‹ Riel: tragédie en quatre actesChapitre 63 sur 67 · SCENE XVII, #5 * Dumas · texte numérisé non relu

SCENE XVII, #5 * Dumas

Duwas.—Mon cher Duiont, révez- vous ? IL

"4, s’est écoulé bien des mais depuis ce temps-là,.et

de grands changements se sontopérés : Sir John MacDonald s'est armé du fouet et a commandé à ses partisans. O honte!.. Vous le savez, presque tous lés membres canadiens-français du -parti-consgrvateur, à l'exemple de presque tous es journaux publiés en leur langue et considérés comme organes de ce parti de la corde,. ont courbé l'échine else sont aplatis devaut'ce vieux chef etles loges orangistes, qui. veulent les-asservir et les tenir sous leur joug, commeun. lot de pourceaux !, à L Duuoxr.— C’est bien trop vrai. Le 44 octobre dernier, les élections ont eu lieu dans la. province de Québec et elles ne nous ont pas trouvé dix justes dans les rangs conservateurs ! :

Duxas.—0 opprobre pour la race cauadienne- -française | ‘ : Lo Dumonr.—Mais honneur et gloire aux libéraux fränçais ! Honneur et gloire surtout à La Vérité de Québec et à L’Etendard de Montréal ! Voyant cet asservissement de tant des.-nôtres sous le joug de l’orangisme, j'ai senti le befoin de me reporter au temps de toutes ces belles, nobles et encourageantes protestations que.le crime. de Regina a fait éclater dans la province de Québec.

Dumas.—Ak ! qu'il fait bon dy penser!

DuymoNr.— Voyons donc, ensemble un instant, quelques éxtraits que j'ai faite alors des journaux rançais du Canada ? (/{ sort des papiers:) ‘

Allons! La Minerve de Moniréal : ‘* L'exécu- ‘t tion de Loüis Riel restera dans notre histoire ‘ comme une page noircie paï une tache sinise ‘Ctre., C'en est fait des espérantes de toûte une ‘ race et de la Purété immaculée de notré blason ““ national. Il n’a pu s'écouler 20 anis sans que “ le grand livre de la Confédération canadienne

‘6 fût maculé d’une tache de sang.- C'est avoir —: .

‘perdu bien jeune sa beauté virginale.” .

Le Mondé de Montréal : ‘‘ Je proteste contre

['n’ya que des.

parti ‘national et (s ”.

re)

{fe triomphe de a ‘juslice, nl la vindication

1 des lois, ni l'obéissance à l’antorité, mais seu- ‘‘ Jement le triomphe insolent et féroce, d’une ‘° secte brutale et sanguinaire de demi-barbates, qui enténdent perpétuer-+ici la tyrannie, les successions de crimes, les persécutions, loutes sortes d’infamies qui feront la honte éternelle des orangistes.” - | L'Electeur de Québec : ‘‘ C’est pour nous uu jour de deuil national ” L'Evénement de Québec: ‘ L'échafaud de Regina est une tache sur la renommée de l'Empire britannique.” « Le Nouvelliste de Québec : ‘* Maïs la rage du tigre orangiste restait iñassouvie. Maintenant elle est salisfaite. L'élément français et catho-

liqu payé son tribut à la haine des sectaires.” ‘ Le Cinadèen de Québec: ‘ Le sang est un mauvais ciment, et si la Confédération n’en a pas d'autre, le coup de vent qui la culbutera n’est pas loin dans l'horizon.” Le Quotidien de Lévis: ‘‘ Riel sur l'échafaud, c’est un brandon de discorde qui restera allumé aussi longtemps que l’on a fait crier le sang des Aylward et des Scott. Le crime fait la honte et non pas l’échafaud, a dit le poète. La voix de l’humanilé n'a pas été entendue.

Ja justice a les mains couvertes de sang.” Le Courrier du C'anado, de Québec: ‘ la nouvelle de l'exécution a été accueillie par une explosion de pitié et de colère, Il est clair que là province de Québec atténdait une mesure de clémence.

Le Journal. de Québec: ‘ Nous nous trouvons en fäce d’une potence, qui a fait une pendai- ‘* son politique, malgré les protestations de la ‘# province de Québec.”

dc LE] ts

- L'Etoile du Nord, de Joliette : ‘‘ Le sang inno- ‘ cent a coulé sur l'échafaud, un cœur de pa-

‘ triole a cessé de battre! Voilà pourquoi tout

“ Je Canada français est en deuil!., Riel a été 4° Ja victime du fanatisme et de la haine. C’est ‘un martyr de la liberté.” :

Le Nord de St. Jérôme: ‘‘* Nous dénonçons

+‘ le gouvernement MacDonald et demandons sa

4 déchéance.” «

Le Courrier de St. Hyacinthe : * Le gouver- ‘ nement, en ne commuüant pas la bine, a com- ‘ mis un acte blâmable et dont fe peuple lui 4 tiendra compte.” '

L'Union de St. Hyacinthe : ‘‘ C'en est fait, le ‘ crime le plus monstrueux du siècle vient it d'être accompli.” '

Le Journal des Trois-Rivières : ** Ge jour est ‘un jour de deuil et de tristesse profonde pour ‘ la population de la province de Québec.”

Le Canada: “ Nous avons demandé grâce en ‘4 sa faveür... parceque, dans certains quartiers, ‘on semblait faire de sa tête le prix du fana- ‘“ tisme.” Que de citations, je pourrais encore faire . ,

DüÜMas.—J'ai lu dans La’ Vérité de Québec, quelque chose d'aussi fort et d'aussi beau ! Malheureusement, j'ai perdu les extraits que j'en avais faits.

Dumonr.—De tous les journaux que nous venons de nommer, combien ÿ en a-t-il qui sont conservaleurs ?

Dumas.—1l est certain que la plupart d'eux le sont.

Dumonr.—Combien y en a-t-il qui n'ont pas voulu briéer les liens de parti, préférant tourner

le dos à la ‘patrie, trahir ses intérêts les plus chers et rester dans un servilisme déshonorant. .Duwas.— Ce n’est pas croyable ! Actuellement, à part les journaux libéraux, il n'y a que La Vérité et L'Etendard qui défendent le drapeau national. - DumonrT.—Tous les autres journaux conser- \ateurs français sont en contradiction avec euxmêmes et ne veulent plus entendre ces paroles mémorables de M. Alphonse Desjardins, député d'Hochelaga : ‘ Que lu carrière de Sir John, ‘ qui a commencé aux reflets de l'incendie des ** bâtisses du parlement à Montréal, aille mourir

‘* derpière le gibet de Riel.” Due devraient savoir, pourtant, que

tous ;Jes jaurnaux français du Canada n'étaient pas les seuls à protester contre l’inhumaine pendaison du prisonnier de Regina.

DumonT.—J'ai conservé des extraits empruntés à la presse parisienne. Voyons!

L'Intränsigeant : ‘ Bazaine n’a pas été fusillé, ‘ mais Louis Riel à été pendu. Il est vrai que “ l'un a essayé de livrer et l’autre de délivrer sa “ patrie... La férocité britannique s’accommode ‘< parfaitement de ces contradictions. L'’Augle- ‘“ terre a ménti à propos de Riel comme à pro- ‘* pos d'Olivier Pain, qu’elle prétend être aux ** Indes et dont elle met la tête à prix en Egypte. ‘‘ On sait maintenant que l’ultima ratio de Sa ** Gracieuse Majesté, c’est l'assassinat, .. Sous- *‘ traire l'Etat canadien aux exactions, aux vols ‘* et aux meurtres commis par ses oppresseurs ‘£ c'est accomplir une œuvre de salubrité sociale. ‘* Les anglais pousseraient des ‘cris à l'instar, ‘* des enfants de huit ans.violées par leur prince .

“de Galles; mais comme le fond de leur tem- ‘* pérament est une lâcheté sans nom, ils fini-. ‘< raient par battre en retraite au Canada, comme ‘ils Pont foit au Zoulouland, au Transwaal, au . ‘ Soudan, en Afghanistan et ailleurs.”

La Justice : ‘* Et le Conseil Privé qui vient de 1 décider l’exécution du Métis franco-cinadien ‘* n’est que l’exécuteur des hautes-œuvres bri- ‘ tanuiques... Ce qui l'emporte. äujourd’hui, ‘“ c’est l'horreur d'une exécution trafnant pen- ‘ dant des mois, le bourreau commandé puis ‘“ rappelé, la potence dressée, jetée bas, set 4 levant de nouveau sea deux.bras.. Le Canada. ‘“ et l'Angleterre dressant le gibet auquel sera ‘suspendu Riel, la civilisation anglo-saxonne ‘ tuant froidement un condamné politique, cou- ‘“ pable d'avoir affirmé ses convictions Les armes ‘“ f la main, compromettent une nation toute ‘entière.

La Butaille : “ L’exécution du chef de l’insur- . ‘érection du Nord-Ouest est une faute dont les ‘“ conséquences retomberont lourdement sur le ‘* ministère tanadien.”

-La Patrie : * L'inforfgné Riel avait du sang ‘! français dans les veinés&il était destiné, par ‘ cela même; à subir, diffétoute sa rigueur,:la ‘ peine à laquelle it'avait été condamné.” , :.

Le, Figaro : ‘‘. Rien n'a pu sauver Riel de, la ‘haine des Grangistes d'Ontario.. Tous les ef: ‘ forts se sont brisés contre un fanatisme aveu- ‘“ gle... Le crime est odieux et.la faute eat ‘4 Jourde.” Monge

Dumas." N'étall-ee pas assez de sympathies et . de protestations ? os Un Duuonr.—-Nous en trouvous d’autres dans les

journaux publiés en anglais, au Gannda et aux Btats-Unis. Voyons encore, (&{ sort des papiers.)

Le Telegraph de Québec: ‘‘ L’exécution de ‘# Riel marque le point de départ d'une course le long d'un chemin périlleux... Ou vient de ‘! faire uno blessure qui saignera pendant des ‘‘ années.” °

Le Globe de Toronto : ‘ Pour emprunter les ‘# paroles de Grattan: la trahison des ministres ‘contre les libertés du peuple était infiniment ‘ pire que la révolte du peuple contre les mi- ‘“ nistres... Il nous est facile de comprendre ‘ pourquoi l'indignation de nos concitoyens “ anadiens-françess se manifeste sous la forme ‘* d’une protestation contre la mort de Riel.”

Le Hamilton Palladium, le Huron E'rpositor, le Times de Hamilton, le Free Press d'Ottawa, l'Advertiser de London approuvèrent aussi très chaudement l'attitude franche et digne du peuple canadien-français contre sir John MacDobal et ses valets.

Herald: ‘ Eh bien! l’âcte est

tres canadiens.

Dumas.—Avec quel plaisir, j'ai savouré les articles si pleins d'intelligence et de cœur, publiés dans Le Canadien de St. Paul ?

Dumonr.—Quelles belles protestations a enregistrées aussi Le Courrier des Etats-Unis! Voici encore deux autres extraits |

Le Freeman's Journal de Dublin :'" On a ‘ tout fait pour exhspérer ceux qui sympathisent ‘“ avec Riel. Son jugement fut une parodie judi- ‘ ciaire donl toute nation fibre devrait avoir ‘ honte.” Fe et

L'Echo de Londres : ‘* Le gouÿériement de ‘“ la Puissance serait mieux considéré aux yeux “ du monde, aujourd'hui, s’il avait ‘épargné sa. “vie.” L .

Duwas.—Je me rappelle avoir lu dans le’ Pal ‘ Mall Gazette que l'exécution des prisonniers ‘ politiques, comme tous les hommes d'Etat ‘nous l'ont enseigné, est pire qu'ute faute.”

Dumontr.—O journaux conservateurs françaiscomment avez-vous pu descendre si bas en vous faisant chevaliers du Nœud-coulant !' Et vous, d conservateurs franco-cahadiens, vous ‘éonsentez à devenir fes membres du parti de la corde. La corde au cou, vous vous laissez tomber dans un’ abîme dë déshonneur et de honte !'C’est bien! disparäissezl -. LU

Dunas Out, à hommes-dépourvüs de tout.

patriotisme et de tout esprit. pe lic, descendez'à cent pieds sous térre {C’est là votre place, bien plus profondément au-dessous ‘des tombes où reposent en paix Riel, un de ses enfants et sa femme que l'horreur de'vos’ crimes politiques’ a jetée dans Les bras de la mbrt, . !

Po

roi 3

ue pe cr ‘st L ‘ CT

Page 1