SCENE X
Denont ET Dumas entrent.
Dumont.—Croyez-vous, Dumas, que le gouvernement de la Puissance va écouter enfin nos
laintes, va considérer nos pétitions et se déci-
er à s'occuper du redressement de nos griefs ?
Dumas.—Je vous avoue franchement que les Communes d'Ottawa ne pensent pas plus à nos misères et à l’indigence des sauvages que si nous étions à 100 pieds sous terre !
DunonT.—Est-il donc vrai qu'il ne veut pas faire justice À nos réclamations ?
Dumas.—dJe le crois. Pourtant n'avons-nous pas insisté assez sur l’urgence de nous donner satisfaction ? ]l est hien évident qu'il veut continuer à exercer contre les métis de la Saskatchewan, lés mêmes cruautés dont le Manitoba a eu tant à souffrir |
Dumonr.-—72 pétitions, depuis environ une quinzaine d'années, ont été adressées au gouvernement d'Ottawa.
Dumas.—Avons-nous eu une réponse à une, au moins, de ces suppliques ? °
DuuonT-—Jamais, morbleu !
Dunas.— Après avoir exposé tous nos griefs à Mgr Taché, le 29 janvier 4879, Sa Grandeur s'est donné le trouble d'écrire à Uttawa une lonque leitre dans laquelle elle @t un exposé clair
es droits que nous avons toujours réclamés.
Est-il croyable que le gouvernement n'ait tenu aucun compte des supplications et des preuves de aos griefs contenues dans ce brave document?
Dumonr.—Nous le savons tous, jamais il ne s’en occupera |
Duxas.—Le 144 avril 1882, M. Clarke a bien reçu d'Ottawa une réponse plus ou moins propre à nous donner de l'espérance : ‘* Votre lettre, ‘t Jui disait-on, a été réservée pour la considé- ‘‘ ration spéciale du ministre.” Dire que le ministère n’a pas encore donné suite à cette considération, c'est incroyable |
Douonr.—Ce n’est pas tout! En 1883, le conseil supérieur du Nord-Ouest est intérvena et a renouvelé toutes nos demandes, et on ne connaît pas encore ce qu'il a obtenu. À
Dumas.—Sir Hector Langevin a bien eu la bonté de nous déclarer que nos demandes étaient parfaitement raisonnables et qu'il serait bon de les consigner par érr#. Eh bien! avons-nous été plus exaucés ?
Dumonr.—Pointfdu tout! c’est effrayant! je ne peux m'expliquer une si criminelle négligence !
Dumas.—Ahl c'est plutôt la plus infernale conspiration ! Pendant que le gouvernement fait ainsi le mort, nous sommes constamment à la merci des griffes du monstre orangiste qui prend tous les moyeñs de nous dépouiller et de nous faire endurer le plus long martyr avant que nous rendions le dernier soupir !
Dumont. Ah! cher Dumas, il est indéniable que la politique canadienne renouvelle ici les persécutions dont elle a ensanglanté tout le Manitoba à venir jusqu'à ces dernières années. Croyant avoir le champ libre dans cette province, après avoir rejeté Riel par-dessus bord, elle s’est appliquée violemment à nous mettre le pied sur la gorge ! Je vous le demande, qu’allons-nous faire ?
Dumas.—Dumont, ponr moi, je suis déterminé à combattre jusqu’à la mort, plutôt que de voir ma famille sans maison et privée de toutes les choses nécessaires à la vie.
DumonT.—J'admire votre courage et votre bravoure ! mais nos femmes et nos enfants !...
Dumas.—Comment!., nos femmes et nos enfants n'en seront pas plus mal! Qu’avons-nous à attendre de -l'orangisme qui en veut à l’existence de la race métissse française ?
DumontT.—Vous connaissez mon tempérament! Je ne sais pas si mon indignation me
stieutfha toujours calme !.. J’achève de supporter cetté horde affamée de spéculateurs qui s’acharnent:à noire ruine, pendant que des arpenteurs figureñt des lignes qui coupent nos champs, nos maisôns, même nos cheminées, en tous sens, de madière à permettre à dame la spéculation de moÿceler;nos emplacements suivant les intérêts de sh cupidité.
Dbmas.—Si tous ces envahisseurs de nos foyers se bornaient à ces tentatives de vol l... müis non !.. [1 y en a qui apparaissent avec un plan à la main, qui pénètrent dans nos maisons etqui, nous déclarant audacieusement qu’ils sont chez eux, nous ordonnent de déloger !
Duxonr.--Ecoutez! Dumas, lorsque je pense à toutes ces abominations, je me sens porté comme vous, à aller massacrer tous ces voleurs publics, an risque de ma vie ou de ma liberté ! Ne vaut-il pas mieux mourir, nous, nos femmes et nos enfants, en luttant corps à corps pour la revendication de nos droits les plus sacrés, plutôt que de tant souffrir et de vivre dans la crainte mortelle d’être forcés de quitter nos maisons, du soir au matin et du matin au soir? Vraiment!
Dumas, je suis à bout de patience et de résiguation.
Dumas.…—Puisque le gouvernement persiste toujours dans sa criminelle complicité, nous n'avons qu'une chose à faire: repoussons, arrêtons par nos balles, tous ces pirates qui désolent notre pays. Que je meurre pour ma patrie, plutôt qne de la, laisser prendre par une organisation politique en arrière de laquelle se cachent les voleurs orangistes |
- Sh —
Dunonr.—Ecoutez, Dumas! 11 me vient une , idée: ne sortuns pas encore de la voie constitutiounelle ; faifons un suprême elfort sur le terrain de la légalité. Vous savez que Riel est dans le Montana, depuis quelques anneés. Eh bien | envoyons chercher ce DES compatriote, qui a sauvé le Manitoba ; all réclamer son assislance, est plus instruit et plus influent que nous. Je crois que ses conseils ct sa prudente direction couronneront de succès toutes nos requêles. Tr.
Duwas.—Bravo ! Dumont vous avez une inspiration du ciell Convoquons iminédiatement une assemblée de tous les métis anglais, écossais et français, afin de nommer la délégation que vous suggérez. Munissons-la de lettres officielles qui assurent Riel d'une chaleureuse et patriotique réception sur les bords désolés de la belle rivière Saskatchewan. ({{s sortent. Le rideau se baisse.) |