentiment ne diminua cependant pas en Ontario, en particulier dans le comté de Middlesex auquel appartenaient Scott et sa famille. À la suite des événements dont nous nous occupons, une récompense de #5,000 devait être offerte par le gouvernement d’Ontario pour l'arrestation de Louis Riel. et de ses associés. Dès le 28 septembre 1870, un certain nombre de résidents des paroisses de Si Andrew, St. Peter, St. James, Kildonan et Hecadingly, près de Winnipeg, avaient pétitionné le Gouverneur Archibald “de prendre ou faire prendre toutes les mesures nécessaires en vue de l’arrestation et du procès des dits individus, et pour qu’ils soient jugés suivant la loi.” (9)
Que, cependant, peut-être désire-t-il faire son devoir vis-à-vis de nous. Et conséquemment 1l paraît raisofnable de retarder, sur ce sujet, un jugement qui, en étant définitif de dôtre part, pourrait exercer une fausse influence parmi les Métis.
A la troisième question, les membres de l'assemblée répondent qu'aucun d'eux n'a eu de communication de Monsieur O’Donoghue; et quoique des nouvelles et des lettres soient parvenues à quelques-uns des membres de l'assemblée de la part de certaines personnes paraissant être en rapport avec O'Donoghue, aucun des membres n'est en mesure d'assurer que Monsieur O'Donoghue vient. Que les rumeurs courant à ce sujet paraissent pourtant contenir quelque chose de vrai, qu’il est bon de croire.
Il faut avouer que, pour des personnt:s qui ont été accusées de s’être liguées avec kes Féniens, celles présentes à la réunion dont je vous lis le procès-verbal paraissent bien peu au courant de ce qui se passe. D'ailleurs toutes ces rumeurs étaient en circulation depuis le commencement de septembre, alors que le consul américain Taylor en avait communiqué la nouvelle au Lieutenant-Gouverneur Archibald et, le 11, avait avisé Washington. Le 19, le colonel Wheaton avait reçu ordre
(8) A.-G. Morice, “History of the Catholic Church in Western Canada”,
Vol. Il; p. 68.
(3) Sessional Papers, 1871, No 20, p. 48.
ce
de masser des troupes sur la frontière ct, au besoin, de passer au Canada, avec le consentement, obtenu au préalable, des autorités canadiennes. (10)
À la quatrième question, les membres disent que, s’il faut en croire les rumeurs publiques, il vient attaquer la province. (11)
La cinquième question soulève une longue digcussion qui finit par amener l'assemblée à cette considération que les membres ont basoin de ne pas se diviser entre eux, s'il est vrai que leur but est de réuni: le peuple sur une décision quelconque. Enfin l'assemblée elle-même se décide à ne pas Se laisser entamer par O'‘Donoghue, qu’il soit fort ou faible.
Et pourtant, suivant 1e major Mulvey, rédacteur du Manitoba Liberal: “Des hommes, en position de savoir de façon positive, affirmaient qu'il ne s'agissait pas d’une invasion fénienne, mais de rien moins que d'un soulèvement projeté par les partisans et les amis du vieux gouvernement provisoire”! (12) -
Qu'en arrivant À Pembina, il fera probablement demander plusieurs d'entre nous,.à cause de notre ancienne liaison. Que toute personne d'entre nous demandée par lui, sans décliner l'invitation, lui demande un délai de quatre jours, Qu'aucun ne prenne sur lui d'aller le rencontrer au nom de qui que ce soit, sans une permission expresse de notre Association.
Ici Riel fait motion, sevondé par Maxime Lépine, que chacun des membres de cette assemblée se mette en rapport avec les représentants du peuple et les personnes influentes des diverses paroisses pour arriver à déterminer les Métis, d’une manière unanime, autant que possible, à se prononcer en faveur des avantages déjà possédés en vertu du “Bill du Manitoba,” et à ne pas se laisser entraîner par les éventualités plus loin qu'à demander, loyalement et sans réserve, l'accomplissement des clauses et des choses garanties par nos arrangements avec le Canada.
Dés le 23.septembre, Louis Riel avait fait connaître qu'il se servirait de son influence contre O'Donoghue et ses Féniens. Ecoutez le témoignage du révéré Monseigneur TFaché dans sa déposition devant le Comité Spécial du Nord-Ouest de 1871: “Beaucoup de rumeurs cireulaient alors dans la province au sujet de l'incursion fénienne. Comme j'étais obligé de quitter le pays, j’allai, avant mon départ, rendre mes hommages au licutenant-gouverneur, vers le 22 septembre 1871,:et je partis le 23 septembre 1871. ..... Avant mon départ de la Rivière- Rouge, je rencontrai M. Riel à la résidence du Père Ritchot et je lui dis: “Savez-vous ce qui se passe au sujet des Féniens?” Il dit: “Oui, je connais parfaitement les rumeurs en circulation, mais je ne sais rien de positif à ce sujet.” “Je suppose”,
(10) Young, Op. Ct. p. 217. ‘
(11) “Up to Saturday 30th, the rumours that reached us in reference to a Fenijian Invasion were constantly changing.”—A. G, Archibald, Sess.
Pap. 1872, 26 p. 4.
(12) Young, Op. Cit. p. 221. ‘
dis-je, “qu’il n’y a pas de doute sur votre conduite dans cette affaire.” Il répondit: “Il ne saurait y avoir de doute sur ma conduite dans cette affaire; il est certain que je ne suis lié d'aucune manière avec eux; mais dans l’intervalle, je ne sais quelle attitude prendre, car vous savez parfaitement que ma vie n'est pas en sûreté. Je puis aller de l’avant et combattre les Féniens, mais je suis sûr d'être tué par ceux qui se tiendront derrière moi. De sorte que je ne sais que faire, mais soyez certain qu'il n'y à pas le moindre danger que moi ou aucun de mes amis se joignent aux Féniens. Nous. détestons les Féniens, car ils sont condamnés par l'Eglise, et vous pouvez être sûr que je n'aurai rien à faire avec ceux.” Je répétai ces paroles au Père Ritchot Je 23 septembre, et il dit: “Je savais depuis longtemps qu'il n'y avait pas de doute sur leur condüite.” (13) Et pourtant, le même Major Mulvey écrivait, sans sourciller, dans son Manitoba Liberal: “1 est maintenant bien avéré que O’Donoghue fut aidé et même amorcé par Riel et ses amis ex cette province, qu'on l’assura à maintes reprises que la population française de ce pays était prête à prendre les armes pour sa cause.” (11) Qu'on veuille bien remarquer, je le répète, que le procès-verbal de la réunion que je lis est daté du 28 septembre 1871, cinq jours seulement après cette entrevue qu’eut Monseigneur Taché avec Riel, et que la proclamation du Gouverneur Archibald, appelant la population aux armes, ne fut émise que le + octobre. (15)
Maxime Lépine, secondé par Ambroise Lépine, fait motion qu'il est important, dans les circonstances actuelles, d'avoir des séances de proche en proche, Qu'en conséquence, l'assemblée pourra être réunie après quelque court délai que ce soit, pourvu que trois membres notifient les autres par écrit, qu'il est à propos de se réunir. Que dans le cas où quelqu'un d’entre nous serait demandé par O’Donoghue à une rencontre, un seul membre pourra convoquer l'assemblée, et toute personne d'entre nous qui pourrait être ainsi invitée par O’Donoghue devra convoquer, dans le plus court délai, l'assemblée, en avertissant Riel, qui est chargé de le signifier à tous les membres, de leur donner rendez-vous ici, à Saint-Vital.
L'assemblée s’ajourne à 5 heures p.m. après récitation du ‘“Souvenez- Fvous”,
Mercredi, le 4 octobre, chez Ambroise Lépine, s’assemblent: Ambr, Lépine, Pierre Léveillé, Louis Riel, Pierre Parenteau,: Elzéar de la Gimodière, J.-B. ‘Ritchot, Maxime Lépine, Jos. Saint-Germain.
(13) Rapport du Comité Spécial du Nord-Ouest, 1874, p. 63. (Il manque le couvert et le titre de ce document, à la copie en ma possession. — A.-H. de T.) ‘
(14) Young, Op. Cit. p. 217.
(15) Sess. Pap. 1872, 26, p. 11.
Itiel dit que, dans la nuit de lundi, un jeune garçon, courrier d'O'Donoghue, est venu de Pembina, invitant Baptiste Lépine, Bap. Touron, Pierre Parenteau, Joseph Delorme, André Neault, Ambr. Lépine, Louis Riel, F.X, Pagée, Pierre Poitras, à le rencontrer, au bout de 24 heures à la Pointe-à-Michel, près de Pembina. Qu'heureusement, tous les membres de notre Association ont refusè de partir, à l'exception de Baptiste Lépine et d'André Neault, qui, étant partis de leur chef, ont cherché, avant, à voir Riel qu'ils n'ont pas pu trouver, mais à qui ils ont laissé, par d'autres et par écrit, l'explication de leur départ que voici: “Nous allons voir ce que veut O’Donoghue, s'il est fort; et pour surveiller les démarches de Bruce, et de tous les Métis de la province auprès de lui”
Ces deux hommes étaient présents à l’assembléce du 28 septembre, à laquelle il avait été décidé “de ne pas se laisser entamer par O"Donoghue, qu’il soit fort ou faible.” Il cest donc bien évident que rien autre que la curiosité ne les entrainait à aller trouver le chef fénien,
Après pourparlers, on remet la séance à jeudi, espérant avoir des détails
sur la venue d’O'Donoghue par Bapt. Lépine. André Neault constate que les Métis sont très excités et difficiles à contrôler dans ce moment.
Cette remarque est évidemment faite par quelque membre de Passemblée parlant pour André Neault, ou bien il y a une lacune dans le document ou la transcription que je possède. Elle se rapporte plutôt à la masse des Métis qu’à leurs chefs. Elle a, en tous cas, comme certaines autres que nous aurons occasion de noter, Îe grand mérite d'être franche ct nette. Evidemment les Métis n'étaient pas enthousiastes dans leur résolution de ne pas se joindre à O’Donoghue, et qui pourrait les en blâmer? De plus, cette remarque indique, de façon précise,
uelle mesure d'influence dut être exercée par Ricl, ses lieutenants et ses amis pour empêcher leurs gens, ou les.plus cxaltés parmi eux, de se joindre à O’Donoghue et ses Féniens, Si l’on considère que, pour ainsi dire, aucune des promesses qui, avaient été faites par les autorités fédérales touchant l’amnistic et les autres questions d'intérêt pour les Métis n'avait reçu son accomplissemept, il n’y a pas licu de s'étonner du malaise considérable existant. O’Donoghue, qui connaissait la situation, pouvait bien s’imaginer qu'il serait reçu à bras ouverts. “II était presque sûr, disent Gunn et Tuttle, dans leur “Histoire du Manitoba”, de recevoir un accucil amical chez les Métis français, ct il était très douteux que les Métis anglais aimassent le Canada au point de se battre pour lui.” (16) ‘Le plan d'O’Donoghue était de passer la frontière avec un corps d’hommes armés, de forcer tout le monde à se joindre à Jui, soit
comme prisonniers, soit comme confédérés, et ainsi de grossir
(16) Gunn et Tuttle, History of Manitoba, p. 470.
ses rangs juqu’à ce qu’il atteignit le gros de la population. Celle-ci, pensait-il, s'unirait immédiatement" à: lui et l'aiderait à prendre ct à piller Fort-Garry, alors qu’il se verrait renforcé par assez d'hommes provenant des Etats-Unis pour lui permettre d'occuper le pays.” (17) Quand on considère que la population de la province du Manitoba n’était alors que de 11,960 habitants, dont 9,800 Métis et 560 Indiens (18), il semble évident que si les Métis s'étaient décidés à se joindre aux envahisseurs, comme l'affirment certains historiens ou critiques qui ne se donnent pas Ja peine de peser l'importance ct la corrélation des événements, ils auraient eu peu de mal à soumettre la population de 1,600 blancs qui aurait pu s'opposer à eux. Et lorsqu'on.considère aussi qu'à 30 milles en amont de la rivière Pembina du côté américain. il y avait la petite ville de Saint-Joseph d'où rayonnaient des routes vers tous les établissements métis du pays, et que si ceux-ci s'étaient décidés à embrasser la cause fénienne ils auraient pu se réunir rapidement: et sans rencontrer d'obstacles, on comprend facilement pourquoi le Gouverneur Archibald se sentit si complètement tranquillisé lorsqu'on l’eût assuré des sentiments loyaux des Métis, comme il le dit lui-même, “malgré les troubles de 1869 et 1870”. (19) -
La proclamation de Monsieur Archibald est annoncée comme sortant ce soir-là.
La proclamation du Gouverneur Archibald porte la’ date du 3 octobre 1871, mais fut seulement émise le 4, un mercredi. Il le dit lui-même dans sa correspondance: “Mardi, le 3 ct, certaines informations, etc...... Mercredi, j'émis ma proclamation.” (20) Voici ce que pensait Louis Riel de cette proclamation: “Saint-Vital, 5 octobre 1871. — Au Révérend Messire Ritchot. — Monsieur: J'ai vu la proclamation. Elle s'adresse bien. Tout ce qu’elle comporte donne lieu d'espérer que le peuple saura allier à la réserve à laquelle on l’a accoutumé une
joie comme la proclamation est de nature à lui donner.” (21)
Le 5 octobre, jeudi, s’assemblent chez Riel, à 11 heures du matin: Ambroise Lépine, Pierre Parenteau, Joseph Delorme, JB. Ritchot, Bapt. Touron, Bapt. Beauchemin, Elzéar de la Gimodière, Maxime Lépine, Joseph a ————————— L 1
.. 7) Hill, History of Manitoba, p. 337. ‘ (8) Sess. pap. 1871, 20, p. 93.
(19) Sess. pap. 1872, 26, D. 7.
(20) Ibid. p. 11.
(21) Cette lettre est transcrite d'après un document: original entre les mains de M. Joseph Riel, de Saint-Vital, frère de Louis Riel.
Saint-Germain, Pierre Léveillé, Louis Riel, Angus McKay, M.P.P., l'honorable F:-X, Dauphinais.
Aucun détail sur le compte d'O’Donoghue. Après délibérations sur l'opportunité de se déclarer neutres ou en faveur du gouvernement, Amb. Lépine, secondé par KElzéar de la Gimodière, fait motion que ceux qui veulent être en faveur du gouvernement se lèvent. 12 se lèvent. Un seul, Baptiste Touron, préfère la neutralité.
Voici ce que le Gouverneur Archibald pensait de cet incident: “Un certain nombre de Français qui n'avaient jamais sympathisé avec Riel ct qui n'avaient jamais été ses amis personnels, m'informèrent que Riel avait assisté à ttne assemblée aux Plaines-du-Cheval-Blane, une semaine environ avant l’invasion, et qu’il avait fait tout cf son pouvoir pour déterminer la population à venir de Pavant et appuyer le gouvernement; que rien n'avait été résolu à cette assemblée, maïs qu'une réunion eut lieu deux ou trois jours plus tard, où Riel s’exprima dans le même sens; qu’on y résolut que tous se réuniraient à Saint-Vital le lendemain, 4 octobre; que la réunion y eut lieu, que Riel avait encore pris la même attitude et que toutes les personnes présentes, sauf deux, avaient décidé, finalement, de venir de l'avant ct d'appuyer le gouvernement. Les deux individus refusèrent de venir de l'avant parce qu’ils avaient été maltraités à Winnipeg; leurs motifs étaient tout personnels.” (22) Assez bonne raison, il me semble, pour se tenir sur la réserve. Le Gouverneur, dans son témoignage, paraît s'être trompé sur la date et le nombre de personnes faisant leur réserve.
A 8 heures du soir, l'assemblée s'ajourne pour le lendemain matin à 8 heures, :
Que le Gouverneur Archibald cut connaissance des résultats, si satisfaisants pour lui, de cette assemBlée, ressort de ce passage de sa lettre à la population du Manitoba au lendemain de l'essai infructucux d'O’Donoghue : “Le soir du jeudi, 5 octobre, la population de chaque paroisse angaise s’était réunie, cle... ... Dans les paroisses françaises il y eut aussi des assemblées, ct le soir même, j'avais l'assurance, de source parfaitement autorisée, que ma proclamation recevrait un appui loyal.” (23) Or, le fort Pembina fut pris par O’Donoghue à 7 heures 30 du matin ce jour-là. Les personnes présentes à cette assemblée n’en pouvaient rien savoir, la mouvelle n'ayant pas cu le temps de parvenir au fort Garry. De fait, nous ver- ‘rons par le procès-verbal de l'assemblée suivante qu’André
(22) Rap. Com. N.-O., 1874, pp. 146-7.
(23) Sess. pap. 1872, 26, p. 11.
Neault et Baptiste Lépine, qui y'firent le rapport de leur expédition à la frontière, avaient quitté celle-ci avant qu'il s’y fut passé quoi que ce soit.
Le 6 octobre, à #9 heures de l'avant-midi, chez Riel, à Saint-Vital, s'assemblent: André Neault, Bapt. Lépine, Ambr. Lépine, Bapt. Touron, Pierre À Parenteau, l'hon. F.X, Dauphinais, Louis Riel, Jos. Saint Germain, Pierre Léveillé, Elzéar de la Gimodière, J.-B. Ritchot, Bapt. Beauchemin, Angus McKay.
Pierre Parentesau, président, demande à André Neault et à Bapt. Lépine le résultat de leur voyage. Ils disent que le fort Pembina devait étre pris le mercredi matin........
Nous venons de voir que le fort ne fut pris que le jeudi 5, c'est-à-dire le jour même que Neault et Lépine arrivèrent à Saint-Vital, si tard le soir, cependant, qu'ils ne purent être présents à l’assemblée de ce jour-là. “Peut-être O’Donoghue, nous dit le R. P. Morice, désirait-il laisser le temps aux Métis de s'organiser en sa faveur. La remarque que fait André Neault et Baptiste Lépine est une autre preuve que, même le 6, il n’avait pas été reçu de nouvelles du fiasco des Féniens à Pembina.” (24)
esse. qu’O'Donoghue leur avait dit cela, mardi, dans la nuit.
Neault et Lépine durent donc se me ttre en route pour retourner à Saint-Vital ou bien dans la nuit, ou de très bonne heure le mercredi matin. Pembina est à environ 75 milles d'ici. o
Qu'il paraissait tenir à l'alliance des Métis; que, cependant, il disait avoir amené essez de force. Qu'il avait besoin des Métis pour le succès de la déclaration de l'indépendance du pays. Qu'il avait de l'argent et que, par la suite, il pouvait faire entrer cinq hommes dans le pays, contre le Canada, un.
Evidemment O’Donoghue se servit de tous les arguments possibles pour donner de la force à sa position, dans l'espoir que Neault et Lépine feraient un rapport qui lui serait favo-
rable.
Le président ayant demandé ce que l'assemblée se décidait à faire par rapport au peuple, Ambroise Lépine, Pierre Léveillé, Elzéar de la Gimodière, l'hon. Dauphinais, Angus McKay, opinent qu'il faut persuader les gens en faveur du gouvernement.
N'est-il pas digne de remarque toute spéciale qu’au moment même où les Métis apprennent la prise probable de Pembina par les Féniens et reçoivent presque directement l’assurance que les envahisseurs ont de l’argent en abondance et peuvent compter sur beaucoup d’hommes, leurs principaux chefs, sans hésitation, se prononcent très nettement sur l’importance qu’il y a à “demeurer fidèle au gouvernement, ct,