L. O. Davin.—Je crois que quelqu'un frappe à la porte
Dumas {il y va et apporte un télégramme à l'adresse de L. O. David).
L. 0. Davip (if ouvre la dépéche).—Mes amis, je n’en suis, pas surpris !... Croyez-moi...'on m'annonce que le gouvernement vient d'envoyer à Regina le cominandant de la police de la Puissance, Sherwood, avec le mandat de mise à mort!
Dumas.—C’en est donc fait de notre ami Riel !.. Riel, dont le cœur n’a battu que pour sa patrie !
Duxonr.—Oh Riel ! Vous avez toujours tout sacrifier pour le bien de vos compatriotes, et demain la couronne du martyr va descendre sur votre tête pour sanctionner et proclamer la
fécondité, la stabilité et la grandeur de vos .
œuvres, et pour rendre votre nom immortel.
Dumas. -- Et vous, à Reine d’Angleterre, vous laissez ces ministres assassins jeter un outrage aussi sanglant à la figure d’une nationalité dont tous les membres ont constamment été vos sujets les plus fidèles. .
L. O. Davin.—Mes amis, qu'est-ce que Riel peut attendre du gouvernement impérial !
- Dumas.—Que sir John MacDonald et tous $es complices montent sur la potence à la place de ce noble citoyen qui, pour délivrer son. pays, n’a pas craint de se mettre en face de l’oppression et de la tyrannie!
L. O. Davin.—C'est bien ce qu'ils méritent, uisqu'ils sont des oppresseurs et des tyrans. Mais n'oubliez pas que Riel a jeté la terreur dans la nation anglaise, et c’est pourquoi elle ne lui
ardonnera jamais. Jeanne d'Arc, la vierge ‘Orléans, a été condamnée à être dévorée par les flammes sur un bûcher, pour avoir épouvante une armée anglaise. Le grand Napoléon, la terreur de l'Europe, après avoir commandé aux cimpereurs el aux rois du monde, vint demander l’hospitalité au peuple anglais. Enneni de la France et des Bonapartes, l'Angleterre a conduit à l'océan le potentat déchu, l’a enfermé à l'ile Ste-Hélène et l’a reteno jusqu'à son dernier soupir dans cet ilot pesthilentiel, Avant qu'il tombe, cet empereur avait fait trembler le trône de la fière Albion, et toute terriftée, elle n'a pu oublier ni pardonner.
Dumonr.—Malheur donc à ceux qui font peur à la nation brilannique, qui se croit la race supérieure ! .
Dumas.—Mais, qui n’a pas honte de persécuter, d'opprimer, de tyranniser les natious plus faibles, comme l'Irlande, par exemple !
DunonT.—Le gouverneur général du Canada, de concert avec ses minisires, a certainement le droit, au moins de fait, d'exercer la prérogative rovale en maintenant ou en commuant une sentence de mort portée contre un des sujels de Sa Graciense Majesté. Pourquoi envoient-ils tous ensemble Riel à l'échafaud, lorsque toutes les nations civilisées leur demandent de coinmuer la peine capitale à laquelle il est condamné si criminellement ? |
L. O. Davin.—Je vous le dis: les ministres fédéraux sont les suppôts des loges orangistes.
DumonT.—Quoil en signant l'arrêt .de. mort, ils savent qu'ils se font les instruments de la haine et des préjugés de ces sectaires barbares ?
Duxas.—Et ils ne redoutent pas l’indignation du pays: car les orangistes ne sont pas les seuls qui conslituent l'électarat, -
L. O. Davip.—Ils font leurs calculs et ils se figurent que la sécurité de leur portefeuille dépend des loges sanguinaires de l’orangisme, et voilà pourquoi le décret de mort vient d'être expédié à Regina,
DumonT.—Les trois ministres canadiens-françgais, Langevin, Chapleau et Carou, ont donc consenti à livrer leur frère et leur race à la secte la plus diabolique et la plus révolutionnaire qu'il y ait sur la terre. |
Dumas.-—Muis, pour qui prennent-ils donc les Canadiens Français qu'ils représentent uu cabinet d'Ottawa? Comptent-ils sur l'impunité, après une trahison anssi dégradante ?
DumonT.—Qne l'esprit et le cœur du peuple anglais soit si peu soucienx du sort de Riel 'je me l'explique : il est l'ennemi sétulaire de tout ce qui est français et catholique. Que sir Jobu- MacDonald .et les loges orangistes veulent et ordonnent l'exécution de Riel, je peux en trou ver une raison, logique pour eux, dans leur haine contre les franco-canadiens et leur sainte religion. Mais je ne peux me rendre compte comment Langevin, Chapleau et Caron ont pu se décider à livrer à l'ennemi leur sang, leur foi, leur nationalité. |
Dumas.—1[l faut qu’ils soient des traîtres et des lâches f , sn .
Dumont.—On peut pardonner à des ennemis, mais à des lâches, à des traîtres, jamais !
Dumas.—Si la province de Québec n’a pas perdu tout sentiment d'honneur et de dignité,
Le
jamais elle n'accordera de pardon à ces trois vils et misérables politiciens, qui l’oat trahie d’une manière si humiliante et si odieuse.
L. O. Davin.—Pourtant, ils se font illusion au point de s’imaginer que leur basse et honteuse défection va être bientôt oubliée.
DumonT.—Sur quels motifs peuvent-ils s’ap-
uyer pour croire le peuple Canadien-Français ignorant et avili à ce point-là ?
Dumas.—Ils pensent que leurs talents et leur prestige vont leur permettre de remonter le courant de l’indignation populaire.
L. O. Parti I comptent surtout sur la calomnie. Leur iktention est de noircir la réputation de Riel tant qu’ils pourront. Pour ea arriver là, leurs journaux commencent déjà à jouer le rôle de la plus perfide hypocrisie. Tout en manifestant un désir sincère de sauver la tête de Riel, ils ne cessent d’insinuer des choses propres à faire croire qu’il est un impie, un meurtrier, un révolutionnaire, un rebelle, un homme vénal, etc.
DumonT.—Riel!l un homme capable de se vendre ! Porter urie accusation aussi infernale et aussi contraire à la vérité, c’est une infamie! L'abnégation, le renoncement, le désintéressement, la vie de sacrifices, le patriotisme et l'héroïsme de Louis David Riel n'ont-ils pas brillé du plus vif éclat dans son refus des quatré millions de piastres que les fénians lui ont offerts,
eu après le soulèvement des métis français du
anitoba ? Ces qualités qui n’appartiennent à des bommes aussi augustes que Riel, n’ont-elles pas éclaté lorsque, après avoir tourné le dos à ces millions, il n’a pas hésité d'aller en face de l'ennemi pour la défense du pays ?
Dunas.—Soutenir qu'un tel bomme peut ou a voulu se vendr@! Quelle audace ! Quelle impudenoe ! Quelle calomnie! Il m’est impossible
e concevoir que la méchanceté humaine soit assez grande pour attaquer ainsi le caractère d'un patriote comme Riel !
DumonT.—Ne vous a-l:il pas prouvé qu'il est rempli de toutes ces vertus les plus sublimes, lorsqu'il a quitté le Montana à l'appel des métis de la Saskatchewan ?
Dumas.—Il a été loin de nous demander de l'argent, et il a traversé les lignes sans armes ni munitions, comme il le dit lui-même.
DumonT.—A près qu'il eut été rendu au milieu de nous, n’a-ton pas tenté de faire tomber son patriotisme devant des places, des emplois, des charges, des honneurs qu’on est venu lui offrir ?
Dumas.— Rien de cela n’a ébranlé Riel dans sa ferme résolution de servir son pays comme un véritable patriote. ,
Dumonr.—il est vrai, qu'il s'est adressé à des
ersonnes d'importance les sollicitant d'employer eur influence auprès du gouvernement pour lui en obtenir une certaine somme d'argent.
Dumas.- N'était-ce pas son droit, son affäire et son devoir ? . .
Dumonr.— Certainement : car le cabinet fédéral lui doit plus, à titre d'indemnité, que le montant qu'il aurait voulu avoir. ,
Dumas.—Les conditions qui accompagnaient les sollicitations de Riel, sont loin indiquer qu’il voulait se vendre ou nous trahir,
Dumonr.—Riel savait que dans le ministère d'Ottawa il aÿait affaire à ua mauvais débiteur, et il ne lui était pas interdit d'user de tactique
ou de jouer de ruse pour arriver à altrgpper quelque chose | É
Duxmas.—kRiel aurait une âme vénale, à cause de cela !
Duuonr.—Riel ‘est un grand homme et un “brave.”
Duxas.—Et c'est un tel homme qu’on accuse de vénalnté !
DunonT.—Est ce que dans Riel ne se trouve pas le caractère le plus fortement trempé? Ne nous l'a-t-il pas prouvé à venir jusqu’aujourd'hui ?
Dunas.—Un homme comme Riel n’a rien pour lui-même : tout pour sa patrie !
Dumonr. - En effet, si Riel a cherché à engager le gonvernement à lui restituer ce qui lui appartenait, ce n'était pas pour lui-même. Dans cet acte, il y à une haute portée que ses caloinniateurs pervertis s’'abstinent à ne pas voir : c’est la substitution de la plume à l'épée! Riel avait en horreur l’action de tremper son épée dans le sang pour en faire jaillir la justice et le triomphe de notre cause. Son rêve était le journal qui, à ses yeux, l’aurait mis en meilleure positon pour combattre et repousser nos ennemis, voilà quel était son but!
Drmas.—On a l'audace d'appeler cela dé la vénalité !
Demunr.—Oh! politiciens fascinés par lor et qui sendez voire conscience, accusez plutôt votre propre turpilude, plutôt que d'attaquer la réputation de ce brave el noble. citoyen sans défense, au pied du sinistre gibet sur lequel volre lionteuse lâtheté le condamne à moutir.
Dumas.—Pour le priver des sympathies de