LES MÈMES, PÈRE 'ANDRÉ ET ALBERT
‘PÈRE AnpRé.— Mes bien chères sœurs! conso:
lez-vous !
La MÈRE DE RIEL.—Mon fils serait-il encore vivant ?
MARGUERITE.—Mon mari vit-il encore? Est-il sorti de la prison ?
PÈRE ANDRÉ.—Mes bonnes amies, ce serait si doux pour vous d'apprendre que le martyr de notre cause aurait eu sa grâce ! Je serais si heureux de vous l’annoncer! Mais il vous im-
porte, aujourd'hui, de vous abandonner complètement aux mains de la divine Providence.
C’est ainsi que vous trouverez la force de: supis les croix les plus lourdes et les plus ures ! En vous soumettant à la volonté de Dieu, vous rencontrez Jésus sur sa croix, Jésus qui eat force des affligés, des martyrs, des pauvres, des malades, des abandonnés, des veuves et des orphelins! Vous! pauvre mère, consolez-vous:
car un des plus beaux fleurons vient d’être jouté à la couronne qui vous attend dans l’autre vie. Et. vous, bonne amie, la Providence, qui règle-toutes choses, vous constitue, dès à présent, la principale gardienne de ses deux jeunes orphe- Jins. Résignez-vous, en attendant que nous allions tous rejoindre celui qui nous est si cher et que la patrie en deuil pleure en ce moment avec nous | | LA MÈRE DE RIEL.— J'ai espéré jusqu’à cette heure, mais puisque mon espérance a été vaine, que la volonté de Dieu soit faite ! Mon père ! oh! oh ! oh!.. je ne verrai donc plus mon cher Louis? Ah! mon père, que c'est une dure épreuve sur mes vieux jours! Ab! mon père, que ma vieillesse est malheureuse ! ‘Je sens que la douleur va la coucher dans la tombe avant longtemps... Mieux vaut pour moi mourir plutôt ue ‘de tant souffrir jusqu’à ce que la mort ait ermé mes paupières ! Pauvre Louis, je n‘entendrai plus tes douces paroles ! je ne contemplerai plus la douceur de ton sourire ! Mon existence décline, et je ne t’aurai plus pour me soutenir. (Ælle pleure.) MARGUERITE.—Mon père !.. que je voudrais vous exprimer toute ma reconnaissance pour
vos paroles d'encouragement. Mon père, je me résigne à la volonté de Dieu ! Je m'attendais au malheur, qui me frappe si cruellement ! Oh!
heure fatale ! elle est passée ! mon Dieu, merci ! j'espère que mon pauvre mari ne souffre plus.
e sens, mon père que votre crucifix me donne la force nécessaire pour supporter ma douleur. Mon père, Louis a-t-il souffert longtemps avant d’expirer ?
RE ANDRÉ.—Non, heureusement! il est monté d’un pas ferme sur l’échafaud, etsa mort a été presqu'instantanée. Il avait l’air d’un saint. chi qu'il jouit maintenant du bonheur éternel.
LA MÈRE DE RIEL.—Mon père, que cela me soulage !
MARGUERITE.—Je me réjouis d'apprendre que son courage ait confon\ ses ennemis jusque sur la potence qu'il vieni d'konorer.
PÈRE ANDRÉ.— Oui, mes bonnes amie., Riel a même sanctifié l’échafaud, parce que, d’une manière vraiment chrétienne et héroïque, il a versé son sang pour le salut de sa patrie et l’éternelle honte de ses persécuteurs et de ses bourreaux !
ManGuERITE.—Maintenant, mon père, veuillez nous bénir ainsi que mes chers petits enfants, que je mets sous la protection de Jésus, de Marie et de Joseph.
PÈRE ANDRÉ.—Je me fa’s un devoir et un . bonheur de vous bénir ainsi que vos enfants,
afin que le bon Dieu verse en vous toutes sortes de consolations et permette à ces pauvres petits orphelins d'avancer en âge, en science et en sagesse. (/{ les bénit.)
je me ais au Oh!
merci !
e plus.
donne uleur.
avant
il est a mort | saint.
r éter-
la me
(On descend devant eux une scène représentant une ville.) SCENE XVI.
DumonT seul.
Dumonr (i/ marche et pros ahsorbé).—Immédiatement après la lugubre exécution de Riel, il y a presqu’un an, combien était grande l’indination de la province de Québec ! Quel bouilonnement dans le fond des cœurs de tous les canadiens-français ! Quelle violence dans les protêts ! Quelle force et énergie dans toutes les rotestations qui s'élevaient de toutes parts! Duelle noblesse et quelle véhémence dans les discours prononcés devant l’assemblée du champ de Mars de Montréal! 60,000 personnes présentes réunies dans une même pensée et un même cœur ! Que c'était beau de voir un tel déploiement de l'esprit national! Pourquoi le Conseil de Mcntréal s’ajourne-t-il en face de l’homicide politique de Regina ? C’est ‘‘ en signe de protes- ‘€ tation contre l’odieuse violation des lois de ia ‘6 justice et de l'humanité.” Que signifient ces drapeaux en berne et ces emblèmes de deuil dans presque toutes les villes de la Puissance ? C’est que le peuple canadien-français ressent rofondément les sanglantes flagellations que ui inilige l’acte iniqne de Regina! A Québec, uelle colère ! Quelle effervescence ! Les magasins sont fermés! Des drapeaux tricolores flottent à mi-mât! La population est furieuse et est prête à éclater comme un volcan sous les vibrations sinistres du glas funèbre qui se fait entendre dans les lointains déserts du Nord-Ouest ! Les
échos lugubres de cette sombre voix mortuaire se répercutent jusque dans les pays étrangers !.. Combien toutes ces démonstrations populaires nous soulagent !... Ah!... mais...