‹ Riel: tragédie en quatre actesChapitre 24 sur 67 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

{Tableau représentant le Vort Stlgnace. Sur le théâtre, un satou meublé un pea médiocrement. Au lever du mdeau, Riel et sa femme sont assis ; près d'eux, leurs snfants s amusant ensemble. .

MAheurnre.—Nous ne sommes pas riches !..

mais, dis donc, Louis, n'avons-nous pas tout ce qu'il faut pour être heureux? Ton amour et tes tendres caresses pour moi el dos petits enfants me disent que lu n'as plus rien à désirer ! Si nous sommes le trésor, qui, en réalité, remplit ta poitrine ardente, n'ai-Je pas raison de croire que sous ce ciel étranger, tu dois éprouver beugcoup de bonheur ?

RtEL.æ— 0h ! chère femme, tu sais vraiment que tu es l'objet de mes plus tendres affections !.. et ces beaux petits anges dont tu m'as rendu le père,.. combien je les aime et chéris ! Sans toi, tout me paraît sombre et ennuyeux ! Avec toi, tout à mes yeux s'embellitet me sourit ! J'admire les brillantes qualités de lon esprit et de ton cœur. Je ne peux me lasser de contempler res épouses qui me représentent la femme forte

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de l'évangile : elles font le bonheur de la famille et Cmtainent la société à se les proposer comme des modèles dont elles se glorifient. Quant à ces aimables petites créatures élevées sous les ailes de ta prudente vigilance, elles sont déjà tout men orgueil, et je me flatte dans l'assurance que tu vais en fairé de bons chrétiens et de bons citoyens,

MARGUERITE.—Que je suis heureuse d’être ta femme, Ô Louis! Je trouve que rien ne me nranque. Il est vrai, n’est-ce pas, que tes jouissañces sont indépendantes de la richesse ?

RieL.—Oh ! douce et chère compagne, je te le déclare franchement, dans cette maison où le luxe ne brille pas, je possède pros que toutes ces choses appelées la somptuosité dans le monde.

MARGUBRITE.—C'’est donc toujours loi, cher mari! mais écoute ! laisse-moi aller droit au but. Ilest certain que, depuis quelque teraps, tu cherches à me cacher une grande aflliction. Qu'est-ce donc qui te cause du chagrin? Si je suis ta moitié, J'ai droit à ce que tu me fasses participer à tes peines. Vois ce cœur qui ne bat que pour toi. Eh ! bien, verses-y cette amertume qui t'accable.

Riez.—Je te l'ai ait! Marguerite: dans celte chaumière, j'ai tout ce qui pat me contenter. Mais il m'y est impoësible d'être exempt de la souffrance. .

MarGuErITE.-Je vois bien que nous marchons dans cette vallée de larmes, ayant tous une croix à porter. Quelle est.ta croix, Louis, ici au milieu de nous ? :

RIEL.—Ma croix! c’est d’être loin de ma parie!... c'est d’être séparé de tout ce qui m'est

le plus cher, après toi et mes enfants! Ma croix! c'est de vair ba persécution de mes compatriotes dans tes riantes plaines de la Saskalchewan ! On les insulte et un les injuric de toutes façons, on enlève leurs propriétés, on s'empare même de leur honneur qu'on sacrifie eur l'autel de l'immoralité! Voilà çe qui me saigne le cœur ct me fait mourir de douleur! Dire que cette série d’atrocités dépend d’un gouvernement qui ‘prétend être la tête d’une nation civilisée! c’est in-: concevable!

ManGUERITE.—Je partage, mon cher Louis, les peines que te causent tous ces malheurs de nos frères du Nord-Quest! Si c'était possiblé, je xoudrais les subir toute seule. Dis-moi, quita fourni ces renseignements par rapport aux misères incroyables au milieu desquelles sont plongés nos amis de là-bas ? .

RieL.— Depuis plusieurs mois, Gabriel Dumont m'écrit pour me tenir au courant du brigandage et des ignominies dont la population métisse est victime, Iln’y a pas de doute qu'il désire me voir à la tête des démarches que lui et les autres chefs font pour se mettre snr la défensive et arrêter la marche des voleurs.

MançGueriTe.—S'il te demandait, cher Louis, n€ pars pas : laïsse faire encore le cours des événements. (Æ{le éroute) .., je crois que quelqu'un g'appe à la porte. (Ælle va ouvrir)

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