‹ Riel: tragédie en quatre actesChapitre 51 sur 67 · SCÊNE Y. · texte numérisé non relu

SCÊNE Y.

Duxonr, Dumas, L, O. Davis.

Dumas.—Dumont, j'ai le plaisir de vous faire connaître M. L. O. David, de Montréal, et dont nous avoñs entendu parler si souvent, |

DumonT (1/ donne de chaudes poignées de main à L. O. David).—Que je suis heureux, honorable compatriote, de faire votre connaissance.

L. O. Davio.—Mon cher M. Dumont, je vous déclare sincèremeut que je ne suis pas moins flatté d'avoir pu vous rencontrer ce soir. On m'a annoncé que vous n'étiez pas loin d'ici, et je me suis empressé de vous rendre une visite.

Dumonr.—Ce n'est pas tous les jours qu’en Canada, vous rencontrez sur leur route de pauvres exilés comme nous. e

L. O. Davm.—M. Dumont, il y a dans notre pays, des exilés bien différents de vous deux.

ous avons des hommes d'État, dans la capitale du Canada, qui sont loin d'avoir aux yeux de la patrie autant de mérites et de gloire que vous

eux et que tous vos commpatrioles faîts prisenniers. Ce sont des misérables beaucoup éloignés du patriotisme et d’une politique fondée sur le bien de la nation. Voilà pourquoi la plus grande partie du peuple qu'ils représentent, les a bannis, expulsés de son estime, de son respect et de sa confiance, À ce point de vue, comme vous pouvez le comprendre, ce sont des exilés qui ne peuvent s’attirer aucune considération ni aucune sympathie. "

DumonT.—M. David, croyéz-vous sincèrement que le ministère d'Ottawa va se faire le bourreau

eRiel? .

L. ©. ‘Davin.—Oui, malheureusement, à la grande honte du pays et de-tous les peuples civilisés,

. Duwas.—La politique de l'administration fé- .érate est-elle un tissu de méfaits si révoltants ?

DumôNT.—Par rapport à nous, le cabinet d'Ottawa a continuellement suivi une politique à double face.

L. O. Davin.—Mes amis, les hypocrites qui trônent sur les banquettes ministérielles à Ottawa, ont toujours cherché à nous montrer, dans la lenteur dé leurs procédés, une détermination ferme

de ravir. au gibet la tête de votre valeureux chef. .

Mais la’ clairvoyance de La Patrie, de Montréal,

— 10 — | ct d'un bon nombre d'hommes patrioliques, les a portés À crier bien fort pour réveiller le peule fasciné par les séductions et endormi sous fes promesses trümpeuses des serpents d'Ottawa.

DunonT.—Je vous félicite, M. David, pour avoir inaugyré ce mouvement nalional; destiné à sauver la vie de Riel des sicaires orangistes.

Dumas. On peut dire aussi que ce mouvement généreux met en relicf l'honneur du nom canadien-français.

L. O0. Davin.—Nos démarches, après avoir rencontré des dénis de justice a Regina, à Winnipeg, en Angleterre et à Ottawa, sont abouties, cnlin, quoique lard, à faire sortir de la torpeur fa députation franco-conservatrice de la province de Québec. Elle a enfin ouvert les yeux sur le coup que nous préparaienl les agissements sombres et torluéux du ministère fédéral, traître à tous sentiments d'humanité, Elle a envoyé au vieux Sir John un télégramme lui annonçant qu'elle ne pourrait plus lui donner son”sapport, s'il n'épargnail pas au pays l’humiliation d’une : pandaison politique.

Dunas.—Tant mieux.

DumonT.—Comme de raison: mieux vaut tard que jamais. | - L. O. Davin.—C'est vrai, mais je n'en persiste pas moins à croire que le gouvernement n'adoptera pas une politique de clémence.

DuMas.—Comment! le premier ministre de la Puissance du Canada ne suit-il que les instincts les plus pervers et les plus sordides ?

DumonT.—Est-il si peu soucieux de sa réputation d'homme d’État ?

Duxas.—Y, a-t-il une personne raisonnable

ui puisse prétendre que les troubles de 1861-70 * font de Riel un rebelle ? .

DumonT.—Ils n'étaient que la plus noble revejidiction nalionale contre la plus noire et la plié baëse conspiration militaire.

© Dénas.—C'étail la patrie en état de défense où en Lutte contre des envahisseurs étrangers et pleins de crimes. .

Ÿ. 0. Davin.— Vous avez raison, mes amis, ct je ne peux m'expliquer comment il se faitque le ministre Chapleau, qui a si éloquemment défendu Ambroise Lépine, soit devenu si avili au point de ne pas avoir encore offert sa résigoation. Le .

Dumas.-—ÆEst-il assez méchant pour affirmer que Riel s’est conduit en rebelle, lors des troubles

e l’hiver detuier 2. | ,

Dumanr. - Nan, puisque le gouvernement a confessé sa négligence criminelle en accordant à nos compatriotes au moins 2,000 titres, au milieu des sinistres nuages de, la fumée de nos combats ? ou

Dunas.—Pourquoi le cabinet de Sir John A.

MacDonald continte-t-il ainsi à s’attirer le mépris par sa politique indéterminée, couarde, louche, mesquine ? . 1 0

L. O. Daviv.—Je. vais votis en dire la raison la honte au front : c'est: que, pour se maintenir au pouvoir, il cpmple sur le gibet où Riel est injustement condamué à être offert en holocauste à la loge orangiste. L 4,

: uMAS.——Jguore-t-il qüe la composition d’un tribunal de deux juges de paix et de six jurés ne pouvait équitablement juger Riel. Li ai

DononrT.—N'est-il pas évident à ses. yeux

‘comme aux yeux de tout l’univers que le verdict -porté contre ce hégos est une parodie de la juslice ?

Dumas.—[t la sentence donc prononcée par ce juge mannequin, nommé Richurdsod, qu'en pensez-vous, M. David ? -

L. O. Davin.—Oh! elle. gémporte une des plus graves illégalités | re

Dümonr.—Pourquoi donc, alors, les ministre d'Ottawa aspirent-ils à l'exécution d’un patriote comme Riet ?

Dumas.— Est-ce parcequ'ils ne connaissent pas la récommandation en grâce du jury ?

Dumonr.—Oh ! les misérables et vils architectes de potence ! Ils savent qu’ils sont cause ‘de ce qu’ils appellent nos rebellions, et, en dépit de leur conscience, ils auraient l'audace de consommer un véritable assassinat judiciaire |

Dumas.—Ecoutez, Dumont, je ne peux me figurer que Sir John et les autres ministres seraient assez traîtres pour se couvrir de tant de déshonneur !

Dumonr.—Pourquoi pas? Ne restent-ils pas impassibles devant les prières d’un million et demi de canadiens-français, qui demandent la grâce du valeureux prisonnier de Regina ?

L. O. Davin.—Ne se montrent-ils pas inexorables en présence de Mgr Grandin, qui les supplie de ne pas conduire Riel à l’échafaud ?

Dumonr.—Les pleurs, les gémissements, les lamentations de la mère et de la femme de ce martyr de notre cause ne viennent-ils pas se briser sur eux comme sur un rocher inébranlable ?

Dumas.—Ce sont donc des tigres, affamés de vernigeance. —

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