I.K DUC
J étouffais dans mon palais ; j’avais besoin d’air... et puis... je ne dors plus... J'ui pensé qu’un peu d'exercice me procurerait au ninius quelque» heure» de sommeil. Jéronimo Balbi me traite mal, j’en suis sûr. Ma principale souffrance, c'est l'ennui. Il me faudrait des distractions, de la galté... Je me portais mieux quand Nicomede, mon pauvre fou, vivait; H me faisait rire de temps en temps... Monsieur de Cardoneili, je vous ai chargé de me trouver un autre bouffon.
LB COMTE
J'en ai présenté deux a votre altesse...
LE DUC
Il» étaient maussades... insipides..
LK COMTK.
Les hommes véritablement gais sont si rares... Je chercherai encore.
LE DUC, te levant et prenant le milieu de la scène.
Il me faudrait de la joie , du bonheur... Si elle était prés de moi . celle jeune fille .. je serais heureui... il me semble que je guérirais rieu qu’en l’entendant parler... sa voix doit être harmonieuse et douce comme celle d’un ange.
LB MARQUIS
Jusqu'à présent, monseigneur, j'ai fait de vain» efforts pour découvrir cette femme ; mais je ne nie décourage pas.
Mon affection lui sera peut-être fatale aussi; je porte malheur à tout ce que j’aime. La priucesse Maria, ma vertueuse compagne, Philibert de Baurc, Nicomède. et bien d’autres qui me furent ebers, sont mort*. Je vous rejoindrai bientôt, me» amis, ma fin est prochaine, je le sens.
LK MAHQUIS et LK COMTE.
Monseigneur!..,
LE DUC
Je ne regretterais pas la vie si mon fils était e Age de gouverner seul... Pauvre enfant ! sou duché serait pendant bien des années confié à des mains étrangères... Oh! après tout, l’avenir ne sera qu'une triste continuation du présent; car je suis en tutelle, moi; ma santé ne me permet pas
de m'occuper de* affaires de l’éiai souverain
inutile, je suis dans la même position que l’inforluué roi Charles sixième de France... Que de mal* heurs pendant son régne et après sa mort! Mon Dieu ! veillez sur la Savoie !
LE COMTR.
Qu'avez-vous dit, monseigneur?
N’avez-vous donc plus confiance eu nous?
LE DUC
Pardon, messieurs, je vous crois fidèles; mais le comte de Nanta, je le croyais fidèle aussi, et pourtant il me trahissait; vous me l’avezprouvé.
LM COMTE
Oh! monseigneur...
LE DUC
Exctiscz-moi encore une fois, je n'ai pas l'intention de vous blesser... mon ame est tellement triste...
LE MARQUIS
Votre altesse ne nous a pas blessés, mais elle nous chagrine... quelle chasse bien vite ces idées sombres qui l'accablent.
LE DUC
Vous avez raisou, je ne veux^plus songer à l'avenir... ( Bruit de ror.) Les chiens sont sur la voie... rejoignons nos chevaux, messieurs.
LE COMTE
Votre altesse ne craint pas que la fatigue...
LE DUC
Non, non ; je veux m'étourdir, changer de régime... Mon père chassait tous les jours: c'est à cet exercice qu'il attribuait sa bonne santé... j’agirai comine lui; apres lâchasse, il adressait dans celte chapelle une prière à saint Hubert, patron des chasseurs ; je suivrai aussi cette sainte coutume. Monsieurdc Cardonnelli, vous préviendrez le chapelain, et vous veillerez aux apprêts de la cérémonie... A cheval! a cheval !
L« Duc «l le Mirquùtorlïol précipilimmcnt pir I* gauche. Le Comte eolre dan* la chapelle.