SCENE III, LES GENDARMES, PÈRE ANDRÉ, RIEL
(Lorsque le père André entre, Riel apparaît dans sa cellule, tes gardes portent leurs carabines surmoutées de la baïonnette, quelques-uns marchent gravement.)
Riez.—Bon père André, chaqué fois que vous venez me voir, je me sens une fois plus heureux.
PÈRE ANDRÉ.—Tant mieux, mon cher ! et j’espère que vos forces ne s’en vont pas!
Rrez.—Mon père, je vais très bien, parceque je m'’abandonne à la volonté du bon Dieu.; Si,ee n’était que ma mère, ma femme et mes enfants, je n'aurais aucune attache à la terre et je verrais la mort approcher avec plaisir. Comment sont-ils, mon père? PORT
Père AnDRé.—Cher enfant, votre récente réconciliation avec la sainte Eglise les a beaucoup soulagées dans leurs afflictions. Toutes les deux, ces femmes qui vous sont si chères, espèrent que la Providence va vous attirer les effets de. la clémence et de la pitié des autorités canadiennes,
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R1EL.—Oh ! ma taggre mère ! Combien c'est dur pour vous de ne plus voir votre fils, votre. soutien ! Toi, ma femme bien-aimée, combien ces sombres murs de mon cachot te paraissent cruels, puisqu'ils me séparent de toi! Pauvres et chers petits enfants, vous n’entendez plus la voix de votre père qni vous aimait. plus que, luimême! Mes oreilles sont privées des caresses de. vos pleurs, de vos cris, du bruit de vos ébats bruyants ! ns site
PÈRE ANDRÉ.—Mon cher, ne pensez plus à, eux comme cela, et. n'oubliez pas que Dieu veille sur les veuves et les orphelins. ,,
Riez.—Mon père, ne croyez pas que mon.
ane se trouble : elle se,tient sous les regards de
ieu. SEA PÈRE. ANDRÉ.—C'est bien, mon cher, Vous.
pouvez donc apprendre sans trop d'émotions la perte de votre troisième enfant, à qui la, Providence a permis de voir le jour, hier, et qui.est: mort quelques instants après avoir. été ondoyé ! .
RiEL.—Pauvre petit ! Il a connu trop de souffrances avant de naître, pour qu’il puisse vivre, Je remercie le ciel pour lui avoir a,:ordé.. la grâce du baptême, et je compte sur le.boa Dieu . pour le prompt rétablissement. de ma femme. : Oh!. mon doux Sauveur, pardonnez à tous ces politiciens pervers et sans entrailles, à tous ,ces méchants coupables de cet assassinat d’un petit : être sans défense. Epargnez-leur, Seigneur, les terribles châtiments qui les attendent dans l’autre monde. es | ,
PÈr® ANDRÉ.—Mon cher, vous n'avez. donc plus que quelque jours à vivre, puisque la date
e votre mort est fixée au 10 de:ce mois (no-
vembre). Avez-vous fait Mibe testament comme je vous l’ai recommandé ?
RtEL.—Qui, mon père, conformément à vos bons conseils, j'ai fait mon testament. Le voici. ({{ le donne au père André.) Ce grave document atleste au monde ma fui à da vérilable Eglise de Notre-Seigneur Jésus Christ; apporte une nou-' velie rétractation de tout ce que j'ai pu dire et professer de’ contraire à la doctrine de cette sainte Eglise catholique, apostolique et’ romaine ; offre mex remercîments à ma mère, ma fémme, tes frères et sœurs, tous mes autres Li dig tous mes amis, pouf l'affection et tes
üfités qu'ils ont eues à mon égard et pour les
sérvices qu'ils m'ont rendus. Dans ces lignes, écrites sous l'œil de la mort, je demande au monde dé me pardonner tout le mal dont j’aurais pu étre coupable à ses yeux el tout'le standale dont ma conscience me fait un reproche, je demande à toutes les personnes qui me sont unies
étroitemént, pardon pour tous les Chagrins que je leur ai enüsés. Dans ce testament, je déclare . aussi que ** je pardannede tout mon cœur,de tout | ‘“imon esprit, de toutes mes forces, et de toute ‘Con Ame à si m'ont causé du chagrin, ‘6 qui'm'ont fait de la peine, qui m'ont causé du . ‘‘ dommage, qui m'ont persécuté, qui sans rai- ‘+ son m'ont fait la guerre pendant quinze ans, ‘6 qui m'ont fait un semblant de procès, qui ‘6 m'ont cvadamné à mort.” Ensuite je recommande à ma femme de toujours élever ses petits enfants d’après les préceptes de notre sainte relj- ” gion. Enfin, d'ayant ni or ni argent à laisser à ces enfants qui me sônt si chers, je les bénis au nom dur Père, du Fils et du Saint-Esprit, afin qu'ils
soient bons et heureux ici-bas et qu’ils se trouyent ensuite dans le royaume du ciel.
PÈRE ANDRÉ. - Mon cher enfant, je suis content de la manière dont vous vous êtes acqui té de ce devoir si important, et je ne cesserai de prier Dieu afin qu'au moment suprême les forces ne vous manquent pas. De plus, mon enfant, j'espère que vous tiendrez la promesse que vous m'avez faité de ne pas parler en public. |
Riel.— Oui, mon père, (Alors on descend. un tableau devant eux qui représente à l'auditoire un paysage quelconque.) ar