SCENE XVII, ct
‘LES MÊMES, RONORABLE SÉNATEUR TRuDEL er JEAN-BAPTISTE.
Taupez.—Vous paraissez donc bien indigné, M. Dumont.
Dumonr.—Oh ! Je peux bien être souverainement indigné quand je vois tant de conservateurs canadiens-français déserter la cause nationale! Vous avez gagné notre pari de l’autre jour.
Jamais je n'aurais pensé à un tel aplatissement dans un si grand nombre de ceux de notre sang! Se seraient-ils mis dans la tête, par hazard, que dans le mouvement du parti national il s’agit d’une guerre de race ? oo! nn
FrupeL.—Point du tout! Ils connaissent les discours éloquents que les sommités politiques ‘des deux partis ont prononcés devant une assémblée, tenne à Montréal pour protester contre la pendaison de Riel. Ils se rappellent que l'honorable M. Beaübien a dit: ‘ Ce monvement est ‘“ unanime; nous voulons la justice et la libërté se pour ‘tous, même pour les orangistes qui AG'S ‘* lent nous en priver.” Ils ne peuvent niér que l'honorable M. Mercier a fait cette noble déclaration : ‘‘ ]l ne s’agit pas d’une guerre de datio- 4‘ nalité ; il s’agit d’une revendication dé noë droits... il faut que la mauifestätion projetée, ‘‘ soit une protestation solennelle falliant toutes’ * les opinions et toutes les nationalités.” Assurémen! ils ne peuvent prétendre que M. Edmond Lareau les a effrayés, lorsqu'il a dit: ‘‘ Nous ne ‘voulons pas mettre en antagoñisme les divers, ‘{ éléments nationaux du Canada.” Ces paroles de
M. PF. À. Quinn n’ont certainement rien d’agres-. sif:: ‘* La question qui nous occupé n'intéresse. ‘ pas seulement la' race canadienne française, ‘€ c'est une question national dans laquellé tout “canadien est intéressé, quelles que soient sa! ‘* foi religieuse et son origine.” L'honorable M: ‘ Laurier a parlé dans lé même sens: ‘‘-Riel ‘est véritablement victinie d'un meurtre judi- ‘t siaire, a-t-il dit, et il est du devoir.des: cana- ‘“ diens de toute nationalité de voir à ce. qu’un: ‘ semblable meurtre ne soit pas répété.” M.
Goursol a déclaré franchement ? “ Nous ne cheri: ‘# chons pas une guerre de race‘: nous ne récla-. ‘ mons qu'une chose : respecl à notre rdce comme :
‘* élle respecte toutes les autres’ races ; justice
‘ égale pour tout le monde sur la terre“du :
‘ Canada.” C’est ainsi que nous avons tous:
arlé. Dans tout ce que nous avons dit,’il est impossible de découvrir le moindre esprit d’antas:: gonisme contre les autres races. Il en'est ‘dé: même des écrits que les journaux français, appar:: tédänt aux deux partis’ politiques, ont publiés! par rapport au mouvement national le plus légitime et le -plus digne d’un peuple qui se const: dère libre et qui a conrcience de sa grandeur.
. PunonT.--Quelle est donc la cause de tant de ! lâchetés et de défections dans le parti conserveteur ? | e
Taunez.—C’est la soif de l'or, l'ignorance ét l'esprit de parti qui aveugle. °
Dumowr.— Voilà, en effet, les causes qni dé::!
gradent le parti conservateur. H “Dumas.—Qui ! voilà le cancer, le chancre, ta gangrène qui tuée ce parti! er “Jéan-Baprisre.—Combien donc les conserve
teurs nationaux ont du mérite en s'appliquant si courageusement à extirper de ce parti ces agents morbides qui le jettent dans le marûame !
Duwonr. -Pour,arriver à l'accééhplissement de l'acte barbare déRegina, véritable honte nationale et insulte sanglante jetée à la figure de tout un peuple, les ministres fédéraux ont eu recours à lous les moyens pour détourner le cou. ruut de nos démonstrations populairesæt patriotiques, pour neutraliser l'effet de natre hglgtion coustilutionaelle el pour préveuir les pFôtéstations de toute la députation canadienne-franêaise. Après la consomation de leur crime, Sir John el ses collègues on! pensé qu'ils pourraient encore continuer la lourde chaîne qui devail tenir dans l'esclavage, la province de Québec. Le News de Toroutn considérait les canadiens-français comme des pourceaux, et Le Hal se préparait À en faire une nouvelle conquête pour les réduire à leur juste valeur et les mettre à leur place, avec la uenille de leur drapeau. Des canadiens-français du parli conservateur se sont livrés d'eux-mêmes à de tels ennemis qui les ont salis et les souillent'encore avec la boue de leurs souliers, et en reconnaissance de cette bienveillante réception, ils ont donné le baiser de Judas à leur race. Dumas.—Oh! quelle bassesse | quelle hontf 1 quel abaussement ! C’en est donc fait de la nationalité d'origine française, en Canada! | ; Jean-Bapriste.—C'en aurait été fait de notre belle patrie, si la Providence n’eût pas veillé sur elle! +, Duxmont.—Oui, vous avez raison, mon. ami.
Jean-Baptiste. Dans ces circonstances criti ues où le pays allaits’effronder dans l'abime, la Pro-
Li]
vidence a suscité un homme qui l’a sauvé; c'est vous, vaillant'et noble compatriote, c’est vous, M. le Sénateur Trudel.
-Taunez.—Mes chers amis, depuis le jour où nous avons été si ignominieusement souflletés sur le gibet de Regina, je n'ai cessé de remplir mou journal de documents Les plus écrasants, d'arguments les plus irréfutables, de preuves les plus péremptoires, pour démontrer que les fauteurs de désordres et de révoltes, que les ennemis du droit et de la justice, dé [a paix, de la prospérité et de la gloire de notre pays, en 1869- 10 et en 1884-35, étaient le: ministère fédéral luimême et ses employés subalternes dans le Nord Oüest.
JEAN-BAPTISTE. —Jé: proclame hautement que, râce au concours d’ua certain nombre ghomines ‘intelligence et de cœur, vous avez. arrêté le
parti conservateur dans son œuvre de trahison et de destruction. ‘ , .… +
* Dusont.—Les libéraux ont bien fait une lutte gigantesque pour anéantir ce parli corrompu.
ais, peut-être que seuls leurs efforts n’auraieut pas abouli à faire disparaître les traîtres du parti de la corde. ù . .
Duwas.—Pourquoi ? ; ..
DunmonT.—C'est parce que. les libéraux sont
dans l'opposition et que beaucoup de conservateurs ne les auraient pas crus sincères, bien qu'ils l’étaient et le sont encore,
JEan-BAPTISTE.—Si je yous ai bien compris
dans votre journal, je crois que vous ne voulez’ pas la’ disparition du parti conservateur: ni Le tridmphe du parti libéral. fi ot sun
Taunez.—]l faut bieû: comprendre dans quel
DA
sens j'ai dirigé et je déploie encore toute mon énergie el tous mes efforts. Je veux séparer du parti conservateur ceux qui, le corrompent et le perdent, je ne veux pas du tout soh anéanlissement. L
Dumonr.— Vous faites précisément comme font les chirurgiens; qui dans les cas de cancer ou de gangrène, #&lranchent la partie malade pour rendre la ‘vie-à leur patient. |
. TauneL.—C'est cela ! le parti conservateur est comme mén patient. Je ne me tourne pas contre lui, mais” je ‘ne tends qu’à le débarrasser de sa gangrène pour le ramener à li santé.
DumonT.—Agir ainsi n'est certainement pas lourner son cupot / 1 faut avair de la force de caractère comme vous, M. Trudel, pour travailler de celte mañhière dans l'intérêt de votre parti.
Dumas.—le pense que le parti conservateur eét trop enfoncé dans la corruption, pour que l’on puisse dorénavant en attendre quelque chose de bon,
DumonT.—Je désire ardemment que le parti libéral le foule sous ses talons et en fasse disparaître jusqu'aux moindres vestiges.
JeaAN-B4APTISTE.—Quant à moi, jé renonce au parti des pendards et des crampons, et je me-jette corps et âme dans les bras du parti libéral. Pensez-vous, M. Trudel, qu’il soit possible de ramener le parti conservateur à ses splendeurs premières.
Duwonr.—Quelles splendeurs premières? Sir John Macdonald ! un F pocritel un traître! le. pire ennemi des Canadiens-Français, qu'il hait souverainement ! Les loges de l’orangisme, dont il est le suppôt le plus fidèle et te plus actif ! Les